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Défense européenne : quel rôle pour l’UE et pour l’Otan ?

le 22 mars 2018

Face à l’OTAN qui assure la défense collective de l’Union européenne (UE), quel doit être la politique de l’UE en matière de défense ? Un rapport d’information de l’Assemblée nationale, présenté par Pieyre-Alexandre Anglade et Joaquim Pueyo, rappelle que "la défense de l’Europe n’est pas l’Europe de la défense" et qu’il revient à l’UE d’assurer sa sécurité, en complément de l’OTAN.

Quel est l’historique des relations entre l’OTAN et l’UE ?

L’OTAN a été créé après la Seconde Guerre Mondiale pour assurer la défense de l’Europe de l’Ouest face au bloc soviétique. Après 1989 et la fin de la Guerre froide, l’OTAN se transforme et adopte un nouveau concept stratégique qui l’autorise, par exemple, à intervenir en ex-Yougoslavie.

En parallèle, une politique européenne de défense se développe progressivement. Le traité de Maastricht crée une politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Celle-ci devient la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) avec le traité de Lisbonne.

La PESD est déclarée opérationnelle en décembre 2001. En 2003, les Accords de Berlin Plus formalisent les relations entre l’OTAN et l’UE. Ils donnent à l’UE un accès aux moyens de l’OTAN pour des opérations dirigées par l’UE et dans lesquelles l’OTAN dans son ensemble n’est pas engagée. C’est dans ce cadre que l’UE est intervenue en Macédoine et en Bosnie Herzégovine.

Quelle place pour l’OTAN avec la relance de la défense européenne ?

En août 2016, la France et l’Allemagne proposent un "Pacte européen de sécurité" visant à relancer la politique de sécurité et de défense commune. Ce pacte, soutenu aussi par l’Italie et l’Espagne, contient trois axes :

  • une coopération accrue en matière de défense ’mise en oeuvre de la Coopération structurée permanente) ;
  • le développement de nouvelles capacités de défense ;
  • le renforcement du caractère opérationnel des capacités militaire de l’Union.

Dans ce nouveau contexte, que deviennent les relations avec l’OTAN ?

Pour les deux rapporteurs, la relance de la défense européenne est une réelle opportunité. Néanmoins, avec 22 États membres de l’UE également membres de l’OTAN, le renforcement de la défense européenne ne peut pas se faire contre l’OTAN. Il est donc nécessaire, pour l’UE et pour ses membres individuellement, de s’investir dans l’OTAN. De même, l’UE, dans le prolongement du sommet de Varsovie de décembre 2016, doit approfondir sa coopération avec l’OTAN dans les domaines où celle-ci est indispensable (cyberdéfense, notamment).

Quelle spécificité pour la défense européenne ?

Pour les rapporteurs, aucune des crises qu’affronte actuellement l’Union (crise migratoire, crise ukrainienne, crises en Afrique ou au Proche-Orient, etc.) ne pourra être réglée par les seuls moyens militaires. Pour assurer sa sécurité, l’Union doit avoir une approche intégrée et utiliser aussi l’aide au développement, le commerce ou le dialogue politique. Or, cette variété de moyens, l’Otan n’en dispose pas.

Les auteurs du rapport estiment que la sécurité de l’Union se joue aussi en Afrique. "Or, l’Otan ne dispose ni des moyens ni du savoir-faire nécessaires pour régler les crises africaines ni, sur le plan militaire, de l’expérience du terrain qui est celle, par exemple, de l’armée française".

Enfin, la lutte contre le terrorisme exige une coordination entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure. "Organisation militaire tournée vers l’extérieur, l’Otan n’a qu’une utilité marginale pour l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme, à la fois parce qu’elle ne dispose pas des moyens de sécurité intérieure mais aussi parce que les échanges de renseignements, en son sein, sont bloqués par la Turquie".

L’OTAN et l’Union européenne apparaissent ainsi complémentaires.

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