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Immigration subsaharienne en Europe : les projections démographiques à l’horizon 2050

le 24 septembre 2018

Une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined), publiée le 12 septembre 2018 dans Population et Sociétés, invalide les thèses alarmistes prédisant une Europe peuplée à 25% d’immigrés subsahariens.

La thèse de la “submersion” migratoire et l’état des projections démographiques

Titulaire de la chaire Migrations et sociétés au Collège de France, François Héran conteste la théorie développée par Stephen Smith dans son essai “La ruée vers l’Europe” (Grasset, 2018). Selon ce dernier, en 2050, 450 millions d’Européens feront face à 2,5 milliards d’Africains et, selon le modèle des vases communicants, ces projections tablent sur une Europe peuplée à 25% d’immigrés subsahariens dans trente ans.

S’appuyant sur les projections démographiques de l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Afrique subsaharienne devrait, selon l’Ined, voir sa population passer de 970 millions d’habitants en 2018 à 2,2 milliards en 2050 (soit 22% de la population mondiale).

Dans l’ensemble des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), où les immigrés subsahariens représentent en moyenne aujourd’hui 0,4% de la population, ils pourraient voir leur part passer à 2,4% en 2050.

En France, selon les projections de l’ONU, les migrants subsahariens, qui constituent 1,5% de la population en 2015, pourraient passer à 2,9%, voire 4% en 2050, ce qui est “très en deçà des prophéties alarmistes”, conclut l’étude de l’Ined.

L’argumentaire en faveur d’une projection réaliste des migrations

Le scénario d’une Europe peuplée à 25% d’immigrés subsahariens en 2050 “relève du fantasme”. Selon le chercheur, “l’ordre de grandeur le plus réaliste est cinq fois moindre” .

Trois données de base sont avancées à l’appui de cette affirmation :

  • comparée aux autres régions, l’Afrique subsaharienne émigre peu, en raison même de sa pauvreté ;
  • les migrations subsahariennes se produisent à 70% dans un autre pays subsaharien (81% en Afrique centrale) et à 15% seulement en Europe, le reste se répartissant entre les pays du Golfe et l’Amérique du Nord ;
  • la croyance selon laquelle les mouvements de population vont des zones de “haute pression” démographique vers les zones de “basse pression” n’est pas étayée par les statistiques. Les pays qui comptent au moins 4 enfants par femme ont envoyé 5% seulement de leurs migrants vers les pays ayant moins de 1,7 enfant.

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