Imprimer

Mineurs radicalisés : les conclusions du rapport Bonelli-Carrié

le 4 avril 2018

Laurent Bonelli et Fabien Carrié, deux chercheurs de l’université Paris-Nanterre ont remis à la ministre de la justice, le 28 mars 2018, leurs conclusions sur le phénomène de la radicalisation des mineurs. Selon leur étude, il n’existe pas une mais plusieurs radicalités qui appellent des réponses institutionnelles différentes.

Les mineurs aux parcours les plus déstructurés ne sont pas les radicalisés les plus violents

Contrairement aux idées reçues, les actes les plus sérieux (départ en zone irako-syrienne, tentative d’attentats, participation active aux réseaux jihadistes sur internet) sont le plus souvent perpétrés par des jeunes issus de familles stables, aux parcours scolaires prometteurs, majoritairement inconnus des institutions et de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Les déceptions scolaires et familiales font partie des raisons pour lesquelles ils se radicalisent.

Les jeunes délinquants, aux trajectoires sociales et familiales les plus chaotiques, les plus proches du monde des bandes et de la délinquance sont moins enclins à basculer dans un processus de radicalisation violente de type association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste. L’apologie du terrorisme et des propos inquiétants sont le plus souvent les motifs de leur suivi par la justice.

Deux profils de jeunes radicalisés, quatre formes de radicalité

L’enquête des chercheurs a duré de septembre 2016 à décembre 2017. Elle porte sur 133 jeunes issus de milieux populaires poursuivis pour des affaires de terrorisme ou signalés par les services la PJJ depuis 2014. Les mineurs radicalisés sont pour l’essentiel liés à l’islamisme violent, mais une quinzaine sont des nationalistes basques, corses et des militants d’extrême-droite.

Les informations collectées sur les dynamiques familiales et scolaires des mineurs font apparaître une grande diversité des comportements, des attitudes et des actes classés sous le label de radicalisation.

L’existence d’un projet familial ou son absence, le contrôle ou non des fréquentations, l’inclinaison à développer des dispositions scolaires ou pas, la conflictualité et la précarité de la famille, la possibilité ou non de s’investir dans des sociabilités alternatives déterminent les registres de radicalités possibles et plausibles.

Les chercheurs ont établi quatre catégories de radicalités (apaisante, rebelle, agonistique ou utopique) et deux profils de radicalisés (révolté ou engagé) selon l’engagement du mineur (quête individuelle ou au contraire logique d’intégration dans des groupes plus ou moins structurés) et son identification à un registre subversif (vêtements, pratiques, discours, types d’actes commis, etc.).

Quelles réponses des institutions ?

Les chercheurs soulignent que la justice et les institutions doivent bien identifier ces radicalités différentes et apporter des réponses différenciées.

Le bien-fondé d’une réponse publique à des actes délictuels ou criminels ne peut être mis en doute, mais selon eux, le défi est de produire une désescalade institutionnelle pour ramener les actes à leur juste valeur.

Dans le cas des "agonistiques", poursuivis pour des faits d’apologie du terrorisme, une sur-réaction de la justice peut renforcer les mineurs "dans leur logique de révolte et dans leur posture radicale". De même, les chercheurs s’interrogent sur le suivi des "utopiques" en prison. Ne risquent-ils pas de devenir des victimes de par leur méconnaissance totale des codes de la rue et de la délinquance ? Pour survivre, ils peuvent être amenés à se radicaliser davantage.

Mots clés :

Rechercher