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46 ans de relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni

le 26 décembre 2018

État membre de l’Union européenne pendant 46 ans (1973-2019), le Royaume-Uni a souvent affiché de fortes réticences à l’égard de la construction européenne. La logique supranationale du projet européen s’est heurtée à l’histoire et aux institutions nationales du pays.

La singularité britannique

La circonspection britannique à faire pleinement partie de la construction européenne et à adhérer aux traités adoptés à partir des années 1980 s’explique par son identité politique construite sur trois principes :

  • opposition au continent ;
  • souveraineté parlementaire ;
  • union de quatre nations (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord, Angleterre).

Le sentiment d’appartenance au Royaume-Uni des quatre nations a été alimenté par le protestantisme, le projet colonial et l’Empire ainsi que par la rivalité avec les puissances continentales.

Le pays reste attaché à une politique étrangère caractérisée par les trois "cercles" définis par le Premier ministre Winston Churchill en 1948 : l’Empire, les États-Unis et l’Europe en troisième position seulement. Le continent et le projet européens étaient et sont toujours perçus comme une source de problèmes, voire un obstacle pour profiter pleinement de la position privilégiée de leader du monde libéral que les Britanniques ambitionnent de partager avec les Américains. Les liens privilégiés avec les États-Unis sont d’ailleurs jugés incompatibles avec un approfondissement du lien européen.

En tant qu’État membre de l’Union européenne, le Royaume-Uni a adopté une position fondée sur un pragmatisme individuel soutenu et a défendu l’idée d’une "Europe à la carte". Fédéralisme, Union économique et monétaire, accords de Schengen, contribution au budget européen, défense européenne, sur tous ces sujets, les gouvernements britanniques ont exprimé des réserves ou s’y sont opposés. Les modalités d’appartenance du Royaume-Uni à l’Union ont ainsi fait l’objet de débats et d’aménagements réguliers. Au gré des revendications britanniques et des concessions faites par les partenaires, un régime européen particulier, qualifié parfois de "singularité britannique" s’est créé.

Le Royaume-Uni, une voix dissidente au sein de l’Union européenne

  • Arrivée au pouvoir en 1979, la Première ministre conservatrice Margaret Thatcher demande un rabais sur la participation britannique au budget européen. Cette revendication est connue sous l’expression " I want my money back " (Rendez-moi mon argent). Depuis 1984, le Royaume-Uni bénéficie d’un rabais sur le budget européen, lui permettant de contribuer de façon plus modeste que les autres États aux dépenses de l’Union européenne. Le pays se voit remboursé 66% de son solde budgétaire, c’est-à-dire les deux tiers de la différence entre sa contribution au budget et les recettes qu’il perçoit en retour.
  • Dans son discours de Bruges en 1988, la Première ministre Margaret Thatcher réaffirme son opposition à une Europe fédérale et à l’idée que la Communauté européenne dispose de ressources propres. Elle se prononce contre la création d’une monnaie unique en 1990 et négocie une option de retrait d’une partie du traité de Maastricht entré en vigueur en 1993. Le Royaume-Uni parvient néanmoins à négocier sa participation aux réunions de l’Eurogroupe. La monnaie officielle du Royaume-Uni est la livre sterling et contrairement à la couronne danoise elle n’est pas rattachée au mécanisme de taux de change européen (MCE).
  • Le 10 novembre 2015, le Premier ministre britannique David Cameron communique aux États membres sa liste de conditions pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne. Il souhaite notamment restreindre les droits des citoyens européens qui s’installent au Royaume-Uni. Il arrache aux dirigeants européens, le 20 février 2016, une clause spéciale sur l’immigration. Cette clause reste insuffisante pour les britanniques qui votent en faveur du Brexit le 23 juin 2016.

La contribution du Royaume-Uni à la construction européenne

Monarchie constitutionnelle et démocratie parlementaire, le Royaume-Uni a adhéré à la Communauté économique européenne (CEE) en 1973 après avoir buté à deux reprises, en 1963 et 1967, sur le veto du général de Gaulle. Le pays est entré tardivement dans le projet européen dont les institutions et politiques avaient été mises en place seize ans auparavant par d’autres États. L’administration britannique a néanmoins intégré rapidement et efficacement la règlementation européenne. Les gouvernements britanniques ont, au fil des années, exercé une influence réelle sur la construction européenne.

Le Royaume-Uni laisse une empreinte idéologique forte :

  • sur l’agenda économique européen marqué par le libéralisme anglo-saxon : soutien au marché unique avec ses quatre libertés de circulation (personnes, biens, capitaux et services), défense de la libre concurrence, plaidoyer pour le libre-échange, discours anti-bureaucratique et anti-régulation ;
  • sur le débat autour du déficit démocratique ;
  • sur les interrogations autour de la légitimité de l’action et du fonctionnement des institutions communautaires ;
  • sur les élargissements successifs de l’Union européenne pour des raisons économiques, politiques et stratégiques ;
  • sur la diplomatie européenne (mise en place du Service européen pour l’action extérieure) ;
  • sur la création d’une force militaire européenne (déclaration de Saint-Malo en 1999 et mise en place du Comité politique et de sécurité, Comité militaire).
Le Royaume-Uni dans l’Union européenne

Dates des présidences britanniques de l’Union européenne

janvier-juin 1977 ; juillet-décembre 1981 ; juillet-décembre 1992 ; janvier-juin 1998 ; juillet-décembre 2005.

Commerce (2016)

47% des exportations du Royaume-Uni sont à destination de l’Union européenne (dont Allemagne : 11%, France, Pays-Bas et Irlande : 6% chacun). Ses exportations hors UE s’élèvent à 15% pour les États-Unis et à 5 % pour la Suisse. 51% des importations proviennent d’États membres de l’UE (dont Allemagne : 14%, Pays-Bas : 7% et France : 5%). En dehors de l’UE, 9% des importations proviennent respectivement des États-Unis et de Chine.

Budgets et financements (2016)

  • Total des dépenses de l’UE au Royaume-Uni : 7 052 milliards d’euros ;
  • total des dépenses de l’UE en pourcentage du revenu national brut (RNB) du Royaume-Uni : 0,30% ;
  • contribution totale du Royaume-Uni au budget de l’UE : 12 760 milliards d’euros ;
  • contribution du Royaume-Uni au budget de l’UE en % de son RNB : 0,55%.

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