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Ce qu’il faut retenir du dossier

le 30 mai 2018

Le clivage traditionnel gauche-droite s’est affaibli en France, mais il n’a pas disparu et prend de nouvelles formes.

Extrait du dossier "La fin du clivage gauche-droite ?" du n° 404 des Cahiers français, publié en mai 2018 à la Documentation française

Un clivage constitutif de la République

En France, le clivage gauche-droite est né en 1789, lors du débat à l’Assemblée nationale constituante sur la question du veto royal, les députés hostiles au veto ayant pris l’habitude de se regrouper du côté gauche du président. Au fil des années, dans des contextes très divers, on continuera à utiliser ces termes pour désigner, d’un côté, les forces conservatrices ou réactionnaires, de l’autre, les forces réformistes ou révolutionnaires, sans que chacun des camps soit nécessairement homogène. Le concept s’est également exporté. À l’époque moderne, ce fut longtemps la question sociale, en particulier la condition ouvrière, qui a structuré cette opposition, sous l’angle capital/travail. Ce clivage a longtemps marqué la vie politique de la Ve République. Il s’est toutefois progressivement estompé et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017 est souvent présentée comme signifiant la fin de ce clivage. Qu’en est-il ?

Pourquoi le clivage a-t-il changé ?

L’exercice du pouvoir par la gauche à partir de 1981 joue un rôle important dans la mutation du clivage gauche-droite en France. Il avait commencé par des mesures nettement situées dans les valeurs traditionnelles de la gauche : nationalisations, lois sociales, relance keynésienne. Devant l’échec de la politique de relance, le tournant de la rigueur de 1982-1983 amorça la renonciation progressive de la gauche socialiste à une transformation profonde de la société, semblant donner raison aux thèses libérales classiques. La chute des régimes de type soviétique y contribuera. En outre, l’évolution du salariat, avec la baisse de la proportion d’ouvriers, a affaibli le « vote de classe » en France comme ailleurs.

Parallèlement, les structures partisanes et syndicales, qui étaient des facteurs d’identification et de stabilité du vote se sont délitées, d’où l’apparition d’un « électorat volatil ». Cette tendance a été accentuée dans la période récente par les échanges sur les réseaux sociaux, dont la temporalité est bien plus rapide et peut permettre d’influer sur le champ politique sans disposer d’un parti structuré.

Que reste-t-il du clivage ?

De nouveaux clivages sont apparus, notamment liés aux effets de la mondialisation et de la construction européenne, ainsi de l’opposition entre les partisans d’une société ouverte ou fermée, qui ne recouvre pas la coupure droite-gauche. De même ne retrouve-t-on pas ce clivage dans les débats sur les questions de moeurs, qui opposent moins qu’auparavant une droite conservatrice sur le plan moral à une gauche émancipatrice.

En dépit de cela, les sondages montrent qu’une proportion très importante des citoyens donne une réponse à la question de savoir s’ils peuvent se situer sur un axe droite-gauche. Cette propension est d’autant plus forte selon les pays que la tradition démocratique y est plus ancienne. Elle est également corrélée avec le niveau d’instruction. Ce clivage conserve donc encore sa capacité à synthétiser les opinions et les attitudes politiques.

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