Désindustrialisation : quels moyens d’action ?
le 5 01 2012

La Rochelle (17). Usine Alsthom. Construction du TGV à deux étages. © MAE Photo : Frédéric De La Mure Diffuseur : La Documentation française
Alors que se profile l’élection présidentielle de 2012, un consensus s’est établi sur l’urgence de la réindustrialisation, mais les actions à mettre en oeuvre pour restaurer la compétitivité industrielle de la France font débat.
L’industrie est au cœur des débats actuels. Le leurre d’une transition vers une économie de services semble aujourd’hui avoir disparu et l’industrie est de nouveau perçue comme la source essentielle de la croissance économique, pourvoyeuse d’emplois pérennes.
Désindustrialisation : un triple constat
Les appels à la réindustrialisation des territoires se fondent sur un triple constat : le recul de l’emploi industriel, la régression de la contribution de l’industrie au produit intérieur brut (PIB), ainsi que les mauvais chiffres du commerce extérieur français.
Sur la période 1980-2007, le nombre d’emplois industriels a diminué de 36%, soit une perte de 1,9 million d’emplois. Sur la période récente, cette tendance s’est encore accentuée, avec la perte de 89 000 emplois entre le 1er octobre 2009 et le 1er octobre 2010. Outre l’accentuation de la crise économique et financière depuis 2008, trois éléments peuvent être avancés pour expliquer ce phénomène (Direction du Trésor, septembre 2010) :
- Le transfert d’emplois de l’industrie vers le secteur des services, par l’externalisation de certaines activités industrielles vers le secteur des services aux entreprises, serait responsable de 20 à 25% de la baisse de l’emploi industriel mesurée dans l’industrie.
- Les forts gains de productivité réalisés dans le secteur industriel seraient à l’origine de près de 30% des pertes d’emplois.
- La concurrence étrangère, dont l’impact est plus difficile à quantifier compte tenu de la relation complexe qui existe entre importations et production domestique, expliquerait 13% des destructions d’emplois.
Parallèlement, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée a beaucoup régressé : elle est passée de 24% en 1980 à moins de 14% en 2008 (la moyenne des pays de la zone euroEuroMonnaie unique de plusieurs Etats membres de l’Union européenne qui forment la zone euro. est à 22,4 %). A cela, deux facteurs explicatifs : les gains de productivité réalisés dans l’industrie et la baisse des prix relatifs des produits industriels par rapport aux prix des services (basculement de la demande des ménages français vers les services).
Enfin, depuis 2000, la France est passée d’une position d’excédent commercial régulier à celle d’importateur net. Selon le rapport final des États généraux de l’industrie (2010), cette évolution n’est pas anormale : tous les grands pays industrialisés (à l’exception de l’Allemagne) sont confrontés à une baisse de leur part de marché à l’exportation face à la concurrence des pays émergents. Toutefois, c’est l’accélération de cette tendance qui est préoccupante dans le cas de la France, ainsi que le fait que ses performances soient inférieures à celles de l’ensemble des pays de la zone euro, soumis aux mêmes contraintes de taux de change
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La crise financière et les mesures de soutien engagées
Dans le contexte de la crise économique et financière qui s’est accentuée depuis 2008, plusieurs initiatives ont été lancées afin de soutenir l’activité économique, et notamment l’industrie : le Grand emprunt 2010 et l’organisation des états généraux de l’industrie.
Le Grand emprunt est un emprunt de 35 millions d’euros lancé par l’État français en 2010. Présenté par le président de la République devant le Congrès réuni à Versailles le 22 juin 2009, le Grand emprunt se décline en 5 priorités : l’enseignement supérieur et la formation, la recherche, l’industrie et les petites et moyennes entreprises (PME), le numérique et le développement durableDéveloppement durableDéveloppement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.. Dans ce cadre, 6,5 millions d’euros doivent être alloués à des projets de développement dans l’aéronautique, le spatial, l’automobile, le ferroviaire et la construction navale, ainsi qu’aux grands projets menés par les pôles de compétitivitéPôle de compétitivité / Pôles de compétitivitéRapprochement, sur un territoire donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets innovants. et à la banque publique de financement des entreprises innovantes, Oséo.
Les états généraux de l’industrie se sont tenus d’octobre 2009 à mars 2010. Ils se sont conclus par la définition de 23 mesures destinées à renforcer la politique industrielle. La création de l’aide à la réindustrialisation (ARI) fait partie des mesures ainsi annoncées. Effective depuis le second semestre 2010, l’ARI est destinée à cofinancer jusqu’à 60 % de l’investissement des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) du secteur de l’industrie et des services à l’industrie. Dotée de 200 millions d’euros, elle doit permettre de générer plus de 400 millions d’euros d’investissements, ainsi que la création de 2 000 emplois, d’ici le 30 juin 2013. Au 12 décembre 2011, 20 projets d’investissements, représentant plus de 344 millions d’euros et la création de 1 525 emplois sur 3 ans, ont été déclarés éligibles à l’ARI. Ces projets bénéficieront de 77 millions d’euros d’aide à la réindustrialisation. Ils concernent des secteurs manufacturiers traditionnels (métallurgie, agroalimentaire, ameublement, etc), mais également des nouveaux secteurs (photovoltaïque, véhicules électriques, etc). Un quart des projets se rapporte à des relocalisations.
Autre mesure issue des réflexions des états généraux, la création du label "Origine France garantie" le 19 mai 2011. Ce label est destiné à inciter les consommateurs à privilégier l’achat de biens produits en France. Il distingue les produits réellement fabriqués sur le territoire français : il certifie que 50% au moins de la valeur du produit labellisé correspond à des activités conduites en France. Dans un rapport remis au président de la République en 2010 sur le sujet, le député Yves Jégo (Parti radical), avait qualifié de peu fiable la mention "made in France". A la date du 13 décembre 2011, 40 produits ont été labellisés "Origine France garantie" et 200 entreprises ont constitué un dossier en vue d’obtenir ce label.
D’autres pistes de réforme ?
Face à la désindustrialisation, perçue comme symptôme et cause de l’érosion des performances économiques françaises, plusieurs propositions de réforme sont avancées. Ces mesures visent à restaurer la compétitivité industrielle française. Il s’agit, d’une part, de modifier l’appareil productif français, qui serait composé de trop peu d’entreprises de taille suffisante pour réussir à l’international et, d’autre part, de réduire le coût du travail, qui serait supérieur à celui des économies concurrentes.
Faciliter l’essor des entreprises de taille intermédiaire et l’export. L’appareil productif français se compose de grands groupes mondiaux (219 entreprises de plus de 5 000 salariés en 2007, contre 221 en Allemagne), mais compte relativement peu d’entreprises de taille intermédiaire (entreprises de 250 à 5 000 salariés). Ces ETI sont au nombre de 4 510 en France, contre environ 10 000 en Allemagne. Pour faire grandir les PME, le rapport de l’Assemblée nationale, intitulé "Les faiblesses et les défis du commerce extérieur" et publié en novembre 2011, propose notamment :
- la création d’un taux minimal d’impôt sur les sociétés, à appliquer aux bénéfices affectés à l’augmentation du capital de la société ;
- l’extension de l’activité d’Oséo aux entreprises de taille intermédiaire.
Enfin, pour inciter les entreprises à se tourner vers l’export, le rapport suggère la création d’un "crédit impôt export", taux réduit d’impôt sur les sociétés, qui serait appliqué au chiffre d’affaires réalisé sur les marchés étrangers. Afin d’éviter les effets d’aubaine, ce crédit d’impôt ne porterait que sur l’augmentation du chiffre d’affaires réalisé à l’export et n’inclurait que les produits fabriqués en France et vendus à l’étranger.
Instaurer une TVA sociale. La part des cotisations dans le financement de la protection sociale et son impact sur la compétitivité fait l’objet de débats. Pour certains, cet adossement sur les salaires (et non sur les autres revenus) ne paraît plus totalement justifié du fait de l’universalité de plusieurs prestations sociales (prestations maladie et familleFamilleGroupe de personnes liées par des liens de filiation et d’alliance. notamment). Pour élargir les sources de financement de la protection sociale et réduire le coût du travail, l’instauration d’une TVA sociale est souvent évoquée. Dans cette hypothèse, la part du financement de la protection sociale versée par les entreprises (cotisations patronales) serait en partie transférée aux consommateurs, au moyen de la TVA prélevée lors de leurs achats. Cette mesure devrait renforcer la compétitivité des biens produits en France, en réduisant leur coût de production (par réduction des charges sociales) et en augmentant le prix de vente des produits importés (par intégration du coût de la TVA sociale). Plusieurs arguments mettent toutefois en doute la portée de cette mesure :
- Les gains de compétitivité sont conditionnés par la décision des entreprises de répercuter les baisses de charges sur les prix de vente. Ces gains seraient nuls dans le cas où les entreprises choisiraient d’augmenter leurs marges, et donc leurs bénéfices.
- La hausse de la TVA est susceptible de pénaliser plus ou moins fortement la consommation des ménages (notamment en fonction du taux de la TVA sociale) et risque d’amoindrir ainsi l’un des ressorts de la croissance.
Discours
Président de la République Premier ministre- Déclaration de M. François Fillon sur la politique économique et budgétaire face à la crise, la mise en place d’une gouvernance économique de la zone euro et les réformes structurelles destinées à renforcer la compétitivité de l’économie, à Paris le 12 septembre 2011, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur notamment le volontarisme en matière de politique industrielle et de recherche et la notion de "patriotisme économique", à Paris le 13 octobre 2005, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Déclaration de M. Françis Baroin, ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, sur la valorisation des actifs immatériels des entreprises, Paris le 7 octobre 2011, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, sur sur les facteurs expliquant le différentiel de compétitivité entre l’Allemagne et la France et les préconisations pour un pacte de compétitivité industrielle, Paris le 20 janvier 2011, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, sur la place de la sous-traitance dans la politique industrielle du gouvernement, Villepinte le 16 novembre 2011, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, sur le rôle essentiel des PME dans la croissance économique et les mesures gouvernementales d’aide à leur développement, Rueil-Malmaison le 29 avril 2011, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Interview de Luc Chatel, secrétaire d’Etat à l’industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "France 2" le 15 avril 2009, notamment sur les commissaires à la réindustrialisation, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Déclaration de M. Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat au commerce extérieur, sur l’analyse du déficit du commerce extérieur de la France, à l’Assemblée nationale le 25 octobre 2011, Les discours dans l’actualité - Vie-publique.fr

- Communiqué de presse du secrétariat d’Etat chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation, en date du 13 décembre 2011, sur le lancement de l’opération "France savoir-faire" visant à répertorier les artisans et PME industrielles pouvant prétendre au label « Origine France Garantie » et au nouveau dispositif « Indication géographique protégée » , Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie [PDF - 33,8 Ko]

- Union pour un mouvement populaire (UMP) - "Réindustrialiser la France pour sortir de la crise" (15 décembre 2011),

- Mouvement démocrate (MODEM) - Le Projet humaniste, [PDF - 404 Ko]

- Parti socialiste (PS) - Communiqué de presse - "Sallanches, le Président de la désindustrialisation ne peut masquer son bilan" (14 décembre 2011),

- Parti communiste français (PCF) Front de gauche - La Revue du Projet - Alain Obadia, "Une politique industrielle pour un développement émancipateur" (septembre 2011),

- Europe écologie Les Verts - Manifeste pour une société écologique (8 décembre 2011),

- Front national (FN) - Emploi, réindustrialisation et PME/PMI,

- Lutte ouvrière (LO) - Communiqué de presse (14 décembre 2011) - Les illusionnistes du « Made in France »,

- Mouvement des entreprises de France (MEDEF) - 8 propositions pour soutenir et accompagner les TPE-PME-ETI dans leur croissance,

- Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME) - Communiqué de presse (16 novembre 2011) - La CGPME souhaite la mise en place d’un FSI ME ,

- Confédération française démocratique du travail (CFDT) - Approche de la compétitivité française, approuvé en mai 2011 par trois organisations syndicales de salariés (CFDT, CFE-CGC, CFTC) et les organisations d’employeurs (CGPME, MEDEF, UPA), [PDF - 10,79 Ko]

- Confédération générale du travail (CGT) - Déclaration des administrateurs CGT des caisses nationales de Sécurité sociale concernant la création d’un Haut Conseil du financement de la Protection sociale (19 décembre 2011) ,

- Force ouvrière (FO) - Communiqué de presse (22 juillet 2010) - "Une stratégie de réindustrialisation gouvernementale qui justifie les fermetures et les restructurations !",

Rapports
- Rapport d’information de la commission des affaires étrangères sur les faiblesses et défis du commerce extérieur français (novembre 2011), Assemblée nationale

- Rapport d’information de la mission d’information sur la compétitivité de l’économie française et le financement de la protection sociale (novembre 2011), Assemblée nationale

- Conseil économique, social et environnemental - La compétitivité : enjeu d’un nouveau modèle de développement (octobre 2011),

- Rapport d’information fait au nom de la commission des finances sur les participations transférées au Fonds stratégique d’investissement (FSI) (juin 2011), Sénat, Commission des finances

- Sénat - Rapport d’information fait au nom de la mission commune d’information sur la désindustrialisation des territoires - Tome I : rapport (avril 2011), Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

- Rapport au ministre de l’économie : Mettre un terme à la divergence de compétitivité entre la France et l’Allemagne (janvier 2011), Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

- Conseil d’analyse économique (CAE) - Investissements et investisseurs de long terme (août 2010), Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

- Rapport d’Yves Jégo au Président de la République : En finir avec la mondialisation anonyme - La traçabilité au service des consommateurs et de l’emploi (mai 2010), Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

- Etats généraux de l’industrie - Rapport final (2010), Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

- Conseil général des ponts et chaussées - La TVA sociale, pourquoi, comment, et après ? (septembre 2007), Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

Sur la toile publique
- Site archivé des Etats généraux de l’industrie,

- Table ronde sur la réindustrialisation (12 décembre 2011), Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie

- Le recul de l’emploi industriel en France de 1980 à 2007 : quelle est la réalité ? (septembre 2010), Trésor-éco, Lettre n° 77 [PDF - 512,64 Ko]

- Pôles de compétitivité : la moitié des projets de R & D aboutis ont débouché sur un produit ou un procédé de fabrication nouveau (4 Pages n°10 - janvier 2011), Le portail de l’industrie

- Les conséquences de la crise sur l’emploi dans les régions (2010), Institut national de la statistique et des études économiques (Insee)

- Arrêté du 7 juillet 2010 relatif à l’approbation du cahier des charges « aide à la réindustrialisation », Légifrance

- L’industrie française des biens de consommation doit mieux prendre en compte les attentes des consommateurs, Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). Format PDF 999,95 Ko.

- Lilas Demmou - La désindustrialisation en France (juin 2010), Les Cahiers de la DG Trésor – n° 2010-01 [PDF - 1,96 Mo]

- Investissements d’avenir, convention « OSEO » Action : « aide à la réindustrialisation » (8 juillet 2010), Légifrance

- Article 8 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010 relative au programme d’investissements d’avenir, Légifrance

- Circulaire du 4 mai 2009 relative à l’action de l’Etat face aux restructurations industrielles, Premier ministre [PDF - 144,55 Ko]






























