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Enjeu local et national pour des élections de proximité

le 13 02 2008 Archives.

Selon un sondage d’Opinion Way, réalisé en janvier 2008 pour La Chaîne Info (LCI) et le Figaro, 73% des Français interrogés estiment que les élections municipales sont un scrutin sans enjeu national, mais avec un strict intérêt local, tandis que 26% veulent « nationaliser » ces élections.

Dimension locale ou enjeu politique ? Cette distinction qui fait débat à chaque élection municipale pourrait pourtant être récusée dans la mesure où tout scrutin ouvert à des citoyens a une signification politique, et où toute élection municipale, même à Paris, a une dimension locale.

Des élections à dimension locale...

Dominique de Villepin, Premier ministre, justifiait ainsi la réforme du calendrier électoral en 2004 : éviter la saturation de l’électorat en 2007 et bien distinguer les scrutins à vocation nationale (élections législatives et présidentielles) en 2007 de ceux à vocation locale (élections cantonales et municipales) en 2008.

Les maires des 36 683 communes remettent leur mandatMandatDurée d’exercice d’une fonction élective en jeu les 9 et 16 mars. Plus de 30 000 sont à la tête de petites communes qui comptent moins de 2 000 habitants. Il est ainsi difficile de nier le caractère avant tout local des élections. Les électeurs se prononcent d’abord pour un homme ou une femme qui est le plus proche de leurs préoccupations et qui incarne le mieux « la gestion de la cité ». La coïncidence du renouvellement de la moitié des conseils généraux à la même date plaide aussi pour cette dimension locale.

Les électeurs choisissent leurs représentants dans des circonscriptions de taille très réduites, avec parfois quelques dizaines d’électeurs seulement pour quelques représentants. Le conseil municipal émet des vœux sur tous les sujets d’intérêt local. Il vote le budget, il est compétent pour créer et supprimer des services publics municipaux, pour décider des travaux, pour gérer le patrimoine communal, pour accorder des aides favorisant le développement économique. Les décisions d’une mairie ont donc des conséquences très locales : voirie, écoles, crèche, police municipale, fêtes locales, subventions aux associations, vidéosurveillance. Le vote partisan d’électeurs aux scrutins nationaux (présidentielle, législatives) n’est pas forcément identique pour les municipales : un électeur qui vote à gauche aux élections législatives peut voter pour un maire de droite (et vice versa) s’il approuve la gestion de ce dernier. On peut prendre l’exemple de Toulouse située dans un département (Haute-Garonne) et une région (Midi-Pyrénées) fortement ancrés dans une tradition historique marquée à gauche : au deuxième tour de l’élection présidentielle de mai 1995, L. Jospin y recueille 51,7% des suffrages, J. Chirac 48,2% ; un mois plus tard aux élections municipales, D. Baudis (UDF) l’emporte dès le premier tour avec 58,6% des voix.

En 1989, 1995 et 2001, les logiques locales l’ont emporté même si le bilan national s’est traduit différemment selon les contextes de l’époque. Dans la foulée de l’élection de Jacques Chirac au printemps 1995, la droite a consolidé ses positions municipales. En 2001, à l’inverse, la baisse relative de popularité de Lionel Jospin a réduit l’implantation communale de la gauche.

…mais à dimension politique aussi

Les élections municipales étant organisées le même jour dans toutes les communes, elles permettent de mesurer le rapport de force entre les différents partis et entre la majorité gouvernementale et l’opposition. Lors des soirées électorales dans les média, les résultats sont politisés : tous les scrutins locaux sont additionnés et répartis entre majorité et opposition. Le scrutin se transforme ainsi en un test politique national. Certains élus souhaitent que les élections ne soient pas organisées dans toutes les communes le même jour, mais qu’on s’inspire des élections dans les Länder en Allemagne pour écarter cet aspect de score national.

Les municipalités sont également le terrain d’influence des partis. Le scrutin municipal est celui qui mobilise le plus les états-majors des différentes forces politiques. Les élections cantonales sont également un enjeu de pouvoir important en raison des compétences qui ont été transférées aux départements par les lois de décentralisationDécentralisationProcessus consistant pour l’Etat à transférer au profit des collectivités territoriales certaines compétences et les ressources correspondantes. (action sociale et d’insertion, gestion des collèges, grands équipements comme les routes, environnement, sport, culture). Si les listes municipales dans les petites communes n’ont pas toujours de couleur politique affichée (listes dites « d’union » ou de « défense d’intérêts communaux »), dans les grandes villes elles sont approuvées voire décidées dans les instances des partis. Les dirigeants des partis s’expriment sur le choix de telle ou telle tête de liste ou de telle ou telle alliance et peuvent décider de laisser une ville à telle formation, pour en obtenir une autre. Le gain symbolique d’une grande ville est un argument important mis en avant pour légitimer une politique ou délégitimer celle du gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. en place. D’ailleurs, les partis au niveau national impriment aussi leur marque dans les thèmes abordés. Dans son discours de lancement de campagne pour les élections municipales, François Hollande présente 5 engagements défendus par tous aux côtés des engagements locaux. Et l’UMP a élaboré ses 10 engagements pour les élections municipales : « nous sommes convaincus que ce scrutin aura une résonance politique nationale considérable. Et qu’à ce titre, il doit être revendiqué par notre formation », souligne Patrick Devedjian, le 12 janvier 2008.

La grande majorité des grands électeurs qui élisent les sénateurs sont des élus municipaux, ainsi le mode de scrutin de cette assemblée parlementaire contribue à donner aussi une dimension nationale au scrutin municipal.

Ces élections intermédiaires, intervenant entre deux scrutins nationaux (2007 et 2012) peuvent également permettre aux électeurs d’envoyer un message aux gouvernants. Une participation électorale élevée peut alors signifier le rejet d’une politique gouvernementale. Ce fut le cas en 1977 et en 1983, la première fois à l’encontre de V. Giscard d’Estaing et de R. Barre, la seconde à l’encontre de F. Mitterrand et de P. Mauroy.

Le choix d’un maire, des conseillers municipaux et généraux obéit donc à la fois à des critères de gestion locale mais aussi à des jugements partisans influencés par le contexte politique. Les deux dimensions sont en fait indissociables ; mais leur poids respectif varie considérablement dans le temps et dans l’espace.

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