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L’université peut-elle mieux préparer à l’entrée sur le marché du travail ?

le 10 11 2006 Archives.

L'après université, quels débouchés professionnels ?

L’après université, quels débouchés professionnels ? © La Documentation française Photo : Vincent Dubourg

L’accès aux études supérieures a longtemps été considéré comme la garantie d’une insertion réussie dans la vie active. Aujourd’hui pourtant, alors que 50% des jeunes accèdent à l’enseignement supérieur et que 40% y acquièrent un diplôme, on constate que pour nombre d’entre eux l’entrée dans la vie professionnelle reste problématique.

Une insertion professionnelle souvent difficile

La difficulté des jeunes à s’insérer de façon stable dans la vie professionnelle a été pointée dans de multiples analyses et rapports. Chômage, précarité ou emploi sous qualifié étaient au coeur des préoccupations qui se sont exprimées dans la jeunesse au moment de ce qu’on a appelé la crise du CPE (Contrat première embauche). Ce contrat, qui se présentait comme une réponse globale à la question du chômage des jeunes, visait à rendre l’emploi de jeunes plus attractif pour les entreprises en créant pour eux un statut particulier. La jeunesse, dans les universités notamment, a largement refusé ce projet, dans lequel elle voyait un accroissement des risques de précarité, et a contraint les pouvoirs publics à y renoncer.

Les études disponibles justifient souvent les inquiétudes manifestées par la jeunesse étudiante sur son avenir professionnel. Si les élèves des grandes écoles d’un côté et ceux des filières courtes à vocation professionnelle de l’autre accèdent assez vite à un emploi correspondant à leurs qualifications, la situation est beaucoup plus difficile pour ceux qui sortent des filières universitaires générales. L’enquête menée par le CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les emplois et les qualifications) sur le devenir de la génération sortie de l’université en 2001 est significative : 3 ans après leur sortie le taux de chômage des diplômés de l’université était toujours de 11%. En outre 20% des étudiants entrés à l’université en sortent sans aucun diplôme universitaire : ils sont 17% sans emploi 3 ans après leur sortie de l’Université.

C’est dans ces conditions qu’au sortir de la crise du CPE, le gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. optant cette fois pour une approche plus ciblée, a décidé de lancer « un grand débat national sur les liens entre l’université et l’emploi ». Une Commission, installée le 25 avril 2006, présidée par le recteur de l’académie de Limoges, Patrick Hetzel, a été chargée d’organiser ce débat. Une consultation des partenaires sociaux, des organisations étudiantes, des représentants du monde universitaire et du monde économique, au niveau national et au niveau de chaque académie, a été organisée et un forum spécifique sur Internet mis en place. Cette commission après avoir remis un premier rapport d’étape au mois de juin 2006 (pour que certaines mesures proposées puissent éventuellement être prises dès la rentrée universitaire 2006) a rendu public son rapport définitif le 24 octobre 2006.

Les objectifs du débat et les préconisations

Les deux principales questions qui ont occupé les travaux de la Commission ont été celle de l’orientation et celle de la professionnalisation des études.

- La question de l’orientation, associée bien souvent à l’idée de sélection, est soulevée à chaque fois qu’il est question de réformer l’université. Il s’agit d’éviter aussi bien les échecs en premier cycle universitaire que l’encombrement de filières générales dont les débouchés professionnels sont par nature limités (les exemples toujours cités sont ceux de la sociologie et de la psychologie).

L’une des propositions est celle de la préinscription à l’université dès février, le lycéen exprimant alors ses souhaits d’orientation. Une Commission comprenant des représentants des universités et du monde professionnel réunie au niveau de l’établissement donnerait son avis sur les intentions exprimées et une orientation différente serait suggérée après le bac aux élèves dont les choix poseraient problème. Le choix définitif reviendrait cependant toujours à l’élève. L’ensemble de cette séquence, avec la période d’information et de sensibilisation initiée en début de classe terminale, serait celle qui permettrait de constituer ce que les rapporteurs appellent « le dossier unique d’accès à l’enseignement supérieur ». Ce travail sur l’orientation se poursuivrait à l’université et en fin de premier semestre un premier bilan serait fait et pourrait être l’occasion de proposer une réorientation. Pour aider au choix les universités devraient par ailleurs faire connaître les taux de succès par filière de formation.

- La question de la professionnalisation des études est, elle aussi, régulièrement soulevée. Il s’agit de faire en sorte qu’à chaque niveau du parcours universitaire, soient mises en place des formations ayant pour but de faciliter l’insertion dans la vie professionnelle. Ceci vise notamment le niveau de la licence, pour lequel il est proposé que des enseignements concernent les compétences aujourd’hui considérées comme indispensables pour un emploi qualifié : connaissance d’une langue étrangère, maîtrise de l’outil informatique et techniques de recherche d’emploi. Un module professionnel comportant un stage en alternance ou en apprentissage serait aussi obligatoire durant l’année de licence.

- Le développement de l’apprentissage et de l’alternance fait partie des pistes explorées, les entreprises sont sollicitées pour élargir leur champ de recrutement en dehors des grandes écoles et écoles d’ingénieurs, la proposition de lier le financement des universités à leurs résultats en matière d’insertion professionnelle est également faite.

Des mesures rapides, des réactions réservées

C’est en s’appuyant sur les recommandations du rapport Hetzel de la Commission du débat national Université-emploi que le Premier ministre a annoncé le 27 octobre une série de mesures d’application immédiate. Les décisions les plus visibles concernent l’orientation.

Dès cette année, un entretien d’orientation sera proposé aux élèves de 3ème pour permettre une orientation précoce, le système du « dossier unique d’accès à l’enseignement supérieur » sera également mis en place en classe terminale, chaque université devra mettre en place un « service des emplois, stages et carrières"

Pour assurer au plus vite la mise en place de ces mesures un « délégué interministériel à l’orientation » a été nommé qui devra proposer dès le mois de janvier un schéma national d’action aux ministres de l’enseignement supérieur et de l’emploi.

Ces mesures ne font, pour l’heure, pas l’unanimité des acteurs syndicaux. On leur reproche souvent de ne pas prendre toute la mesure matérielle du problème des universités, notamment en terme d’investissement financier. Dans les organisations étudiantes ou d’enseignants, l’accent mis sur les procédures précoces d’orientation fait craindre qu’elles n’ouvrent la voie à des pressions sur les lycéens permettant de mettre en oeuvre une sélection déguisée. Des mesures souhaitées par tous (mise en place d’aide à la recherche d’emploi, par exemple) semblent elles-même insuffisamment financées et souvent même non chiffrées. Les organisations patronales se félicitent de leur côté de la volonté de rapprochement entre les universités et les entreprises, mais regrettent que ne soient pas prises des mesures allant dans le sens d’une "nouvelle gouvernance des universités" qui associerait "universitaires, représentants des collectivités publiques, responsables d’entreprises et personnalités qualifiées".

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