@vous la parole : les gaz de schiste| vie-publique.fr | Actualités

[ Publicité ]
Imprimer

@vous la parole : les gaz de schiste

mis à jour le 29 02 2016

Pour sa collection Doc’en Poche - Entrez dans l’actu, la Documentation française sollicite les internautes de vie-publique.fr pour connaître leurs questions les plus fréquentes sur des thèmes d’actualité. La rubrique "@ vous la parole", qui rassemble les questions des internautes ainsi que les réponses rédigées par la rédaction de Doc’en Poche, est publiée, à la fois, dans l’ouvrage "Parlons gaz de schiste en 30 questions" et sur vie-publique.fr.

Doc’ en poche : Entrez dans l'actu

Toutes les FAQs citoyens

Les roches-mères sont extrêmement compactes, et seules certaines zones de celles-ci peuvent donner lieu à des productions rentables après fracturation : pourquoi ?

Cette question comporte deux aspects.

D’une part, des hétérogénéités existent à l’intérieur même des niveaux de roches-mères proprement dites (roches riches en matière organique). En effet, ce sont des empilages de fines couches de sédiments, dont certaines sont plus poreuses et plus perméables que la moyenne car elles contiennent plus de minéraux non-argileux comme des sables siliceux, de la calcite, de la dolomie. Ces zones à l’intérieur même des roches-mères sont favorables à la production (sweet spots en anglais) et agissent comme des drains pour la circulation du pétrole et du gaz. Ainsi, dans la fameuse région des Bakken Shales (Dakota du Nord et Canada), le niveau dolomitique joue un rôle majeur dans la répartition des zones les plus productives.

D’autre part, des roches compactes mais pauvres en matière organique se trouvent fréquemment au contact des roches- mères, au-dessus ou en dessous. Ce sont des réservoirs compacts (tight reservoirs en anglais), qui peuvent être gréseux, calcaires ou dolomitiques. Souvent, les hydrocarbures des roches-mères adjacentes ont été en partie expulsés vers ces réservoirs : ils ont migré sur une courte distance et sont restés répartis dans ces "épontes". La géologie des roches-mères du Lias dans le Bassin parisien peut laisser espérer l’existence de réservoirs compacts de ce type contenant du pétrole.

Compte tenu de la complexité des phénomènes géologiques, ces deux aspects se combinent parfois, dans une alternance de roches-mères riches en matière organique et de niveaux de roches-réservoirs compactes : c’est le cas des Niobara Shales aux États-Unis.

Lien vers le haut de page

La question des fuites de méthane est régulièrement évoquée. Qu’en est-il ?

Certaines études indiquent que la production de "pétroles et gaz de schiste" s’accompagnent d’importantes fuites de méthane à travers le sous-sol, ou à partir des puits eux-mêmes.

Ce phénomène rendrait ces productions encore plus fortement émettrices de gaz à effet de serre (le méthane étant 30 fois plus dommageable que le gaz carbonique) que le charbon. Mais d’autres études donnent des chiffres 10 à 100 fois plus faibles. Ceci montre que la poursuite de l’étude des fuites de méthane reste prioritaire, pour établir des bonnes pratiques permettant de les éviter ou du moins de les minimiser.

Lien vers le haut de page

En 2013, plusieurs accidents graves ont eu lieu à la suite de déraillements de trains transportant des pétroles de schiste. Ce genre d’accidents peut-il être évité ?

En 2013, deux déraillements de train aux États-Unis et un au Canada ont causé de très importants dégâts. La ville de Lac-Mégantic au Québec a été victimeVictimePersonne qui subit personnellement et directement un préjudice physique, moral ou matériel, du fait d’une infraction pénale. en juillet d’un incendie dévastateur qui a tué 47 personnes et entraîné l’évacuation de 2 000 habitants, suite à la perte de contrôle d’un train transportant du pétrole de schiste en provenance de la formation du Bakken dans le Dakota du Nord. En novembre, un autre incendie à la suite du déraillement d’un train a eu lieu dans l’Alabama aux États-Unis. Fin décembre, un train de fret transportant du pétrole brut a déraillé et explosé dans le Dakota du Nord, provoquant des fumées toxiques et l’évacuation de certaines zones alentour.

Ces graves accidents montrent que le transport de produits pétroliers ou de pétrole léger par chemin de fer ou par camion est dangereux. En cas de déraillement, ceux-ci peuvent s’enflammer, voire exploser. La multiplication par près de 100 du nombre de wagons utilisés aux États-Unis pour transporter des pétroles de schiste entre 2003 et 2013 et l’utilisation fréquente de wagons anciens mal adaptés à ces produits sont la cause de ces accidents. Avec des wagons mis aux normes pour ces produits et des voies ferrées en bon état, leur nombre devrait diminuer. Pour éviter ces transports qui restent dangereux, il faudrait de nouveaux oléoducs… ce qui pose d’autres problèmes.

Lien vers le haut de page

Quels sont les arguments principaux des "pro" et des "anti" gaz de schiste ?

Les arguments de ceux qui sont favorables à l’exploitation des hydrocarbures de roches-mères sont les suivants :

  • diminution des importations d’hydrocarbures, et donc amélioration de la balance des paiements ;
  • créations directes et indirectes d’emplois : plus de 100 000 emplois directs et plus d’un million d’emplois indirects ont été créés aux États-Unis. En France, les créations d’emploi seraient beaucoup plus limitées ;
  • baisse des prix de l’énergie (pétrole, gaz, mais aussi électricité), et donc amélioration de la compétitivité des industries, mais aussi réduction des factures de gaz, de carburant et d’électricité pour les ménages ;
  • diminution des tensions géopolitiques par un affaiblissement du rôle du Moyen-Orient, les pétroles et gaz de roches-mères étant mieux répartis que les réserves d’hydrocarbures conventionnels ;
  • diminution des émissions de gaz à effet de serre : c’est l’un des aspects à la fois les plus importants et les plus contestés.

Les "anti" gaz des schiste opposent les arguments suivants :

  • risques écologiques : pollution des eaux, émissions de gaz à effet de serre liées à la production de ces gaz, risques sismiques, destruction des paysages ;
  • poursuite de la fuite en avant pérennisant les consommations énergétiques abusives. Le modèle de société libérale, capitaliste et productiviste est ici mis en accusation ;
  • détournement de moyens financiers, techniques et humains au détriment des énergies renouvelables, qui seraient la seule voie possible pour un développement durableDéveloppement durableDéveloppement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. ;
  • effet retardateur et négatif pour tous les objectifs de modération des consommations énergétiques : efficacité énergétique des bâtiments et habitations, consommation des automobiles, priorité du rail sur la route. L’exploitation des pétroles et gaz de schiste rendrait plus difficile et plus lente la transition énergétique vers des modes de vie moins "énergivoraces", plus respectueux de la biodiversité, de la qualité de l’air et de l’eau, moins dangereux par rapport aux risques liés aux changements climatiques.
Lien vers le haut de page

En Europe, où en sont les différents pays membres de l’Union européenne ? Existe-t-il une position officielle de l’UE ?

Dans l’Union européenne (UE), la politique énergétique est restée de la compétence des États. En dehors de l’impact sur le secteur de l’énergie des attributions qui sont de son ressort (transport, concurrence…), elle ne peut qu’émettre des recommandations et définir des objectifs.

Le 22 janvier 2014, la Commission européenne a adressé une recommandation non contraignante aux États membres. Elle reconnaît les risques liés à l’extraction des gaz de roches-mères, s’appuyant sur des rapports d’experts qui "sont d’accord pour dire que les gaz de schiste équivalent à un impact environnemental cumulé supérieur, par comparai- son, à celui de l’extraction de gaz conventionnel". Toutefois, elle ne fixe que des "principes communs minimaux" dans le but d’harmoniser les conditions d’extraction. Elle préconise notamment une évaluation approfondie de l’impact environnemental de chaque projet. Elle précise les critères auxquels doivent répondre les techniques d’extraction employées. Elle propose une politique de transparence et d’information des riverains quant aux produits utilisés.

Cette position s’explique par les opinions divergentes des différents États membres de l’UE. Certains pays sont engagés en faveur des gaz de schiste, comme la Pologne, la Roumanie, la Hongrie et la Grande-Bretagne. En Allemagne, à la suite des élections de novembre 2013, les deux partis de la coalition au pouvoir se sont mis d’accord sur un moratoire. Il suspend les opérations de fracturation hydraulique, qui jusqu’alors étaient déjà interdites dans les zones d’eau protégées et de sources minérales. La France et la Bulgarie, quant à elles, empêchent de facto la recherche et l’exploitation de ces hydrocarbures en ayant interdit l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Lien vers le haut de page

Les coûts de production des gaz et pétrole de schiste sont un frein à leur exploitation. De futurs progrès techniques pourraient-ils les rendre rentables ?

L’exploitation des ressources, conventionnelles ou non conventionnelles, est toujours limitée par des considérations économiques. On extrait d’abord la partie la plus facile à produire, donc la moins chère, et progressivement sont exploitées des ressources de plus en plus difficiles à produire, donc de plus en plus chères. Ceci est vrai quand on passe de la production de réserves conventionnelles à celle de réserves non conventionnelles, mais aussi à l’intérieur de chacune de ces deux familles d’hydrocarbures.

Pour les gaz et pétroles de schiste, on peut tout d’abord espérer améliorer le pourcentage des puits productifs – c’est ce qu’on appelle le "taux de succès" – par les progrès de la sismique (la prospection sismique permet de visualiser les structures géologiques grâce à l’analyse des échos d’ondes sismiques). On peut aussi augmenter le taux de récupération, et donc les volumes produits, des puits producteurs, par exemple par les progrès des techniques de fracturation.

Lien vers le haut de page

L’exploitation des gaz de schiste risque-t-elle d’enflammer nos robinets ?

Le film "Gasland" a montré nombre d’images de robinets en flammes, mais les études scientifiques ont établi que ce phénomène n’avait pas de lien avec l’exploitation des gaz de schiste. Ce risque ne doit pas être confondu avec des émanations de gaz biogénique qui sont connues de longue date. Il s’agit soit de gaz des marais, soit de gaz liés à de la tourbe ou des charbons peu profonds. De telles émanations peuvent contaminer l’eau de certains puits. Certes le risque de contamination par des forages de gaz de schiste est théoriquement possible ; mais à ce jour, sur plus de 100 000 puits exploités aux États-Unis, il ne semble y avoir eu aucun accident de ce type. Lien vers le haut de page

La fracturation hydraulique engendre-t-elle directement des tremblements de terre ou déstabilise-t-elle suffisamment la zone pour en provoquer ?

La fissuration d’une roche par un fluide sous pression émet sous terre une multiplicité de micro-ondes sismiques. Ce sont des ondes de très faible énergie. Arrivées en surface, elles donnent de très légers tremblements, difficilement perceptibles (équivalent à ceux du métro dans les rues de Paris), qui ne peuvent pas créer de dégâts en surface. Les incidents rapportés, sur plus de 100 000 puits fracturés, sont dus à des négligences dans les implantations des puits ou dans la pratique des fracturations.

Ainsi des tremblements de terre de magnitude plus élevée (exemple : 5,7 à Prague dans l’Oklahoma aux États-Unis en 2011) sont rapportés par la presse. Ils seraient dus à l’injection dans le sous-sol de fluides de fracturation – mélange d’eau, de sable et d’adjuvants chimiques – usés et dont il faut se débarrasser. Ces fluides sont souvent réinjectés dans de vieux puits. Ces séismes ne sont donc pas provoqués directement par la fracturation hydraulique mais par l’injection dans le sous-sol des fluides usés issus de cette fracturation.

Lien vers le haut de page

Mots clés :

Rechercher