@vous la parole : le nucléaire| vie-publique.fr | Actualités

[ Publicité ]
Imprimer

@vous la parole : le nucléaire

mis à jour le 16 02 2016

Pour sa collection Doc’en Poche - Entrez dans l’actu, la Documentation française sollicite les internautes de vie-publique.fr pour connaître leurs questions les plus fréquentes sur des thèmes d’actualité. La rubrique "@ vous la parole", qui rassemble les questions des internautes ainsi que les réponses rédigées par la rédaction de Doc’en Poche, est publiée, à la fois, dans l’ouvrage "Parlons nucléaire en 30 questions" et sur vie-publique.fr.

Doc’ en poche : Entrez dans l'actu

Toutes les FAQs citoyens

L’EPR, une chance ou un gouffre pour le nucléaire français ?

L’EPR (European Pressurized Reactor) de "troisième génération". Il devrait remplacer les actuels réacteurs de "deuxième génération", en attendant ceux « de quatrième génération », beaucoup plus performants. Il a été développé dans la décennie 1990 par Siemens en Allemagne et Framatome (aujourd’hui Areva) en France, mais Siemens s’est retiré par la suite. La première commande d’un EPR fut faite par l’entreprise finlandaise TVO pour le troisième réacteur de la centrale d’Olki- luoto. Elle fut suivie d’une commande en France (Flamanville 3), puis de deux en Chine. D’autres sont actuellement en cours de négociation.

Si la construction des deux EPR chinois s’est déroulée comme prévu, les projets finlandais et français ont pris un notable retard – neuf ans pour le premier et six ans pour le second avec une mise en service pas avant 2018 pour les deux –, ce qui devrait permettre aux EPR chinois de démarrer avant.

Ces retards se sont accompagnés d’importantes dérives du coût. Estimé à l’origine à 3,3 milliards d’euros, le coût de l’EPR de Flamanville atteint aujourd’hui les 9 milliards d’euros. Ces retards et dérives ne sont pas exceptionnels pour les "têtes de série" d’une nouvelle filière nucléaire et ne devraient a priori pas remettre en cause l’avenir de ce type de réacteur.

Toutefois, en avril 2015, un communiqué de presse de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu publique l’existence de défauts d’homogénéité de l’acier du couvercle et du fond de la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville. De nouveaux essais devraient être menés par Areva. En juin 2015, des inquiétudes sont apparues également concernant les soupapes de sûreté du circuit primaire. L’IRSN va rendre un avis technique à l’ASN sur ces équipements.

Lien vers le haut de page

Comment la filière nucléaire va-t-elle être réorganisée entre Areva et EDF, et pourquoi ?

Areva est une société créée en 2001 par la réunion de Framatome, constructeur de réacteurs, et de Cogema assurant la fourniture du combustible nucléaire et le retraitement des matières irradiées. EDF est propriétaire et exploitant du parc français de 58 réacteurs. Il a donc été le principal "client" d’Areva. EDF est aussi l’architecte industriel et le maître d’œuvre du parc.

Or depuis quelques années, Areva connaît des difficultés de gestion et à l’exportation. En effet, sans jamais avoir été maître d’œuvre, l’entreprise a conduit depuis 2005 le chantier de l’EPR finlandais à Olkiluoto, qui a accumulé les retards et les dépassements de coûts. En 2009, Abou Dhabi a finalement décliné l’offre française sans EDF au profit de l’offre coréenne de Kepco pour la construction de ses premières centrales nucléaires. C’est pourquoi le GouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. français a tenu à revoir complètement la structure de l’industrie nucléaire, particulièrement pour relancer les exportations de centrales.

Si tout n’est pas, à ce jour, entièrement figé, il apparaît que l’on s’oriente vers un rattachement à EDF d’Areva NP (Nuclear Power), c’est-à-dire approximativement l’ex-Framatome. Si une "mission d’ingénierie d’envergure" pour EDF est prévue, le problème de l’interlocuteur français pour l’EPR finlandais reste à préciser.

Le gouvernement doit également régler le problème de la dette colossale – 5,8 milliards d’euros au 31 décembre 2014 – constituée par Areva ces dernières années.

Lien vers le haut de page

Où en est-on concernant la fermeture de la centrale de Fessenheim ?

En septembre 2012, François Hollande s’était engagé à fermer la centrale de Fessenheim, la plus ancienne en France (démarrée en 1977), d’ici fin 2016. Mais, à l’été 2015, les (longues) procédures administratives nécessaires n’ont pas débuté. La fermeture de la centrale a été à nouveau évoquée dans le cadre du projet de loiProjet de loiProjet de texte législatif déposé au Parlement à l’initiative du gouvernement. sur la transition énergétique qui prévoit un plafonnement de la puissance du parc nucléaire. Selon le niveau choisi, la future mise en service de l’EPR de Flamanville impliquerait l’arrêt de réacteurs plus anciens, comme ceux de Fessenheim. Par ailleurs, fin février 2015, le réacteur 1 a été arrêté en raison d’un défaut d’étanchéité sur une tuyauterie située hors zone nucléaire, relançant ainsi le débat sur son arrêt.

Outre son âge, deux risques ont été mis en avant : la zone est sismique et exposée à des risques d’inondation car située en contrebas du Grand Canal d’Alsace. Néanmoins, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a autorisé la poursuite de l’exploitation sur dix ans supplémentaires du réacteur 1 en juillet 2011 et du réacteur 2 en avril 2013, à condition que des travaux de modernisation soient réalisés. Il s’agit du renforcement du radier – le socle en béton devant retenir les produits radioactifs en cas de fusion du cœur – et de l’installation d’une source de refroidissement de secours.

Depuis fin 2012, un délégué interministériel à la fermeture de la centrale nucléaire et à la reconversion du site de Fessenheim a été mis en place. Il doit préparer et coordonner ces opérations sous la responsabilité du ministre chargé de l’énergie.

Lien vers le haut de page

Combien de temps faudrait-il pour sortir du nucléaire ?

Sortir du nucléaire suppose de remplacer les centrales nucléaires qui seront arrêtées par d’autres centrales.

S’il s’agit de centrales à combustible fossile, notamment à gaz, l’investissement sera relativement modeste, mais le coût du combustible et ses nuisances (émissions de CO2) seront importants.

S’il s’agit de centrales éoliennes ou solaires, l’investissement à faire sera beaucoup plus conséquent, d’une part pour construire les machines et, d’autre part, pour développer les techniques de stockage de l’électricité nécessaires pour pallier une production intermittente de ces énergies et obtenir un niveau constant de production.

Par ailleurs, que l’on reste dans le nucléaire ou qu’on en sorte, il faudra diminuer les consommations d’énergie, par exemple par une meilleure isolation des bâtiments. Cela aussi nécessitera d’importants budgets. Dans les deux cas, il faudra également prévoir les dépenses pour le démantèlement des installations obsolètes et le conditionnement des déchets nucléaires.

Il est clair que de telles dépenses ne pourront pas être engagées sur une courte période, même si la conjoncture économique que nous connaissons aujourd’hui s’améliore. L’Allemagne, qui pourtant fait trois fois moins appel que la France au nucléaire (27 % contre 74 % en 2010), s’est donnée une dizaine d’années pour sortir du nucléaire (sortie pourtant déjà préparée depuis dix ans). La Suisse, qui fait appel au nucléaire pour 38 %, s’est accordée dix ans de plus. Si la France prenait la décision d’abandonner l’énergie nucléaire, il faudrait sans doute attendre autour de 2050 pour voir l’arrêt des derniers réacteurs.

Lien vers le haut de page

Quelle est la proportion du nucléaire dans la fourniture d’énergie et d’électricité en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Inde, en Chine et aux États-Unis ?

Les derniers chiffres disponibles pour l’ensemble des pays datent de 2008. Dans les deux tableaux suivants, la consommation inclut celle de l’industrie de production d’électricité.

Consommations finales d’énergie et d’électricité

Consommations finales d’énergie et d’électricité en 2012
Pays Population(millions d’habitants) Consommation finale d’énergie (kep/habitant)* Consommation finale d’électricité (kWh/habitant)* Rapport électricité/énergie (%)
France 65 2 487 7 368 25,5
Allemagne 82 2 698 7 137 22,7
Royaume-Uni 64 2 009 5 451 23,3
Inde 1 237 414 760 15,8
Chine 1 358 1 260 3 488 23,8
États-Unis 314 4 775 12 947 23,3
Monde 7 037 1 276 2 972 20,0

* Pour calculer le rapport entre la consommation d’électricité et la consommation d’énergie, on utilisera les conversions suivantes en mégajoules (1 mégajoule [MJ] = 1 million de joules) : 1 kilogramme équivalent pétrole (kep) = 41,868 MJ, 1 kilowattheure (kWh) = 3,6 MJ. Source : AIE, 2014.

En ce qui concerne la part du nucléaire, on ne peut pas raisonner sur la consommation d’électricité qui dépend de la production nationale mais aussi des échanges avec les pays voisins. On peut voir, par exemple en comparant la France et l’Allemagne, que la distinction est importante. Noter aussi qu’il y a des pertes d’électricité durant son transport.

Le nucléaire dans la production d’électricité en 2013

Le nucléaire dans la production d’électricité
Pays Consommation électrique (TWh) Production électrique totale (TWh) Production électrique nucléaire (TWh) Part du nucléaire (%)
France 482 545 408 75
Allemagne 585 583 94 16
Royaume-Uni 347 354 64 18
Inde 940 820 30 4
Chine 4 737 4 658 93 2
États-Unis 4 069 4 062 771 19
Monde 20 915 21 511* 2 347 11

* Y compris les pays n’ayant pas de centrale nucléaire Source : AIE, 2014, pour la consommation et CEA, Élecnuc, 2013, pour les chiffres de production.

Lien vers le haut de page

La France peut-elle se passer du nucléaire civil sans voir sa force de dissuasion mise en péril ?

La France peut se passer du nucléaire civil sans voir sa force de dissuasion mise en péril. En effet, un arsenal nucléaire repose sur la possession de trois matières "stratégiques" : l’uranium enrichi 235 et le plutonium 239 pour les bombes A (comme atomique), qui utilisent la fission, et le tritium pour les bombes H (pour hydrogène), plus modernes, utilisant la fusion.

Or la France a produit une quantité suffisante d’uranium 235 et de plutonium 239, grâce respectivement à l’usine de Pierrelatte et aux réacteurs de la filière UNGG (uranium naturel- graphite-gaz) de Marcoule. Ces installations sont aujourd’hui définitivement fermées ou même démantelées. En revanche, pour le tritium, il est nécessaire de continuer à en produire car il disparaît relativement rapidement, sa période (temps au bout duquel sa radioactivité est réduite de moitié) étant de douze ans.

En France, les réacteurs de la Direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) en fabriquent par irradiation de lithium. Ces réacteurs ne seraient évidemment pas concernés par une "sortie du nucléaire" (civil).

La dissuasion nucléaire est un principe stratégique : prévenir toute agression majeure d’un ennemi potentiel en le menaçant de dommages inacceptables. Ainsi l’arsenal nucléaire d’un pays modeste comme la France est-il susceptible de dissuader toute attaque même d’une grande puissance dotée d’un arsenal très supérieur.

La dissuasion repose sur des armes nucléaires et sur des vecteurs pour les transporter jusqu’au point d’impact. Les premiers vecteurs furent des avions (comme Enola Gay pour Hiroshima et Bockscar pour Nagasaki), puis des missiles basés au sol. Aujourd’hui, on préfère les sous-marins lanceurs d’engins (missiles) pratiquement indétectables.

Dans certains pays, on peut craindre le détournement d’usines d’enrichissement de l’uranium et de retraitement des combustibles irradiés pour produire des matières nécessaires aux bombes A. Une sortie du nucléaire civil dans ces pays, impliquant un arrêt de ces usines, réduirait ce risque potentiel de "prolifération" des armes nucléaires.

Lien vers le haut de page

Qu’est-ce que le mox ?

Le mox est un mélange d’uranium et de plutonium recyclés pouvant servir de combustible dans le cœur des réacteurs. En effet, le combustible nucléaire doit être renouvelé avant que la matière fissile nécessaire à la réaction en chaîne soit totalement épuisée. On peut décider de retraiter le combustible usé. Cela permet de séparer des déchets nucléaires proprement dits les matières réutilisables, l’uranium qui contient encore un peu d’isotope 235 et le plutonium. L’uranium peut être ré-enrichi et recyclé. Le plutonium pourra servir de matière fissile dans les cœurs des réacteurs à la place de l’uranium 235. En pratique, on le mélange avec de l’uranium naturel, ou appauvri (sous-produit de l’usine d’enrichissement), ou encore issu du retraitement de combustibles irradiés. Ces deux matériaux, uranium et plutonium, s’utilisent sous la forme d’oxydes, d’où la dénomination de "mox" (mixed oxide, c’est-à-dire oxyde mixte).

Aujourd’hui, 20 réacteurs à eau sous pression (REP-900) utilisent du mox à raison d’un tiers des assemblages combustibles. Ces réacteurs ne peuvent pas être entièrement chargés en mox car ils n’ont pas été conçus pour cela à l’origine. L’EPR, en revanche, pourra être chargé complètement en mox.

Le mox des REP est fabriqué dans l’usine Mélox de Marcoule. Sa capacité de production maximale est de 250 tonnes par an. Actuellement, elle en fournit environ 150 tonnes par an avec des teneurs massiques de plutonium entre 3 et 11 %.

Lien vers le haut de page

Mots clés :

Rechercher