Patrimoine culturel et environnement : un enjeu collectif ?
Quelques dates clés
1830 : Création du poste d’Inspecteur général des monuments historiques.
1er décembre 1959 : Signature du traité de Washington accordant un statut protecteur à l’Antarctique.
Janvier 1971 : En France, création du premier ministèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de l’Environnement.
16 novembre 1972 : Adoption par la 17e conférence générale de l’Unesco de la convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel (812 biens inscrits en septembre 2005, dont 628 biens culturels, 160 naturels et 24 mixtes, situés dans 137 États).
1972 : Publication du rapport Meadows " Halte à la croissance " pour le Club de Rome, qui alerte sur les risques que l’expansion économique fait courir à la terre.
3- 14 juin 1992 : Conférence des Nations unies à Rio (Sommet de la Terre) sur l’environnement et le développement.
1er- 12 décembre 1997 : Conférence de Kyoto sur les changements climatiques. Adoption d’un protocole dit " protocole de Kyoto " qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Mars 2001 : En Afghanistan, destruction par le régime des talibans des Bouddhas de Bâmiyan, classés patrimoine mondial de l’UNESCO.
16 février 2005 :
Entrée en vigueur du protocole de Kyoto de 1997 après sa ratification par 141 pays.
Quelques pistes de réflexion
Patrimoine culturel, patrimoine naturel
Le patrimoine constitue un héritage à transmettre, la notion acquérant un sens de plus en plus international.
- Le patrimoine culturel. Au XIXe siècle, apparaît l’idée que les monuments peuvent avoir une valeur scientifique, culturelle ou affective. Pour Victor Hugo, "les monuments appartiennent à leur propriétaire, leur beauté à tout le monde". Mais alors, comment identifier ces monuments ? Comment articuler la protection et le renouvellement, notamment architectural ? Comment préserver des monuments sans les défigurer ?
- Le patrimoine naturel. Pendant longtemps prévaut l’idée que l’homme est "maître et possesseur de la nature" (Descartes). Par son travail, l’homme domestique la nature tout en vivant d’elle : la civilisation est incarnée par les villes. Mais, cette volonté de maîtrise provoque aussi un mouvement de recherche tourné vers la connaissance de la nature. Le respect de la nature est alors une préoccupation surtout scientifique. Avec le second XXe siècle apparaît un nouvel enjeu : comment intégrer l’homme à la nature ? Il faut apprendre à connaître et respecter les écosystèmes : c’est l’écologie. L’inquiétude pour la fragilité de l’environnement s’explique par la détérioration massive et accélérée de la planète et est relayée par les médias. C’est l’ensemble de la biosphère qui se trouve menacé. Il en va de même des paysages, élevés au rang de patrimoine.
- Ces patrimoines s’internationalisent et s’universalisent. Ils appartiennent à la planète toute entière, mais aussi autant aux générations à venir qu’à celles d’aujourd’hui (droit des générations futures). Ceci justifie l’instauration de mécanismes de protection. L’ensemble de la communauté internationale doit se mobiliser pour en assurer la conservation.
Les dispositifs de protection
- Le patrimoine culturel, en France, est pris en compte dès le XIXesiècle avec la création du concept de monument historique fait l’objet d’un inventaire national et de mesures de préservation (cf. Viollet-le-Duc). Le succès des Journées annuelles du patrimoine démontre la sensibilisation du public à cette question.
- Pour le patrimoine naturel, les États ont tenté de mettre en place des dispositifs nationaux et la communauté internationale essaie aussi de se mobiliser. Au Sommet de la Terre à Rio en 1992, 172 États se sont accordés sur une définition du droit de développement, qui " doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures. " (principe 3), et sur 2 500 recommandations pour le XXIe siècle. Le 16 février 2005, le protocole de Kyoto est entré en vigueur car, avec la signature de 141 pays, le minimum requis de 55 États représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre était réuni. Il prévoit une baisse des émissions de ces gaz entre 2008 et 2012. Ainsi, les 34 pays industrialisés qui ont ratifié l’accord sont obligés de baisser de 5,2 % en moyenne leurs émissions de CO2 et de cinq autres gaz réchauffant l’atmosphère. Les États-Unis et l’Australie, bien que représentant plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre du monde industrialisé, ne sont pas concernés car ils n’ont pas ratifié l’accord. Les 107 pays en développement qui ont ratifié le protocole ont une obligation d’inventaire des émissions polluantes.
- Enfin, sous l’égide de l’Unesco se met en place en 1972 l’idée de "patrimoine mondial de l’humanité". Elle se justifie par la nécessité de préserver certains sites des destructions et s’inscrit aussi dans le contexte de l’essor de l’industrie touristique. Le tourisme permet à tous de profiter des richesses patrimoniales mondiales, mais comporte aussi le risque de les fragiliser. D’où la nécessité d’une protection des monuments, comme des paysages.
Obstacles et menaces sur le patrimoine
- La mise en cause des sociétés industrielles et de leur mode de fonctionnement se heurte aux intérêts et aux habitudes. La nécessité de protéger l’environnement met en question la liberté du propriétaire. Elle conteste l’industrialisation et semble appeler des modifications des structures économiques et des modes de raisonnement, d’où le débat autour du principe pollueur-payeur entre pays riches et sous-développés. De même, il est difficile de faire passer l’idée que la conservation du patrimoine peut contribuer au développement durableDéveloppement durableDéveloppement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs., qualitatif, économique et social.
- La protection se heurte aussi à la Souveraineté des États. Les États veulent pouvoir détruire ou construire comme ils l’entendent, exploiter les richesses naturelles à leur rythme.... De plus, comment faire respecter une interdiction internationale, dans la mesure où un Etat est toujours maître chez lui ?
- Se posent le problème de la prise de décision. Qui a la légitimité pour imposer des restrictions à l’activité humaine en demandant la protection de tel monument ou site naturel ? Ceci renvoie à la question du rôle des experts : certains biens auront un intérêt plus affectif qu’architectural, et certains comportements, différents types de répercussions sur l’environnement. L’identification et la spécification des œuvres et paysages sont souvent un processus en rapport avec le choix de valeurs. Quand ces valeurs ne sont pas partagées par tous les États, que faire ?
- Pour que l’action politique et la communauté internationale puissent mener à bien la protection du patrimoine, il faut donc librement s’accorder sur des constats appuyés sur la mémoire collective, la conscience du passé, le développement durable et prévoir les moyens de faire appliquer les décisions.
Exemples concrets
L’Antarctique
Signé par 26 États (44 aujourd’hui) représentant les ¾ de la population mondiale, le traité de Washington fixe le statut de l’Antarctique, unique en son genre. Il pose trois principes : gel des revendications territoriales entre les États, absence de présence militaire et nucléaire, décision de réserver le continent à la recherche scientifique. Leur respect pendant quarante ans a permis de préserver le continent et de soutenir la recherche. Cependant , le développement de la pêche et du tourisme, les conséquences de la présence humaine (bâtiments, déchets, pistes, etc.) et le souhait d’exploiter les richesses minérales du continent risquent de remettre en cause cet équilibre. Un protocole additionnel, signé à Madrid le 4 octobre 1991, a décidé de faire de l’Antarctique une " réserve naturelle consacrée à la paix et la science " sans résoudre tous les problèmes. La protection de l’Antarctique constitue donc un bon exemple d’une gestion internationale au profit de l’humanité.
Abu Simbel
En 1956, le gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. égyptien décide la construction d’un barrage sur le Nil près d’Assouan, afin d’irriguer les champs plus régulièrement et de produire de l’électricité. Ce projet condamnait le temple d’Abu Simbel à être recouvert par le lac de retenue. À la demande de l’UNESCO, des ingénieurs de différents pays ont découpé le temple à la scie et numérotés les blocs afin de le reconstituer plus haut sur le flanc de la même montagne. La roche a été retravaillée afin de lui donner le même aspect qu’à l’origine et le temple a été disposé de façon à ce que le soleil puisse atteindre le sanctuaire du temple à une date fixe, comme dans le bâtiment d’origine.
mis à jour le 30 05 2006
Liens
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