Le fonctionnement de l’institution judiciaire est constamment placé sous le signe du rite : les costumes, les symboles, les formules, l’architecture y sont codifiés, au point de sembler parfois ridicules aux yeux de l’individu contemporain. Pourtant, le rituel judiciaire possède une fonction fondamentale.
- Le mécanisme de tout procès consiste en effet à convertir un conflit, parfois violent, en paroles sensées : cette démarche n’est pas naturelle, et elle nécessite d’avoir recours à certains artifices pour réussir. Le formalisme de la procédure permet ainsi de distribuer la parole, de rendre le débat possible en aménageant à chacun une position stable, de chasser la violence pour laisser place au discours. L’agressivité initiale fait en quelque sorte l’objet d’une conversion, dans le cadre structuré de l’audience.
- Le rituel vient également rappeler que ce qui se joue au cours d’un procès dépasse la réalité concrète de ses protagonistes : le costume porté par les magistrats permet par exemple de marquer la distance entre leur individualité et la fonction qu’ils occupent. Le rituel est ainsi le moyen de garantir à la justice son autorité : il possède la fonction paradoxale de rendre sensible (par le recours aux symboles) la distance qui nous sépare de la loi et qui en fonde la grandeur.
- Cependant, ces différents rites judiciaires sont aussi fragiles que la finalité qu’ils poursuivent : ils sont menacés par leur propre folklore, et par le ridicule d’un formalisme judiciaire qui tournerait à vide et serait dépourvu de toute signification.






























