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L’Union européenne est-elle une grande puissance ?

le 6 08 2010

La question de la puissance de l’Union européenne (UE) renvoie à son poids dans le monde. Dès lors apparaît la dichotomie entre son poids économique et son poids diplomatique, politique et militaire. Peut-on encore qualifier l’UE, ce « géant économique », de « nain politique » ?

1. L’UE, première puissance commerciale du monde

Avec seulement 7,3 % de la population mondiale, l’Union européenne est de loin la première puissance commerciale au monde. Même sans compter les échanges intracommunautaires, elle occupe largement la première place dans les échanges mondiaux. Elle est la première exportatrice de services, loin devant les États-Unis, ce qui n’est pas négligeable dans un monde où le secteur tertiaire tient une place éminente. L’UE constitue par ailleurs un pôle économique de toute première importance avec un PIB supérieur à celui des États-Unis. Pourtant, malgré ce poids économique considérable, l’Union européenne peine à devenir une grande puissance politique.

2. L’UE, nain politique ?

Le rapport de l’Union européenne à la puissance, au sens politique du terme, est complexe et trouve ses racines dans les débuts même de la construction européenne.

2.1 L’Europe et la puissance

Lorsque la France propose le 9 mai 1950 la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, elle le fait certes au nom de la paix et de la réconciliation franco-allemande, mais aussi avec des arrière-pensées de puissance. Pour elle, la construction d’une Europe unie est un moyen de retrouver une puissance perdue à travers les deux guerres mondiales, et notamment la seconde. Derrière le projet de la France se cache donc des ambitions claires : prendre le leadership d’une Europe capable de peser dans le monde. Or, ses partenaires ne sont pas du tout en phase avec ces ambitions. Pour la RFA, la construction européenne est un vecteur de réhabilitation. Mais elle est également un garde-fou contre des velléités de puissance qui pourraient se manifester à l’avenir. L’Allemagne a peur d’elle-même et l’Europe unie est un moyen de se prémunir contre ses propres démons. Il existe donc chez elle une méfiance vis-à-vis de la puissance, qui mène souvent à l’affrontement entre les nations. Les pays du Benelux partagent cette méfiance tant ils ont eu à subir à travers l’histoire la puissance de leurs deux grands voisins. Pour eux, l’Europe constitue un rempart contre les débordements des puissances française et allemande. Ils préfèrent sans conteste la tutelle américaine, lointaine, peu menaçante et protectrice, plutôt que celle de la France et de l’Allemagne au sein d’une Europe politique. La France est donc le seul pays pour lequel l’Europe représente un vecteur de concurrence face à la super-puissance américaine. Ces ambiguïtés et ces méfiances expliquent en grande partie l’échec de l’Europe politique jusqu’à nos jours.

2.2 Le tournant de 1989

La fin de la Guerre froide marque un tournant pour l’Europe politique. La menace que faisait peser l’URSS sur l’Europe détournait les Européens, Français mis à part, d’une volonté de puissance. Une organisation du « Vieux continent » sur le plan diplomatique et militaire risquait d’entraîner un désengagement des Américains en Europe. Or, aucune défense européenne ne pouvait rivaliser mieux que celle de l’Amérique avec la puissance soviétique. L’effondrement du bloc de l’Est fait au contraire planer le doute sur le maintien d’un engagement américain fort en Europe. De plus, les guerres réapparaissent sur le continent, rendant nécessaire une réflexion sur la création d’une Europe politique. Ceci explique en partie la naissance du second pilier de l’UE dans le traité de Maastricht : la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Une coopération intergouvernementale est prévue en matière de diplomatie et de défense, afin de permettre aux Européens de réagir lorsqu’un conflit comme celui de Yougoslavie se présente à leurs portes et de pouvoir faire entendre leur voix face à l’hyper-puissance américaine.

2.3 Les déceptions de la PESC

Pourtant, la PESC s’avère difficile à mettre en œuvre et la guerre en Bosnie en est une illustration criante. De même, si les Européens avaient été associés au processus d’Oslo, visant au règlement de la question israélo-palestinienne, leur influence sur ce dossier est devenue ensuite bien faible. L’UE peine donc à s’affirmer comme une puissance politique qui compte dans le monde. Ceci s’explique par les divergences d’approche entre États membres, entre les atlantistes et les autres, favorables à une véritable émergence de l’Europe sur la scène mondiale. En outre, une politique étrangère doit s’appuyer sur une capacité de défense qui fait défaut à l’UE. Les forces armées de la plupart de ses membres sont intégrées dans l’OTAN, tandis que certains sont neutres et souhaitent le rester (Irlande, Autriche, Suède, Finlande, Malte).

En outre, deux pays disposent d’une force de frappe nucléaire (France et Royaume-Uni), ce qui rend difficile une harmonisation des stratégies militaires. Enfin, l’UE se trouve dans un contexte budgétaire difficile, qui pèse sur les dépenses militaires. Pour toutes ces raisons, la PESC s’avère encore un échec, dont la récente guerre en Irak en 2003 a révélé l’ampleur. Les Européens se sont montrés incapables d’afficher une position commune, ce qui constituait pourtant la base de la PESC. Parler d’une seule voix semble donc encore impossible, alors comment imaginer agir militairement ensemble ?

2.4 Les limites d’un “soft power” ?

La potentialité pour l’Europe de faire entendre sa voix dans le monde réside sans doute aujourd’hui dans son approche multilatérale des relations internationales et dans sa volonté de faire respecter le droit international. L’ensemble des relations extérieures de l’Union constitue une sorte de diplomatie européenne. En outre, elle propose aux pays tiers un modèle, celui de l’intégration régionale, que d’autres parties du monde peuvent tenter de reproduire (comme le Mercosur en Amérique latine par exemple).

En revanche, sa capacité d’intervention est limitée. L’Union européenne est plus à l’aise pour gérer les conflits dans les opérations civiles que dans l’envoi de troupes. Sa puissance militaire est encore à construire. Par ailleurs la dépendance énergétique de l’Europe la rend vulnérable et pousse chaque pays membre à jouer un jeu national. Dans ce contexte, la relation avec l’OTAN et les Etats-Unis reste déterminante.

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