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L’Union européenne est-elle une grande puissance ?

le 11 novembre 2018

Une puissance économique indiscutable

Première puissance économique du monde entre 2005 et 2014, l’UE représentait cette année-là 23,64 % du PIB mondial contre 22,37 % pour les États-Unis. Depuis 2015, elle occupe le deuxième rang, derrière les États-Unis, avec 22 % du PIB mondial.

Avec seulement 7 % de la population du globe, l’Union a longtemps été la première puissance commerciale devant la Chine et les États-Unis. Cependant, son poids est en baisse depuis la crise de 2008, date à laquelle elle représentait encore plus de 30 % du PIB mondial. Elle est passée aujourd’hui derrière la Chine et les États-Unis, si on exclut le commerce intracommunautaire.

Il n’en reste pas moins que, forte de ses 511 millions d’habitants en 2017, l’UE jouit d’une puissance économique indiscutable. En effet, elle est la première exportatrice de biens et de services, devant les États-Unis et la Chine, et sa balance commerciale est positive, contrairement à celle de son partenaire américain. De plus, la montée en puissance de l’euroEuroMonnaie unique de plusieurs Etats membres de l’Union européenne qui forment la zone euro. comme monnaie d’échange et de réserve concurrente du dollar, ainsi que son taux de change fort par rapport à ce dernier ont constitué, avant 2010, un atout pour la place internationale de l’UE. L’euro demeure encore, après une décennie de turbulences monétaires, la deuxième monnaie mondiale.

Un rapport complexe à la notion de puissance

Pourtant, malgré ce poids économique considérable, elle joue un rôle négligeable sur la scène internationale. Souvent caricaturée comme un géant économique mais un nain politique, l’UE semble peiner à transformer sa force économique en influence diplomatique. Il n’existe en effet pas à proprement parler de politique étrangère européenne, chaque État membre de l’Union conservant une entière souveraineté dans la conduite de sa politique étrangère.

Cette dichotomie entre le poids économique de l’UE et sa place sur la scène politique internationale s’explique en grande partie par le rapport complexe qu’elle entretient avec la notion même de puissance et qui trouve ses origines dans les débuts de la construction européenne.

Lorsque la France propose le 9 mai 1950 la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, elle le fait certes au nom de la paix et de la réconciliation franco-allemande, mais aussi avec des arrière-pensées de puissance. Pour elle, la construction d’une Europe unie est un moyen de retrouver un rôle perdu du fait des deux guerres mondiales, et notamment la seconde. Derrière le projet de la France se cachent donc des ambitions claires : prendre le leadership d’une Europe capable de peser dans le monde.

Or, ses partenaires ne sont pas du tout en phase avec cet objectif. Pour la RFA, la construction européenne est un vecteur de réhabilitation. Mais elle est également un garde-fou contre des velléités de puissance qui pourraient se manifester à l’avenir. L’Allemagne a peur d’elle-même et l’Europe unie est un moyen de se prémunir contre ses propres démons. Il existe donc chez elle une méfiance vis-à-vis de la puissance, qui mène souvent à l’affrontement entre les nations. Les pays du Benelux partagent ce sentiment, tant ils ont eu à subir au cours de l’histoire la domination de leurs deux grands voisins. Pour eux, l’Europe constitue un rempart contre les débordements des puissances française et allemande. Ils préfèrent sans conteste la tutelle américaine, lointaine, peu menaçante et protectrice, à celle de la France et de l’Allemagne au sein d’une Europe politique.

La France est ainsi le seul pays pour lequel l’Europe représente un vecteur de concurrence face à la superpuissance américaine. Ces ambiguïtés et ces méfiances expliquent en grande partie l’échec de l’Europe politique jusqu’à nos jours.

La fin de la Guerre froide marque cependant un tournant. La menace que faisait peser l’URSS sur l’Europe détournait les Européens, Français mis à part, d’une volonté de puissance. Une organisation du « Vieux continent » sur le plan diplomatique et militaire risquait d’entraîner un désengagement américain en Europe. Or, aucune défense européenne ne pouvait rivaliser mieux que celle des États-Unis avec la puissance soviétique. L’effondrement du bloc de l’Est et de son leader en 1989-1991 fait au contraire planer le doute sur le maintien d’un engagement américain fort en Europe. De plus, à la fin du xxe siècle, les guerres réapparaissent sur le continent, rendant nécessaire une réflexion sur la création d’une Europe politique. Cela explique en partie la naissance du deuxième pilier de l’UE dans le traité de Maastricht (1992) : la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Une coopération intergouvernementale est prévue en matière de diplomatie et de défense, afin de permettre aux Européens de réagir lorsqu’un conflit comme celui de Yougoslavie (1991-2001) se présente à leurs portes, et de pouvoir faire entendre leur voix face à l’hyperpuissance américaine.

Une approche particulière des relations internationales

Néanmoins, près de trente ans après la fin de la Guerre froide, l’UE n’est toujours pas devenue une grande puissance internationale sur le plan diplomatique. Elle a su prendre des sanctions contre la Russie lors de la crise ukrainienne de 2014 mais reste divisée sur la question syrienne ou encore sur celle du conflit israélo-palestinien.

Pourtant, l’UE a une opportunité de faire entendre sa voix dans le monde à travers son approche multilatérale, marquée par sa volonté de faire respecter le droit international. Elle a pu ainsi se démarquer des États-Unis pendant la présidence de G. W. Bush (2000-2008) et continue à le faire depuis l’élection du Président Trump (2016). Le retrait américain, en 2017, de l’Accord de Paris sur le climat signé en 2015 offre à l’Union une position de leadership dans ce domaine. L’ensemble des relations extérieures de l’Union constitue d’ailleurs une sorte de diplomatie européenne visant à « transformer l’arène en forum », selon les mots du géographe et diplomate Michel Foucher. En outre, elle propose aux pays tiers un modèle, celui de l’intégration régionale, que d’autres parties du monde peuvent tenter de reproduire (comme le Mercosur en Amérique latine par exemple).

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