La sécurité d'approvisionnement énergétique : une revenante ?
(Extrait du rapport annuel de la DGEMP pour 2001)
L’année 2001 a enregistré une série de faits convergents qui ont remis au cœur du débat énergétique la notion de sécurité d’approvisionnement que d’aucuns avaient déjà rangé au Musée de l’histoire de l’énergie.
Il est vrai que le débat s’était concentré jusque lors sur le thème omniprésent de la libéralisation des marchés de l’énergie, jugé le plus approprié à la situation énergétique mondiale. Nombre d’experts n’étaient pas loin de penser que l’instauration de marchés ouverts, transparents et non discriminatoires résorberait les problèmes de sécurité d’approvisionnement, en mutualisant mieux les risques par la disparition des monopoles et l’abolition des barrières et obstacles de tous genres.
Cet optimisme a été cruellement démenti par la crise électrique californienne à forte valeur emblématique, mais qui n’est pas le seul exemple où les faits se sont vengés des principes les mieux établis. Ainsi, le Brésil a également connu une grave crise énergétique qui s’est traduite par des délestages sévères et répétés dans tout le pays y compris au cœur des métropoles les plus modernes comme Sao Paulo.
Livre vert de la Commission : "Vers une stratégie européenne de sécurité d’approvisionnement énergétique" et le débat qui s’en est suivi tout au long de l’année 2001, constituent assurément un tournant dans la réflexion énergétique.
Le Livre vert est un document complet de politique énergétique qui ne conduit pas une analyse sectorielle sur une seule filière énergétique comme le pétrole par exemple, mais développe une problématique d’ensemble intégrant toutes les sources d' énergie et élargissant la notion même de sécurité d’approvisionnement. Cette dernière n’est plus seulement définie par une rupture physique aux conséquences ravageuses pour les consommateurs et l’économie générale mais également comme une rupture économique ayant pour origine la volatilité des cours des produits énergétiques sur le marché international. Allant plus loin encore, le Livre vert souligne qu’une rupture d’approvisionnement est susceptible de créer des revendications sociales voire des conflits sociaux comme la grève des camionneurs à l’automne 2000 l’a montré. Enfin, la sécurité d’approvisionnement consiste aussi à prévenir des "ruptures écologiques" (marée noire, émissions de gaz à effet de serre etc.). La notion de sécurité d’approvisionnement revisitée et réactualisée doit prendre ainsi en compte toute une série de risques : ruptures physique, économique, sociale, environnementale, ce qui lui confère une ampleur nouvelle et pertinente.
Selon le Livre vert, si rien n’est fait, la dépendance énergétique de l’Union Européenne ne cessera de s’aggraver et son taux d’indépendance énergétique devrait passer de 50% aujourd’hui à 70 % à l’horizon 2030. Le Livre vert développe des pistes pour faire face à cette vulnérabilité énergétique en examinant avec un souci d’équité la contribution des différentes sources d’énergie.
Dans ce cadre, le nucléaire est pris en compte comme participant à la lutte contre l’effet de serre et à la construction d’une indépendance énergétique durable, mettant ainsi en lumière la contradiction évidente entre le respect du Protocole de Kyoto et l’abandon de cette filière prônée par certains. Madame Loyola de Palacio, Vice-présidente de la Commission en charge de l’énergie et des transports, n’a pas cessé, dans ses différentes interventions sur le Livre vert, d’insister sur ce point.
Quand bien même, on développerait à une échelle sans précédent les énergies renouvelables -d’ailleurs traitées d’une manière favorable dans le Livre vert-, on ne voit pas bien par quoi remplacer les 34 % d’électricité d’origine nucléaire au sein de l’Union Européenne.
Sans détailler toute la richesse de ce document, il est révélateur d’une prise de conscience nouvelle de la vulnérabilité énergétique du continent européen dont l’autonomie énergétique est impossible. Pour reprendre la métaphore imagée du Livre vert, l’Union Européenne est un "Gulliver enchaîné".
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 16/04/2002