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Suivi des décisions des Conseils de Sécurité Intérieure des 8 juin
1998 et 27 janvier 1999 : bilan d'application de la circulaire du 15
juillet 1998 relative à la délinquance juvénile Nº NOR : JUSD9930152C
LE GARDE DES SCEAUX,
MINISTRE DE LA JUSTICE
A
- POUR ATTRIBUTION -
Mesdames et Messieurs les PROCUREURS GENERAUX
près les cours d'appel
Mesdames et Messieurs les PROCUREURS DE LA REPUBLIQUE
près les tribunaux de grande instance
- POUR INFORMATION -
Mesdames et Messieurs les PREMIERS PRESIDENTS
près les Cours d'appel
Mesdames et Messieurs les PRESIDENTS
près les tribunaux de grande instance
J'ai l'honneur de vous faire tenir sous ce pli un bilan d'application
de ma circulaire en date du 15 juillet 1998 relative à la délinquance
juvénile, établi par la direction des affaires criminelles
et des grâces en concertation avec la direction de la protection
judiciaire de la jeunesse, sur la base des informations contenues dans
les rapports que vous avez bien voulu m'adresser sur ce sujet aux mois
de décembre et janvier derniers.
J'ai pu relever que la grande majorité des instructions et préconisations
contenues dans cette circulaire ont été suivies d'effets
et que la mobilisation de l'ensemble des acteurs judiciaires concernés
avait donné lieu à des initiatives très intéressantes.
Les décisions prises par le Gouvernement en matière de délinquance
juvénile viennent en grande partie conforter ces pratiques innovantes.
Les orientations ainsi retenues créent cependant, pour l'institution
judiciaire, une obligation d'efficacité, voire de résultat,
à la satisfaction de laquelle je sais combien vous prenez part.
I. - S'agissant du bilan que l'on peut tirer de la circulaire
du 15 juillet 1998, plusieurs points me paraissent essentiels.
J'observe en premier lieu que le principe de spécialisation, qui
doit régir toute intervention en matière de délinquance
juvénile, a vu son effectivité considérablement renforcée
au cours des derniers mois. La particulière attention apportée
aux mineurs détenus, à l'occasion par exemple de commissions
d'application des peines spécialement consacrées à
l'examen de leurs cas, me paraît s'inscrire dans cette démarche.
A cet égard, je vous informe qu'une circulaire, rédigée
conjointement par la direction de l'administration pénitentiaire
et la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, a été
adressée, le 31 mars 1999, aux services déconcentrés
de ces deux directions, conformément aux orientations du Conseil
de Sécurité Intérieure insistant sur l'importance
d'adapter les conditions d'incarcération des mineurs. Ce document
a en effet pour objectif le réexamen de la liste des établissements
habilités à l'accueil des mineurs détenus à
la lumière des effectifs actuels des quartiers-mineurs et des situations
d'éloignement des mineurs de leur milieu d'origine provoquées
par leur incarcération.
Dans le même objectif de spécialisation, je souhaite voir
organisées, en relation avec les écoles de formation dépendant
du Ministère de la Justice, des actions de formation destinées
aux différents intervenants concernés par la délinquance
juvénile.
J'ai également relevé l'effort important fourni par les
parquets pour diversifier la réponse aux mineurs délinquants.
Dans de nombreux ressorts, le recrutement et l'intervention de délégués
du procureur, intervenant pour des rappels à la loi ou des classements
sous condition dans le cadre de procédures impliquant des mineurs,
produisent des effets perceptibles. Cette collaboration de personnes extérieures
à l'institution judiciaire, qui contribue à l'ouverture
de la justice sur la société, permet aux parquets de ne
pas laisser sans réponse des actes de faible gravité commis
souvent par des mineurs primo-délinquants qui ne présentent
pas de difficultés personnelles justifiant l'intervention d'un
service éducatif. Elle permet donc de faire baisser sensiblement
le nombre des classements sans réponse préalable.
Je vous invite donc à poursuivre dans cette voie en recrutant,
en fonction des besoins rencontrés, de nouveaux délégués,
dont les missions ont été consacrées par la loi du
23 juin 1999 renforçant l'efficacité de la procédure
pénale.
Des actions spécifiques de formation sont en cours d'élaboration
en liaison avec l'Ecole Nationale de la Magistrature et un décret
devrait prochainement préciser notamment les conditions de rémunération
des délégués du procureur.
Le développement du traitement en temps réel des procédures
pénales contribue par ailleurs à répondre à
l'objectif de rapidité dans la mise en oeuvre de la réponse
apportée aux mineurs. La circulaire du 15 juillet 1998 a donné
à cet égard à de nombreux parquets l'occasion d'adresser
aux services de police et de gendarmerie des instructions très
précises, portant notamment sur les conditions de signalement des
infractions.
Certaines des initiatives ci-dessus mentionnées ont été
utilement développées dans le cadre des contrats locaux
de sécurité, qui comprennent aujourd'hui pour la plupart
un volet consacré aux mineurs. La signature de ces contrats a permis
de développer de façon importante l'accueil de mineurs dans
les collectivités et les organismes publics, dans le cadre de mesures
de réparation ou de travaux d'intérêt général,
dont la pertinence est unanimement reconnue.
*
* *
II. - Réuni le 27 janvier 1999, le Conseil de Sécurité
Intérieure a expressément pris acte des actions engagées
et des résultats d'ores et déjà obtenus.
Vous savez que parmi les orientations arrêtées par le Conseil
de Sécurité Intérieure et mentionnées dans
le relevé de décisions que je vous ai adressé, figure
l'amélioration de l'efficacité de la réponse aux
actes de délinquance, de l'infraction à l'exécution
de la sanction.
Il convient de souligner tout l'intérêt qui s'attache, sous
l'autorité et le contrôle des procureurs de la République,
à la diversification de la réponse judiciaire en ayant recours
à l'ensemble des mesures dites de la 3ème voie (avertissement
écrit, classement sous condition, médiation pénale
et mesure de réparation).
Une mobilisation sans précédent des moyens de la direction
de la protection judiciaire de la jeunesse devrait permettre à
brève échéance d'améliorer les conditions
d'exercice dans des délais utiles de la prise en charge des mesures
éducatives.
Je vous demande, pour votre part, de porter spécialement votre
attention sur les points suivants :
L'utilisation des qualifications pénales les plus adaptées
doit être constamment recherchée par les parquets. Aussi
convient-il, notamment pour les actes s'inscrivant dans le cadre de violences
urbaines impliquant majeurs et mineurs et lorsque les éléments
recueillis au cours de l'enquête le permettent, de retenir les circonstances
aggravantes attachées à certaines infractions, telle, par
exemple, la circonstance aggravante de réunion pour de nombreuses
infractions (vol, violences, dégradations) et, plus exceptionnellement,
le recours à la circonstance de bande organisée pour les
faits de destruction d'un bien appartenant à autrui par l'effet
d'une substance explosive, aux infractions d'association de malfaiteurs
ou de participation à un attroupement armé étant
porteur d'une arme.
Il est important que l'implication des mineurs dans des bandes, qui développent
en leur sein un fort sentiment d'appartenance identitaire, puisse connaître,
suivant bien sûr la nature des faits commis, une traduction juridique
dans la poursuite engagée contre ceux qui en font partie, afin
notamment que l'action éducative entreprise intègre cette
donnée de fait souvent essentielle.
Il importe également de donner une réponse judiciaire rapide
à ce type d'agissements afin que les rivalités entre bandes,
que le moindre prétexte vient exacerber, ne dégénèrent
pas.
Par ailleurs, le Conseil de Sécurité Intérieure a
également déterminé une série d'actions tendant
à préserver l'école de la violence et de la délinquance.
J'insiste à cet égard sur la nécessité, lorsqu'un
enseignant est victime de violences dans l'exercice ou à l'occasion
de l'exercice de ses fonctions, de retenir dans l'acte de poursuite, comme
circonstance aggravante, la qualité de personne chargée
d'une mission de service public.
Enfin, il convient de tout mettre en oeuvre, en concertation avec les
présidents des tribunaux de grande instance, les vice-présidents
chargés des tribunaux pour enfants et les juges des enfants, pour
parvenir à un raccourcissement des délais d'audiencement
des procédures impliquant des mineurs.
Je n'ignore pas les difficultés rencontrées à cet
égard, liées à la difficulté d'organiser,
à moyens constants, des audiences supplémentaires. Je souhaite
que chacun , dans le respect de ses prérogatives, puisse répondre
à cet objectif. Il s'agit là d'un des aspects essentiels
de la politique pénale décidée par le Gouvernement,
tant il est vrai qu'une réponse tardive équivaut souvent
à une absence de prise en compte réelle de l'acte commis
par le mineur.
L'effort entrepris depuis 24 mois pour recruter de nouveaux magistrats
participe à cet objectif.
Afin de poursuivre et perfectionner les actions engagées et pour
partager les expériences de chacun, je vous invite à renouveler
les rencontres tripartites délocalisées (autorité
judiciaire, protection judiciaire de la jeunesse et administration pénitentiaire)
déjà initiées dans de nombreux ressorts.
Vous voudrez bien me rendre compte, sous le timbre de la direction des
affaires criminelles et des grâces et de la direction de la protection
judiciaire de la jeunesse, de l'exécution des présentes
directives.
Bilan d'application
de la circulaire du Ministre de la Justice
en date du 15 juillet 1998
relative à la politique pénale
en matière de délinquance juvénile
I. - A TITRE PRELIMINAIRE
Les procureurs généraux sont, dans leur ensemble, d'accord
sur le constat qui peut être fait de la délinquance des mineurs,
à savoir :
1 - accroissement significatif de la part de la délinquance
des mineurs dans la délinquance globale (entre 16 et 30 % selon
les ressorts considérés). Ce constat est à nuancer
à Marseille et dans une certaine mesure à Lyon et ne constitue
absolument pas une réalité dans le ressort de la cour d'appel
de Bastia ;
2 - aggravation des faits commis par les mineurs ;
3 - les mineurs commettent des infractions pénales alors
qu'ils sont de plus en plus jeunes ;
4 - dégradation de l'environnement social et familial des
mineurs délinquants ;
5 - accroissement de la part des mineurs présentant des
troubles psychologiques ou du comportement (environ 5% des mineurs délinquants
ce qui en soit est déjà beaucoup).
Il y a lieu de rappeler que, réuni le 8 juin 1998, le Conseil
de Sécurité Intérieure a arrêté un plan
gouvernemental de lutte contre la délinquance juvénile.
Au sein de ce plan, l'action engagée par l'autorité judiciaire
s'articule autour de quatre points principaux qui ont été
développés dans le cadre d'une circulaire que Madame le
Garde des Sceaux a adressée le 15 juillet dernier à l'ensemble
des procureurs généraux et des procureurs de la République
:
1 - Apporter une réponse judiciaire aux premiers faits de
délinquance commis par les mineurs. Il convient à cet égard
de s'assurer de l'information des parquets par les services de police
et de gendarmerie de toutes les infractions commises par des mineurs.
2 - Répondre rapidement à tous les faits de délinquance
et assurer une continuité de l'intervention.
3 - Associer les familles et les acteurs sociaux concernés
en permettant notamment aux parents d'exercer leurs responsabilités
éducatives et en les impliquant dans toutes les procédures
concernant leur enfant mineur.
4 - Améliorer la coordination et la lisibilité de
l'intervention des différents acteurs judiciaires et faire connaître
l'action de la Justice dans le domaine des mineurs.
De nombreux parquets généraux et notamment ceux de Paris,
Aix-en-Provence, Besançon, Douai, Metz ont attiré l'attention
des parquets de leurs ressort sur l'importance des instructions et recommandations
de la circulaire du 15 juillet 1998 à l'occasion de réunions
de travail spécifiques regroupant les magistrats concernés
ou de notes écrites adressées aux magistrats placés
sous leur autorité.
II. - BILAN D'APPLICATION
1. Mise en place dans l'ensemble des juridictions du traitement en
temps réel des procédures pénales à l'encontre
des mineurs délinquants.
Certaines juridictions l'avaient instauré de longue date comme
à Marseille (1994), Aix-en-Provence (1995), Cahors, Rouen (1996).
D'autres viennent tout récemment de l'instituer comme à
Agen, Marmande, Saint-Etienne ou Nancy.
Toujours est-il qu'au mois de janvier 1999 l'ensemble des parquets des
tribunaux de grande instance de France métropolitaine l'ont mis
en place. Certains parquets comme ceux du ressort de la cour d'appel de
Colmar sont encore plus ambitieux puisqu'ils préconisent la tolérance
zéro en matière de délinquance des mineurs. Cet objectif
a pour but de supprimer tout classement sans réponse judiciaire
dès lors qu'un délit est caractérisé et que
son imputabilité ne prête pas à discussion.
Il est bien évident que les modalités pratiques de ce traitement
en temps réel divergent selon la taille des juridictions.
C'est ainsi que le principe de spécialisation, inscrit à
l'article L 522-6 du code de l'organisation judiciaire, n'est pas unanimement
respecté. Certains parquets comme celui de Grasse y ont renoncé
pour assurer par exemple une meilleure cohérence de la lutte contre
la délinquance de voie publique.
D'autres au contraire ont créé un service qui traite exclusivement
ou notamment de la délinquance juvénile (Marseille, Strasbourg,
Mulhouse, Lyon, Bobigny, Evry, Créteil et Paris où un magistrat
du parquet assure une permanence uniquement en cette matière) aidé
dans sa tâche dans certaines juridictions par un assistant de justice
(Angers).
D'autres encore, de dimension plus modeste, ne peuvent actuellement distinguer
la permanence pour le traitement des affaires de mineurs de la permanence
générale, par manque notamment de magistrats et de fonctionnaires
(Laval).
La question des moyens est une constante qui revient dans de nombreux
rapports et qui est affirmée avec force par plusieurs procureurs
de la République. Si la mobilisation des parquets est certaine
en cette matière, pour autant des difficultés subsistent,
liées à des carences en personnels et en moyens qui, si
elles ne devaient pas trouver de réponse, risqueraient d'entraver
la mise en oeuvre de la politique pénale souhaitée.
Une autre difficulté apparaît dans la mise en place du traitement
en temps réel. De nombreux parquets (Montpellier, Poitiers) soulignent
en effet l'absence de renforcement des effectifs et des moyens des brigades
des mineurs de la police nationale et des brigades de prévention
de la délinquance juvénile de la gendarmerie, ce qui ne
leur permet pas de parvenir aux objectifs escomptés. Par ailleurs,
des référents police-jeunes ont été institués
dans de nombreux ressorts (Auxerre, Bobigny, Créteil, Paris, Evry,
Montpellier, Bayonne) ce qui permet de pallier en partie ces difficultés.
2. Il existe une véritable politique pénale mise en place
par les parquets à l'égard des mineurs délinquants
qu'il s'agisse des primo-délinquants, des mineurs multirécidivistes
ou de jeunes qui commettent des actes particulièrement graves,
en utilisant tout le panel de mesures prévues par le code de procédure
pénale (déférement, présentation au juge d'instruction,
requête au juge des enfants, convocation par officier de police
judiciaire et mesures dites de la 3ème voie).
Cette politique pénale est majoritairement l'oeuvre des parquets
seuls, mais beaucoup l'établissent en concertation avec les juges
des enfants. C'est notamment le cas dans le ressort de la cour d'appel
de Versailles ainsi qu'à Montpellier où les juges des enfants
ont accepté de créer des audiences supplémentaires
du tribunal pour enfants pour résorber les stocks existants.
Les parquets, dans leur majorité, font état au sein des
juridictions d'une coordination et d'une concertation positives entre
les magistrats du parquet et les juges des enfants qui se manifestent
par des rencontres périodiques, au moins trimestrielles. Certains
parquets (Douai, Metz, Grasse, Charleville-Mézières notamment)
notent toutefois que cette concertation gagnerait à être
renforcée et structurée.
Il est à noter l'intéressante initiative du procureur de
la République de Versailles qui a institué dans son parquet,
avec l'accord express et écrit des magistrats placés sous
son autorité, un contrat d'objectif 1999-2000 relatif à
la création d'un service unifié destiné à
:
- assurer une protection efficace aux mineurs, incapables majeurs, et
personnes en difficulté culturelle ou sociale ;
- définir une meilleure prévention de la récidive
par un traitement de la primo-délinquance ;
- rechercher la précocité et la progressivité des
interventions judiciaires ;
- améliorer la gestion des procédures et obtenir des délais
d'enquête et de procédure raisonnables.
Ce contrat est conclu afin de mettre en oeuvre les orientations développées
dans la circulaire du 15 juillet 1998 et donne d'ores et déjà
d'excellents résultats.
- De manière à mettre concrètement en application
ces politiques pénales, de nombreux parquets ont adressé
des instructions écrites spécifiques à la lutte contre
la délinquance des mineurs aux services de police et de gendarmerie
de leur ressort (ex. à Aurillac, au Puy-en-Velay, Pau). Le suivi
de ces instructions est facilité dans les ressorts où existent
des référents jeunes-police ou des correspondants justice
pour la gendarmerie.
- La connaissance de la délinquance des mineurs est dans son ensemble
encore assez imprécise car les parquets ne disposent pas d'instrument
leur permettant d'appréhender de manière suffisamment fine
ce phénomène ; les données disponibles sont la plupart
du temps issues des tableaux de bord du Plan Départemental de Sécurité
qui, sauf à Colmar, apparaît pourtant particulièrement
lacunaire sur ce point (Montpellier, Lille, Aix-en-Provence). Aussi, est-il
prévu dans de nombreux contrats locaux de sécurité
existants ou en préparation un diagnostic de sécurité
comportant un volet relatif à l'analyse de la délinquance
juvénile.
- Il convient également d'observer que le procureur de la République
de Béziers a prévu que tous les mineurs interpellés
fassent l'objet, dès le lendemain de leur interpellation, d'un
entretien avec le SEAT qui dresse un premier bilan éducatif et
de personnalité du jeune en question. Ainsi au cours de l'année
1998 plus de 300 mineurs ont été reçus par ce service.
- En dernier lieu les parquets considèrent de manière quasi
unanime que ces politiques pénales ont permis d'accélérer
grandement le cours des procédures (certaines juridictions sont
saisies à 60 % par des convocations par officiers de police judiciaire
dans un délai inférieur à 2 mois) et de rendre pratiquement
inutiles les réquisitions de comparution à délai
rapproché.
3. Diversification de la réponse judiciaire
L'ensemble des mesures dites de la 3ème voie ou alternatives aux
poursuites pénales ont été très sensiblement
développées au cours de ces dernières années
(avertissement écrit par les services de police ou de gendarmerie,
classement sous condition ou sursis à poursuites, médiation
pénale et mesure de réparation) dans la plupart des parquets.
Le traitement autonome par le parquet des procédures de faible
gravité ou mettant en cause des mineurs primo-délinquants
doit permettre aux juges des enfants de se consacrer aux poursuites les
plus graves ou aux situations concernant les mineurs dont les difficultés
personnelles justifient l'intervention d'un service éducatif. Il
doit en outre aboutir au prononcé de décisions plus rapides.
Néanmoins, en cette matière deux pratiques restent particulièrement
contrastées : le recours aux délégués au procureur
de la République et l'utilisation de la mesure de réparation
pénale.
a) - Le recours au délégué du procureur de
la République, pratique purement prétorienne, a été
consacré par la loi n° 99-515 du 23 juin 1999 renforçant
l'efficacité de la procédure pénale. Le développement
de ce mode de réponse judiciaire mobilise fortement les procureurs
de la République :
- Certains comme celui de Bobigny qui est à l'origine de leur création
et dispose de 4 délégués qui se consacrent exclusivement
à la délinquance des mineurs, ont mis en place un véritable
système de recrutement, de formation, de contrôle et de rémunération
de ces auxiliaires de justice auxquels ils recourent très largement.
En général ces personnes interviennent soit dans l'enceinte
du tribunal de grande instance, soit au sein de Maisons de Justice et
du Droit (MJD).
Il convient cependant d'observer que certains procureurs de la République,
en l'absence de dispositions légales en cette matière, ont
recours à des délégués du procureur de la
République qui ont la qualité d'officier de police judiciaire.
Certes, ces officiers de police judiciaire n'ont pas participé
à l'enquête et ne sont pas affectés à l'unité
de police dont celle-ci émane mais ils sont néanmoins en
fonction dans le ressort du tribunal de grande instance en question, ce
qui peut être source de confusion.
- D'autres parquets, à l'inverse, refusent purement et simplement
de recourir à l'assistance de délégués du
procureur de la République.
Ils font alors état de ce que leur parquet est à même
de traiter seul l'ensemble des mesures alternatives aux poursuites. C'est
le cas notamment des juridictions du ressort de la cour d'appel de Montpellier
ainsi que des parquets de Privas, Mende et Avignon.
- D'autres encore, bien que réservés sur le sujet, mettent
en place un ou plusieurs délégués du procureur de
la République en raison de l'intérêt qu'il y a à
soulager leurs substituts du traitement de certaines procédures
de faible gravité. Néanmoins, les magistrats soulignent
à juste titre la nécessité d'exercer un contrôle
vigilant des activités de ces collaborateurs de Justice.
Ainsi, on assiste à une véritable montée en puissance
des délégués du procureurs de la République
qui étaient 373 au 28 juillet 1999 dont 118 spécialisés
en matière de mineurs.
b) - La mesure de réparation est inégalement utilisée
d'un ressort à l'autre. C'est ainsi que le parquet d'Angers n'a
pu mettre en place cette mesure, qu'une dizaine de mesures seulement sont
actuellement en cours dans les Hauts de Seine, alors que les parquets
de Reims et de Poitiers envisagent d'en ordonner 120 par an, (pour le
second, à travers la création d'une Association Départementale
d'Investigations et des Médiations Judiciaires, habilitée
par arrêté préfectoral en date du 30 octobre 1998),
que le parquet de Bordeaux en a requis 541 en 1998, que celui de Béziers
l'utilise à grande échelle depuis 1994, à raison
de plus de 110 mesures par an et que celui de Rouen en a ordonné
141 l'année dernière.
Ces mesures sont prises en charge soit concurremment par les services
de la direction de la protection judiciaire et de la jeunesse et le secteur
associatif habilité soit par l'un des deux. Tous les parquets reconnaissent
la qualité des mesures exécutées par la direction
de la protection judiciaire de la jeunesse mais déplorent que la
faiblesse de ses effectifs ne lui permette pas toujours de mener à
bien l'ensemble de ces mesures et c'est pourquoi certains parquets se
tournent exclusivement vers le milieu associatif.
4. L'ensemble des parquets déplore que, même si les moyens
en matière de placement ont été sensiblement accrus
au cours des années précédentes, l'accueil d'urgence
et les séjours de rupture posent toujours problème (Colmar,
Auxerre, Bobigny, Meaux, Paris, Versailles).
Ces difficultés existent aussi bien en matière de gestion
des places disponibles dans les établissements qu'en matière
de capacité d'accueil, souvent insuffisantes.
Il est évident que l'élaboration d'un tableau de bord des
places disponibles est un outil indispensable qui devrait être mis
en place dans tous les départements. La conception d'un outil permettant
d'avoir, à un niveau régional ou national, une vision globale
des établissements proposant des accueils de rupture ainsi que
des places disponibles devrait également être envisagée.
5. Tous les parquets font état d'un partenariat important.
De très nombreuses conventions départementales relatives
à la prévention et au traitement des comportements à
risque en milieu scolaire ont été signées avec l'Education
nationale. On en trouve trace dans pratiquement tous les départements,
certains vont même encore plus loin en prévoyant la signature
d'avenants à cette convention sur des points précis tels
que le traitement de la maltraitance ou le retour d'information.
Par ailleurs, de nombreux parquets relèvent une multiplication
des signalements étayés ou non et affectés d'une
urgence qui n'est pas toujours caractérisée, laissant penser
que les services de l'Aide Sociale à l'Enfance se déchargent
prématurément de situations dans lesquelles ils perçoivent
trop facilement des difficultés.
Pour pallier ces difficultés, un schéma départemental
de l'Aide à l'Enfance a été élaboré
entre les services du Conseil Général, les juges des enfants
et le procureur de la République de Reims afin de déjudiciariser
un certain nombre de situations qui relevaient de la compétence
exclusive du Conseil Général et qui engorgeaient les cabinets
des magistrats de la jeunesse. C'est ainsi qu'il a été procédé
à une redéfinition du contenu et des circuits des signalements
ainsi que de l'application des dispositions de l'article 375 du code civil.
Il en a été de même dans les Hauts de Seine.
Certains parquets ont également contractualisé leurs relations
avec d'autres partenaires comme le Conseil Général, l'ordre
des médecins, les sociétés de transports urbains
et les bailleurs institutionnels. Le procureur de la République
de Marseille a pour sa part créé, en collaboration avec
l'Inspection Académique, un observatoire départemental des
violences scolaires permettant d'évaluer le nombre et la nature
des infractions commises dans et à proximité des établissements
scolaires.
- Il est à noter également l'intéressante initiative
du procureur de la République de Lille qui a conclu avec le bâtonnier
de l'ordre des avocats de son ressort une convention de défense
pénale. Les avocats spécialisés en matière
de mineurs se sont regroupés au sein d'une association intitulée
"les avocats du mercredi" où ils sont astreints à
suivre une formation spécifique et continue en contre partie de
laquelle ils bénéficient d'une exclusivité dans le
cadre de la désignation d'office pour défendre les mineurs.
Il en a été de même à Poitiers.
- De très nombreux parquets ont signé des contrats locaux
de sécurité qui pour la grande majorité d'entre eux
comportent un volet relatif à l'intervention systématique
du parquet des mineurs pour toute infraction pénale commise et
notamment pour les actes de primo-délinquance. C'est ainsi qu'à
la mi-septembre 1999, 290 contrats locaux de sécurité avaient
été signés et 430 étaient en cours d'élaboration.
Entre les 2/3 et les 3/4 d'entre eux comportent un volet mineur tel que
cela avait été préconisé dans la circulaire
interministérielle du 28 octobre 1997.
6. Suivi post sentenciel des mineurs
Tous les parquets déplorent les conditions actuelles d'incarcération
des mineurs qui ne sont pas satisfaisantes. Ils considèrent qu'il
y a lieu de réformer la carte pénitentiaire concernant les
établissement susceptibles de recevoir des mineurs délinquants.
Pour tenter de résoudre le problème relatif à la
prise en charge des mineurs dans la continuité, c'est à
dire de la commission des faits au post-sentenciel, une cellule régionale
"justice-mineurs" a été mise en place dans la
région parisienne, le 18 décembre 1998, comprenant les magistrats
spécialisées des cours d'appel de Versailles et de Paris
ainsi que les directeurs régionaux de la protection judiciaire
de la jeunesse et de l'administration pénitentiaire. Son objectif
est de permettre une meilleure circulation de l'information et une mutualisation
des moyens et des ressources.
Dans les prochains mois, dans le ressort du tribunal de grande instance
de Montpellier, une commission de suivi des mineurs incarcérés
regroupant les services de l'administration pénitentiaire, de la
direction de la protection judiciaire de la jeunesse, les juges des enfants
et le parquet. Il s'agit de mettre en place des projets éducatifs
dans la perspective d'une remise en liberté de ces mineurs.
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