Imprimer

L’ubérisation

le 11 septembre 2018

Le terme "ubérisation" vient du nom de l’entreprise californienne Uber qui propose des services de transport automobile urbain. Il fait son apparition pour la première fois dans le dictionnaire Le Petit Larousse 2017, qui le définit comme : la "remise en cause du modèle économique d’une entreprise ou d’un secteur d’activité par l’arrivée d’un nouvel acteur proposant les mêmes services à des prix moindres, effectués par des indépendants plutôt que des salariés, le plus souvent via des plates-formes de réservation sur Internet".

Une économie de plate-forme

L’ubérisation est un processus économique qui, grâce aux nouvelles technologies numériques, contourne les secteurs classiques de l’économie en créant un nouvel intermédiaire. Cet intermédiaire, qui permet de mettre en relation directe les utilisateurs et les prestatairesse matérialise sous la forme d’une plateforme numérique.

Intervenant dans de multiples domaines (voitures de transport avec chauffeur, tourisme, services à la personne etc.), ces plateformes sont monétisées de diverses manières :

  • en prélevant une commission sur les transactions (Uber, Airbnb, La Ruche qui dit oui) ;
  • en vendant des encarts publicitaires (Leboncoin) ;
  • en offrant des services complémentaires payants (Homexchange, GuestoGuest).

Par rapport aux plates-formes classiques d’intermédiation entre utilisateurs et producteurs de contenus, l’ubérisation se distingue par le " crowdsourcing" ("sous-traitance par la foule"). Elle fait reposer sur les utilisateurs volontaires et flexibles la réalisation d’un certain nombre de tâches.

L’idée portée par l’ubérisation est celle du "tous entrepreneurs". La frontière entre travailleurs professionnels et collaborateurs de la plateforme est brouillée, ce qui entraîne une concurrence entre ces derniers.

Enjeux et risques

Les activités "ubérisées" offrent davantage de souplesse. A visée collaborative, elles peuvent favoriser l’innovation et ouvrir des marchés à une nouvelle clientèle qui se voit offrir des biens et services moins coûteux et de meilleure qualité.

L’ubérisation remet en cause le salariat comme norme. Les prestataires effectuent des "missions", ils sont rémunérés à la tâche. On parle de "revenu", de "chiffre d’affaires" et non plus de "salaire".

Les prestataires sont enregistrés sous le statut de l’auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur). Ce statut créé en 2008 propose un régime simplifié de l’entreprise individuelle.

Pour bénéficier du régime d’auto-entrepreneur, un plafond de chiffre d’affaires est fixé à 170 000 euros pour l’achat-vente et à 70 000 pour la prestation de services. De fait, la moitié des inscrits sous ce statut ne déclare aucun chiffre d’affaires, et seulement 5% parviennent à dégager 5000 euros par trimestre selon l’Insee.

Si le travail indépendant permet davantage de liberté dans l’organisation de son temps de travailTemps de travailTemps pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et doit se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles., il est aussi vecteur d’incertitudes et d’insécurité. La précarisation des indépendants "ubérisés", qui ne bénéficient pas des protections liées au statut de salarié, est régulièrement dénoncée. La loi Travail du 8 août 2016 a introduit l’obligation pour les plates-formes de prendre en charge une partie de la protection sociale des indépendants qui leur sont affiliés.

Les critiques dénoncent également un "salariat déguisé" qui accentuerait la sous-traitance et serait un moyen pour les entreprises de se libérer des charges patronales en employant de la main d’œuvre bon marché. La sociologue Sarah Abdelnour montre dans son étude Moi, petit entreprise. Les auto-entrepreneurs, de l’utopie à la réalité (2017), que ce sont souvent les employeurs qui imposent à leurs (potentiels) salariés l’installation sous le régime d’auto-entrepreneur.

Mots clés :

Rechercher