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Les conditions de vie des étudiants

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Dossier mis à jour le 2.10.2008

Article mis à jour le 23.06.2008

Les raisons de l’échec ou du succès des étudiants tiennent autant aux conditions de vie et de travail qu’à l’enseignement lui-même, disait Claude Domenach dans un rapport publié en 1982. Favoriser les conditions de vie et de travail des étudiants est la raison d’être des œuvres universitaires et scolaires. Logement, aides sociales, prévention de la santé, prise en compte du travail rémunéré, les réponses apportées par les pouvoirs publics sont insuffisantes et l’approche globale des conditions de vie des étudiants est encore en devenir.

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Relever le défi de la massification de la population étudiante des années 1960 puis à partir des années 1980

Favoriser les conditions de vie et d’études de l’ensemble des étudiants, mettre en œuvre le principe républicain d’égalité des chances, manifester la tradition universaliste de la France par l’accueil de générations d’étudiants venant de tous les pays du monde demeurent les principes régissant les œuvres universitaires et scolaires depuis leur création.

Le réseau des œuvres universitaires est né de l’initiative étudiante qui a précédé l’action de l’État dans le domaine de l’aide sociale aux étudiants. C’est la loi du 16 avril 1955 qui crée le Centre national (CNOUS) et des Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) : ils succèdent au Comité supérieur des Œuvres en faveur de la jeunesse universitaire et scolaire, et aux Centres régionaux créés dans chaque académie à partir de 1947 sous le régime de la loi d’association 1901. Le CNOUS et les CROUS sont des établissements publics dont les conseils d’administrations sont gérés de manière paritaire par les étudiants et les pouvoirs publics. Au fil du temps leurs missions (logement, restauration collective) sont réorganisées (1987) puis étendues en 1990 (action culturelle) et 1995 (gestion des bourses d’études).

Le réseau des œuvres universitaires ne pilote pas toutes les aides sociales pas plus qu’il ne loge tous les étudiants (150 000 sur environ 2 000 000).

Plusieurs acteurs interviennent dans l’attribution des aides sociales (Crous, allocations familiales...) dont le système se complexifie au fil du temps : bourses d’études, bourses sur critères sociaux, prêts, aides fiscales, aides au logement. Ces aides n’ont désormais plus pour objet de distinguer un étudiant pour ses qualités éminentes mais sont réparties en fonction des revenus de la famille. L’aide devient une aide complémentaire à la famille et de moins en moins une aide à l’étudiant.

En matière de logement les pouvoirs publics sont intervenus de diverses manières au long des quarante dernières années. A partir de la fin des années 1950 et jusqu’à 1965, les résidences universitaires gérées par les Crous font leur apparition à la périphérie des villes, puis elles sont réparties dans la ville, en fonction de différentes opportunités foncières favorisant l’immersion des étudiants dans la cité ou au contraire les isolant. Dans les années 1970, l’Etat ne finance plus directement les résidences universitaires qui sont parfois réalisées par le biais d’organismes HLM, tandis que la loi de 1977 permet aux étudiants de bénéficier d’une aide personnalisée au logement (APL). La construction de logements est relancée à partir du milieu des années 1980 grâce à un partenariat entre les HLM, les Crous et l’Etat. Des mesures législatives de défiscalisation (loi Méhaignerie 1986, loi Besson en 1991, mesures De Robien en 2003) relancent l’intérêt du secteur privé pour le logement des étudiants.

Un système inadapté aux besoins de l’étudiant d’aujourd’hui

Les mesures prises (réhabilitations de logements, constructions, juxtaposition des aides sociales) ne suffisent pas.

Le système d’aides sociales est trop compliqué et laisse de côté les classes moyennes aux revenus modestes. Il est très inégalitaire selon les régions (rapport Wauquiez sur les aides sociales, 2006). Les rapports successifs publiés sur le logement depuis le début des années 2000 montrent l’inadaptation et l’insuffisance de l’offre aux besoins étudiants, l’urgente nécessité de réhabiliter le parc de logements des Crous datant des années 60, le manque de résidences à caractère social dans certaines académies, l’inégalité des territoires, la non prise en compte de la volonté de "décohabiter des étudiants".

La prévention de la santé est un volet absent des mesures en faveur des étudiants, comme le reconnait le ministère de la Recherche en septembre 2007. Le tableau globalement favorable dressé habituellement sur la santé des étudiants peut masquer l’apparition de vrais risques sanitaires liés au développement de comportements à risque, de pratiques addictives et de graves négligences (rapport Hetzel, "De l’université à l’emploi, 2006). D’ailleurs, le rapport Wauquiez de 2006 sur la santé des étudiants constate une dégradation de leur état de santé ainsi qu’un faible taux de couverture complémentaire et préconise de simplifier la couverture sociale, de faciliter l’accès à la couverture maladie complémentaire en créant un chèque santé, et d’instaurer des "maisons de la santé étudiante". Il insiste aussi sur la situation des étudiants étrangers dont les besoins en matière de santé sont particuliers (couverture vaccinale incomplète, conditions de vie souvent difficiles, stress lié à l’expatriation…) et des étudiants handicapés pour lesquels la loi du 11 février 2005 peine à se mettre en place en particulier sur la question de l’accessibilité des locaux et des aides techniques pour suivre les cours.

Quant au travail des étudiants, il ne peut plus être considéré comme marginal ou minoritaire, selon le rapport du Conseil économique et social de 2007. Selon les sources et les postulats de définition, le pourcentage d’étudiants qui travaillent passe de 16,9 % à 85 %. Travail intégré, « jobs », activités régulières, « petits boulots », travail saisonnier... autant de types d’emplois ou d’activités qui peuvent qualifier différemment le travail étudiant et correspondre à des réalités contrastées. Pourtant il n’est toujours pas pris en compte par le monde universitaire ou par le monde du travail comme une réalité à part entière.

Vers une reconnaissance de la question des conditions de vie des étudiants

En 1982 déjà Claude Domenach, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble, proposait une conception globale de l’étudiant, à la fois acteur et usager des services publics qui interviennent dans la vie universitaire en confiant l’ensemble des services au président de l’université. Le Conseil des études et de la vie universitaires (CEVU) créé en 1984 dans les universités met en œuvre les mesures concernant les conditions de vie et de travail des étudiants.

Mais les étudiants sont restés longtemps une population mal connue et peu étudiée. Ainsi il faut attendre 1989 pour que soit créé l’Observatoire national de la Vie Etudiante (OVE) qui informe sur les conditions de vie des étudiants et sur leur rapport avec le déroulement des études de manière à "éclairer la réflexion politique et sociale et aider à la prise de décisions ».

Plusieurs plans sociaux (critiqués et jugés insuffisants) ayant pour vocation de favoriser l’accès du plus grand nombre de jeunes à l’enseignement supérieur et d’améliorer leurs conditions matérielles sont mis en œuvre à partir des années 1990. Le premier plan, adopté en 1991, porte plus particulièrement sur l’amélioration des conditions de logement. En 1995, est créé le dossier social étudiant (DSE), la gestion des bourses du ministère de l’Education nationale est transférée alors aux CROUS. Le deuxième plan social étudiant de 1998 porte sur les aides financières aux étudiants (bourses de premier cycle, prêts à taux zéro, allocations d’études).

Dans le cadre de la loi de finances, la vie étudiante est désormais un des trois programmes de la mission "Recherche et enseignement supérieur".

En 2007, un chantier sur les conditions de la vie étudiante vient compléter la réforme de l’enseignement supérieur lancé par Valérie Pécresse, puis début 2008, le lancement du Plan Campus a notamment pour but de rénover et redynamiser les campus et y créer de véritables lieux de vie. En 2006, le rapport Wauquiez sur les aides sociales préconisait un plan national "conditions de vie étudiante" incluant les conditions matérielles, la santé, le passeport vers l’emploi, l’accueil des étudiants étrangers.

Ainsi progressivement la question des conditions de vie des étudiants, sujet longtemps considéré marginal en France, prend sa place dans les politiques publiques.

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