C’est au cours de la Révolution française que l’usage du terme "instituteur" se généralise : il est celui qui institue la République, la nation, dont il diffuse les idéaux. A partir des lois Ferry, les instituteurs (les "hussards noirs" tels que décrits par Charles Péguy) jouent un rôle central dans la mise en place de l’école primaire, laïque et obligatoire. L’instituteur est chargé d’une véritable éducation du peuple, conforme à l’ordre républicain. Les écoles normales transmettent aux élèves les vertus nécessaires à leur mission. Les instituteurs constituent, alors, un groupe homogène : même formation pour tous - l’école normale -, des origines sociales assez semblables, un positionnement politique et syndical plutôt homogène. Les recrutements massifs des années 50-60 contribuent à mettre à bas cette cohérence, notamment avec l’arrivée de non-normaliens. De plus, les écoles normales remplissent moins bien leur rôle d’ascenseur social, puisque de plus en plus s’observe un mouvement de repli vers l’école normale de jeunes issus des classes supérieures, soit en situation d’échec scolaire, soit détenteurs de diplômes universitaires dévalués. En 1989, prenant acte de la fin de l’autonomie du primaire, le ministèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de l’Education nationale met fin à l’existence des écoles normales et crée une institution unique de formation des enseignants : les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). En même temps est créé dans le primaire un nouveau corps d’enseignants : les professeurs des écoles. Cette réforme bouleverse les structures du groupe social des instituteurs.
La formation des maîtres : des écoles normales aux IUFM
Implantées sous le règne de Louis-Philippe, les écoles normales ont occupé une place considérable dans l’imaginaire collectif français des XlXème et XXème siècles : creuset de la laïcitéLaïcitéPrincipe qui établit, sur le fondement d’une séparation rigoureuse entre l’ordre des affaires publiques et le domaine des activités à caractère privé, la neutralité absolue de l’Etat en matière religieuse., vivier des "hussards noirs", elles ont constitué un vecteur puissant des valeurs républicaines. Supprimées en 1940, sous le régime de Vichy, elles sont rétablies à la Libération, mais c’est l’élévation progressive du niveau du recrutement des instituteurs, et son alignement sur les professeurs du second degré, qui auront raison de cette institution. À la fin des années 80, l’augmentation des besoins en enseignants et la crise des vocations qui sévit alors poussent les pouvoirs publics à revaloriser l’image du métier d’enseignant, en relevant significativement le salaire des instituteurs et leur niveau de qualification. Comme pour enseigner dans le secondaire, la licence est exigée pour devenir enseignant du premier degré ; un nouveau corps d’enseignant est alors créé : les "professeurs des écoles". Le rapport Bancel formule en 1989 des propositions pour créer une nouvelle dynamique de formation des maîtres, définit les compétences professionnelles à acquérir et l’articulation des onnaissances pratiques et théoriques nécessaires à la structure de la formation. Le rapport préfigure la création des IUFM. Les IUFM sont institués par la loi d’orientation de 1989 et se voient confier la formation initiale de tous les enseignants du primaire et du second degré. Après l’ouverture de trois IUFM expérimentaux en septembre 1990, le système est étendu à l’ensemble des académies dès la rentrée suivante. Les IUFM se substituent alors aux structures de formation des enseignants préexistantes, notamment aux écoles normales. Avec la création du statut de professeur des écoles, la création des IUFM vise aussi à dépasser le clivage entre les enseignants du primaire et du secondaire.
Les IUFM sont créés en tant qu’établissements d’enseignement supérieur. Au terme d’une première année - facultative - de formation théorique et pratique à l’IUFM, les candidats à l’enseignement dans le premier degré passent le concours de recrutement de professeurs des écoles. En cas de succès, les étudiants deviennent professeurs-stagiaires et sont rémunérés pour une année obligatoire de formation à l’issue de laquelle, après évaluation de leurs compétences, ils sont nommés sur un poste de professeur des écoles, dans une école maternelle ou une école élémentaire.
A la fin de la formation professionnelle, la certification s’appuie sur le travail effectué pendant le stage en responsabilité, sur les disciplines étudiées à l’IUFM et sur le mémoire concernant un aspect pratique de l’éducation. Cette certification confère aux enseignants un statut de fonctionnaire et leur donne droit à un poste d’enseignement. Depuis leur création, les IUFM font l’objet de critiques notamment en raison du caractère trop abstrait des formations pratiques au métier d’enseignant, certains reprochant aux IUFM d’être des « citadelles des sciences de l’éducation et du pédagogisme ».
Des IUFM à la « mastérisation »
La loi d’orientation sur l’école d’avril 2005 prévoit un changement de statut des IUFM qui doivent devenir des écoles faisant partie d’une université. Cette intégration dans l’université a 3 objectifs : renforcer le lien entre la formation des maîtres et la recherche universitaire, conforter l’évolution contrôlée vers le master (les étudiants en IUFM obtiendront des unités de valeur qui leur permettront d’accéder à une partie de master disciplinaire), rapprocher la formation continue de l’université. Ce changement de statut ne transforme pas le dispositif. En revanche, une nouvelle réforme de la formation des enseignants est engagée à partir de 2008 s’inscrivant dans une tendance à l’élévation du niveau de formation des enseignants. Dans un discours prononcé le 2 juin 2008 devant les recteurs, Nicolas Sarkozy annonce sa décision de réformer la formation des enseignants en les recrutant à un niveau universitaire plus élevé. En exigeant un master 2 pour devenir professeur des écoles, le chef de l’Etat s’engage en retour à une revalorisation des débuts de carrière.
La réforme est mise en place progressivement à partir de la rentrée 2010. Les nouveaux enseignants recrutés au niveau master sont affectés dès la première année dans une classe, l’année de stage en IUFM étant remplacée par une année de « compagnonnage » (accompagnement par des professeurs expérimentés). La circulaire du 25 février 2010 sur les dispositifs d’accueil, d’accompagnement et de formation des enseignants stagiaires des premier et second degrés et des personnels d’éducation stagiaires précise les modalités d’entrée en vigueur de la réforme. Les lauréats des concours 2010 des premier et second degrés publics sont nommés fonctionnaires stagiaires, ils ont en responsabilité une classe dans le cadre de leur année de stage. Ils bénéficient d’un accompagnement et de périodes de formation organisées au cours de l’année scolaire. Cette "formation continuée" vise à « améliorer la pratique d’enseignement et acquérir des connaissances dans les domaines non-maîtrisés ».
La réforme fait l’objet de critiques de deux ordres. D’une part, l’une des conséquences de la réforme étant le report d’un an de l’entrée dans la vie active rémunérée des étudiants, des opposants à la réforme craignent que la mastérisation n’accroisse encore le resserrement de la base sociale de recrutement des enseignants. En effet, en élevant le niveau de diplôme exigé, la réforme risque d’écarter des étudiants qui n’ont pas les moyens financiers de passer une année universitaire à préparer un concours. De plus, les concours étant de plus en plus sélectifs, l’exigence du master risque aussi de provoquer mécaniquement une élévation du niveau de diplôme des candidats. D’autre part, les critiques portent sur la suppression de l’année de stage qui suivait jusqu’alors le concours. Avec pour mot d’ordre « enseigner est un métier qui s’apprend », la plupart des organisations syndicales enseignantes contestent la décision d’affecter dans des classes des jeunes sortis de l’université sans formation pédagogique. Ces enseignants stagiaires doivent en outre suivre pendant leur première année d’enseignement un complément de formation. Le SyndicatSyndicatAssociation de personnes dont le but est de défendre les droits et les intérêts sociaux, économiques et professionnels de ses adhérents. des inspecteurs d’académie (SIA) a notamment alerté le ministre de l’Education nationale sur les problèmes posés par le remplacement des professeurs stagiaires partis en formation : « Le remplacement des professeurs stagiaires pour leur permettre de suivre la formation engendrera une discontinuité des apprentissages pour les élèves. On ne peut à cet égard ignorer les difficultés de remplacements - certaines académies ont été conduites à solliciter des retraités – que ces dispositions auront pour conséquence d’aggraver et dont les élèves seront les premières victimes ».
Mots clés : Enseignement
Les enseignants
- Lettre adressée aux instituteurs. Jules Ferry, 17 novembre 1883

- Lettre aux instituteurs et institutrices. Jean Jaurès - parue dans la Dépêche de Toulouse du 15 janvier 1888

- Lettre aux instituteurs et aux institutrices. Jean-Pierre Chevènement, 12 juin 1985

- "Créer les assises d’une nouvelle culture" - Lettre de René Monory aux instituteurs, septembre 1986

- Allocution de François Mitterrand à l’occasion du centenaire de la mort de Paul Bert, Auxerre, 22 novembre 1986

- Lettre aux éducateurs, Nicolas Sarkozy, président de la République, le 4 septembre 2007 [pdf]

- Créer une nouvelle dynamique de la formation des maîtres : rapport de Daniel Bancel, 1989

- Déclaration de l’Académie des sciences sur les IUFM, juin 1990

- Les IUFM au tournant de leur première décennie : panorama et perspectives - Comité national d’évaluation - 2001

- L’intégration des instituts universitaires de formation des maîtres au sein des universités - « Des procédures en voie de conclusion aux nécessités d’un véritable enracinement dans l’enseignement supérieur et la recherche » - Guy Geofrroy, janv. 2008

- Livre vert sur l’évolution du métier d’enseignant - Marcel Pochard, fév. 2008

- 22.Les nouvelles conditions de recrutement des personnels enseignants et d’éducation, janv. 2010 - Site du Ministère de l’éducation nationale






























