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La réforme de l’école primaire de 2008

Dossier mis à jour le 17.12.2014

Article mis à jour le 21.10.2010

Dès septembre 2007, le ministre en charge de l’Education nationale, Xavier Darcos, annonce la suppression des cours du samedi matin à la rentrée 2008 sans report des heures de classe sur les autres jours de la semaine. Cette mesure constitue le premier volet de la réforme de l’enseignement primaire qui va être présentée en février 2008 et appliquée à partir de septembre 2008. Outre la nouvelle organisation du temps scolaire, la réforme introduit de nouveaux programmes, une aide personnalisée aux élèves en difficulté et de nouvelles évaluations des résultats des élèves en CE1 et CM2.

Une nouvelle organisation du temps scolaire

L’organisation du temps scolaire est précisée par une circulaire du 5 juin 2008 : l’emploi du temps hebdomadaire comprend 24 heures d’enseignement pour tous les élèves, plus deux heures d’aide personnalisée pour les élèves en difficulté. Ces 24 heures d’enseignement se répartissent à raison de 6 heures par jour, de 8h30 à 16h30, les lundi, mardi, jeudi et vendredi. Cette nouvelle organisation conduit à la généralisation de la semaine scolaire sur quatre jours et à la suppression des calendriers décalés sur les vacances scolaires.

Deux types de dérogations sont admises. L’une a trait à l’aménagement de l’année scolaire : des adaptations du calendrier scolaire national peuvent être décidées par le recteur d’académie pour tenir compte des situations locales. L’autre concerne l’aménagement de la semaine scolaire : elle prévoit la possibilité de transférer les cours du samedi au mercredi matin sur proposition du conseil d’école, après avis de la commune et accord de l’inspection académique, mais seulement 3,6 % des écoles ont choisi cette organisation.

Avec 144 jours théoriques (quatre jours pendant 36 semaines) et 140 jours en fait, la France se distingue par l’année scolaire la plus courte de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et, paradoxalement, par l’un des plus grands nombres d’heures de classe. La moyenne de l’OCDE se situe en effet à 184 jours et les écoliers ont le plus souvent classe au moins cinq jours par semaine.

Un rapport des inspections de l’Education nationale souligne les inconvénients de ce nouveau calendrier : fatigue des élèves et des enseignants, réduction du temps de dialogue avec les parents et manque de temps pour faire tout le programme d’enseignement. Pour répondre à ces critiques, une Conférence nationale sur les rythmes scolaires a été lancée en juin 2010.

Des nouveaux programmes

Les nouveaux programmes sont présentés en février 2008 par le ministre de l’Education nationale comme une réponse à l’échec scolaire. En effet, le Haut Conseil de l’éducation estime à 15% le taux d’élèves qui, au terme de leur scolarité en école primaire, connaissent des difficultés sévères rendant impossible un parcours réussi au collège. L’objectif de ces nouveaux programmes est de diviser par trois en cinq ans le nombre d’élèves en difficulté. Pour cela, l’école est recentrée sur les "enseignements essentiels" avec pour référence le "socle commun de connaissances".

La loi du 23 avril 2005 définit un socle commun de connaissances et de compétences que doit avoir acquis tout élève au cours de sa scolarité obligatoire et qui comprend la maîtrise de la langue française, les mathématiques élémentaires, les bases d’une culture humaniste et scientifique, la pratique d’une langue étrangère et la maîtrise des technologies les plus courantes de l’information et de la communication. Les exigences précises du socle de connaissances sont développées dans le décret n° 2006-830 du 11 juillet 2006.

La définition des nouveaux programmes pour le premier degré repose sur la mise en oeuvre de ce socle. Les nouveaux programmes placent l’apprentissage structuré de la lecture et de l’écriture au premier rang des priorités mais les sept grands domaines de compétences du socle commun y apparaissent explicitement. La présentation des programmes est simplifiée et met en évidence la priorité accordée à l’enseignement du français et des mathématiques.

Ainsi, en français, la récitation et la rédaction sont réintroduites, les exigences en conjugaison sont augmentées (subjonctif, futur antérieur...). En mathématiques, l’apprentissage des techniques de calcul est renforcé ainsi que la maîtrise de la règle de trois. En histoire, le programme est centré sur l’histoire de France et fournit "une liste de repères indispensables (personnages et événements) dans l’ordre chronologique", une initiation à l’histoire des arts est introduite. L’instruction civique et morale remplace l’éducation civique, ce qui inclut un enseignement de la morale.

Lors de leur publication, ces programmes ont été vivement critiqués par les syndicats enseignants qui ont dénoncé leur manque d’ambition, une vision "mécaniste" des apprentissages ainsi qu’un fort déséquilibre entre des activités de mémorisation et d’entraînement, d’une part, et des activités de découverte favorisant l’épanouissement de l’élève, d’autre part.

Néanmoins, les programmes sont appliqués depuis la rentrée 2008. Les inspections générales de l’Education nationale ont évalué leur mise en oeuvre dans les classes dans une note de juillet 2010. Relevant que les "contestations frontales" de la part des enseignants se sont éteintes, les inspecteurs notent cependant une grande diversité des interprétations dans les constitutions des emplois du temps. En instruction civique et morale, ils constatent que "la morale n’est presque jamais abordée et l’utilisation de maximes illustrées demeure rarissime".

L’aide personnalisée aux élèves en difficulté

Avec la mise en place de la semaine de quatre jours, le volume horaire hebdomadaire est passé de 26 à 24 heures pour les élèves mais pas pour les enseignants. Outre les 24 heures hebdomadaires d’enseignement en classe, le service horaire des enseignants comprend 60 heures annuelles consacrées à l’aide directe aux élèves en difficulté. Les deux heures de travail disponible dégagées par professeur permettent la mise en place d’une aide personnalisée aux élèves en difficulté. Les établissements, après accord de l’inspecteur de la circonscription, placent ces deux heures le midi ou le soir après la classe.

De plus, des stages de remise à niveau sont organisés pendant les vacances scolaires pour les élèves de CM1 et de CM2 qui en ont besoin. Ces stages se déroulent en petits groupes, sur trois heures quotidiennes pendant cinq jours, en français et en mathématiques. Ils sont animés par des enseignants volontaires, rémunérés en heures supplémentaires.

L’institution de cette aide personnalisée a été vivement critiquée par les enseignants. Nombre d’entre eux ont craint que l’aide personnalisée soit d’abord destinée à procéder à des économies budgétaires en supprimant des postes des réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (RASED). De plus, dénonçant déjà l’organisation du temps scolaire avec une journée trop longue pour les élèves, les enseignants ont mis en garde contre l’allongement de la journée scolaire pour les élèves en difficulté à l’école.

Dans leur Troisième note de synthèse sur la réforme de l’enseignement primaire, les inspections générales de l’Education nationale dresse pourtant un bilan positif de la mise en place de l’aide personnalisée à laquelle ont largement adhéré les élèves et les familles. Les inspections nuancent cependant leur appréciation en raison du faible impact du dispositif sur les résultats des élèves.

Les évaluations en CE1 et CM2

La loi d’orientation de 1989 avait mis en place des cycles et aussi des protocoles d’évaluation des élèves en fin de cycle : l’évaluation des élèves en début de CE2 et en début de sixième était destinée à aider les enseignants à porter un diagnostic sur leurs élèves en identifiant les acquis et les faiblesses de chacun d’eux. Avec la réforme de 2008, les évaluations ne sont plus destinées à établir des diagnostics mais elles doivent réaliser un bilan des acquis des élèves par rapport aux programmes. Mesurer nationalement les acquis des élèves en référence aux nouveaux programmes est un des éléments fondateurs de la réforme de l’école primaire. Leur reconduction d’année en année doit permettre de mesurer l’évolution des acquis entre différentes générations d’élèves.

Depuis janvier 2009, les évaluations sont organisées en CE1 et en CM2. En CE1, elles ont lieu à la fin du cycle des apprentissages fondamentaux. En CM2, elles constituent le bilan de huit années d’école et sont organisées en janvier, soit six mois avant la fin de l’année scolaire, ce qui autorise la mise en place d’une aide personnalisée avant l’entrée au collège. Les résultats des évaluations sont diffusés aux parents, leur publication, initialement prévue école par école, se fait au niveau académique. Le document d’orientation sur la réforme de l’école primaire présenté par le ministre précise : "Le niveau obtenu lors de ces évaluations mais surtout les progrès accomplis par les élèves et mesurés par ces évaluations constitueront le véritable indice de réussite de la politique scolaire. Les bonnes pratiques qui aboutissent aux meilleurs résultats seront valorisées et mutualisées".

Les syndicats enseignants se sont mobilisés contre cet autre aspect de la réforme en dénonçant des risques de mise en concurrence entre les établissements. Ils ont également contesté le codage binaire de correction (juste / faux et non prise en compte des réussites partielles) et la date d’organisation des évaluations (en janvier, l’ensemble du programme n’a pas encore été étudié). Néanmoins, les évaluations ont été conduites en 2009 et en 2010. Elles ont identifié un pourcentage stable d’élèves en très grande difficulté.

La réforme de 2008 a ainsi profondément modifié l’école primaire : nouveaux programmes, nouvelle organisation horaire, nouvelles évaluations. La question de la gouvernance pédagogique n’a pas été traitée dans cette réforme mais le rapport de Frédéric Reiss, remis au ministre en septembre 2010, propose d’expérimenter de nouvelles pratiques qui tiendraient compte des spécificités territoriales.

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