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Le collège unique

Dossier mis à jour le 1er.07.2013

Article mis à jour le 1er.07.2013

La création du collège unique par la loi de 1975 a été célébrée comme l’aboutissement d’un processus de démocratisation et d’ouverture de l’enseignement à tous les enfants d’une classe d’âge. Sa mise en œuvre est beaucoup plus contestée. Chaque fois, les constats sont les mêmes : hétérogénéité des élèves, diversification nécessaire des programmes, montée de la violence. Les finalités du collège unique sont loin d’avoir été atteintes. De fortes disparités demeurent entre les collégiens dans leurs résultats scolaires, leurs relations au travail scolaire ou leurs comportements. Cependant, la raison d’être du collège unique, doter les collégiens d’un bagage scolaire identique, semble confirmée par la promulgation du socle commun de connaissances et compétences en 2005 mais aussi par le projet de loi sur la refondation de l’école.

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Mise en place du collège unique

Longtemps, l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire n’ont pas désigné des étapes successives de la scolarité des élèves mais deux types d’enseignement et d’établissement parallèles. A la sortie de l’école élémentaire, trois filières coexistaient : l’enseignement primaire supérieur, dispensé pendant quatre ans après le certificat d’études de la sixième à la troisième, l’enseignement dispensé dans les lycées de la sixième à la terminale, les centres d’apprentissage. En 1959, pour faire face aux besoins économiques du pays, le ministre Berthoin fait passer la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans et réforme l’organisation du système éducatif. Les cours complémentaires de l’enseignement primaire supérieur deviennent des collèges d’enseignement général (CEG). Les centres d’apprentissage deviennent des collèges d’enseignement technique (CET). De nombreux dédoublements de classe permettent des travaux dirigés en demi-classe dans différentes matières. Un cycle d’observation de deux ans (6e et 5e) est mis en place. En fin de cycle, les élèves sont orientés vers l’enseignement qui leur convient le mieux selon leur mérite et non selon leur origine sociale. La réforme Fouchet Capelle de 1963 met en place les collèges d’enseignement secondaire (CES). La réforme Haby du 11 juillet 1975 supprime la distinction entre CES et CEG qui deviennent tous des collèges. Elle met fin à l’organisation de la scolarité en filières. L’hétérogénéité des classes est établie, des actions de soutien et des activités d’approfondissement sont organisées. Le brevet des collèges, obtenu à la suite d’un examen ou au vu des seuls résultats scolaires de l’élève, remplace le brevet d’études du premier cycle du second degré (BEPC). Pour ses détracteurs, le collège unique ne contribue pas à démocratiser l’enseignement mais, en supprimant les filières, il appauvrit les programmes et répond principalement à un souci de réduction des dépenses d’enseignement.

Mis en œuvre à la rentrée 1977, le collège unique est vite confronté à des difficultés persistantes : hétérogénéité des élèves (niveau scolaire et origine sociale), difficultés de gestion et d’adaptation à ces nouveaux élèves, inégalité croissante entre les établissements, progression des incivilités dans les établissements, non préparation des enseignants, ambiguïté des objectifs du collège unique qui accueille tous les élèves jusqu’à 16 ans et en prépare certains à des études longues. Des aménagements vont être régulièrement décidés pour tenter de corriger ces difficultés.

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Des aménagements successifs à une structure unique maintenue

En décembre 1982, Louis Legrand, ancien directeur de l’Institut national de la recherche pédagogique, rédige un rapport intitulé "Pour un collège démocratique". Pour lutter contre l’échec scolaire, il propose la mise en place d’une pédagogie différenciée : tutorat pour les élèves en difficulté, autonomie des établissements pour mieux prendre en compte les situations locales, travail en équipe pédagogique.

Dans les années 80, l’objectif de mener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat tend à allonger le temps de scolarité. Le palier d’orientation en fin de 5e vers un cycle professionnel court est officiellement supprimé par une circulaire de 1991. Les classes de 4e et 3e technologiques, créées pour diversifier les modalités d’enseignement et apporter un soutien aux élèves en difficulté, sont également supprimées en 1998 faute d’avoir atteint leur objectif : seuls 5 % de leurs élèves, très majoritairement issus de familles défavorisées, parvenaient en seconde.

En 1994, François Bayrou, ministre de l’Éducation nationale, propose un "nouveau contrat pour l’école". Celui-ci affirme que le collège doit rester unique mais pas uniforme. Le collège est réorganisé en trois cycles : le cycle d’observation en 6e, le cycle central 5e/4e et le cycle d’orientation en 3e. Des parcours diversifiés sont mis en place pour les élèves en difficulté. La réforme prévoit également des études dirigées en 6e et 5e, des emplois du temps modulés sur la semaine et des enseignements en effectifs allégés.

En mai 1999, une nouvelle réforme des collèges est lancée par Ségolène Royal, ministre délégué chargé de l’enseignement scolaire. Elle s’appuie sur les conclusions du rapport du sociologue François Dubet "Le Collège de l’An 2000." Le rapport est favorable au maintien du "collège pour tous", réaffirme son rôle intégrateur, le principe de l’hétérogénéité des classes et refuse une orientation précoce. Il propose notamment de remettre à niveau des élèves arrivant en 6e avec des lacunes importantes, de favoriser une plus grande cohérence des enseignements et des équipes pédagogiques, de diversifier les méthodes d’apprentissage, de promouvoir la culture technique, de réformer le pilotage des collèges afin de lutter contre l’accroissement des écarts entre les établissements, d’améliorer la vie au collège en y associant davantage les parents et les élèves. Les principales mesures mises en place par la ministre sont les suivantes : articulation entre primaire et secondaire, aide aux élèves en difficulté (heures de soutien, renforcement des études dirigées en 6e et 5e, tutorat), encouragement à la pluridisciplinarité en créant des travaux croisés en 4e, instauration d’une "heure de vie de classe" tous les quinze jours et élaboration d’une charte des droits et devoirs du collégien.

Le rapport Joutard, remis à Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale, le 7 mars 2001 défend le maintien de l’architecture du collège. Il cherche à répondre à trois questions : comment diminuer l’hétérogénéité extrême qui rend le collège unique ingérable, comment ne plus faire du collège un "petit lycée", comment donner aux collégiens les compétences nécessaires pour la société du XXIe siècle. La réforme présentée par Jack Lang vise à changer les approches pédagogiques pour mieux prendre en compte la diversité des élèves et lutter contre l’échec scolaire. Une période d’intégration est prévue pour les élèves qui entrent en 6e. Des itinéraires de découverte sont mis en place en 5e et 4e, des cours optionnels sont proposés en 3e. L’idée est de favoriser la diversité des activités pour mieux motiver les élèves.

En 2005, la loi d’orientation pour l’avenir de l’école, présentée par le ministre de l’Éducation nationale François Fillon, définit un socle commun de connaissances et de compétences que chaque élève doit maîtriser au terme de la scolarité obligatoire, c’est-à-dire à la fin du collège. Le collège a pour mission de donner à tous les élèves les connaissances et les compétences indispensables à la poursuite des études, à l’exercice de la citoyenneté et à leur future insertion professionnelle.

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Renoncer au collège unique ou le conforter ?

Le collège unique a-t-il vraiment existé ? Au début des années 2000, certains prévoyaient sa disparition quand d’autres (comme le Haut Conseil de l’éducation, notamment) estimaient qu’il n’avait jamais eu d’unique que le nom. Le rapport de la commission culturelle de l’Assemblée nationale sur le projet de loi sur la refondation de l’école parle de "fiction". Les difficultés rapportées depuis son institution montrent que le collège unique n’a pas permis d’effacer les effets des inégalités sociales sur la réussite scolaire. Les pratiques internes des collèges dans la gestion de l’hétérogénéité des publics sont parfois contraires aux principes du collège unique. Des élèves sont exclus des enseignements communs pour être orientés, précocement, dès la quatrième, vers des filières spécialisées ou des dispositifs extrascolaires (4e d’aide et de soutien, 3e d’insertion, 4e et 3e technologiques, module de découverte professionnelle de six heures en 3e, dispositifs de préapprentissage, dispositif d’initiation aux métiers en alternance, etc.). Les stratégies de contournement de certains établissements par les familles les mieux informées ont pu aussi freiner le brassage des élèves, tandis que système d’affectation des enseignants (les plus jeunes et les moins expérimentés dans les zones défavorisées) n’est pas vraiment adapté. Les pouvoirs publics ont aussi parfois semblé renoncer au collège unique : encouragement du recours à l’alternance et mise en place de "l’apprentissage junior" pour les élèves considérés comme les plus faibles en 2006 (cet apprentissage a été rapidement supprimé en 2007).

Les difficultés des collèges sont réelles. Les comparaisons internationales montrent que tous les pays font face à une hétérogénéité des acquis de leurs élèves. Beaucoup ont opté pour une école unique avec des résultats inégaux. Une école avec un tronc commun unique d’enseignements n’est pas la panacée, selon la sociologue Marie Duru-Bellat, c’est la question des élèves faibles qui doit être l‘objet de toutes les attentions. Cependant, renoncer au collège unique signerait l’abandon d’une vraie démocratisation du système scolaire. Avec l’inscription dans la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école de 2005 du "socle commun de connaissances et de compétences" qui doit être acquis nécessairement en fin de cursus scolaire obligatoire, l’objectif initial du collège, à savoir donner une bagage scolaire identique à tous les élèves au cours du cursus obligatoire, est réaffirmé. Le projet de loi en discussion tranche et plaide clairement pour un collège unique consolidé, dont l’organisation se fait autour d’un tronc commun, autorisant des pratiques pédagogiques différenciées, à la fois "élément clé de l’acquisition par tous, du socle commun et creuset du vivre ensemble".

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