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L’avenir du nucléaire dans le bouquet énergétique

Dossier mis à jour le 28.03.2013

Article mis à jour le 28.03.2013

L’accident de Fukushima (Japon) constitue un tournant pour la filière nucléaire française et met en lumière des questions de fond qui renvoient au caractère spécifique du bouquet énergétique (ou "mix" énergétique) français, la France ayant misé massivement sur le nucléaire depuis les chocs pétroliers des années soixante-dix. Fukushima ne fait cependant qu’anticiper un débat sur l’utilisation de l’énergie nucléaire en France qui se serait engagé à partir de 2017, quand 80% du parc nucléaire français aura atteint les 30 ans de fonctionnement. Les choix énergétiques doivent en outre prendre en compte deux défis majeurs : le changement climatique et la pénurie annoncée des énergies fossiles (pétrole et gaz). Un débat national sur la transition énergétique a été lancé en novembre 2012, il devra décider quelle sera la place du nucléaire à l’horizon 2025.

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Les spécificités du bouquet énergétique français

Le bouquet énergétique français se caractérise par la part élevée de l’énergie nucléaire. La France a misé massivement sur le nucléaire depuis les chocs pétroliers des années soixante-dix. L’énergie nucléaire représente environ 75% de la production électrique alors qu’au niveau mondial, la production électrique continue d’être assurée à 68% par le thermique et les énergies fossiles. Grâce à son "mix" énergétique, la France a ainsi pu accroître son indépendance énergétique (51,2% en 2010).

La prédominance du nucléaire permet aussi à la France de respecter ses engagements internationaux afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre. En effet, la France a ratifié le protocole de Kyoto en 2002 et s’est engagée à stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990. Le protocole de Kyoto est un protocole additionnel à la Convention cadre des Nations-Unies sur le changement climatique adopté le 11 décembre 1997 qui fixe comme objectif une réduction de 5,2% des émissions de gaz à effet de serre en 2008-2012 par rapport au niveau de 1990. Dans les chiffres clés de l’énergie (décembre 2012), le Commissariat général au développement durable souligne qu’avec des émissions de CO2 inférieures de 11% à leur niveau de 1990, la France dépasse d’ores et déjà l’engagement qu’elle a pris au titre du protocole de Kyoto.

Néanmoins, la production nucléaire d’électricité, réputée peu coûteuse, a favorisé une forte consommation électrique (le chauffage électrique est ainsi fortement développé en France) au détriment de la maîtrise de l’énergie ou du développement de nouvelles sources d’énergie. Le coût du mega watt heure fait l’objet de débat et il est jugé largement sous-évalué. La Cour des comptes a estimé son montant à 49,5 euros mais d’autres rapports soulignent que ce chiffre est encore inférieur à la réalité car c’est l’ensemble du coût du nucléaire qui est sous-évalué. Avec les investissements nécessaires dans les années à venir, pour le démantèlement des centrales ou pour leur prolongation, le coût de l’électricité devrait nécessairement augmenter.

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Les différentes trajectoires possibles de la "transition énergétique"

La catastrophe de Fukushima puis la décision allemande de sortir du nucléaire ont relancé, en France, le débat sur le nucléaire. Ses partisans mettent en valeur un nucléaire propre (“décarbonné”), qui non seulement assure le respect des engagements internationaux et de l’environnement, mais confère à la France un avantage technologique et compétitif dans la mondialisation. Ses opposants soulignent les dangers du nucléaire et de ses déchets pour l’environnement.

Le président François Hollande, élu en mai 2012, s’est engagé sur une réduction progressive de la part du nucléaire dans la production d’électricité dont la part devrait passer de 75% à 50% à l’horizon 2025. La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim a été annoncée en septembre 2012. Parallèlement, le président a confirmé le moratoire sur l’exploitation des gaz de schistes par fracturation hydraulique. Le cadre de la transition énergétique est donc fortement contraint mais les possibilités restent nombreuses : prolongation de l’exploitation des réacteurs actuels jusqu’à la mise en service des réacteurs EPR, diminution progressive et conditionnelle de la part du nucléaire dans la production électrique et, pour la première fois, des rapports intègrent la possibilité de renoncer au nucléaire.

Quelle que soit la trajectoire envisagée, le paramètre déterminant pour l’avenir de la filière nucléaire civile française demeure, dans les rapports institutionnels analysés, celui du coût "délicat et controversé" de la gestion de la filière.

Dans son étude de 2008 sur les coûts de référence de la production électrique, la Direction Générale de l’Energie et du Climat (DGEC) indique que le nucléaire est la filière la plus compétitive pour la production électrique. La programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de production d’électricité 2009 - 2020 privilégie le scénario central de la prolongation au-delà de 40 ans du parc nucléaire actuel. La DGCE fait valoir que plus la durée de vie de l’installation nucléaire est longue, plus l’étalement de l’amortissement abaisse le coût de l’électricité produite sur la période, même si l’allongement de la durée de vie entraîne un alourdissement progressif de la maintenance et des travaux d’amélioration des équipements. En outre, le maintien des compétences industrielles de la filière justifie la mise en service, déjà décidée, de deux réacteurs de nouvelle génération (EPR).

Le rapport de François Roussely sur l’avenir de la filière française du nucléaire civil, de juillet 2010, prône également la poursuite des chantiers des nouvelles centrales, tout en assurant la prolongation de la durée de vie des centrales actuelles (de 40 à 60 ans) ainsi que le démantèlement prévu de certaines installations. Parmi les réponses à la question du financement du nucléaire civil, le rapport est favorable à l’appel aux investisseurs privés.

Dans leur rapport sur l’avenir de la filière nucléaire en France de décembre 2011, le sénateur Bruno Sido et le député Christian Bataille privilégient un scenario intermédiaire entre une sortie du nucléaire et le maintien du nucléaire au niveau actuel. Ils insistent notamment sur la progressivité de la démarche (production nucléaire abaissée à un niveau de 50% de la production actuelle en 2050, puis 30% en 2100) qui laisserait du temps à l’innovation technologique, notamment pour le stockage de l’énergie produite par des éoliennes ou des panneaux solaires. Ils considèrent que la transition énergétique vers les énergies renouvelables devra prendre appui sur le système de production actuel : la part restante d’énergie nucléaire de quatrième génération doit procurer à la France, vers la fin du siècle, un socle d’indépendance énergétique.

Malgré les incertitudes liées aux frais de démantèlement et à la gestion des déchets nucléaires, la la Cour des comptes estime, dans son rapport de janvier 2012, le coût de production de l’électricité nucléaire en 2010 entre 33,1 et 49,5 euros par mega watt heure (MWh), en fonction des méthodes de calcul retenues. La Cour considère que le prix de l’électricité nucléaire produite en France est appelé à augmenter fortement dans les années à venir. Les raisons en sont les lourds investissements prévus pour prolonger la durée du parc actuel et améliorer la sûreté des installations à la selon les recommandations émises par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à la suite de la catastrophe de Fukushima. En outre, la Cour estime que les centrales de nouvelle génération devraient être nettement plus chères que le parc actuel, si l’on se fonde sur le coût de l’électricité qui sera produite par l’EPR en construction à Flamanville, estimé entre 70 et 90 euros/MWh.

Analysant les différents scénarios de politique énergétique pour la France, le rapport de la commission Énergies 2050, de février 2012, écarte toute fermeture ou réduction du parc nucléaire. Elle préconise, au contraire, de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires existantes aussi longtemps que l’ASN le permettra, de prévoir un petit nombre d’EPR pour lisser la production au moment de la fermeture des centrales les plus anciennes et de préparer l’avenir en poursuivant, au côté du développement des énergies renouvelables, le développement de réacteurs de 4e génération.

Le rapport de juillet 2012 de la commission d’enquête sénatoriale sur le coût réel de l’électricité, reprenant des éléments du rapport de la Cour des comptes, considère que le coût relativement bas du kilowatt heure français ne devrait pas perdurer. Selon son rapporteur, Jean Dessessard, membre d’Europe Ecologie Les Verts, des investissements considérables devront être déployés au cours des vingt prochaines années et, quelle que soit l’option choisie, 400 milliards d’euros d’investissements seraient nécessaires dans le domaine énergétique d’ici 20 ans.

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