[ Publicité ]

Les activités spatiales face à la concurrence| vie-publique.fr | Repères | Politiques publiques

Imprimer

Les activités spatiales face à la concurrence

Archives.

Dossier mis à jour le 4.04.2012

Article mis à jour le 4.04.2012

Depuis les années 2000, les activités spatiales connaissent un fort développement. Si pendant la Guerre froide, la course à l’espace revêtait une dimension politique, désormais, les avancées technologiques des applications spatiales irriguent tous les secteurs d’activité. D’ailleurs, l’espace n’est plus un domaine exclusif pour les grandes puissances et de nouveaux pays comme l’Inde, le Japon ou le Brésil adoptent des programmes spatiaux. Dans ce contexte d’un renforcement de la course à l’espace, quelle est la place des politiques spatiales française et européenne ? Celles-ci s’appuient sur plusieurs décennies de savoir-faire technologique et sur la réussite commerciale du programme Ariane. Néanmoins, la gouvernance et la stratégie économique de la politique spatiale sont parfois contestées.

Lien vers le haut de page

Une gouvernance mise en cause

Bien que la France soit aujourd’hui largement intégrée au processus de décision européen en matière de politique spatiale, elle garde un rôle moteur grâce au Centre national d’études spatiales (CNES) et à sa filière industrielle spatiale. Plusieurs rapports soulignent cependant un affaiblissement du secteur spatial français.

Un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) de 2007 souligne ainsi que depuis les années 2000 : "La France décélère ses efforts spatiaux, au contraire de ses partenaires européens. Ses dépenses publiques pour l’espace ont en effet diminué, en moyenne, de 1,6% par an, alors que les investissements publics spatiaux augmentaient de 1,1% par an en Allemagne, de 4,1% par an en Italie et de 6,1% par an au Royaume Uni". Les rapporteurs préconisent une nouvelle gouvernance du spatial en France qui doit s’appuyer sur une "vision spatiale française" définie par le Gouvernement, le Parlement, le CNES et l’industrie. A cet effet, ils suggèrent notamment : une loi de programmation spatiale, un ministre de plein exercice chargé de l’espace et la création d’un Conseil de l’Espace auprès du président de la République ainsi que l’octroi de crédits supplémentaires au CNES.

En 2010, un rapport de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) met en évidence les points faibles du CNES : "une nette insuffisance du volume financier en recherche et technologie (R&T) au regard du budget total de l’établissement, une stratégie de valorisation insuffisamment élaborée, une efficacité de recrutement qui se heurte à de trop fortes contraintes". En Europe, la gouvernance de la politique spatiale est également contestée. Une "Contribution des autorités françaises aux réflexions sur les futures implications de l’Union européenne dans les activités spatiales", datée de mai 2010, estime qu’il est nécessaire d’approfondir les relations entre l’Union européenne (UE) et l’Agence spatiale européenne (ASE), de développer une relation partenariale entre l’UE et ses Etats membres, d’établir un statut de pays associé et de faire évoluer le Conseil Espace et le Groupe de haut niveau pour la politique spatiale.

Le Centre d’analyse stratégique estime, quant à lui, que "l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne constitue une formidable occasion de donner un nouvel élan à la politique spatiale européenne" et préconise qu’"au-delà de la phase de définition des programmes spatiaux et de leur financement, la Commission, exécutif de l’Union européenne, devrait, en règle générale intervenir comme maître d’ouvrage des programmes spatiaux de l’UE, tout en conservant la responsabilité juridique et financière. La maîtrise d’ouvrage déléguée devrait être confiée à une agence spatiale, telle que l’ESA, la maîtrise d’œuvre ayant vocation à être confiée à l’industrie européenne". Les relations entre l’UE et l’ESA sont donc à repenser, selon le Centre d’analyse, compte tenu des nouvelles compétences des institutions communautaires. Il ajoute que la politique spatiale européenne doit se doter de moyens financiers conséquents, avec un poids accru de la commande publique, et doit également s’appuyer sur des coopérations internationales. Enfin, le Centre d’analyse stratégique propose quatre objectifs pour la politique spatiale européenne : « répondre aux besoins des citoyens, contribuer à la défense et à la sécurité européennes, faire progresser les connaissances scientifiques et participer à l’exploration du système solaire et à la quête de la vie dans l’univers, promouvoir la compétitivité par une politique industrielle de développement de produits européens et de maîtrise des technologies critiques ».

Lien vers le haut de page

Une activité commerciale soumise à une vive concurrence

L’industrie spatiale française est notamment constituée de grandes entreprises comme la Snecma, Astrium ou Thales Alenia Space. Le rapport de l’OPECST souligne les faiblesses du secteur : « Après une période 1996-2000 marquée par une croissance du secteur, un brutal retournement est intervenu en 2001, qui a inauguré une phase de rétraction majeure de l’activité. Le chiffre d’affaires de l’industrie spatiale en France a en effet commencé par croître de plus de 60% entre 1996 et 2000. Puis une baisse de 28% est intervenue entre 2000 et 2005 ». L’AERES ajoute, quant à elle, qu’en dépit de la présence de trois grandes entreprises et d‘une vingtaine d’entreprises de taille moyenne, le secteur est handicapé par un nombre conséquent de petites entreprises. L’Agence considère ainsi que : "les nombreuses petites entreprises du secteur ont des difficultés à maintenir leur efficacité et à survivre lorsque les conditions du marché sont trop drastiquement variables ce qui, faute de moyens, les pénalisent pour développer en leur sein de l’innovation ou se doter de compétences en la matière en nouant des alliances avec d’autres entreprises". L’AERES préconise l’aide du CNES et des pouvoirs publics pour "l’émergence d’entreprises de taille intermédiaire, susceptibles d’une plus grande diversité et flexibilité d’action, ainsi qu’à une optimisation des transferts de technologies des laboratoires vers ces PME". Enfin, dans un rapport publié en 2011, le Centre d’analyse stratégique ajoute, à propos de l’industrie spatiale, que "la dépendance au secteur commercial est également un facteur de risque tant celui-ci est soumis à des facteurs externes tels que : les taux de change et leur fluctuation rapide sur un marché essentiellement en dollar ; l’émergence de capacités nouvelles au plan international ; la fluctuation de la demande, très concentrée autour de quelques opérateurs".

L’Europe spatiale s’est construite autour de la fusée Ariane. Jusqu’aux années 2000, cette stratégie commerciale a été positive. En effet, la société Arianespace a largement profité du marché des satellites. Mais depuis quelques années, la montée en puissance de concurrents conduit les Européens à réviser leur politique spatiale. Plusieurs rapports et communications se font l’écho de ces interrogations. Le rapport de l’OPECST constate : "Après la phase de croissance forte de la décennie 1990 où le chiffre d’affaires de l’industrie spatiale a augmenté de près de 60%, un brutal retournement de tendance s’est produit avec la chute de 2000 à 2005 de 22% du marché des télécommunications, de 53% de l’observation de la Terre, de 35% des lancements, de 86% des infrastructures spatiales et des programmes de vols habités, et même de 17% des applications scientifiques" et il ajoute : "Si un redressement semble s’être produit en 2006, avec le retour à un volume mondial de commandes de 20 satellites de télécommunications par an, le volume d’activité dans ce secteur reste inférieur d’un tiers aux plus hauts de la décennie précédente". Les rapporteurs écrivent à propos de la concurrence : "C’est dans ce contexte de croissance molle des marchés qu’apparaissent sur la scène internationale de nouveaux compétiteurs, qui sont d’autant plus redoutables que la notion de rentabilité est secondaire dans leurs offres, en raison de leur structure publique. Les conséquences de la crise n’étant pas effacées, l’industrie spatiale européenne se trouve ainsi frappée de plein fouet par une concurrence asymétrique, tout en n’ayant pas les moyens financiers de reprendre un avantage compétitif décisif ". Ils soulignent les dangers du modèle européen de croissance spatiale par le marché, l’insuffisance de la commande publique et de la R&D et la rentabilité trop faible des activités spatiales. Ils suggèrent de changer de paradigme pour dynamiser le spatial européen en cessant de limiter les développements spatiaux aux seules activités qui peuvent être prises en charge par le marché. Le Centre d’analyse stratégique souligne également la dépendance technologique croissante de l’Europe spatiale qui a recours "à des produits et à des technologies d’origine étrangère, américaine ou japonaise, que ce soit pour des raisons de compétitivité, de performances ou tout simplement de savoir-faire". Il ajoute que le domaine dans lequel cette dépendance est la plus conséquente est la microélectronique avec 75% des composants électroniques d’un satellite ou d’un lanceur d’origine américaine. Un effort d’harmonisation et de veille technologique de l’Europe est donc souhaitable selon le Centre d’analyse stratégique.

Face à ces interrogations, l’Union européenne a affirmé à plusieurs reprises les grands axes de sa politique spatiale. Ainsi, dans un rapport de septembre 2008, la Commission européenne souligne parmi les premières priorités : « la poursuite de la mise en œuvre des programmes Galileo et GMES, la mise au point d’une stratégie relative aux relations spatiales internationales et la nécessité de développer des outils adéquats et des systèmes de financement des actions communautaires dans le domaine spatial, suivies par une meilleure coordination et des synergies entre les programmes et les technologies spatiales de défense et civiles, selon une approche axée sur les besoins des utilisateurs ». Sur le plan industriel, la Commission européenne préconise également de : « Promouvoir l’intégration croissante des services satellitaires et des services d’observation de la Terre, de navigation et de communication pour renforcer les marchés en aval européens des applications et services ; développer davantage une politique industrielle tenant compte des spécificités du secteur spatial et promouvant l’innovation et la concurrence tout en appuyant l’industrie pour gérer les variations hautement cycliques de la demande ; investir dans la technologie et assurer l’entretien de technologies critiques ; finaliser l’analyse en cours des besoins en matière de réglementation et/ou de déréglementation dans le domaine spatial ainsi que des futurs besoins d’harmonisation ; préparer un programme de normalisation ». Enfin, cette stratégie est confirmée en avril 2011 dans une communication de la Commission européenne qui affirme que « le secteur spatial contribue directement aux objectifs de la stratégie Europe 2020 visant une croissance intelligente, durable et inclusive ».

Lien vers le haut de page

Rechercher