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Les violences sont-elles fréquentes en prison ?

le 16 01 2018

Illustration Doc'en Poche - Entrez dans l'actu

Chaque semaine, une question extraite de la collection Doc' en poche « Entrez dans l'actu » sur des sujets d'actualité pour démêler le vrai du faux.

Question extraite de : "Parlons prison en 30 questions", Sarah Dindo (2015), disponible à La Documentation française

Un problème de chiffres

Les données sur la violence en prison ne sont pas totalement fiables, car elles s’appuient sur le recensement des seuls incidents ayant fait l’objet d’un compte-rendu. Les agressions entre détenus sont vraisemblablement les plus sous-évaluées (8 560 en 2013). La majorité d’entre elles se produisent dans les lieux « où les surveillants sont absents » (douches, angles morts des caméras de surveillance, cours de promenade) et où les détenus sont « livrés à eux-mêmes sans activité » (Chauvenet et al., 2008). En outre, les détenus sont généralement peu enclins à dénoncer les violences dont ils sont l’objet.

Une majorité d’agressions verbales

Les « événements collectifs » s’élevaient à 1 111 en 2013. Toute action collective de détenus, même pacifique, est comptabilisée, tel le simple fait de signer une pétition qui est interdit. Les agressions contre un personnel ayant entraîné une incapacité totale de travail s’élevaient à 144. 20 072 autres agressions contre le personnel étaient recensées, constituées en majorité (79 %) de violences verbales. Elles ne sont pas toutes déclarées par les surveillants, parce que très courantes ou par peur des conséquences. Les agressions de détenus par des personnels sont absentes des statistiques. Mais, de tels faits se produisent et sont parfois portés devant les tribunaux.

Attention, promenade !

>>> Les cours de promenade ont été qualifiées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, dès son premier rapport en 2008, de « lieux de tous les dangers ». Il rapporte les « menaces, rackets, violences, jets de projectiles, trafics » qui s’y produisent quotidiennement. Le personnel de surveillance n’entre pas dans les cours, qu’il surveille « depuis des postes avoisinants ou par vidéosurveillance ». En cas d’agression, les surveillants attendent « que les détenus aient réintégré le bâtiment pour reprendre le contrôle de la situation. Les conséquences en sont triples : le plus fort impose sa loi ; des blessures graves sont fréquemment constatées ; bon nombre de détenus refusent d’aller en promenade, de peur des agressions » (p. 130 du rapport).

L’équation de la violence

>>> Le milieu carcéral est en lui-même générateur de tensions et violences. Des chercheurs écossais l’ont expliqué par « l’empêchement des relations avec l’extérieur », « l’impossibilité d’échapper au regard d’autrui à un moment quelconque » de la journée, « la programmation de toutes les activités en fonction des exigences de l’institution », le fait qu’un « petit groupe » (le personnel) « dispose d’un quasi-monopole sur l’information et le processus décisionnel ». L’absence de communication entre le personnel et les détenus a enfin « une influence puissante ». Dans la violence carcérale, « l’individu n’est que la moitié de l’équation » (Cooke, Johnstone, Gadon, 2008).


Extrait de : "Parlons prison en 30 questions", Sarah Dindo (2015), disponible à La Documentation française

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