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4 ou 4,5 jours, activités périscolaires : les rythmes scolaires en débat

le 19 avril 2019

L'heure de la leçon d'art © DenisProduction.com, AdobeStockL’heure de la leçon d’art © DenisProduction.com, AdobeStock

La question de l’organisation du temps scolaire à l’école primaire ne cesse de diviser la société française. En dix ans, certains écoliers auront connu jusqu’à trois réformes successives, et ce sans qu’il existe de véritable consensus sur leur impact.

L’organisation du temps scolaire depuis 1882

Une question ancienne
Le débat sur les rythmes scolaires existe au moins depuis l’instauration de l’école obligatoire par Jules Ferry en 1882. Il s’agit au départ de concilier temps scolaire, éducation religieuse et participation aux travaux agricoles. Ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle qu’entrent en jeu des considérations d’ordre économique (années 60) puis pédagogique (années 80). Si les rythmes scolaires ont évolué assez lentement, on note une accélération des réformes ces vingt dernières années.

Les principales réformes

1882 : le temps scolaire est fixé à 30 heures hebdomadaires réparties du lundi au samedi, avec un repos le jeudi. Les vacances d’été durent environ 1 mois.

1922 : les vacances d’été sont allongées de 15 jours, pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles (vendanges et moissons).

1939 : les vacances de la Toussaint, de Noël et de Pâques sont instaurées. Les vacances d’été sont allongées de 1 mois, ce qui les porte à 10 semaines. Le calendrier scolaire est arrêté par le ministèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de l’Éducation nationale, et non plus par les préfets.

1961-1980 : les rythmes scolaires sont aménagés en fonction d’intérêts économiques (allongement de la saison touristique). Cela passe par l’instauration du zonage des vacances d’été (1965, supprimé en 1971), de février (1967-68) et de Pâques (1971-72).

1969 : la durée hebdomadaire passe de 30 à 27 heures et le samedi après-midi est libéré.

1972 : le jour de repos est déplacé au mercredi.

Années 1980 : début des réflexions sur la chronobiologie de l’élève (étude de l’organisation temporelle des enfants en rapport avec l’apprentissage scolaire) et premières expérimentations de la semaine de 4 jours.

1990 : la durée hebdomadaire passe de 27 à 26 heures.

1991 : à la suite d’un décret signé par Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, les écoles peuvent choisir d’adopter la semaine de 4 jours après avis de l’inspecteur de l’Éducation nationale.

2008 : la semaine de 4 jours est instaurée sous l’égide du ministre Xavier Darcos, baissant la durée hebdomadaire à 24 heures.

La réforme des rythmes scolaires (2013) et son assouplissement (2017)

Le retour à la semaine de 4 jours et demi
En janvier 2013, le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon publie un décret relatif au temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires. Cette réforme prévoit notamment le retour à la semaine de 4 jours et demi qui avait été supprimée par Xavier Darcos en 2008. L’objectif est d’étaler les apprentissages fondamentaux sur 5 matinées au lieu de 4, des travaux en chronobiologie ayant montré que la concentration est meilleure le matin. La durée de la journée de classe est réduite pour prévenir la fatigue des élèves.

Temps d’activité périscolaire (TAP) et projet éducatif territorial (PEDT)
La réforme prévoit la mise en place d’activités périscolaires – sportives, culturelles et artistiques – sur le temps dégagé en fin de journée. Ce temps d’activité périscolaire (TAP) est à la charge des municipalités et il doit contribuer au développement de la curiosité intellectuelle de l’enfant. Il peut être organisé dans le cadre d’un projet éducatif territorial (PEDT) qui associe à la collectivité territorialeCollectivité territorialeStructure administrative, distincte de l’administration de l’État, qui doit prendre en charge les intérêts de la population d’un territoire précis. l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine de l’éducation (associations, institutions culturelles et sportives, etc.).

La mise en œuvre de la réforme
La réforme des rythmes scolaires entre en application à la rentrée 2013, avec la possibilité d’un report à la rentrée 2014 pour certaines communes. Mais les protestations de nombreuses mairies poussent le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Benoit Hamon, à publier dès 2014 un décret assouplissant la réforme. Tout en maintenant les 5 matinées travaillées, le décret ouvre la possibilité de concentrer le TAP sur une seule demi-journée.

L’assouplissement de la réforme en 2017
En juin 2017, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer signe un décret permettant aux communes qui le souhaitent de revenir à la semaine de 4 jours. Promesse du candidat Emmanuel Macron, cette dérogation doit permettre d’adapter les rythmes scolaires aux spécificités locales, conformément à une demande de flexibilité exprimée par de nombreuses communes. A la rentrée 2018, 87% des communes ayant une école publique ont choisi le retour à la semaine de 4 jours selon les résultats d’une enquête de l’Association des maires de France.

Le plan mercredi
Le décret introduit par Jean-Michel Blanquer s’accompagne d’un "Plan mercredi" qui vise à garantir aux enfants un accueil de loisir le mercredi, en particulier dans les communes ayant opté pour la semaine de 4 jours. L’objectif est de proposer aux enfants des activités périscolaires de qualité le mercredi afin de favoriser l’accès à la culture et au sport, et de lutter contre les inégalités sociales en évitant que ceux issus de milieux défavorisés ne restent chez eux le mercredi.

Semaine de 4 jours : les clés du débat

A l’origine : les résultats de l’école française
Les classements internationaux font régulièrement apparaître un niveau décevant de l’école française, tant en termes de performances des élèves que de réduction des inégalités sociales. Ainsi, le classement PISA qui évalue le niveau des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE plaçait la France en 26e position en sciences et en mathématiques en 2016. Le poids du milieu socio-économique pèserait quant à lui à plus de 20% dans le niveau des élèves français, contre 13% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Les rythmes scolaires français : une exception
Les rythmes scolaires de l’école française sont régulièrement accusés d’être responsables de ses mauvais résultats. En effet, la France fait figure d’exception puisqu’elle possède le nombre de jours d’école le moins élevé des pays de l’OCDE pour un nombre total d’heures plus élevé en moyenne. Ainsi, les élèves français ont des semaines plus courtes mais des journées – et des vacances – plus longues que leurs voisins européens. Mais existe-t-il vraiment une corrélation entre rythmes scolaires et résultats ?

Un impact négatif sur les résultats ?
Pour certains, la semaine de 4 jours serait responsable des mauvais résultats de l’école française en termes de performances des élèves mais aussi de réduction des inégalités sociales. En effet, les enfants apprendraient mieux le matin (comme l’ont montré des travaux de chronobiologistes) et seraient inutilement fatigués par des journées trop longues. Par ailleurs, la semaine de 4 jours pénaliserait les élèves issus de milieux défavorisés, qui se retrouveraient souvent désœuvrés le mercredi.

Une corrélation difficile à établir
Les premières évaluations de la réforme de 2013 réalisées par la direction de l’évaluation et l’inspection générale du ministèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de l’Éducation nationale ne permettent pas d’établir un impact positif de celle-ci sur les performances des élèves. Pour certains, le débat se cristalliserait inutilement sur les rythmes scolaires, passant à côté de questions plus essentielles comme la qualité de l’enseignement ou le nombre d’élèves par classes.

Des difficultés pour financer la semaine de 4,5 jours
De nombreuses mairies soulignent leurs difficultés à financer la semaine de 4,5 jours, et ce malgré les aides mises à disposition par l’État. Ces difficultés tiennent principalement au coût des activités périscolaires et du transport scolaire dans les communes rurales. Par ailleurs, la semaine de 4,5 jours est particulièrement contraignante pour les enseignants qui voient leur temps de présence réparti sur 5 jours au lieu de 4.

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