Plate-forme commune du RPR et de l'UDF intitulée "Plate-forme pour gouverner ensemble" signée le 16 janvier 1986 par M. Jacques Chirac, président du RPR et M. Jean Lecanuet, président de l'UDF. Troisième partie : "redonner sa vraie place à la France".

Texte intégral

3 - REDONNER SA VRAIE PLACE A LA FRANCE


1. UNE FRANCE RESPECTÉE
L'accroissement annuel du budget militaire, qui avait été en moyenne de 4,2 % en francs constants entre 1976 et 1981, est devenu, depuis cette date, pratiquement nul. Le pouvoir socialiste a cassé l'effort de défense avec pour résultats : des développements incertains en matière nucléaire, une armée de Terre désorganisée et inquiète, l'avenir de la Marine en question, une armée de l'Air insuffisante.
En ce qui concerne la doctrine, le pouvoir oscille entre un discours solidariste et la tentation du repli sur l'Hexagone.
Redressement et renouveau sont des impératifs pour que la France retrouve son aptitude à faire face de manière efficace aux dangers qui la menacent et puisse pleinement jouer son rôle sur la scène internationale.
La défense de la France a pour finalité la garantie de l'indépendance et la sauvegarde de la Nation dans ses personnes, dans ses biens comme dans ses intérêts fondamentaux. C'est d'abord sur elle-même qu'elle doit compter, mais la solidarité tant européenne qu'atlantique est vitale pour lui permettre de faire face à la menace à laquelle elle est confrontée.
La stratégie de la France vise à dissuader l'agresseur. La dissuasion est essentiellement nucléaire. Elle repose sur deux capacités : celle de la représaille stratégique et celle de l'action sur le terrain. Elles sont toutes les deux fonda-mentales, la dissuasion étant globale. La dissuasion sur les avants de l'Europe, par les armes classiques, et nucléaires tactiques, est une composante de cette dissuasion globale.
Le choix d'une telle stratégie oblige à assurer un haut degré de crédibilité de nos forces nucléaires. La quasi-invulnérabilité étant encore garantie à la composante navale de la force nucléaire stratégique, celle-ci doit bénéficier des moyens propres à assurer sa modernisation permanente. La diversification de la F.N.S. (Force Nucléaire Stratégique) devra être envisagée sans délai.
Le prochain gouvernement devra engager une négociation avec ses partenaires européens, plus particulièrement la République Fédérale d'Allemagne et la Grande-Bretagne, en vue d'arriver à une position européenne sur la participation à l'initiative de Défense Stratégique.
Une défense crédible nécessite un appareil équilibré entre les forces nucléaires et classiques. Ces dernières devront être développées et modernisées pour que la France soit capable de participer de façon significative à la défense commune de l'Europe et dispose d'une capacité d'action extérieure lui permettant de répondre aux menaces qui pèsent sur ses intérêts hors d'Europe.
La défense de la France ne se conçoit pas hors de la défense de l'Europe. L'existence de notre F.N.S. (Force Nucléaire Stratégique) et l'incertitude qui entoure les conditions de sa mise en uvre constituent un facteur reconnu de la dissuasion occidentale. Mais l'évolution de la menace exige que l'espace européen dans son ensemble soit aujourd'hui mieux pris en compte dans notre concept stratégique. La France devra prendre, dès 1986, l'initiative du vrai dialogue de la défense entre Européens, qui inclut en particulier les conditions d'emploi de l'arme nucléaire tactique. Dans un premier temps, cette ouverture se fera vers la République fédérale d'Allemagne et la Grande-Bretagne, en consultation étroite avec l'allié américain, en vue d'arriver si possible à une stratégie commune en Europe. Le dialogue militaire entre Européens constitue un élément essentiel de leur coopération politique.
La première Armée et la F.A.T.A.C. (Force Aérienne Tactique) doivent pouvoir remplir leur mission avec leurs armes tant nucléaires que classiques. Les moyens propres à engager la production de l'arme à effets collatéraux limités, qui permet de compenser les infériorités numériques devront être dégagés.
Les réorganisations discutables de l'armée de Terre ont diminué le potentiel de la première Armée sans pour autant créer une capacité d'action mieux adaptée aux diverses menaces. Il conviendra de regrouper les forces traditionnelles d'intervention extérieure et de rétablir l'unité du commandement des forces ayant pour vocation principale d'intervenir dans le combat européen.
Les crédits, pour l'entretien des matériels et l'entraînement des forces, qui conditionnent la mise en condition opérationnelle de l'appareil militaire, sont aujourd'hui tombés en dessous du seuil critique. Ils devront être rétablis immédiatement au niveau nécessaire.
La conscription est un principe républicain auquel nous sommes attachés. Sa mise en uvre doit être repensée dans le sens d'un véritable service national, lié à la réorganisation de la défense opérationnelle du territoire, des réserves ainsi que de la défense civile.
Notre objectif est de parvenir, dès que possible, à un effort de défense dont la part, dans le budget général de l'Etat représentera 4 % du produit intérieur brut marchand.


2. UNE FRANCE ACTIVE DANS LE MONDE
La politique étrangère d'une nation est indissociable de sa situation économique. Un pays affaibli par le chômage et l'endettement ne peut s'exprimer que d'une voix, elle-même affaiblie.
Les incohérences dues aux préjugés idéologiques et la multiplication d'initiatives désordonnées ont, par ailleurs, contribué à l'effacement de notre pays sur la scène internationale et à l'ébranlement de son autorité morale.

Dès 1986, la France devra conduire son action extérieure en fonction de trois priorités :

  • le redressement intérieur, point de passage obligé du redressement extérieur,
  • la défense des valeurs de liberté, d'indépendance et de garantie des droits de l'Homme,
  • le principe de réciprocité, notre pays s'acquittant de ses obligations et se prévalant des droits correspondants.

A. Les rapports Est-Ouest
Depuis plus de trente ans, l'Alliance Atlantique a contribué de façon décisive au maintien de la paix en Europe. Cette paix suppose une solidarité étroite entre la France et les Etats-Unis avec lesquels nous partageons le même idéal de liberté et de progrès, la même conception des droits de l'Homme. C'est donc un esprit de confiance, conjugué à une obligation de concertation réciproque sur les questions d'intérêt commun, qui doivent animer nos relations.
La politique à l'égard de l'U.R.S.S. doit être empreinte de vigilance et de fermeté car, par delà les changements d'hommes, la politique extérieure soviétique poursuit les mêmes objectifs grâce aux même principes, avec une continuité que la diversité des diplomaties occidentales ne fait que souligner. Les nécessaires relations d'Etat à Etat doivent donc être entretenues, avec la volonté d'affirmer nos propres valeurs et la capacité à les défendre.
Le combat pour le respect des droits de l'Homme constitue l'un des fondements de notre démocratie. Il convient, dans le respect du principe de réciprocité, de renforcer les contacts avec les gouvernements et les peuples des nations de l'Est qui, par leurs traditions et leurs cultures, appartiennent à l'Europe et qui sont indissociablement liées à son avenir.

B. L'Europe
La construction de l'Europe est une exi-gence de notre temps. Les acquis communautaires sont considérables mais leur préservation ne cesse de devenir plus difficile.
La solidarité franco-allemande a permis l'édification de l'actuelle communauté ; elle doit continuer d'être au cur de l'effort à poursuivre. Il faut, en effet, franchir des étapes décisives dans la voie de l'achèvement du système monétaire européen, du grand marché, de la technologie et de la défense, enfin, dans celui des nécessaires adaptations institutionnelles.
Il faut une Europe forte de son identité et offrant à la jeunesse les perspectives d'un grand projet politique mobilisateur.
Enfin, le renouveau de la culture européenne passe par la revitalisation des langues nationales et donc de la langue française.

C. L'Afrique
L'histoire et la langue ont créé, entre la France et l'Afrique, un capital d'amitié, de compréhension et d'intérêts réciproques. L'approfondissement de ces liens de sentiment et de raison doit constituer l'une des priorités de notre politique extérieure. Elle doit se traduire avant tout par le renforcement de nos accords de coopération bilatéraux avec nos partenaires traditionnels.
Fidèle à ses engagements, la France tiendra pour l'une de ses tâches essentielles de contribuer à leur développement et à leur sécurité.

D. Le Proche-Orient
La France a un rôle actif à jouer dans le rétablissement d'une paix durable, garantissant les droits légitimes de toutes les parties en présence.
Les liens séculaires, qui l'unissent au Liban, lui imposent une obligation morale particulière dans cette région.

E. Le Pacifique
La France défendra dans le Pacifique ses droits et ses intérêts stratégiques sans provocation ni faiblesse.
La présence de la France, son action et son rayonnement sont relayés par près de deux millions de Français installés à l'étranger, ambassadeurs de notre culture et têtes de pont de notre économie sur les cinq continents.
A tous les pays qui, de par le monde, la considèrent en amie ou en partenaire - en particulier ceux qui nous sont chers par l'Histoire ou par la culture, en Asie du Sud-Est ou en Amérique latine -, la France apportera une attention digne des exigences de sa vocation internationale.


CONCLUSION
La France sort affaiblie par cinq années de socialisme. Pourtant, elle garde toutes ses chances.
Grâce à la volonté claire et résolue des formations politiques de l'opposition parlementaire, 1986 est l'occasion d'un véritable choix.
Les objectifs qui viennent d'être indiqués constituent l'engagement du RPR, de l'UDF et de leurs amis vis-à-vis du peuple français.
C'est cet engagement que les formations politiques de l'opposition parlementaire ont pris, le 10 avril dernier, sur les principes suivants :
"- Si nous obtenons la majorité à l'Assemblée nationale, l'alternance sera réalité. Nous gouvernerons ensemble et seulement ensemble.
- Nous refuserons notre confiance à tout gouvernement de compromis qui tenterait de s'appuyer sur une autre majorité, par nature instable et incohérente.
- Nous mettrons alors en uvre nos propositions communes de gouvernement dont les objectifs sont rappelés ci-dessus."
C'est un engagement envers chacune et chacun. C'est un engagement envers la France.


VINGT ENGAGEMENTS FONDAMENTAUX
1986 est une vraie chance pour la France. Si grave soit l'échec de la gestion socialiste (500 000 emplois de moins qu'en 1981, 3 millions de demandeurs d'emploi, un point de croissance de moins que la moyenne des pays européens), notre pays garde tous ses atouts. Il attend impatiemment de retrouver sa vraie place en Europe et dans le monde.
Pour y parvenir, les objectifs sont clairs :

  • Assurer le respect exigeant des libertés ;
  • Affermir notre identité nationale ;
  • Redonner leur vraie place aux valeurs de responsabilité et d'effort ;
  • Libérer les initiatives individuelles dans la vie économique, dans la vie sociale, dans la vie culturelle ;
  • Retrouver un niveau de croissance égal ou supérieur à celui de nos partenaires européens, et donc créateur de richesse et d'emplois ;
  • Desserrer la tenaille de l'endettement extérieur par le retour à la compétitivité, et de l'endettement intérieur par la remise en ordre des finances publiques.

Ce sont ces objectifs, dont dépend très directement l'avenir de chaque Français et de chaque Française, qui ont guidé l'élaboration par le RPR et l'UDF, et les autres formations signataires de la "Plate-forme pour gouverner ensemble".
Il ne s'agit pas de dresser un catalogue complet de mesures précises, impossibles à établir à l'avance dans l'ignorance où nous sommes du bilan exact de la gestion socialiste. Mais il s'agit de marquer sans tarder, en soulignant quelques actions prioritaires, notre volonté d'engager la France sur une voie nouvelle: celle de la liberté, du progrès et de la grandeur. Se complétant et se renforçant les unes les autres, ces propositions d'action s'organisent autour de vingt engagements fondamentaux.


PROMOUVOIR UNE SOCIETE DE LIBERTE

  • 1. Renforcer les garanties constitutionnelles des libertés fondamentales : liberté de l'information, libre choix de l'école, droit de propriété, libertés d'entreprendre, de travailler et d'échanger.
  • 2. Permettre à l'électeur de choisir son député par le retour au scrutin majoritaire.
  • 3. Assurer la sécurité en renforçant les moyens de prévention et de police, en assurant l'exécution des décisions de justice et en organisant la lutte contre le terrorisme.
  • 4. Garantir le développement et la sécurité des DOM-TOM dans l'unité de la République.
  • 5. Rénover l'enseignement par la liberté et la responsabilité : libre choix de l'école, décentralisation progressive du système scolaire et autonomie des universités.
  • 6. Libérer la communication : rendre l'audiovisuel à l'initiative privée dans le cadre de règles claires et impartiales afin d'élargir la liberté de choix du téléspectateur ; désengager l'Etat qui gèrera une chaîne de télévision et une société de radio ; garantir la liberté de la presse par un statut modernisé.
  • 7. Diversifier les initiatives culturelles en développant le rôle des collectivités locales, celui des actions privées et en recentrant l'Etat sur ses missions propres.
  • 8. Affermir notre identité nationale en luttant contre l'immigration clandestine, en agissant avec fermeté contre les étrangers qui ne s'affranchissent des lois de la République, en facilitant l'intégration pour ceux qui le souhaitent, en développant, pour ceux qui le choisissent, l'aide au retour et en réformant le code de la nationalité.

RETROUVER LE CHEMIN DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE ET DU PROGRES SOCIAL

  • 9. Favoriser la création d'emplois en libérant l'économie, libération des prix par l'abrogation des ordonnances de 1945 ; libération progressive des changes ; développement de la concurrence par la modernisation de la législation et par la déréglementation des secteurs de base.
  • 10. Favoriser la création d'emplois en luttant contre les rigidités qui freinent l'embauche : incitation à l'emploi des jeunes dans le secteur productif, en particulier par des contrats d'insertion; statut allégé des PME-PMI, notamment par l'effacement des effets de seuil ; suppression de l'autorisation administrative de licenciement dans le respect des mécanismes contractuels; incitation au travail à temps partiel et assouplissement des formules de travail intérimaire et des contrats à durée déterminée.
  • 11. Développer et diversifier l'effort de recherché et de formation permanente de façon à assurer le maintien du haut niveau scientifique ou technique de notre pays et à permettre l'adaptation continue des qualifications.
  • 12. Assurer la stabilité de la monnaie : garantir l'autonomie de la Banque de France ; permettre la constitution d'un grand marché des capitaux pour développer l'épargne et l'investissement.
  • 13. Rendre à l'initiative privée, comme dans toutes les démocraties occidentales, les entreprises du secteur concurrentiel: dénationaliser au cours de la législature notamment l'ensemble des banques, des assurances, du secteur de l'information et des entreprises nationalisées en 1982.
  • 14. Remettre en ordre les finances publiques par un collectif budgétaire 1986 rétablissant la vérité des comptes et un budget 1987 freinant énergiquement les dépenses publiques, réduisant les déficits et procédant à de premiers allègements fiscaux. Notamment sur l'impôt sur le revenu et les charges des entreprises.
  • 15. Créer les conditions d'une reprise de l'activité du logement et des travaux publics.
  • 16. Sauvegarder la Sécurité Sociale grâce à la croissance retrouvée et au développement des valeurs de responsabilité dans la gestion des organismes de protection sociale et dans les comportements individuels.
  • 17. Engager une politique familiale ambitieuse : favoriser l'accueil du 3ème enfant, par exemple, par le développement d'une allocation parentale d'éducation et l'ouverture de droits propres en matière de retraite aux mères de famille nombreuse.

REDONNER A LA FRANCE SA VRAIE PLACE DANS LE MONDE

  • 18. Remettre à niveau notre défense nationale en lui donnant les moyens d'adapter ses forces tant stratégiques que conventionnelles aux données technologiques et géopolitiques du monde d'aujourd'hui.
  • 19. Reprendre l'initiative en Europe pour accélérer la construction européenne, créer un grand marché européen unifié ; progresser dans l'achèvement du système monétaire européen, développer la coopération en matière de défense et de technologie ; relancer la politique agricole commune pour donner à notre agriculture de nouveaux débouchés ; assurer par une réforme institutionnelle, une efficacité accrue de l'Europe élargie.
  • 20. Retrouver les conditions d'une politique étrangère cohérente et crédible, fondée sur la fidélité à nos alliances, la défense active des droits de l'homme et un effort diplomatique incessant pour aider à résoudre les différents conflits qui surgissent dans le monde.