Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur l'avancement du plan de lutte contre le cancer, notamment la préparation de la mise en place des cancéropoles, Paris le 8 juillet 2003.

Intervenant(s) :

  • Claudie Haigneré - Ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstance : Ouverture de la table ronde "L'innovation dans le plan cancer" lors du 23ème forum de cancérologie "Eurocancer", Paris le 8 juillet 2003

Prononcé le

Texte intégral

Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un grand plaisir d'être parmi vous ce matin pour témoigner de la mobilisation du Gouvernement français dans la lutte contre le cancer et vous faire part de l'avancement du plan souhaité par le Président de la République. Jean-François Mattei s'adressera à vous à la fin de cette session et pourra donner un éclairage direct sur l'action de son ministère. Pour cette raison, et dans le respect de l'intitulé de cette session, "l'innovation dans le plan cancer", je privilégierai pour ma part les questions de recherche.
Le drame que représente l'augmentation du nombre de malades atteints par le cancer, drame dont vous pouvez tous témoigner en connaissance de cause, appelait une action forte des pouvoirs publics.
Il y a bientôt un an, le Président de la République annonçait, lors de ses voeux du 14 juillet, qu'il souhaitait faire de la lutte contre le cancer l'une des trois priorités de son quinquennat.
Dès le mois de septembre la Commission d'orientation sur le cancer, mise en place par Jean-François Mattei et moi-même, et présidée par le Professeur Abenhaïm assisté du Professeur Louvard, vice-Président, a débuté un travail de grande qualité qui a abouti au rapport rendu public en janvier 2003.
Sur la base de ses recommandations, le Gouvernement a construit un plan de mobilisation nationale qui a été dévoilé par le Président de la République le 24 mars. Ce plan ambitieux, décliné en 70 mesures couvrant tous les volets de l'action nécessaire - la prévention, le dépistage, les soins, la prise en charge sociale, la formation et enfin la recherche - est d'ores et déjà mis en uvre.
Les mesures concernant spécifiquement les quatre premiers volets seront évoquées par Jean-François Mattei.
Néanmoins, je souhaite souligner que les stratégies de prévention et de dépistage, l'organisation des soins et de la prise en charge sociale, ces volets essentiels de la lutte contre le cancer, ne doivent surtout pas être déconnectés de l'innovation.
Dans leur élaboration et leur suivi, les différents responsables doivent constamment garder à l'esprit qu'au-delà des progrès thérapeutiques, la recherche ouvre tous les jours de nouvelles voies pour une action plus efficace.
Par exemple, le dépistage du cancer du sein et sa viabilité économique s'appuient sur les progrès de la mammographie, bientôt numérique, voire sur ceux de l'IRM, qui améliorent constamment la sensibilité et la spécificité de l'examen.
Autre exemple, la décision politique en matière de prévention du tabagisme est étayée par une connaissance fondée scientifiquement sur des études épidémiologiques, mais aussi sur des recherches en sciences humaines analysant les déterminants de la consommation chez les jeunes, voire sur des observations et des modèles économiques établissant le lien entre campagne de sensibilisation, mesures réglementaires, prix du tabac et consommation.
C'est pourquoi, indépendamment du fait que des gains substantiels en termes de mortalité et de qualité de vie pourront être obtenus en généralisant l'état de l'art au niveau de la prévention, du dépistage, des soins, et en améliorant l'accompagnement des patients et de leur entourage, nous sommes tous convaincus que les plus grandes marges de manuvre pour les années à venir résulteront de l'augmentation des connaissances sur le cancer et de l'innovation médicale.
Face à un ennemi dont l'emprise néfaste s'accentue avec le vieillissement de la population française, il nous faut résolument enrichir notre arsenal diagnostique et thérapeutique et en garantir l'utilisation rapide au service des patients.
Pour que la recherche et l'innovation répondent au mieux aux besoins de la lutte contre le cancer, il est donc capital que ses priorités nationales soient définies en étroite interaction avec la politique de santé en cancérologie.
C'est la raison pour laquelle le Président de la République a opté pour la mise en place d'un Institut National du Cancer.
L'une des missions essentielles de cette structure de coordination sera de veiller à cette articulation en privilégiant les partenariats entre recherche publique et recherche privée et en encourageant une culture de la valorisation au sein de nos structures publiques, ainsi qu'un réel "esprit d'entreprendre" parmi nos chercheurs et professionnels de santé.
En attendant la création de cet institut et en liaison avec la mission interministérielle de lutte contre le cancer, mise en place à titre intérimaire, le ministère chargé de la recherche et le ministère chargé de la santé se sont déjà mobilisés pour dynamiser la recherche sur le cancer et favoriser le transfert rapide des innovations au service des malades.
Tout d'abord, nous avons souhaité préparer la mise en place des cancéropoles. Ces structures d'animation et de coordination des recherches et de l'innovation, notamment sur le volet diagnostique et thérapeutique, seront établies à l'échelle d'une région ou d'un groupe de régions.
Elle seront créées en 2004 et auront pour vocation d'assurer la coordination opérationnelle de projets de recherche issus des équipes reconnues par les Ministères, des services de soins orientés vers l'innovation et des plates-formes technologiques. Ces projets devront être clairement orientés vers une finalité de service aux malades et devront intégrer le continuum entre les avancées de la recherche fondamentale et le transfert à l'application médicale et industrielle.
Afin d'accélérer cette structuration, j'ai demandé à mes services de lancer rapidement, en coordination avec le ministère chargé de la santé, un appel à propositions intitulé "Emergence des cancéropoles" dont les résultats, à la mesure de l'enjeu, sont très satisfaisants.
Dans un temps très bref, les différents acteurs - chercheurs des établissements publics, enseignants-chercheurs, cliniciens et industriels, d'une part, représentants institutionnels des hôpitaux, des centres anti-cancéreux et des régions, d'autre part - se sont mobilisés pour élaborer ensemble des projets structurants.
Douze dossiers ont été reçus pour évaluation, dont sept recouvrent la majeure partie du potentiel français de recherche en cancérologie et correspondent à de grandes régions ou groupes de régions : grand Ouest, grand Sud-Ouest, Ile-de-France, Nord-Est, Nord-Ouest, région PACA et région Rhône-Alpes.
Ces dossiers ont été évalués fin juin par un comité d'experts pluridisciplinaire.
Un budget global de 16,5 millions d'euros est alloué à l'ensemble de ces structures émergentes qui pourraient, d'ici douze à dix-huit mois, recevoir une labellisation en cancéropoles, à condition qu'elles mettent en place les projets envisagés avec le niveau d'excellence requis et une organisation opérationnelle satisfaisante.
Une partie de ce budget provient du Fonds de la recherche technologique et sera donc directement ciblé sur des projets concrets d'innovation, diagnostique ou thérapeutique, conduits en partenariat avec des industriels.
Je souhaite que la création des cancéropoles soit l'occasion de donner un nouvel élan à la recherche en cancérologie et permette ainsi à la France de rester compétitive au niveau européen et mondial.
La dimension européenne me paraît essentielle et les cancéropoles doivent être pilotes dans la constitution des collaborations efficaces qui conditionnent la compétitivité de notre continent, notamment vis-à-vis du géant américain. Des initiatives bilatérales, avec l'Allemagne et le Royaume Uni en particulier, démontrent que des programmes conjoints sont une réelle plus-value. Il nous faut aller plus loin dans cette voie pour construire ensemble une Europe de la recherche en cancérologie.
Cette structuration au niveau français et européen doit, dans un premier temps, permettre de mieux faire face aux changements de niveau d'analyse et à l'accumulation de données intervenus ces dernières années, avec, en particulier, les données issues du séquençage du génome humain et les possibilités d'études ciblées d'un gène.
Elle permettra aussi de valoriser le programme d'action sur la génomique, initié il y a sept ans avec la création des centres nationaux de séquençage et de génotypage, et qui a permis de mettre en place des plates-formes d'analyse à grande échelle dans plusieurs génopoles. Les programmes proposés par les cancéropoles bénéficieront de ces infrastructures qui verront ainsi leur développement conforté.
Au-delà de la phase d'émergence que nous venons d'initier avec Jean-François Mattei, les cancéropoles labellisées recevront, sur des projets précis évalués a priori et suivis dans le temps avec une gestion de projet rigoureuse, des financements importants, qui permettront aux équipes de se concentrer sur l'action de recherche et de transfert sans dissiper une énergie précieuse dans la quête de financements complémentaires multiples.
Mais, à côté de ces actions sur des axes majeurs, planifiées à moyen terme et étroitement coordonnées au niveau des cancéropoles, je tiens aussi à ce que le plan cancer pilote des appels d'offres thématiques ouverts à toute la communauté scientifique, permettant des financements réactifs sur des problématiques nouvelles.
Selon ces deux modes d'intervention, une politique volontariste de transfert technologique, en étroite relation avec la recherche privée, sera constamment développée.
C'est à ce prix que les malades et leurs familles pourront voir la recherche et l'innovation, porteuses d'espoir, se traduire en avancées tangibles, sous forme d'une réduction des souffrances et de la mortalité.
En synergie avec cette volonté, plusieurs autres actions de mon ministère doivent bénéficier à l'innovation développée dans le plan cancer.
Ainsi, les mesures annoncées par Nicole Fontaine et moi-même dans le cadre du plan innovation auront un impact favorable sur l'industrie qui s'appuie sur une recherche forte.
Cela concerne bien sûr l'industrie pharmaceutique, mais aussi les domaines du diagnostic in vitro, de l'imagerie et de l'instrumentation pour la chirurgie ou la radiothérapie. Pour que l'innovation bénéficie rapidement aux malades, nous avons besoin d'une recherche plus forte dans ces secteurs, à la fois sur les versants académique et industriel.
Nous nous sommes aussi engagés, avec le ministère chargé de l'industrie, à adopter, d'ici l'automne, un ensemble de mesures sectorielles en faveur des biotechnologies. Comme vous le savez, la majorité des médicaments innovants dans le domaine de la cancérologie sont issus des biotechnologies.
Mais ce sont aussi tous les enjeux de la pharmacogénomique, de la meilleure adaptation du traitement à chaque malade et du pronostic individuel qui dépendent fortement de l'essor des biotechnologies. Je pense qu'un soutien fort à ce secteur est à même d'augmenter considérablement la part de l'innovation dans le plan cancer et ses retombées rapides au bénéfice des patients.
Mesdames, Messieurs,
L'innovation se nourrit des savoirs produits par la recherche fondamentale.
Elle se nourrit des recherches de femmes et d'hommes soucieux de valoriser ces connaissances nouvelles sous forme d'amélioration de la santé et de richesse économique.
Le plan cancer a adopté avec volontarisme une orientation finalisée, sans négliger pour autant la recherche fondamentale la plus amont, socle des découvertes futures, afin de produire rapidement des résultats perceptibles pour les malades.
Je suis profondément convaincue que la démonstration, sur ce chantier particulièrement sensible pour les Français, de l'utilité sociale de la recherche est un atout déterminant pour mobiliser nos concitoyens en faveur de la recherche et obtenir ainsi les moyens nécessaires à l'ensemble de la recherche.
La confiance des citoyens dans une recherche capable de répondre à leurs attentes me paraît essentielle si nous voulons ensemble accroître significativement l'effort de notre pays en la matière.
Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 9 juillet 2003)