Déclaration et réponses de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, aux questions posées au MGIMO (Université de l'Etat de Moscou pour les relations internationales), sur les relations franco-russes, l'Irak, le Proche-Orient, la laïcité en France, les relations entre l'UE, l'Otan et la Russie, le conflit tchétchène, l'ingérence humanitaire et la prolifération nucléaire, Moscou le 23 janvier 2004.

Texte intégral

(Allocution au MGIMO (Université de l'Etat de Moscou pour les relations internationales), à Moscou, le 23 janvier 2004) :
Monsieur le Ministre, cher Igor,
Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Académiciens,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames, Messieurs,
Et Chers Amis,
Je suis heureux de me trouver parmi vous, ici à Moscou, au coeur de ce grand pays ami, engagé sur la voie de la démocratie et de l'économie de marché.
Il y a à peine vingt ans, vous subissiez encore le joug d'une dictature. Quel courage, quelle persévérance pour avoir surmonté tant d'épreuves, opéré une telle révolution. Dans un monde où se font jour de nouvelles forces de décomposition, votre pays aurait pu sombrer dans le chaos. Vous avez relevé un défi sans précédent : la Russie reste une puissance majeure sur la scène internationale.
L'histoire dessine entre nos deux pays une grande aventure commune. Au carrefour de l'Orient et de l'Occident, riche d'une spiritualité qui puise aux sources les plus anciennes du christianisme, la Russie a une dimension de pays-continent. Elle est dotée d'une conscience nationale aiguë. Elle n'en est pas moins aussi européenne depuis toujours.
La France comme la Russie a rêvé d'empire et de victoires militaires. Alors que Charlemagne et Napoléon ébauchaient un songe européen, la Russie regardait vers Byzance : chacun voulait faire de son royaume une nouvelle Rome. La France s'est voulue fille aînée de l'Eglise, tandis que la Russie s'est longtemps assigné une vocation messianique, incarnée par la résistance de l'Eglise orthodoxe à l'hégémonie des Mongols. Nos deux pays ont connu les victoires éclatantes, de Poltava à Valmy, mais aussi les pires défaites, de Waterloo à Tannenberg.
Nous partageons une même aspiration à la justice. Mais l'histoire ne va pas sans drame quand l'utopie communiste fait naufrage dans la dictature, ni sursaut quand la grande guerre patriotique triomphe du nazisme. Chaque Français sait ce qu'il doit à la résistance de Stalingrad aux heures les plus décisives du conflit. Aujourd'hui, notre siècle s'ouvre sur un double avènement, la victoire de la démocratie et la renaissance de la Russie.
D'une extrémité à l'autre de notre continent, nos deux pays sont liés par un même goût de l'universel enraciné dans une identité profonde.
Songeons au règne de Pierre le Grand attirant à Saint-Pétersbourg architectes et artistes pour édifier sur les rives de la Baltique une capitale d'exception, " fenêtre ouverte sur l'Occident ".
Songeons, au règne de Catherine II, au séjour de Diderot à Saint-Pétersbourg et à la correspondance suivie que l'impératrice entretient avec un philosophe à court d'argent dont elle rachète la bibliothèque. Magnanime, mais surtout visionnaire, l'impératrice voulait ainsi diffuser en Russie la culture humaniste, l'esprit du Grand Siècle et les idées des Lumières. De Montaigne à Voltaire, c'est à son obstination qu'on doit la traduction des oeuvres les plus connues du patrimoine français. La connaissance mutuelle progresse au fil du grand tour d'Europe accompli par les jeunes étudiants comme un rite d'apprentissage. S'impose alors le souvenir émerveillé de la ville des Lumières dont témoigne Andréï Makine dans son Testament français.
A cette complicité l'aventure napoléonienne n'a rien changé : en dépit des souffrances, la culture et la langue françaises restent le symbole de la liberté de pensée, de la tolérance et de l'ouverture d'esprit. A la veille de la bataille de Borodino, le général Koutousov ne lit-il pas un roman populaire français de Madame de Genlis ? Cet engouement se double d'un goût profond pour un art de vivre dont témoigne le succès des modistes, couturières, cuisiniers, maîtres d'hôtel et professeurs de danse et d'escrime venus de France.
Et à la fin du siècle, c'est de Russie que provient une liberté créatrice nouvelle marquée par l'héritage slave. Le génie d'un Gogol, la spiritualité tourmentée d'un Dostoïevksi ou l'humanisme d'un Tolstoï suscitent en France un véritable choc. A l'orée du XXème siècle, la modernité russe triomphe en France, avec les opéras de Rimski-Korsakov, de Tchaïkovski et de Moussorgski, les compositions de Stravinsky et la sensualité colorée des ballets de Diaghilev et de Nijinski. Portée par des philosophes comme Léon Chestov ou Nicolas Berdiaev, des écrivains et des artistes comme Biely ou Kandinsky, la Russie en émigration nourrit aussi de ses talents la France de l'entre-deux-guerres. Gorki se fait le porte-parole d'une littérature nouvelle tandis que l'Opéra de Paris fait un triomphe à la grande ballerine Semenova qui interprète Giselle aux côtés de Serge Lifar : ce sont les retrouvailles de toute la Russie à Paris.
Depuis toujours la Russie incarne une vision différente, une voix du monde. Ouverte à tous les courants venus d'Europe et d'ailleurs, elle se situe à un carrefour des idées, des arts et des sciences. C'est pourquoi les romans de Lermontov ou de Dostoïevski, le cinéma d'Eisenstein, de Tarkovski ou de Sokourov ont marqué tant d'artistes dans le monde. Tour à tour gaie et amère, frivole et profonde, sarcastique et mélancolique, l'ironie d'Eugène Onéguine brouille les frontières entre le tragique et le comique. Gogol, Soljenitsyne, Pasternak savent jouer de tous les registres de l'émotion, quand Alexandre Blok et Ossip Mandelstam font écho à nos maudits, de François Villon à Antonin Artaud.
Ainsi s'est développée une véritable fascination réciproque. Le duc de Richelieu importe à Odessa un urbanisme novateur ; Prosper Mérimée traduit les oeuvres de Pouchkine ; les collectionneurs russes découvrent nos impressionnistes. En arrivant à Paris, Marc Chagall espère - je le cite : "Peut-être l'Europe m'aimera et, avec elle, ma Russie". C'est à travers lui que Matisse rencontrera l'âme russe et juive, la tradition byzantine et cette nostalgie de la terre natale qui traverse toute la culture russe. Autant de précieux héritages qu'il nous appartient désormais de faire vivre.
Nous voici aujourd'hui côte à côte avec un grand dessein : ancrer la justice au cur des relations internationales ; construire une nouvelle architecture mondiale pour répondre aux exigences de sécurité et de solidarité face à l'évolution des menaces nouvelles.
Le terrorisme est entré le 11 septembre dans une ère inédite : il prend le monde entier pour cible, vise le plus grand nombre de morts, et à travers eux la plus grande déstabilisation possible. Flexible et souterrain, il utilise désormais les technologies modernes tout en s'appuyant sur des discours archaïques ; opportuniste, il profite de toutes les crises, de tous les conflits, jouant sur les sentiments de frustration et d'injustice.
De même, la prolifération des armes de destruction massive constitue désormais un risque majeur pour la stabilité mondiale, d'autant qu'elle pourrait être détournée par les organisations terroristes pour commettre des attentats de grande ampleur.
Enfin, les crises régionales menacent de devenir des abcès de fixation. On le voit en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique : en l'absence d'un ordre susceptible de structurer les relations internationales et de contenir les conflits, la crise menace en permanence de se propager et d'affecter les grands équilibres.
Dans ce contexte, comment fonder un nouvel ordre au service de la paix ? Comment éviter le risque d'un affrontement entre les cultures, entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident ? Faut-il céder à la tentation de la force ou plutôt chercher des solutions fondées sur la sécurité collective ?
Nous assistons à une révolution de la puissance. Autrefois, les instruments classiques, technologiques, économiques, militaires, formaient l'armature des relations internationales. Aujourd'hui la véritable puissance résulte d'une capacité à bâtir. Elle s'appuie sur l'aptitude à créer un ordre, à garantir la cohésion et la paix et à proposer une vision respectueuse de toutes les cultures. Dans ce contexte, la puissance matérielle devient pour partie inopérante. Face à l'exaltation du sacrifice manipulée par des fanatiques, la force n'est plus un rempart. Elle ne doit être que le dernier recours d'une stratégie plus large, établie en fonction de principes et d'un mandat clairs de la communauté internationale.
Dans un monde instable, toute action qui ne serait pas légitime est susceptible de nourrir davantage la déstabilisation. Car le but des terroristes consiste à enclencher une spirale de violences qui échapperait à tout contrôle, avec le dessein de provoquer un affrontement entre l'Islam et l'Occident.
D'autant que s'accroissent les risques de déséquilibre. Des groupuscules peuvent frapper au cur des plus grandes métropoles. Dans ce nouveau rapport de force, qui n'est plus du fort au fort mais du fort au fou, le fou ne doit pas pouvoir ébranler le fort. Nous devons éviter une nouvelle logique de blocs qui opposerait les bénéficiaires de la mondialisation à la coalition des délaissés. Face à ce risque, il faut humaniser et démocratiser les échanges en visant l'unité de la communauté internationale. Au cours de la crise irakienne, la France, l'Allemagne et la Russie, avec beaucoup d'autres, ont plaidé pour promouvoir la vision d'un monde fondé sur le respect du droit et de la légitimité internationale. De la résolution 1441 à nos propositions communes pour renforcer les inspections, nos pays ont témoigné d'un constant souci de proposition et d'initiative au service de la paix.
Seule la responsabilité collective est à la hauteur des enjeux. La réforme des Nations unies doit contribuer à l'émergence d'une véritable démocratie mondiale. Dans le même sens, se développe une dynamique de regroupement régional dont l'Union européenne constitue l'un des exemples les plus réussis. En Asie, en Afrique, en Amérique latine, des évolutions semblables se dessinent. Le partage des souverainetés fournit de nouvelles marges de manoeuvre dans des domaines qui échappent chaque jour davantage à la maîtrise des Etats : l'environnement, la stabilité financière, la sécurité. Ainsi en Afrique, où les situations d'urgence, notamment en Côte-d'Ivoire, ont conduit la France à s'appuyer sur les médiations africaines avec le souci d'une implication des Nations unies.
Il ne s'agit pas de construire ou d'organiser des grands pôles concurrents comme au XIXème siècle avec le concert des nations, ou au XXème siècle avec la confrontation des blocs, mais bien de coopérer ensemble au service d'une même communauté de destin. Multilatéralisme et multipolarité visent à définir un nouvel équilibre du monde, à décréter une mobilisation générale face aux nouvelles menaces. Aucune puissance ne peut relever les défis seule. Ensemble nous sommes plus forts, plus légitimes, plus efficaces. Un tel système organisé n'exclut pas la flexibilité, sollicitant à chaque fois les énergies les mieux placées, comme on le voit en matière de lutte contre la prolifération, en Iran, en Libye ou en Corée du Nord.
La Russie a vocation à être un pilier majeur du nouvel ordre international.
Par sa géographie elle est un trait d'union entre l'Europe et l'Asie, au contact de régions fragilisées par tous les défis de notre monde : la prolifération, du Moyen-Orient à la Corée du Nord ; la paix dans les Balkans ; le terrorisme international, auquel nous sommes tous confrontés, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest ; ou encore les réseaux mafieux qui sont devenus une véritable gangrène et qui profitent des zones d'ombre pour se développer.
Depuis toujours la Russie est porteuse d'une vision originale du monde, riche de son ancrage européen et de ses racines slaves et asiatiques. Son attachement à l'indépendance et à la liberté ne s'est jamais relâché. Ouverte aux valeurs universelles, la Russie a marqué de son empreinte une multitude de peuples et de cultures. Cette diversité lui confère des responsabilités particulières.
Pour relever les immenses défis auxquels elle est confrontée, la Russie a su engager un processus de transition sans précédent.
Depuis 1991, la société russe aspire à l'ouverture et à la réforme. Chacun peut apprécier les résultats : doublement en cinq ans du revenu par habitant ; refonte du droit ; libéralisation de l'économie ; lutte contre les circuits financiers illicites. Avec le soutien résolu de la France, la Russie est devenue membre du G8. La France a proposé qu'elle en assume la présidence en 2006, ce qu'elle fera. Nous espérons que votre pays pourra rejoindre bientôt l'OCDE et l'Organisation mondiale du commerce. Nous attendons également une contribution accrue de la Russie à un ordre international meilleur, qu'il s'agisse de la ratification du Protocole de Kyoto, d'une adhésion à la Cour pénale internationale ou d'une participation plus directe à l'élimination des mines antipersonnel dans le monde.
En marquant la priorité au rétablissement de l'autorité de l'Etat, le président Poutine a fixé le cap de la réforme. Avec une fiscalité simplifiée et des finances publiques remises en ordre, la Russie restaure sa crédibilité financière et retrouve ainsi ses marges d'action. L'apprentissage de l'économie de marché s'y est fait dans un temps extrêmement bref ; reste à trouver, comme dans tous les grands pays modernes, le bon équilibre entre les responsabilités de l'Etat et celles des acteurs individuels dans la régulation de l'économie.
Les investisseurs étrangers sont mobilisés et la France entend favoriser, entre nos deux pays comme à l'échelle de l'Europe, la création de partenariats industriels durables dans des secteurs aussi vitaux pour la Russie que l'énergie ou l'industrie aéronautique et spatiale, avec le projet de lancer, à partir de la base de Kourou, la fusée Soyouz. Les industries européennes et russes, dans un environnement fortement concurrentiel, ont vocation à préparer l'avenir et travailler ensemble sur les lanceurs du futur.
Notre coopération doit se poursuivre dans la voie tracée, en particulier dans le domaine de la formation, qu'il s'agisse de celle des magistrats, des échanges universitaires ou de la reconnaissance des diplômes. Dans le secteur linguistique, la mise en place d'alliances françaises pour chacune des capitales d'arrondissements fédéraux complète cet effort de rapprochement entre nos sociétés.
Sur ce chemin de la réforme, quels que soient les obstacles, nous sommes convaincus que le dialogue et la mobilisation de tous constituent les meilleurs atouts. Je tiens à saluer la récente décision de la Cour constitutionnelle qui consacre la liberté d'informer. Il y a là un symbole important. Le pluralisme politique, la liberté de l'information, le rôle des associations et des organisations non gouvernementales, sont autant de facteurs indispensables, gages d'un véritable débat démocratique.
Chacun peut mesurer la complexité de la crise tchétchène. Comme d'autres conflits contemporains, elle nous semble recouper plusieurs dimensions. Une dimension nationale, ravivée par l'éclatement de l'Union soviétique ; une dimension religieuse dans un Caucase où l'identité des peuples est indissociable des confessions, à la fois chrétienne et musulmane. Mais aussi une dimension de sécurité, avec des actes de terrorisme odieux qui frappent jusqu'au coeur de Moscou.
Chacun perçoit aussi l'urgence d'une solution qui mettra fin à de longues souffrances. La Tchétchénie est en situation de guerre ouverte depuis de trop longues années, avec son cortège de drames et ses risques de déséquilibre pour les pays voisins, de la Turquie à l'Iran.
Le terrorisme doit être condamné et combattu avec la plus grande fermeté et l'intégrité territoriale de la Russie respectée. Mais nous le savons bien, ici comme ailleurs, il ne peut y avoir de solution durable sur la base d'une simple stratégie sécuritaire. Seul un processus politique est de nature à ramener la paix et à soulager les grandes souffrances des populations civiles. La France, vous le savez, soutient les efforts en cours pour faire avancer un authentique règlement politique ; elle reste convaincue que le retour des organisations humanitaires et des médias comme le rétablissement d'une présence permanente de l'OSCE dans le Nord Caucase constitueraient des signaux importants à même de conforter la confiance après le référendum de mars 2003.
La paix et la stabilité sont bien nos objectifs communs. Une partie du destin russe se joue désormais en Europe. Cette Europe qui s'élargit vers l'Est a plus que jamais besoin d'un partenariat fort avec la Russie. Entre nos deux grands ensembles existe une attraction naturelle qui constitue une véritable chance. A nous d'inscrire notre relation dans une vision commune des enjeux majeurs du monde.
Dans quelques mois l'Union européenne va connaître un élargissement historique. C'est l'occasion d'enterrer les vieilles rivalités, de tourner la page des divisions et d'ouvrir un nouveau chemin partagé entre l'Europe et la Russie au service de la paix, de la justice et de la sécurité.
C'est d'abord une priorité stratégique, car désormais l'Union européenne partage avec la Russie les mêmes voisins, de l'Ukraine à la Biélorussie, de la Géorgie à la Moldavie. La Russie et l'Europe doivent conjuguer leurs efforts pour y régler les crises et y faire progresser les Droits de l'Homme. Pour notre sécurité comme pour la stabilité régionale, nous avons le même intérêt à les accompagner dans leur mouvement vers la démocratie et la réforme économique, dans le respect des identités nationales et de l'intégrité territoriale de chacun. Nos deux grands ensembles économiques et culturels ont vocation à former deux piliers complémentaires d'un nouvel ordre, plus stable et plus solidaire.
De la criminalité organisée aux trafics illicites, la sécurité de l'Europe est désormais indissociable de celle de la Russie. La France a été parmi les premières à proposer que la communauté internationale se mobilise. Aujourd'hui l'Union européenne fait un effort important en allouant plus de cent millions d'euros pour la coopération avec la Russie dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.
Notre rapprochement se justifie aussi sur le plan économique. L'Europe représente plus de 40 % du commerce extérieur russe, et après l'élargissement sa part montera à plus de la moitié. Elle absorbe la moitié des exportations du pays en hydrocarbures et en importera près de 20 % de ses besoins, jetant ainsi les bases d'un partenariat énergétique qu'il nous faut développer. Prenant acte de ces réalités, l'Union européenne a proposé à la Russie de favoriser la convergence des réglementations, de simplifier les procédures, d'encourager une plus grande ouverture des marchés.
Ce grand partenariat entre l'Union européenne et la Russie relève enfin d'une nécessité humaine, à l'heure où peuvent s'accentuer les risques de division. Dans cet univers où le partage constitue notre meilleur garant de paix et de stabilité, la Russie comme l'Union européenne ont un rôle central à jouer, toutes deux marquées par la richesse et la diversité des peuples qui la composent. Il nous appartient de faire de cette diversité un atout : elle rend plus que jamais nécessaire un dialogue entre la Russie, la France et l'Europe.
Il a été convenu en mai 2003 à Saint-Pétersbourg entre les vingt-cinq chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union et le président Poutine de développer quatre espaces communs, qui englobent l'ensemble des secteurs d'activité : l'économie ; la justice et tout ce qui relève des affaires intérieures ; la sécurité ; enfin, la culture, l'éducation et la recherche. Car notre coopération doit également permettre un rapprochement entre nos peuples, entre nos artistes, nos entrepreneurs, nos étudiants et nos chercheurs, qui doivent pouvoir se rencontrer aussi souvent que possible et bénéficier d'équivalences de diplômes et de facilités d'échanges. C'est dans cet esprit que nous avons engagé l'élaboration d'un accord visant à assouplir les conditions de délivrance de visas dans le respect de nos engagements européens et dans la poursuite d'un objectif de libre circulation.
Mais aujourd'hui il faut aller plus loin, et jeter de nouveaux ponts entre nos deux rives.
Notre ambition commune doit être de bâtir un vrai partenariat stratégique et d'en faire un instrument au service d'un nouvel ordre international. Nos deux pays ont une expérience, des réseaux, une vision qui établissent une complémentarité naturelle entre nos deux diplomaties. Autant d'atouts qu'il est de notre devoir de mobiliser en faveur de la paix et de la stabilité du monde.
Nous devons donc mettre en place des coopérations plus étroites, au-delà des consultations existantes entre l'Union européenne et la Russie. Dans le domaine de la sécurité par exemple, nous pourrions instaurer un mécanisme institutionnel permanent, ayant pour vocation d'étudier les menaces qui pèsent sur le continent européen, notamment en matière de prolifération et de terrorisme. Il serait naturel que l'Union européenne développe des instances de concertation sur le modèle de ce qui a été fait à l'OTAN. La France l'affirme avec d'autant plus de conviction qu'elle est à l'origine, avec l'Allemagne, du rapprochement entre l'OTAN et la Russie, d'abord à travers l'Acte fondateur de 1997, puis avec la création du conseil OTAN-Russie en 2002.
Pourquoi ne pas réfléchir également à des opérations communes de maintien de la paix ? Pour agir davantage ensemble, la France est prête à réfléchir avec ses partenaires européens à une collaboration renforcée avec la Russie dans le domaine de la politique étrangère et de défense européenne.
Au-delà, nous devons aller de l'avant dans la coopération que nous avons nouée pour la gestion des crises régionales, à l'instar de notre association très étroite durant l'ensemble de la crise irakienne. Nous pouvons agir ensemble sur la plupart des grandes questions qui mobilisent la communauté internationale, de l'Afghanistan aux crises de prolifération en Iran ou en Corée du Nord ou à l'instabilité dans le Caucase : autant d'enjeux communs, autant de raisons d'agir ensemble. Cette exigence d'action doit nous conduire à des initiatives là où l'urgence nous le commande, et d'abord au Moyen-Orient. En Irak, forts de notre analyse partagée sur le rôle des Etats de la région et des Nations unies dans la construction de la paix, nous devons faire avancer ensemble notre projet de conférence internationale. Au Proche-Orient, il est essentiel que nous nous mobilisions, dans le cadre notamment du Quartet, pour sortir de l'impasse et donner un nouvel élan à la mise en oeuvre de la Feuille de route.
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Dans un monde parcouru de tant de fractures, le partenariat entre l'Union européenne et la Russie est indispensable. Il se doit d'être inventif et visionnaire. Complémentaire aussi du partenariat de l'Europe avec les Etats-Unis. La singularité de la Russie, sa vocation de passerelle entre l'Europe et l'Asie constituent une chance pour le monde.
Le peuple russe, selon le mot de Mme de Staël, "ne connaît rien d'impossible". A ses côtés, la France et l'Europe, sorties des épreuves du passé pour bâtir une union ambitieuse, veulent contribuer à construire un monde plus sûr, plus juste, plus prospère.
Nos deux nations, "filles de la même Europe", éprises d'avenir et de progrès, savent qu'elles doivent désormais faire converger leurs regards pour conquérir un nouvel horizon : non pas celui de nouveaux territoires ou de nouvelles conquêtes, mais celui d'un monde fondé sur le dialogue, la paix, le partage et la volonté.
Je vous remercie.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 janvier 2004)
(Réponses aux questions posées à l'Université de l'Etat de Moscou pour les relations internationales (MGIMO) à Moscou, le 23 janvier 2004) :
Q - (Question sur l'Irak et la position de la France.)
R - Je crois que de ce point de vue nous partageons la même conviction et la même approche que nos amis russes. Il y a aujourd'hui une priorité pour l'Irak : c'est la situation de vide politique de ce pays. Face à ce vide, on peut, bien sûr, se concentrer sur une logique sécuritaire. Nous savons, et je l'ai dit, la logique sécuritaire seule ne permettra pas de rétablir la stabilité en Irak. Il est donc nécessaire aujourd'hui de construire un processus politique ; la priorité est bien là. Ce processus politique a été éclairé par la résolution 1511 des Nations unies et par un accord conclu entre les forces de la coalition et le Conseil de gouvernement intérimaire irakien le 15 novembre. Nous aurions souhaité un processus de retour à la souveraineté plus rapide, mais enfin voilà comment les choses vont s'organiser et il faut maintenant travailler dans ce sens pour que, le 30 juin, l'Irak puisse avoir un gouvernement responsable, indépendant et que la souveraineté du pays puisse être rétablie. La France, d'ores et déjà, se mobilise pour apporter son appui à la reconstruction. Dans le domaine de la sécurité, nous avons proposé d'apporter notre concours dans le domaine de la formation des forces de sécurité, de police et de gendarmerie et nous souhaitons le faire en réponse à un gouvernement souverain. C'est pour cela que nous avons dit que nous souhaitions attendre cette échéance du 30 juin d'un gouvernement souverain pour savoir quelles seront les demandes effectives. Nous verrons alors comment ce gouvernement irakien entend résoudre les difficultés dans le domaine de la sécurité, comment il voit l'organisation des choses. Et puisque nous sommes tous conscients de l'importance de cet élément sécuritaire, nous avons proposé, et nos amis russes avaient fait cette proposition au préalable, - nous avons pu réfléchir aussi de notre côté et je crois que nos préoccupations se rejoignent - que, passée cette échéance du 30 juin, une conférence internationale soit organisée. Celle-ci pourrait justement affirmer la place de l'Irak dans la région, insérer l'Irak de façon stable dans la région. Vous savez que c'est un problème qui s'est posé depuis de longues décennies et nous avons la conviction qu'il faut réfléchir en particulier à l'architecture de sécurité régionale, poser la question des frontières, de la reconnaissance des frontières, poser la question de la lutte contre le terrorisme et la prolifération. Tout ceci ne peut se faire qu'avec l'ensemble des pays de la communauté régionale mobilisée et avec le soutien de la communauté internationale. Donc, vous le voyez bien, la priorité pour nous, c'est la reconnaissance de la souveraineté irakienne. Quant à la sécurité, nous sommes prêts à apporter notre contribution, une fois ce gouvernement irakien mis en place et en réponse, une fois de plus, aux demandes de ce gouvernement.
Q - (Question sur les conséquences pour la politique étrangère française du projet de loi sur la laïcité à l'école.)
R - Merci de me poser cette question parce que je crois qu'il est très important, sur une question comme celle-ci, d'expliquer, de lever les éventuelles incompréhensions et les malentendus. Et je suis heureux de le faire ici, à Moscou, comme j'ai pu le faire hier dans les Etats du Golfe, comme je peux le faire aussi quand la question m'est posée en France. Je n'ai qu'un langage, qu'une parole. Quelle est cette parole ? Il y a une tradition française, très importante, qui est celle de la laïcité. Ce n'est pas toujours facile à comprendre ailleurs, mais nous avons une histoire, une histoire compliquée, marquée par des divisions, des difficultés, et ce principe de laïcité a véritablement constitué le ferment de notre République. Ce ferment de notre République, c'est en quelque sorte, à travers la laïcité, la garantie de la neutralité, la garantie de la tolérance et du respect des religions en France. Ce principe de laïcité est réaffirmé par le projet de loi qui est en préparation et il ne vise aucune religion, bien évidemment, il vise la réaffirmation de ce principe. Et je l'ai expliqué clairement, quand j'étais dans le Golfe : à aucun moment il ne s'agit de viser l'islam ou toute autre religion. Il s'agit d'assurer la défense d'un principe dans l'esprit d'ouverture, l'esprit de tolérance vis-à-vis de l'ensemble des religions. C'est bien ce qui nous mobilise. Et nous voulons véritablement nous assurer que notre objectif, qui, une fois de plus, part de l'expérience française, d'une histoire française, d'une tradition française, n'est pas mal compris par certains, qu'on ne vise personne. Il s'inscrit dans un domaine très spécifique, parce qu'il faut le préciser là encore, il s'agit bien d'un projet de loi qui vise l'école publique, il ne s'agit pas de prendre une quelconque mesure d'interdiction. Certains ont pu croire qu'il s'agissait d'interdire, par exemple, le port du voile en France. Pas du tout ! Il s'agit, dans le cadre de l'école publique, dans le respect de chacun, dans le respect de la religion de chacun, d'affirmer ce principe de laïcité, si important dans l'esprit et la tradition français.
Q - (Question sur le Proche-Orient.)
R - C'est un sujet difficile et c'est peut-être celui sur lequel, avec mon ami Igor Ivanov, nous avons au fil des dernières années le plus réfléchi. Parce que nous avons une conviction solidement ancrée, je le vérifie à chaque voyage au Moyen-Orient et encore récemment avec les Etats du Golfe : la première préoccupation au Moyen-Orient, c'est l'avenir du Processus de paix, c'est savoir comment nous pouvons ensemble faire la paix au Proche-Orient entre Israël et l'ensemble de ses voisins. Et le travail que nous avons fait ensemble dans le cadre du Quartet avec nos amis russes nous a convaincus que la seule solution, c'est la création d'un Etat palestinien, et donc deux Etats capables de vivre en paix et en sécurité, côte à côte, sur la base des frontières de 1967. Cette conviction, évidemment, a été reprise par la Feuille de route qui fait l'unanimité de la communauté internationale, et est acceptée par les deux parties. Et cela a été éclairé par les accords de Genève qui sont venus montrer, quel que soit le sentiment qu'on puisse avoir sur ces accords, qu'on pouvait s'attaquer aux questions parmi les plus difficiles et qui avaient été laissées de côté par la Feuille de route jusqu'à la fin du Processus. Je pense à des questions comme le statut de Jérusalem, le droit au retour, qui montrent bien qu'il y avait là un chemin pour la communauté internationale. Alors aujourd'hui, et c'est ce qui nous inquiète, on entend parler de solution unilatérale, on entend parler d'Etat binational, on entend parler de la construction du mur. Tout ceci nous éloigne des perspectives de paix et ne peut qu'aviver les tensions, nourrir la violence et le terrorisme. Nous devons donc une nouvelle fois nous mobiliser aujourd'hui même avec Igor Ivanov. Ce sera bien sûr un des sujets que nous aurons l'occasion d'aborder parce que nous avons une conviction : nous devons être en initiative. Et nous savons, l'histoire encore récente nous a instruits, que personne ne peut faire seul la paix au Proche-Orient pas plus qu'ailleurs, en Irak notamment. Il faut que ce soit tous ensemble que nous puissions ouvrir le chemin. Donc, travailler ensemble à la Feuille de route, ce qui implique que nous trouvions des mécanismes nous permettant de rentrer dans cette Feuille de route, parce que ce que nous avons constaté au cours des dernières années, c'est en permanence la logique des préalables : du côté israélien, il faut bien évidemment l'arrêt immédiat et complet des violences avant de pouvoir bouger ; du côté palestinien, on accepte, bien évidemment, la logique du cessez-le-feu, mais on veut le retrait immédiat des territoires, le gel de la colonisation. Il y a là une logique qui conduit parfois à un dialogue de sourds. Il est donc important que la détermination des deux parties et de la communauté internationale nous permette d'avancer pas à pas sans laisser les terroristes dicter leur loi. Le paradoxe de la situation du Proche-Orient ou d'une manière générale de la scène internationale, c'est que faute de mouvement suffisant, faute de conviction suffisante, la communauté internationale est prise en otage par les terroristes qui sont susceptibles d'interrompre les processus que nous voulons engager. Il faut donc que nous soyons plus forts, et il faut que les deux parties, Israël et la Palestine, puissent trouver la force suffisante pour avancer. Si les Palestiniens voient que leur vie quotidienne change - le retrait des territoires, l'arrêt de la construction du mur, le gel de la colonisation - ils seront de plus en plus nombreux à soutenir le Processus de paix et nous sortiront de la logique d'affrontement. Si les Israéliens voient que la sécurité s'améliore, qu'ils peuvent reprendre une vie normale, ils seront de plus en plus nombreux à soutenir la perspective de création d'un Etat palestinien. Donc je crois que notre responsabilité est fortement engagée, nous Européens, Russes, avec les Américains, nous ne pouvons pas nous permettre pendant plusieurs mois, de laisser la situation au Proche-Orient en l'état. Il faut prendre des initiatives, il faut agir. Igor Ivanov a rencontré il y a quelques jours, comme moi-même, le ministre des Affaires étrangères palestinien Nabil Chaath, nous avons donc des dialogues nourris avec l'ensemble des parties, nous devons essayer une nouvelle fois d'avancer dans ce Processus de paix.
Q - (Question sur la comparaison entre la dénonciation des violations en Tchétchénie et le "silence" sur la situation des russophones dans les Etats baltes.)
R - Pour la France, comme pour l'Union européenne, vous le savez, c'est vrai en Europe, c'est vrai au Moyen-Orient, c'est vrai partout : la justice n'est pas divisible. Pas plus la justice que les Droits de l'Homme. Notre conviction, c'est que nous devons partout faire progresser la justice, la démocratie et les Droits de l'Homme. Notre conviction aussi, c'est que pour les faire progresser, nous avons un outil formidable. Depuis la chute du mur de Berlin, depuis l'effondrement du bloc soviétique, nous voyons la progression partout de la démocratie. Nous voyons la chance que cela constitue pour la communauté internationale. Notre conviction, c'est que la chance unique aujourd'hui de la communauté internationale, c'est son unité, la capacité que nous avons de dialoguer les uns avec les autres, de nous mettre autour d'une table et d'essayer de régler les problèmes. Je pense que c'est tout le sens de ce que nous voulons faire dans l'Union européenne, tout le sens de ce dialogue privilégié, de ce partenariat privilégié que nous voulons avoir avec la Russie. Nous croyons que pour évoluer dans le bon sens, le monde ne doit céder ni à la tentation de la force, ni à la tentation de la peur, ni à la tentation de l'indifférence. Et ce sont justement la mobilisation des opinions publiques, la mobilisation de chacun de nos Etats pour engager ce dialogue, pour faire avancer les choses, pour trouver des solutions, qui permettront de régler l'ensemble de ces questions. Je crois qu'il faut estimer à sa juste mesure cette capacité véritablement révolutionnaire qu'a la politique, qu'a la diplomatie, de franchir un pas dans ce sens, parce qu'il y a une conscience commune. Et ce que vous exprimez, c'est la conscience d'une communauté nationale, c'est aussi la conscience d'une communauté internationale qui veut aller dans le même sens. Pendant très longtemps, le royaume international n'était pas régi selon les mêmes règles que la loi des Etats ; il y avait des Etats-nations et, entre les Etats-nations, la jungle. Eh bien, dans des conditions difficiles, tout au long du XXème siècle, avec d'abord de façon balbutiante la Société des Nations, puis, après la Seconde Guerre mondiale, avec la création des Nations unies, nous sommes en train de bâtir un ordre international. Il permettra de répondre à tous ces problèmes qui se situent entre les Etats, mais qui dépassent les Etats. J'ai mentionné les problèmes de l'environnement, les problèmes de la solidarité, les problèmes de justice, les problèmes de minorités que vous évoquez. Pour pouvoir traiter toutes ces questions dans de bonnes conditions, il faut multiplier les passerelles entre les Etats et il faut une capacité à l'échelle mondiale, dans le cadre d'une véritable démocratie mondiale. On bâtit la démocratie à l'échelon des Etats. Pourquoi ne serait-on pas capables, et c'est le défi que nous voulons relever à l'échelle de l'Union européenne, de faire une démocratie européenne ? Pourquoi ne serions-nous pas capables d'avancer vers une démocratie mondiale ? Eh bien, dans le cadre de cette gouvernance mondiale, des Nations unies, nous devons multiplier les organisations qui seront capables de faciliter ce dialogue. Il y a, à l'échelle de l'Europe toute entière, des organisations vigilantes sur ces questions : l'OSCE, par exemple. Il faut multiplier les passerelles, multiplier les occasions de dialogue et, puisque nous parlons de l'élargissement, au moment où l'Europe s'élargit, nous avons, nous, l'ambition, dans le même temps, de multiplier et d'intensifier les relations avec la Russie, parce que c'est le même objectif de paix, de stabilité, d'un développement pour l'ensemble d'entre nous. Ce n'est pas l'un contre l'autre, c'est l'un avec l'autre.
Q - (Question sur la coopération en matière d'interventions humanitaires.)
R - C'est un des grands sujets que nous voyons compte tenu de la multiplication de ces problèmes humanitaires. Nous pensons à des catastrophes naturelles - le tremblement de terre de Bam en Iran récemment est venu nous le rappeler - nous pensons à des catastrophes humanitaires liées à des déplacements de populations, à des conflits que nous voyons tous les jours, en Afrique Je crois que c'est un des domaines les plus importants aujourd'hui des relations internationales. Je parlais de l'émergence d'une conscience internationale, de l'émergence d'une communauté internationale consciente véritablement des enjeux et des problèmes. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les Etats n'ont pas vocation uniquement à s'entendre entre eux dans les chapelles diplomatiques. Nous avons vocation, en liaison avec des peuples qui y aspirent, à ce que nous jouions pleinement notre rôle de responsabilité, de conscience. Et sur ce sujet, vous avez raison, il y a beaucoup à faire. On a vu les progrès, par exemple, de la réflexion autour du droit d'ingérence humanitaire, qui dans certaines situations d'imminence de crises et de catastrophes peut justifier que nous nous mobilisions. Je crois que, entre la France et la Russie, entre l'Union européenne et la Russie, face à de nombreuses menaces qui pourraient apparaître dans ce domaine humanitaire, dans l'espace européen, voilà, effectivement, un domaine privilégié qui permettrait de marquer notre communauté de pensée, notre communauté d'esprit, notre communauté de culture. C'est véritablement l'expression d'une solidarité vis-à-vis de peuples amis, de peuples en difficulté, de populations à un moment donné dans la souffrance, et je crois que, compte tenu de ce qu'est le peuple russe, compte tenu de ce qu'ont traversé aussi les peuples européens, il y a certainement une solidarité très forte qui pourrait s'exprimer. Et je crois qu'à travers nos jeunesses nous aurions là véritablement une très forte capacité, une très grande aspiration à travailler ensemble. Je crois que c'est effectivement un domaine où nous pourrions faire très vite de grands progrès.
Q - (Question sur l'incidence de l'affaire Noga sur la célébration du régiment Normandie-Niemen.)
R - Rien ne permet jamais d'interdire les mythes. Normandie-Niemen est chez nous un mythe formidable. C'est un exemple, un moment très fort de notre histoire partagée. Et chaque Français éprouve chaque fois que l'on prononce ce nom, "Normandie-Niemen", une formidable émotion. Donc je veux vous dire que rien n'arrêtera notre volonté et le développement de l'ensemble de ces cérémonies. A titre personnel, je voudrais vous dire que, quand j'ai visité - et Igor Ivanov était là - l'exposition qui a été consacrée ici à Moscou au général de Gaulle, il y avait les derniers représentants de cette escadrille, et je peux vous dire que, pour tous ceux qui étaient présents, c'était véritablement au cur de l'amitié profonde qui existe entre le peuple russe et le peuple français.
Q - (Question sur la crise nord-coréenne.)
R - Igor Ivanov serait beaucoup mieux placé que moi pour vous dire tout cela et nous avons souvent eu l'occasion d'en parler. C'est une crise très importante et c'est véritablement un enjeu de prolifération essentiel. Vous savez que nous sommes tous mobilisés sur ces questions. Voilà encore un exemple sur la scène internationale de la nécessité de mobiliser d'abord les pays qui sont le mieux à même de faire face aux difficultés et voilà donc cinq pays dont deux pays voisins : la Corée du Sud, le Japon, la Chine, la Russie et les Etats-Unis, qui ensemble s'efforcent de faire avancer le règlement de la crise, à travers le dialogue, à travers la voie diplomatique, avec la Corée du Nord. C'est essentiel pour la stabilité de l'ensemble de la péninsule et nous savons tous l'inquiétude qui existe à travers ce dossier. Je suis convaincu que, dans le cadre de ces cinq pays plus la Corée du Nord, les progrès qui sont faits sont susceptibles de permettre véritablement l'arrangement que nous espérons tous. Tout ceci ne peut se faire bien sûr qu'avec la même satisfaction des obligations internationales de la Corée du Nord. Il y a des principes auxquels nous sommes attachés, si nous voulons plus de stabilité dans ces domaines si importants de la prolifération. Il est important que les engagements de tous soient pris et respectés. Donc, je crois que ce qui a été fait au cours des derniers mois et qui continue d'être fait, les prochains rendez-vous qui sont d'ores et déjà prévus, doivent permettre de surmonter les difficultés. Vous savez qu'il existe d'autres outils, d'autres possibilités, dans le cadre des Nations unies, mais nous pensons qu'il faut privilégier, à ce stade, la voie de la coopération entre les Etats mobilisés de la région.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 janvier 2004)