Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, sur le bilan des mesures prises en faveur de la sécurité routière et sur l'annonce de l'extension des contrôles, Paris le 20 octobre 2005.

Intervenant(s) :

  • Nicolas Sarkozy - Ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire

Circonstance : Etats généraux de la sécurité routière à Paris le 20 octobre 2005

Prononcé le

Temps de lecture 10 minutes

Texte intégral

Mesdames, Messieurs,
C'est avec un réel plaisir que j'introduis aujourd'hui, devant vous les états généraux de la sécurité routière, vous qui êtes avec des expériences et des approches très diverses, également attachés à voir progresser encore dans notre pays la cause de la sécurité routière.
Cette cause en effet, érigée il y a trois ans par le Président de la République en priorité nationale est une des plus nobles qui soit. Le défi qui est le nôtre, et je suis convaincu que personne ne le perdra de vue au cours des débats de cet après-midi, est avant tout de sauver encore plus de vies et d'éviter encore davantage de drames humains auxquels tout un chacun peut être confronté.
Je souhaite que ces débats que je devine passionnés seront féconds. L'objet de ces rencontres n'est pas en effet de se complaire dans des bilans qui depuis trois ans sont certes réellement encourageants, ni de s'égarer dans des discussions de spécialistes où chacun voudrait imposer sa vision des choses. Il s'agit avant tout d'essayer de dégager ensemble de nouvelles pistes de progrès.
Alors qu'en 2001, nous avons déploré la mort de 7 720 personnes sur nos routes, nous devrions en 2005, si les tendances observées depuis le début de l'année se confirment, passer pour la première fois en dessous de la barre des 5 000 tués.
C'est remarquable lorsque l'on mesure le chemin parcouru en si peu de temps et je tiens à cet égard à saluer tous les acteurs de cette évolution, au premier rang desquels je mets les usagers eux-mêmes, qui dans leur majorité se sont sentis directement impliqués.
Mais il nous faut aller encore plus loin car avec 14 morts en moyenne tous les jours sur nos routes, le prix payé est trop élevé. Même si cela peut paraître aujourd'hui ambitieux, je crois que nous devrions nous fixer comme objectif partagé, pour 2007, de ne pas dépasser le seuil de 10 tués par jour, ce qui nous amènerait en dessous de 4 000 morts.
D'autres pays en Europe ont réussi à abaisser la violence routière à ce seuil. Je pense en particulier au Royaume Uni, qui a une population voisine de la nôtre. Pourquoi n'y arriverions-nous pas ?
Si cet objectif ne paraît pas hors de portée, nous pouvons mesurer cependant ce que cela exige encore en termes de mobilisation de tous les acteurs et d'adhésion de la part de l'ensemble des Français.
Si le gouvernement tout entier est résolument engagé dans ce combat, je suis naturellement décidé à prendre toute la part qui est la mienne.
Dans mes responsabilités de ministre de l'intérieur, j'ai demandé aux préfets et aux forces de l'ordre de ne pas relâcher l'effort collectif et de concentrer, dans chaque département, les moyens et les contrôles sur les axes, les lieux, les moments les plus sensibles. On observe en effet encore de grandes disparités de situation entre les départements et bien souvent au sein même de chacun d'entre eux. Nos efforts doivent être très ciblés.
Les forces de l'ordre pourront d'ailleurs s'impliquer encore davantage dans la lutte contre les infractions les plus graves en utilisant à plein les marges de manuvre nouvelles, qui sont dégagées au fur et à mesure du déploiement du système de contrôle automatisé de la vitesse.
Malgré la diminution spectaculaire et saluée par tous du nombre de victimes de la route, on constate malheureusement encore la persistance d'ombres sérieuses au tableau. J'en citerai trois :
- l'alcool au volant reste un fléau en dépit du durcissement de la législation et des nombreuses et nécessaires campagnes de communication. Sur les 7 premiers mois de l'année, 221 000 dépistages ont été positifs. Ce chiffre est parlant en soi mais le plus inquiétant est qu'il est en augmentation de 41% par rapport à la même période de 2004 alors que dans le même temps le nombre total de dépistages n'a quant à lui augmenté que de 19%.
- l'usage des stupéfiants au volant est également préoccupant : j'ai lu avec attention les conclusions d'un rapport tendant à relativiser quelque peu le problème en indiquant que le nombre de victimes de la route dues à la consommation de stupéfiants se situerait autour de 200 personnes par an. C'est peut être une approche mais je pense qu'elle ne reflète que très partiellement la sensibilité de cette question.
Je note en effet que le nombre de dépistages positifs est de 5 150 sur les 7 premiers mois de l'année sur un total de 12 700 contrôles, alors qu'il était pour la même période de 2004 de 1 600 seulement pour 8 500 contrôles.
Il faut également souligner que nous ne sommes pas encore rentrés, comme pour l'alcool dans une logique de dépistage de masse. Deux chiffres pour illustrer mon propos : il y a eu 10 millions de dépistages de l'alcoolémie en 2004, pour 16 000 dépistages de stupéfiants. C'est 600 fois moins
Lorsque nous aurons à notre disposition des tests salivaires, dont la mise au point est en cours, alors seulement pourrons nous avoir une vision précise de la réalité de la situation.
- La conduite sans permis se développe même si les sanctions prévues ont été renforcées par la loi. Entre les sept premiers mois de 2004 et ceux de 2005, on est passé de 20 000 infractions constatées à 28 000 et il n'est pas indifférent de noter que cette augmentation est d'abord le fait de conducteurs qui n'ont jamais passé ou obtenu leur permis.
Pour en revenir à la politique de contrôle sanction automatisé, je suis favorable, vous le savez, à la poursuite de son développement car elle constitue une pièce maîtresse pour modifier en profondeur et dans la durée les comportements sur nos routes. Or c'est bien un comportement nouveau qui constitue l'objectif.
Dans ce domaine nous sommes loin encore de certains de nos voisins du Nord et il est indispensable à mon sens que s'enracine en chaque conducteur le réflexe d'une conduite apaisée. On doit pouvoir y parvenir selon moi sans qu'il soit nécessaire de toucher aux limites de vitesse autorisées.
Ce dispositif n'a pas pour but de piéger les Français, ni de créer des recettes pour l'Etat. Au contraire, notre objectif est que rapidement le nombre d'infractions diminue, ce qui voudra dire que les Français auront globalement et durablement adopté un mode de conduite plus prudent.
En très peu de temps, le contrôle sanction automatisé est entré dans les habitudes. Pour qu'il soit totalement accepté, nous devons aussi veiller à ce que l'égalité entre tous les usagers soit respectée. Nous avons tous à l'esprit l'exemple de motards et d'étrangers trop pressés.
Sans doute les aménagements qui viendront prochainement compléter nos textes seront-ils les bienvenus mais, face à chaque problème rencontré, nous devons déjà réagir.
S'agissant par exemple des étrangers qui traversent notre territoire sans prendre suffisamment le temps d'en apprécier tous les charmes, nous allons intensifier les contrôles de vitesse avec verbalisation immédiate en particulier dans les zones frontalières, en associant si besoin davantage des représentants des forces de police étrangères.
Quant aux motards qui passent aujourd'hui facilement entre les mailles du filet, j'ai demandé que dans les semaines à venir, des actions de contrôle de la conformité des plaques d'immatriculation soient effectuées pour permettre une meilleure exploitation des clichés photographiques d'infraction. N'oublions pas en effet que les motards sont parmi les plus exposés des usagers de la route.
Je considère aussi pour ma part que le CSA est une étape dans l'utilisation des nouvelles technologies, annonciatrices de nouvelles applications et toujours dans le but de rendre les routes plus sûres.
Je pense notamment que nous devrions pouvoir étendre le contrôle automatisé aux feux tricolores installés dans les carrefours les plus dangereux, et sous réserve d'adaptation de nos textes, être en mesure d'assurer un contrôle de la vitesse moyenne, sur des portions d'itinéraires particulièrement à risques comme la traversée des tunnels par exemple.
Je pense aussi que nous devrions prendre l'initiative au niveau européen de rendre effective l'installation sur tous les véhicules neufs qui sont commercialisés, de limiteurs de vitesse. Le limiteur de vitesse en effet laisse intacte la liberté des conducteurs mais il permet à tous ceux qui ont le souci de respecter rigoureusement la loi, de le faire en toute facilité.
Pour en revenir au nouvel élan nécessaire en matière de sécurité routière, j'ai demandé aussi aux policiers et aux gendarmes que soit mieux prise en considération, dans leurs priorités d'action, la situation des usagers les plus vulnérables et qui sont d'ailleurs ceux qui précisément profitent le moins des progrès enregistrés ces trois dernières années.
Je pense en particulier aux jeunes de la tranche d'âge des 15 à 24 ans. Ils représentent à eux seuls plus du quart des victimes. C'est considérable.
Je pense également aux motards et aux utilisateurs de cyclos. 1 135 ont trouvé la mort en 2004, ils étaient 1 437 en 2001. Derrière ce chiffre en baisse, il y a cependant lieu de noter qu'ils représentent aujourd'hui 21% des victimes contre 18,6% trois ans plus tôt.
Il faut donc à l'égard et au profit de ces usagers poursuivre les contrôles ciblés et développer également les actions de sensibilisation et de prévention. Je souhaiterais pour ma part qu'une réflexion soit engagée sur l'introduction, dans la préparation aux différents permis de conduire, d'un module de sensibilisation sur la réalité des accidents de la route d'une part et sur les conséquences de toutes natures qui résultent de la transgression de la règle d'autre part. Le propre de la jeunesse est bien souvent d'ignorer le danger et de ne pas mesurer toute l'étendue de la loi. Nous avons un devoir collectif de mieux l'aider à se préserver.
Conscient que dans le peu de temps qui m'est imparti, je ne pourrai pas aborder tous les sujets dont vous allez débattre, je conclurai en délivrant un double message :
Une majorité des français ont intégré l'idée que la route devait être un espace partagé et sécurisé. C'est un acquis précieux qu'il faut entretenir.
Une petite minorité n'a pas encore compris ce message et certains continuent à se comporter en véritables délinquants routiers. Je veux qu'ils sachent que nous allons diversifier nos modes d'action à leur encontre, et notamment recourir davantage aux moyens banalisés et aux surveillances dans les flots de circulation.
Oui, la sécurité routière est une grande cause nationale. Nous devons aux Français de l'améliorer sans cesse. Nous devons le faire en utilisant les moyens que la loi met à notre disposition. Les contrôles ne l'oublions pas ont une finalité et une seule : faire que les usagers de la route soient plus prudents, et plus respectueux des autres.
Notre combat est d'abord de convaincre de la justesse de la cause. Et c'est la raison pour laquelle, je pense aussi que dans le domaine de l'information, de la communication, de l'implication citoyenne de tous, nous avons de très grandes marges de progrès. C'est un nouveau chantier qui à mon sens doit être ouvert.
(Source http://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr, le 26 octobre 2005)