Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à TF1 le 24 septembre 2005, sur les liens entre la Nation et la Défense et sur le rôle de l'armée dans la formation professionnelle des jeunes.

Texte intégral

Claire CHAZAL - Le ministère de la Défense organise, ce week-end, les deuxièmes journées nation défense. Il s'agit de toute une série de manifestations dans plusieurs villes de France destinées à mieux faire connaître l'armée et ses missions à tous les Français, avec un temps fort sur l'esplanade des Invalides, où nous retrouvons Jean-Pierre Quittard et Tristan Dessert, et le ministre de la Défense.
Jean-Pierre QUITTARD - L'esplanade des Invalides accueille jusqu'à demain soir, cette deuxième rencontre armée nation. C'est une grande kermesse animée par 700 soldats, marins, aviateurs, gendarmes et sapeurs-pompiers qui présentent au public, mais surtout aux jeunes, les 400 métiers de la défense et les différents matériels des armées. La visite du Mirage 2000 a toujours du succès, surtout quand on peut s'installer dans le cockpit. Les militaires vont à la rencontre des visiteurs pour dialoguer et partager leur expérience, et dans ce domaine les chasseurs alpins ont connu un franc succès avec leur mur d'escalade. Autre vedette, le char Leclerc mais là, ce sont les adultes qui sont plus impressionnés que les enfants. L'armée présente également les armes du futur, comme ces petits robots téléguidés de la DGA, et un peu plus loin, un ingénieur de la SAGEM, explique avec la tenue ad hoc les différents équipements que recevront les fantassins de l'armée de terre dans moins de trois ans. Enfin, et c'est un véritable spectacle, les parachutistes présentent plusieurs fois par jour des sauts de précision ; largués depuis un hélicoptère, ils se posent au mètre près sur les pelouses des Invalides.
Claire CHAZAL - Et c'est sur cette esplanade des Invalides que nous retrouvons, ce soir, Michèle Alliot-Marie, le ministre de la Défense. Merci beaucoup d'être avec nous. On a vu les démonstrations qui ont eu lieu tout l'après-midi. Qu'est-ce que vous attendez de ces journées nation défense ? Je précise donc que c'est la deuxième fois, et en 2003, vous avez eu un assez beau succès. Qu'est-ce que vous attendez maintenant ?
Michèle ALLIOT-MARIE - C'est une rencontre, une rencontre entre les Français et les militaires. Il est important que les Français puissent rencontrer les hommes et les femmes de la défense, ceux qui assurent leur sécurité, interviennent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et dans les crises multiples, des crises qui peuvent d'ailleurs avoir des répercussions sur nous. Il est important que les Français sachent quels sont les moyens mis à leur disposition, puisque ce sont aussi les Français qui paient ces moyens. Comme il n'y a actuellement plus de service national, je pense que c'est important que les Français connaissent bien ces hommes et ces femmes qui font ce travail à risque, ce travail dangereux, avec de nombreuses contraintes. Et inversement, il est important que les Français puissent aussi manifester aux militaires, aux hommes et aux femmes de la défense, leur reconnaissance, leur attachement, leur affection pour leur travail, parce que les militaires ont aussi besoin de se sentir soutenus par les Français.
Q - Alors vous précisiez, évidemment on le rappelle, que le service militaire n'existe plus. A l'époque, pour les jeunes, c'était un vrai facteur, j'allais dire, d'intégration. Qu'est-ce que l'on peut faire pour remplacer ce moment d'intégration sociale qu'était le service militaire ?
R - Il y a plusieurs choses : d'abord, il y a ce que l'on appelle la journée d'appel et de préparation à la défense. La JAPD a remplacé le service militaire qui a été suspendu, mais c'est une seule journée que l'on essaie de rendre la plus intéressante possible, avec notamment des notions sur la citoyenneté, sur l'histoire, mais également des choses beaucoup plus concrètes que j'ai fait intégrer, telle que, par exemple, l'initiation aux gestes du secourisme. Il faut que face à un blessé, les jeunes soient à même, si quelque chose se passe devant eux, de connaître ces premiers gestes qui sauvent. C'est aussi une façon d'être citoyen que d'être responsable. Mais au-delà de ce qui n'est qu'une journée, et même si elle s'adresse maintenant à tous, c'est-à-dire aux garçons et aux filles, alors que les filles ne faisaient pas leur service, il y a un rôle particulier de la défense. La défense, c'est en effet le premier employeur de jeunes chaque année. On ne le sait pas forcément : le ministère de la Défense recrute 35 000 jeunes chaque année. Il y a bien sûr des polytechniciens, des Saint-Cyriens, mais il y a également des jeunes qui n'ont aucun diplôme. 7 000 jeunes n'ont en effet aucun diplôme et nous les formons. Nous leur donnons un véritable métier et ils pourront soit faire une carrière dans l'armée avec une vraie promotion - car c'est aussi cela la défense, et c'est probablement le dernier lieu où le principe républicain de promotion sociale existe toujours - et pour ceux qui feront des contrats courts, cinq ou dix ans, il y a une reconversion professionnelle. Cette reconversion est une des plus réussies de France, puisque plus de 90 % de ces jeunes trouvent ensuite un CDI dans le secteur privé. Et parce que les armées montrent ainsi qu'elles ont un vrai savoir-faire dans l'encadrement, la formation et l'insertion professionnelle des jeunes, nous avons décidé de participer au plan pour l'emploi lancé par Dominique de Villepin et son gouvernement, en proposant d'accueillir, si l'on peut dire, 20000 jeunes dans une structure spécialisée où des militaires, qui quittent l'armée et ont un savoir-faire particulier dans l'encadrement des jeunes, vont leur proposer une 'deuxième chance'. C'est la 'défense deuxième chance' : nous proposerons ainsi à ces jeunes, qui seront internes pendant une période d'un ou deux ans, d'avoir d'une part, une remise à niveau scolaire - parce que la plupart d'entre eux se trouve effectivement en échec scolaire - et d'autre part, d'avoir également une remise à niveau comportementale. Parce que pour un certain nombre d'entre eux, ils ont besoin de savoir que le matin, on se lève, on dit bonjour, on travaille en équipe et régulièrement. S'ajouteront à cela une initiation à l'informatique, aux initiatives car c'est aussi ce qu'apprend l'armée, et puis une formation professionnelle sous forme d'apprentissage. Cette formation leur permettra soit d'accéder directement à un métier, soit d'avoir une période d'apprentissage approfondi dans les métiers où il existe des lacunes, c'est-à-dire notamment les métiers du bâtiment, les métiers de la cuisine, les métiers de la sécurité, et puis encore un grand nombre d'autres métiers.
Q - Merci beaucoup Michèle Alliot-Marie d'être venue nous parler donc de ces journées nation défense. Je précise aussi que vous sortez un livre plus politique évidemment sur votre mission, " Le chêne qu'on relève ". Merci.
(Source http://www.defense.gouv.fr, le 26 septembre 2005)

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