Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, sur le lancement d'une campagne sur la contraception et la politique de santé des femmes, à Paris le 11 septembre 2007.

Intervenant(s) :

Circonstance : Lancement de la campagne de communication sur la contraception : "La meilleure contraception, c'est celle que l'on choisit", Paris le 11 septembre 2007

Prononcé le

Texte intégral

Il est des combats auxquels on ne renonce jamais, des combats qui n'en finissent pas. Ces combats sont les miens.
Il y a maintenant près de deux siècles, Tocqueville affirmait déjà qu'il fallait juger les progrès de la civilisation au degré d'émancipation des femmes. L'injustice la plus criante et la plus insupportable, bien sûr, est l'inégalité juridique. Fonder une différence de droit sur une différence de fait, quelle soit naturelle ou culturelle, pour justifier la discrimination négative, c'est intenter à la dignité de la personne humaine. Cependant, la proclamation de l'égalité juridique des hommes et des femmes, abstraction faite de leurs différences, ne suffit toujours pas à établir dans les faits l'égalité réelle.
Parmi les indicateurs de cette injustice persistance, on oublie trop souvent d'évoquer la question, à mes yeux essentielle, de la santé des femmes.
Si les femmes ont appris l'endurance, c'est d'abord pour se protéger du préjugé. Les dictionnaires des idées reçues abondent, en effet, comme chacun sait, en propos sexistes, déguisés parfois en éloge. Que n'a-t-on pas entendu sur la proverbiale résistance des femmes, sur leur capacité de supporter mieux que les hommes la douleur, sur la nécessité d'en passer par là (« tu enfanteras dans la douleur »), ou bien au contraire sur l'irrégularité de leur humeur, ou encore sur leur propension naturelle à la divagation hystérique ? Depuis Malebranche qui comparait le cerveau des femmes à ceux des hommes pour expliquer par la mollesse des fibres leur émotivité particulière, les mentalités n'ont sur bien des points guère avancé, malgré le progrès des sciences et les perfectionnements du droit.
Je n'ai pas, pour ma part, l'intention de laisser dire et de ne rien faire.
Si l'on veut modifier non seulement les comportements mais aussi les représentations, il est absolument impératif de pouvoir disposer, pour les divulguer le plus largement, de connaissances très précises sur la santé des femmes dans notre pays. Le savoir contre le préjugé constitue, en effet, le seul support possible d'une communication parfaitement instruite sur cette question. Nous ne bénéficions pour l'instant que de données fort éparses et pourtant déjà significatives. C'est pourquoi j'ai décidé de commander à mes services la publication périodique d'un rapport exhaustif sur la santé des femmes. D'ores et déjà, les finalités de notre action apparaissent clairement. Notre objectif premier est d'améliorer la qualité de vie des femmes et de réduire la morbidité souvent liée à des situations de vulnérabilité particulière, voire de précarité.
Certes, l'espérance de vie des femmes est dans notre pays une des plus élevées d'Europe : 82,9 ans pour la France contre une moyenne dans l'Europe des 15 à 81,9 ans en 2003. Mais, en même temps, qui sait que la durée de vie sans incapacité des femmes en France est inférieure de deux ans à celle de ces mêmes pays ? Clairement, sur une durée de vie moyenne de 82,9 (qui passe d'ailleurs à 84 ans en 2006), les femmes dans notre pays connaissent 63,9 années de vie sans incapacité contre 66 années en moyenne pour les autres qui vivent pourtant moins longtemps. Ce contraste saisissant entre données quantitatives et qualitatives exige une autre politique de santé publique.
A cet égard, je veux être et je serai la ministre de la qualité des soins, et pour les femmes la ministre de la santé qui mettra tout en oeuvre pour contribuer à assurer leur qualité de vie au long cours.
Comment faire ? Quels seront les grands axes stratégiques de cette politique volontariste et innovante ?
Quelques priorités se dessinent.
Tout d'abord la lutte contre le cancer qu'il faudra renforcer. Rappelons que les cancers du sein et de l'utérus restent les deux premiers cancers pour lesquels les femmes paient un lourd tribut. Là encore, l'inégalité face au risque est patente : les plus modestes et les plus vulnérables, ceux qui demanderaient à être les mieux protégés sont aussi les plus exposés au risque par défaut de prévention et carence d'information. En atteste la pratique très disparate, suivant les milieux, de la mammographie. De même, le dépistage du cancer du col de l'utérus devrait sans doute pouvoir être organisé de manière à concerner plus également toutes les femmes, je pense en particulier à toutes celles que la vulnérabilité sociale éloigne trop souvent de l'information disponible.
Une autre de mes priorités : lutter contre les risques liés à la condition féminine en matière de nutrition. Je veux le dire ici haut et fort : l'anorexie des adolescentes constitue, à mes yeux, non seulement un grand enjeu de santé publique, mais aussi, tant que cette maladie se trouve liée aux représentations du corps féminin dans nos sociétés, le symptôme d'une sorte de malaise dans la civilisation sur lequel les médecins mais aussi les philosophes, les sociologues et les psychologues auraient beaucoup à dire et beaucoup à nous apprendre. A cet égard, je suivrai avec beaucoup d'attention les conclusions du groupe de travail sur l'image du corps de la femme dans la société et l'impact des représentations collectives sur la santé présidé par les Professeurs Marcel Rufo et Jean-Pierre Poulain.
Nos concitoyens, en effet, s'ils ont besoin de règles, ont aussi besoin de guides. A l'Etat revient de toute évidence la charge et la responsabilité de ne pas laisser le champ libre à l'irrationnel et de proposer, par des campagnes bien conçues, les informations nécessaires à une prise de décision individuelle éclairée. Dans cette perspective, je poursuivrai avec la plus grande rigueur la politique engagée par le Ministère de la Santé à travers la mise en place du plan national nutrition santé.
Une politique de santé des femmes implique, bien entendu, une amélioration substantielle des indicateurs de périnatalité dans notre pays. Regardons les choses en face ! La situation est encore trop moyenne. Il conviendrait, notamment, de mieux répondre aux situations de précarité dont l'impact est très négatif sur la qualité de la grossesse des femmes enceintes. Comment rester indifférent au fait que des jeunes femmes en situation de vulnérabilité sociale, venant d'accoucher ? Il faudra bien trouver des solutions efficaces qui permettent d'améliorer la qualité du suivi de leur grossesse et de ses suites. Une évaluation des dispositifs les plus adaptés est en cours. Nous saurons sans délai en tirer les conclusions qui s'imposent, car de toute évidence les lieux de prise en charge spécifiquement dédiés aux femmes précaires font encore cruellement défaut.
Pour achever ce bref tour d'horizon de la politique de santé des femmes que je compte mener, je ne peux manquer d'évoquer cette dernière grande priorité : la prévention du vieillissement pathologique chez les femmes. Une attention toute particulière doit être apportée à ces femmes, si nombreuses, touchées par la maladie d'Alzheimer, qu'elles en subissent elles-mêmes les affres (puisqu'elles représentent 73% des personnes atteintes par la maladie) ou qu'elles jouent leur rôle d'aidante. Comme chacun sait, le Président de la République a confié une mission sur cet important problème de santé public au Pr Joël Ménard, mission dont nous suivrons avec la plus grande acuité les travaux.
La défense des droits des femmes structure mon engagement politique depuis toujours ! L'amélioration de leurs conditions de vie est pour moi une préoccupation quotidienne, et en particulier s'agissant des femmes de milieu défavorisé. Plus que les autres, elles rencontrent des problèmes de santé physique et psychologique. Leur espérance de vie est moins bonne. Elles consomment plus de médicaments d'ordonnance. Surtout, elles sont souvent victimes de multiples violences, parfois dès l'enfance : abus sexuels, violences conjugales, agressions physiques, rejet familiale, stigmatisation. Leur intimité est souvent bafouée. Les comportements à risque sont plus fréquents. L'usage du préservatif est pour elle difficile. Enfin, l'accès à la contraception et au planning familial, pour ces femmes, ne va jamais de soi.
En lançant aujourd'hui, une campagne sur la contraception, c'est d'abord à elles que je pense, à ces femmes en souffrance, à ces femmes isolées, à ces femmes mal entourées, à ces femmes subordonnées, à ces femmes qui manquent d'instruction et qui plus que d'autres ignorent les différentes méthodes contraceptives qui pourraient leur être proposées.
Cependant, cette campagne se justifie plus généralement par ce souci, cette exigence qui sera la marque de mon action à la tête de ce ministère : assurer la qualité des soins et des pratiques pour améliorer la santé publique.
Ainsi, l'usage de la contraception, comme bien d'autres pratiques entrées dans les moeurs peut et doit être amélioré. Ce n'est pas parce qu'une pratique est diffusée depuis longtemps qu'elle n'est pas perfectible. Bien au contraire. Il est même grand temps de tirer le bilan de la pratique contraceptive dans notre pays.
Il y a tout juste 40 ans, à l'initiative de mon collègue, le député et médecin Lucien Neuwirth, à qui je dois rendre hommage aujourd'hui, la loi libéralisait la contraception en France. Où en sommes-nous quarante ans après ?
De toute évidence, la diffusion des méthodes contraceptives progresse. Mais elle progresse quantitativement.
Interrogeons-nous ! Le choix du moyen contraceptif est-il toujours bien éclairé ? Les études disponibles, et en particulier celle de l'INPES/BVA de mars dernier, attestent qu'il n'en est rien. La diversité de l'offre contraceptive est encore mal connue de la population. Cette relative ignorance a bien entendu un impact certain sur la santé publique.
La contraception n'est pas un acte mécanique et consumériste. Elle doit être choisie, adaptée et réfléchie.
Dans cette optique, j'ai demandé à l'institut national de prévention et d'éducation pour la santé de renforcer et d'intensifier son programme de communication, à l'attention notamment des jeunes et des populations en situation précaires. En effet, pour être bien suivie et bien acceptée, une méthode contraceptive doit être choisie en connaissance de cause et adaptée à chacune des femmes qui l'emploie.
Cette communication sur le thème de la sexualité et de la contraception, que Monsieur Philippe Lamoureux va vous présenter plus en détail, s'inscrit dans un programme de 3 ans de 2007 à 2009. Cette première communication doit être évaluée d'ici la fin de l'année, ce qui permettra de déterminer les orientations stratégiques pour 2008.
Que voulons-nous faire ?
D'abord : nous adresser aux femmes, à toutes les femmes, y compris les plus vulnérables. Et à leurs compagnons aussi qui doivent être mieux associés à leurs choix.
Ensuite : initier les jeunes à une culture contraceptive responsable. Mais surtout : rendre pour chaque femme possible le choix le plus adapté de la méthode contraceptive.
Enfin : mieux informer les professionnels de santé sur la nécessité d'éclairer le choix contraceptif.
J'attends beaucoup de cette campagne. Les services déconcentrés du ministère devront mobiliser tous leurs partenaires pour que l'opération engagée ait l'effet escompté.
Je voudrais pour finir rendre un hommage tout particulier aux associations du planning familial, mais aussi aux militantes de la première heure dont je salue ici le courage et la ténacité.
Avec moi, soyez-en bien assurés, les femmes ne seront pas les oubliées de la politique de santé publique.
Je vous remercie.
Source http://www.sante.gouv.fr, le 12 septembre 2007