Déclaration de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, sur la protection, la valorisation et la défense de l'espace et des richesses maritimes, Paris le 9 juin 2009.

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,
Navigateurs, géographes et aventuriers ont longtemps vu dans l'Océan une frontière, plus ou moins franchissable, entre les nations et les continents.
Au XXIe siècle, le monde maritime est devenu un formidable espace de richesses, de communication et d'échanges intercontinentaux.
L'outre-mer, en ouvrant la France sur l'océan Atlantique, Indien et Pacifique, fait de notre pays le 2e espace maritime du monde.
La "France des trois océans" affirme sa présence dans les grandes zones géopolitiques d'aujourd'hui et de demain. Elle participe à de multiples formes de coopération internationale.
Outre-mer, la mer est porteuse de ressources essentielles.
- Ressources énergétiques, à l'heure où l'indépendance énergétique est un enjeu majeur pour l'humanité.
- Ressources alimentaires, alors que les eaux européennes sont menacées par l'épuisement des ressources halieutiques.
- Ressources commerciales, dans un monde où plus de 90% des échanges commerciaux se font par voie maritime.
- Ressources touristiques, avec le développement des loisirs nautiques et de la plaisance.
Formidable atout pour l'outre-mer, la mer est un bien inestimable pour la France.
Il nous appartient de protéger cette richesse et de la valoriser.
Protéger le domaine maritime national est une nécessité pérenne.
Les menaces sont multiples.
- Insécurité maritime, atteintes à l'environnement, trafic de stupéfiants, d'armes, d'hommes.
Les routes de la mer exigent un contrôle régulier.
Dans les Caraïbes, des moyens maritimes et aériens sont mobilisés. L'Office Central de Lutte contre le Trafic Illicite des Stupéfiants de la Police Judiciaire dispose d'une antenne à Fort-de-France. Elle travaille en collaboration avec la Marine nationale et certains de nos partenaires européens.
Depuis sa création en 2004, 36 réseaux de trafiquants entre les Antilles et la métropole ont été démantelés. Plus de 8 tonnes de drogue ont été saisies dans la zone antillaise en 2008.
- L'immigration clandestine est une menace fondamentale pour l'équilibre des territoires. Elle a pour origine la disparité de développement des environnements régionaux. La contrecarrer suppose une coopération transfrontalière et une politique régionale de développement solidaire.
L'Etat doit demeurer présent outre-mer dans la durée.
La défense de nos intérêts maritimes implique le maintien de nos capacités d'action, notamment aux plans naval et aérien.
Ministre de l'Intérieur, mais aussi ancien Ministre de la Défense, je suis avec attention les mesures de redéploiement envisagées pour nos forces d'armées.
Des engagements d'assistance mutuelle et de coopération nous lient à nos partenaires régionaux, qu'il s'agisse du secours aux populations insulaires ou de surveillance maritime générale. Ils seront tenus.
Contre les trafics et les atteintes à l'environnement, nous devons conserver nos capacités d'intervention en haute mer. J'y veillerai personnellement dans le cadre des discussions menées au plan interministériel.
Valoriser la mer est un enjeu d'avenir pour la France ultramarine.
Cela suppose à la fois une approche défensive et active.
Une approche défensive, parce que la France doit savoir défendre ses droits sur son espace maritime.
A Saint-Pierre-Miquelon, en Polynésie Française, à Wallis-et-Futuna, comme partout outre-mer, la France ne saurait renoncer aux droits inhérents à la délimitation du plateau continental.
Pour Saint-Pierre-et-Miquelon, je me suis engagée personnellement sur le dossier de l'extension du plateau continental.
J'ai écouté et soutenu la demande exprimée par la population et les élus.
J'ai exprimé mon souhait de renforcer le partenariat et le dialogue avec les autorités canadiennes, et de faire du plateau continental une zone privilégiée pour cette coopération renforcée.
La délimitation du plateau continental relève désormais de la commission compétente de l'ONU. Au nom du Gouvernement français, j'ai transmis au Secrétaire Général de l'ONU la lettre d'intention visant à préserver les droits de la France.
Pour valoriser la mer, la France doit aussi savoir y investir ses talents. C'est une approche "active" de l'atout maritime des outre-mers.
La France occupe une position de leader dans l'océanographie et la biologie marine.
Elle possède des industriels de haut niveau technologique, des PME innovantes.
Tous doivent renforcer leur présence outre-mer.
- Cela passe par une meilleure organisation dans les secteurs les plus stratégiques.
Les pôles de compétitivité ont leur rôle à jouer dans le développement de ces secteurs-clés.
Des pôles de recherche doivent être mis en place dans les universités d'outre-mer pour améliorer nos savoirs et nos techniques dans les écosystèmes tropicaux, les cultures marines, la biodiversité, les molécules à usage pharmaceutique, les risques naturels.
- Une stratégie active de valorisation de la mer passe aussi par une meilleure complémentarité entre la métropole et l'outre-mer.
C'est vrai notamment pour la pêche.
Les ressources halieutiques des espaces maritimes de l'outre-mer sont encore mal connues. Elles ne sont pas exploitées comme elles pourraient l'être.
L'Europe impose la destruction de navires de pêche pour préserver les ressources. Pour laissons-nous dans le même temps les navires mexicains pêcher librement les thons de la zone économique exclusive de Clipperton ?
- Valoriser la mer passe aussi par plus grande sensibilisation des populations ultramarines.
Les populations doivent pouvoir s'approprier la mer, pour la protéger comme pour l'exploiter.
Pour faire connaître la mer, nous devons miser sur l'éducation scolaire et la sensibilisation du public aux enjeux de la mer.
Des aquariums et des aires marines protégées peuvent y contribuer. D'autres moyens restent à imaginer.
Mesdames, Messieurs,
Placer l'imagination, les idées, les compétences, au service de la ressource maritime en outre-mer, c'est tout l'enjeu du colloque de ce jour.
J'en félicite les organisateurs, et j'en remercie les participants.
L'outre-mer a des atouts exceptionnels.
A nous de réunir les talents, les volontés et les convictions pour innover, pour faire bouger les lignes, pour les valoriser.
A nous de construire, ensemble, l'avenir de l'Outre-mer.
Je vous remercie.
Source http://www.interieur.gouv.fr, le 11 juin 2009

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