Tribune conjointe de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, de l'emploi et de la santé et Ursula von der Leven, ministre allemande du travail, dans "Le Monde" du 24 septembre 2011, sur l'emploi comme priorité du G20.

Texte intégral


Nous ne pouvons plus nous contenter de réguler la mondialisation uniquement sur le plan économique et financier, la crise économique mondiale nous l’a montré. Nous devons mettre en place une régulation sociale de la mondialisation. C’est l’objectif de la Présidence française du G20 (le groupe des vingt pays industrialisés et pays émergents les plus importants). Le G20 représente 85 % du PIB mondial et deux tiers de la population : il est l’acteur légitime pour faire des propositions et donner les impulsions nécessaires.
En concertation avec l’Allemagne, la Présidence française du G20 en 2011 a souhaité que le Sommet ne traite pas seulement des questions économiques et financières, mais s’engage sur les questions sociales. C’est pourquoi la rencontre des ministres du Travail et de l’Emploi du G20 qui se tiendra à Paris les 26 et 27 septembre sera un moment important. Faire en sorte que la mondialisation permette à la fois la croissance économique et le progrès social, voilà le défi que nous devons relever. Trois points nous semblent à cet égard essentiels :
1. Il faut inscrire durablement les politiques sociales à l’agenda du G20.
En France comme en Allemagne, nos systèmes de protection sociale ont joué leur rôle de stabilisateurs automatiques pour amortir les conséquences de la crise. Les politiques actives du marché du travail, des mesures de placement efficaces, la flexibilité interne des entreprises ainsi que des investissements ciblés dans la formation, tant initiale que continue, sont nécessaires pour contribuer à la reprise économique.
Pour autant, jusqu’à présent, le rôle essentiel de la politique du travail et des affaires sociales pour surmonter la crise a été relégué au second plan. C’est ce que nous voulons changer. Nous souhaitons que les réunions des ministres du travail et de l’emploi du G20 se poursuivent régulièrement au-delà de la présidence française : si nous voulons continuer à avancer, il nous faut un cadre de discussion durable.
2. L’emploi est une priorité, en particulier la lutte contre le chômage des jeunes.
Nous en avons conscience, les situations de nos marchés de l’emploi sont différentes au sein du G20. Reste que donner un emploi aux jeunes de nos pays est une préoccupation que nous partageons tous : c’est leur donner l’assurance de pouvoir s’installer dans la vie, de construire des projets, de contribuer à bâtir l’avenir de leur pays.
Nous allons nous inspirer de ce qui marche. En Allemagne, la formation en alternance a fait ses preuves. La France vient à son tour de lancer un plan pour développer l’alternance : c’est dans l’intérêt des jeunes, qui se forment tout en apprenant un métier, et c’est aussi dans l’intérêt de l’entreprise, parce qu’elle forme des collaborateurs qu’elle pourra ensuite garder.
Pour lutter contre le chômage des jeunes, l’échange d’expériences et de bonnes pratiques est essentiel. Voilà pourquoi dans le cadre du G20, la France et l’Allemagne soutiennent ensemble la mise en place d’un groupe de travail consacré à l’emploi des jeunes.
Regarder ce que font les Pays-Bas et l’Autriche, dont le taux de chômage des jeunes est le plus bas de l’Union européenne ; tirer les enseignements des travaux de l’Organisation internationale du travail, dont le directeur général participe désormais aux sommets du G20 à l’initiative du président Nicolas Sarkozy, voilà qui nous aidera à trouver des réponses concrètes pour l’emploi des jeunes de nos pays.
3. Nous devons renforcer le dialogue social dans le cadre du processus du G20.
Ce dialogue social, nous le pratiquons déjà au niveau national. C’est en Allemagne que la coopération bien rodée entre les représentations des intérêts des salariés et des employeurs est devenue le signe distinctif d’une économie sociale de marché. Durant la crise, cela s’est révélé un avantage décisif. Les partenaires sociaux et les responsables politiques ont été en mesure de prendre, de façon imminente, d’importantes décisions communes.
En France, la loi portant rénovation de la démocratie sociale votée en 2008 a permis de moderniser le dialogue social en profondeur. Dans ce cadre rénové, des accords interprofessionnels importants ont été signés, par exemple sur l’emploi des jeunes, l’assurance-chômage et les retraites complémentaires.
Les partenaires sociaux sont de fins connaisseurs de nos marchés du travail, des attentes des salariés et des besoins des employeurs : voilà pourquoi nous avons tenu à les associer à chaque étape de ce G20, en amont de la conférence des ministres du travail du G20 comme avant la rencontre des chefs d’État et de gouvernement de novembre.
En outre, pour la première fois, un Sommet des syndicats du G20 aura lieu en marge du Sommet des chefs d’État, le L20, parallèlement au sommet des représentants des employeurs, le B20. Nous soutenons ces initiatives, parce que nous croyons que les partenaires sociaux ont toute leur place dans la gouvernance mondiale qui est en train de naître.
Face à une crise qui a ébranlé nos sociétés, nous devons apporter des réponses crédibles. L’amitié franco-allemande a souvent été un moteur de l’Europe : nous pensons qu’elle peut être aussi un moteur de ce G20 pour porter des convictions sociales communes. Ensemble, nous faisons le choix de la responsabilité et de la solidarité, afin d’être à la hauteur des attentes des citoyens de nos pays.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 septembre 2011