Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Canal Plus le 28 novembre 2011, sur les enjeux de la conférence de Durban sur le réchauffement climatique et le changement des horaires de trains à la SNCF (mise en oeuvre du "cadencement").

Texte intégral

MAÏTENA BIRABEN Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, peut venir nous rejoindre. Alors que s’ouvre pour deux semaines le Sommet de Durban en Afrique, mais quand l’urgence est économique, la planète au chevet du climat, mobilise moins pour ne pas dire qu’elle ne mobilise pas, alors, que MOODY’S, l’agence de notation, met un tout petit peu la pression sur la zone euro ce matin. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, bonjour.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
MAÏTENA BIRABEN Soyez la bienvenue.
 
CAROLINE ROUX Oui, bonjour. C'est effectivement l’information de la nuit, on va dire qu’elle est assez alarmante, puisque la note de tous les pays de la zone euro est désormais menacée. Alors, la question qui se pose ce matin, c'est que, est-ce qu’il y a encore quelque chose sous contrôle, dans la zone euro ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, d’abord, que la zone euro soit dans la tourmente, on le sait, ça fait maintenant deux semaines et des mois que cela dure et ça mobilise toute l’attention du président de la République et du gouvernement, ça ne vous a pas échappé. La nouveauté, peut-être, à travers ça, mais les éléments de la semaine, c'est qu’on voit, de manière encore plus évidente, que le sort des Etats de la zone euro est lié. Cette semaine pour la première fois, l’Allemagne a eu un problème, l’Allemagne n’a pas réussi à placer toute une obligation d’Etat et ils ont des taux d’intérêt qui sont montés au-dessus de 2 %. Ce n'est pas forcément beaucoup 2 %, mais c'est mieux, c'est un signal, et voilà, c’est... ce que vous dites, là, cet évènement avec MOODY’S, c'est l’éco de ce signal-là, notre destin est lié à l’intérieur de la zone euro, on s’en sortira ensemble.
 
CAROLINE ROUX Mais ce qu’on ne comprend pas, c'est est-ce que c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle que l’Allemagne n’aille pas bien, pour la France ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non mais, ce n'est pas une bonne ou une mauvaise nouvelle. On est lié, nos sorts sont liés et en fait ça devient visible. Cette semaine, c'est devenu plus visible et donc on trouvera des solutions en semble. Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL trouveront des solutions, ensemble, pour l’Europe, c'est le... ça devient de plus en plus ... on le savait, mais les évènements de la semaine, en fait, le montrent.
 
CAROLINE ROUX Ça veut dire que ça met la pression sur l’Allemagne, quant à sa décision sur le rôle que doit jouer la BCE, sur ce genre d’informations ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La pression elle est sur tout le monde en ce moment, excusez-moi. Evidemment, l’Allemagne, avec pour la première fois une émission obligataire, qu’ils n’ont pas pu placer, a un peu plus la pression, probablement cette semaine.
 
MAÏTENA BIRABEN On va passer à la Conférence de Durban.
 
CAROLINE ROUX Oui, et alors du coup, dans ce contexte où il s’agit de sauver la zone euro, de sauver le Triple A de l’Allemagne, de la France, de l’Autriche et j’en passe, on se dit : « Tiens, il y a une conférence en ce moment, enfin, qui débute aujourd'hui, à Durban, 190 pays qui se retrouvent pour deux semaines, avec un objectif qui n'est pas des moindres, qui est de redonner un cap aux négociations sur le changement climatique. Est-ce que cette crise économique rend au final la nécessité de sauver la planète, les exigences climatiques, un peu secondaires ? Est-ce que c'est plus difficile à vendre ? ».
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Surtout pas. De toute façon, c'est très difficile à vendre la lutte contre le changement climatique. Ça a toujours été très difficile de se mettre d’accord pour la lutte contre le changement climatique, mais la crise ne repousse pas les échéances, et c'est pire que ça, je trouve que la crise c'est une crise du court-termisme, il y a trop de court-termisme, dans la finance, dans la politique, tous les horizons se rapprochent. Le changement climatique, il est là pour nous rappeler que si on ne fait pas aujourd'hui ce qu’il faut, demain, ça va être la catastrophe.
 
CAROLINE ROUX Le protocole de Kyoto, c'est là, c'est demain.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C'est la négociation d’une suite au protocole de Kyoto, oui, parce que le protocole de Kyoto, il trouve une fin au 31 décembre 2012, donc on est dans les derniers délais pour lui négocier une suite, et l’enjeu c'est de réussir à continuer à faire vivre ce protocole, qui est le seul instrument que l’on aujourd'hui pour lutter contre le changement climatique et en même temps, aujourd'hui il y a que des Etats qui représentent 16 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone, qui sont prêts à s’engager sur ce protocole, on a donc besoin de trouver un accord plus vaste, un accord dans lequel il y ait les Etats-Unis, un accord dans lequel il y ait la Chine. Mais, vous savez...
 
CAROLINE ROUX Vous y croyez vraiment, quand vous dites ça ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui. Je vais vous dire, toutes ces négociations-là, avant, elles se présentaient mal, à chaque fois, et d’ailleurs ce n'est pas celles qui se présentaient le mieux, qui ont le mieux réussi. Vous vous souvenez, avant, les négociations de Copenhague, il y avait une grande espérance, et puis en fait, eh bien il y a eu tellement de pression que ça a été bien difficile. Négociations de Cancun, il y avait des gens pour dire « il ne faut même pas y aller, il ne va rien se passer ». Ça s’est finalement pas si mal passé. Donc, moi j’y crois.
 
CAROLINE ROUX  Donc, ça veut dire que vous croyez en quoi ? Ça veut dire que vous croyez que les Etats-Unis vont signer le protocole de Kyoto ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, ça c'est pas possible...
 
CAROLINE ROUX Ah ! NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C'est plus possible. Ce que l’on essaie, nous, ce qu’on veut, la France, c'est qu’on propose qu’il y ait une suite au protocole de Kyoto, en échange du fait que tous les pays, les grands pays qui ne sont pas dans le protocole de Kyoto, engagent une négociation globale sur leurs propres émissions, c'est-à-dire que l’on accepte, nous, de continuer, en quelque sorte, à être une avant-garde, si on est vraiment une avant-garde d’une armée qui se bouge derrière, et le message que l’on cherche à passer au monde c'est... ce n'est pas parce qu’il y a crise qu’on en a moins besoin, au contraire, la crise c'est la crise écologique. Vous savez, la crise c'est aussi la très grande variation du prix des matières premières, mais ça c'est lié à l’épuisement des ressources, c'est lié à un modèle économique, à un modèle de production et de consommation qui ne veut plus rien dire, qui n'est pas soutenable.
 
CAROLINE ROUX Donc, pour traduire votre état d’esprit à la veille de l’ouverture de ce sommet, c'est l’optimisme qui prévaut.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais de toute façon il faut les aborder avec un grand optimisme et beaucoup d’énergie, parce que je vais vous dire, c'est des jours et des nuits à essayer de se battre contre des montagnes, que, parfois, finalement, on réussit à bouger un peu.
 
CAROLINE ROUX Ça sera un axe prioritaire dans la campagne de Nicolas SARKOZY, l’environnement, l’écologie ? Parce qu’on a l’impression que c'est devenu... c'est secondaire dans le débat porté par le président de la République.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ça sera présent, du fait de notre situation nationale, parce que moi je crois que c'est la croissance verte qui nous permettra de rebondir en sortie de crise, et ça sera présent aussi au niveau mondial parce qu’en juin on a le 20ème anniversaire de Rio, du Sommet de la terre. Donc on va beaucoup parler d’environnement, au niveau international et au niveau national, dans les mois qui viennent. Ceci dit, ça ne sera pas grâce à l’accord Verts/PS, si je peux faire un peu de politique, parce que dans l’accord Verts/PS, vous avez remarqué, on ne parle pas d’environnement. Toutes les choses dont on vient de parler, Durban, etc. on n’en parle pas. On propose...
 
CAROLINE ROUX On parle un peu du nucléaire.
 
MAÏTENA BIRABEN Quand même.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le nucléaire n’épuise pas la question environnementale, et si vous mettez le nucléaire dans l’environnement, c'est le seul sujet environnemental dont on parle dans l’accord Verts/PS, il n’y a rien d’autre. On parle de mettre fin à la loi sur les récidives, de supprimer les peines plancher, toute sorte de choses que les français apprécieront, qui de toute façon ne sont pas de l’écologie.
 
MAÏTENA BIRABEN Alors, on va voir que les Français n’apprécieront pas forcément tout et y compris le changement d’horaires à la SNCF.
 
CAROLINE ROUX Oui, parce que, pour des milliers de Français, il y a une date qui est redoutée, c'est celle du 11 décembre, l’entrée en vigueur de 15 000 nouveaux horaires de trains, et ça va toucher 85 % des trains. On a reçu tout à l'heure Willy COLIN, qui était exaspéré de la mise en place de ces nouveaux horaires et qui dit : « Il n’y a pas eu de concertation ». Est-ce que la concertation est encore possible d’ici au 11 décembre ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors, il y a eu de la concertation. Ça fait des mois qu’elle se fait et elle se poursuit, puisque SNCF et RFF ont demandé à Nicole NOTAT de poursuivre la concertation et de mener une médiation sur les points les plus durs. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tous les ans, il y a un ajustement des horaires à cette saison, mais cette année, c'est vrai que c'est 85 % des horaires qui changent, ce qui n'est pas facile à gérer, mais ils changent pour une bonne raison, c'est ça le message que je voudrais faire passer, qui est que l’on fait des travaux sur l’ensemble du réseau pour le rénover. Par le passé, on rénovait 400 km de voies par an, ce n’était pas assez pour pouvoir préserver un bon système ferroviaire. En ce moment on est passé à 1 000 km de voies par an.
 
CAROLINE ROUX Est-ce que ça va être la grande pagaille, Nathalie KOSCIUSKOMORIZET ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non...
 
CAROLINE ROUX Le 11 décembre.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On va... il y a une cellule de crise qui va être mise en place, on va faire en sorte que ce ne soit pas la grande pagaille. On met tout en oeuvre pour que ça ne soit pas la grande pagaille, mais c'est vrai que l’on change 85 % des horaires ! Je ne cache pas...
 
CAROLINE ROUX Ils appellent à la...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais encore une fois, je le dis, on le fait pour une bonne raison, parce que les travaux, ils permettront après d’avoir ce que l’on appelle plus de sillons, donc plus de trains, et des choses beaucoup plus régulières.
 
CAROLINE ROUX Ils appellent à la grève du billet.
 
MAÏTENA BIRABEN « horaires2012-sncf.com », si vous voulez avoir tous les changements, et ils appellent effectivement à acheter votre billet, mais à ne pas le présenter et faire la grève du contrôle. On passe au j’aime/j’aime pas.
 Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 28 novembre 2011

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