Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Canal Plus le 7 février 2012, sur ses propos controversés au sujet de l'inégalité supposée des civilisations, la requête du Front national contestant l'obligation de rendre publics les parrainages d'élus pour la présidentielle et le calendrier de la probable entrée en campagne de Nicolas Sarkozy.

Texte intégral

CAROLINE ROUX On est ravi d’ouvrir avec vous cette première série de « Spéciale consacrée à la présidentielle ». On va commencer par quelques questions d’actualité, si vous le voulez bien. Votre actualité, c'est la polémique à propos de vos propos sur les civilisations. Vous avez reçu le soutien de Nicolas SARKOZY, hier, il a dit que c’était des propos de bon sens. Alors, on pourrait s’arrêter là, fermez le banc, et pourtant, vos propos ont choqué. Qu’est-ce que vous dites ce matin aux Musulmans, aux Arabes, qui ont compris que vous les classiez dans une civilisation inférieure ?
 
CLAUDE GUEANT Je ne pense pas qu’ils aient compris cela. J’ai reçu hier soir une lettre de monsieur MOUSSAOUI, le président du CFCM, qui me demande de lui donner des assurances sur le fait que mes propos, je cite, « ne visent pas la civilisation musulmane ».
 
CAROLINE ROUX Qu'est-ce que vous lui répondez ?
 
CLAUDE GUEANT Je lui réponds que pour moi, d’abord, ce qui est en cause, c'est la religion musulmane. Les musulmans de France représentent la deuxième religion dans notre pays, ils ont 4 millions dont 1 million de pratiquants, et la République protège leurs croyances et favorise la pratique de leur culte, c'est quelque chose qui est tout à fait clair. Ce que j’ai dénoncé dans mon propos, c'est le relativisme du Parti socialiste, qui considère que tout se vaut, et qui par conséquent est gêné pour mener des combats qui correspondent pourtant à nos principes républicains.
 
CAROLINE ROUX Claude GUEANT, est-ce que le terme de « civilisation », était bien choisi ? Est-ce que ce matin, vous dites en fait : « Je voulais parler, ou de religion, ou de régime politique » ? Mais le terme de « civilisation » était-il bien choisi ?
 
CLAUDE GUEANT A mon avis, oui, malgré les quelques commentaires que j’ai entendus sur ce propos. Une civilisation, qu’est-ce que c'est ? C’est un ensemble de valeurs, à un moment donné, de l’histoire d’une civilisation, ce n'est pas quelque chose qui est figé dans le passé. Par exemple, on parle de la civilisation perse, c'est autrefois, aujourd'hui il y a une civilisation iranienne, ce n'est pas la même chose, et la civilisation européenne et même française, a évolué considérablement. Et dieu merci, elle s'est enrichie de l’horreur de la Shoah et évidemment, c'est quelque chose qui est présent à notre mémoire, et qui fait que nous condamnons toute atteinte aux droits de l’homme, tout acte de racisme, tout propos raciste.
 
CAROLINE ROUX Le problème, dans cette histoire, c'est qu’on ne comprend pas quelle est la civilisation que vous visez. Qu'est-ce que vous avez derrière la tête, Claude GUEANT, quand vous dites ce genre de propos ?
 
CLAUDE GUEANT Non, ce n'est pas une civilisation en particulier, c'est simplement que nous avons en France, des valeurs, nous y tenons, et pour nous, tout ne se vaut pas, et il y a des civilisations, des systèmes sociaux, qui sont des promoteurs de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, qui sont des protecteurs de libertés, qui favorisent l’épanouissement de la démocratie, eh bien un système comme celui-là, une civilisation comme celle-là, ça n'est pas pareil qu’une civilisation ou un système qui bafoue les libertés.
 
CAROLINE ROUX Vous faites une classification des civilisations, c’est comme ça que vous le voyez ?
 
CLAUDE GUEANT Non, pas des civilisations. Il y a des éléments dans les civilisations, et c'est très clair, que nous, nous avons des valeurs qui nous rapprochent de certaines civilisations. Et celle que nous préférons, c'est la nôtre.
 
CAROLINE ROUX La civilisation d’aujourd'hui, c'est la même que celle de Vichy ?
 
CLAUDE GUEANT Non, pas du tout, heureusement. Heureusement.
 
CAROLINE ROUX Alors, c'est laquelle ? On parle de quoi quand on parle de notre civilisation ?
 
CLAUDE GUEANT Mais, notre civilisation, je l’ai dit tout à l'heure, c'est des valeurs, à un moment donné de l’histoire, des valeurs qui sont le fruit de l’histoire, de la réflexion, de la science, de la créativité artistique. Tout cela, ça fait... mais ça change selon le temps, et heureusement, dans notre cas, eh bien notre civilisation s’est améliorée.
 
CAROLINE ROUX Un petit mot de Jean-Pierre RAFFARIN qui vous taquine, il dit : « Il est meilleur ministre qu’ethnologue. Ce n'est pas un ethnologue averti, il a commis quelques imprudences ».
 
CLAUDE GUEANT C’est vrai que je ne suis pas un éthologue, à ma connaissance lui non plus, d’ailleurs, mais de toute façon, je crois que, si je puis me permettre, malgré tout le respect que je lui porte, il fait une erreur sur le concept de civilisation. Une civilisation, ça n'est pas un élément figé du passé, c'est quelque chose qui est évolutif.
 
CAROLINE ROUX Alors, quand on vous écoute ce matin et depuis ce week-end, on se dit : est-ce que Claude GUEANT, il ne serait pas le rabatteur des voix du Front national ?
 
CLAUDE GUEANT Non, Claude GUEANT exprime les vues qui sont les siennes. Cela étant, j’ai dit déjà très clairement et j’assume, que nous sommes dans une situation qui est grave, en termes de confiance de l’opinion par rapport aux élites de la République. Les élites, c'est...
 
CAROLINE ROUX Vous redonnez confiance dans les élites, en disant des choses comme ça ?
 
CLAUDE GUEANT Non. Attendez, attendez. Les élites, c'est qui ? C’est les politiques, ce sont les grands patrons, ce sont les journalistes – excusez-moi de le dire – des enquêtes d’opinions très intéressantes, disent que dans tous les pays d’Europe, d’ailleurs, il y a un fossé qui s’est creusé, un divorce, une méfiance, parce que les peuples ne croient plus que les élites s’occupent d’eux, des problèmes qu’ils ressentent. Et moi qui vais beaucoup sur le terrain, qui vois des Français dans toutes les régions, dans toutes les catégories sociales, je note des attentes de la part des Français, et je réponds à ces attentes, et si d’aventure ces attentes font que les Français qui se sont détournés vers des partis extrémistes, reviennent vers des partis républicains, j’en suis heureux et je pense que tous les républicains et tous les partis républicains devraient s’en satisfaire.
 
CAROLINE ROUX Donc vous êtes bien le rabatteur des voix du Front national.
 
CLAUDE GUEANT Non.
 
CAROLINE ROUX Ah ? Alors je n’ai pas compris.
 
CLAUDE GUEANT J’assume des valeurs. J’assume des valeurs.
 
MAÏTENA BIRABEN On est deux.
 
CAROLINE ROUX Bon, très bien. Est-ce que vous iriez jusqu’à dire ce que dit Jean- François COPE, qu’il faut voter utile, que voter Extrême droite c'est voter la gauche, en tout cas c'est favoriser la gauche ?
 
CLAUDE GUEANT Ça me semble mathématiquement tout à fait exact.
 
CAROLINE ROUX Ça veut dire que vous considérez que Marine LE PEN ne doit pas avoir ses signatures ? Est-ce que vous iriez jusque-là ?
 
CLAUDE GUEANT Ah, mais ça n’a rien à voir. Ça n’a rien à voir, puisque précisément, Jean-François COPE se situe dans une perspective où Marine LE PEN est présente.
 
CAROLINE ROUX Où elle est candidate.
 
CLAUDE GUEANT Bon. J’ai déjà dit voici déjà plusieurs semaines, qu’à mon sens, ce serait gênant pour l’exercice de notre démocratie, qu’une candidate qui représente un courant d’opinions, qui se situe autour de 17, 18, 19 %, ne soit pas présente. C'est vrai. Alors, cela étant, la loi est la loi. Le Conseil constitutionnel, je crois, le 22 ou le 23 février, se saisit de cette affaire, pour éventuellement déterminer si la loi doit rester la même ou bien s’il faut que les présentateurs ou les parrains disposent de l’anonymat, nous verrons bien.
 
CAROLINE ROUX  Vous savez combien elle a de signatures ? Il parait que vous savez tout.
 
MAÏTENA BIRABEN Vous êtes ministre de l’Intérieur.
 
CLAUDE GUEANT Ah non, moi je ne sais pas.
 
MAÏTENA BIRABEN Oh si !
 
CAROLINE ROUX Elle bluffe ou elle ne bluffe pas ?
 
CLAUDE GUEANT Moi, je ne sais pas, c’est elle qui a ses signatures, le ministre de l’Intérieur ne sait pas tout et...
 
CAROLINE ROUX Ah bon ?
 
CLAUDE GUEANT Non non, malheureusement, mais...
 
MAÏTENA BIRABEN Un mythe s’effondre ! Nous allons parler de sécurité, maintenant, avec les déclarations de François HOLLANDE, hier.
 
CAROLINE ROUX Oui, hier, François HOLLANDE était en déplacement à Dijon, alors, il a proposé de créer, il l’avait déjà dit, mais il l’a redit, de créer 1 000 postes par an dans la justice, dans la police, dans la gendarmerie. Ça fait 5 000 postes sur une mandature. Il considère, je le cite, que « la sécurité est une grande cause ». Est-ce que ça veut dire que la gauche a fait son aggiornamento sur la question de la sécurité ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, c'est bien qu’il considère que la sécurité est une grande cause, ce serait encore mieux qu’il en tire les conséquences, parce que je dois dire que ses propos d’hier, entre le flou et puis l’imprécision, sont tout à fait extraordinaires. Dans le même temps, il dit : « C’est une priorité, je veux lutter contre la récidive », moyennant quoi il veut supprimer les peines plancher qui sont précisément destinées à prendre en compte le cas des récidivistes. Il dit : « Il y a une priorité qui est de lutter contre la délinquance des mineurs, moyennant quoi il y a quelques semaines, lorsque j’ai émis l’idée de toiletter les textes sur la justice des mineurs, dans le respect de la spécificité de la justice des mineurs, parce qu’on ne juge pas des mineurs comme des adultes, mais avec le souci qui était le miens de faire en sorte qu’ils reçoivent vite un signe de la société, qu’ils soient jugés vite, qu’ils soient pris en charge ; le Parti socialiste était contre, et tout et à l’avenant dans son programme. Il propose des périmètres de sécurité prioritaires. Qu’est-ce que ça veut dire ? Où sont-ils ? Et s’il y a des périmètres de sécurité...
 
CAROLINE ROUX Il crée des postes, Claude GUEANT, il crée des postes là où vous en avez supprimé.
 
CLAUDE GUEANT Je poursuis, si vous voulez. Quand il propose des périmètres de sécurité prioritaires, ça veut dire que tout le territoire français n'est plus prioritaire. Moi je veux faire en sorte, c'est ce que je fais quotidiennement, que tous les Français aient droit à la sécurité, qu’ils habitent dans des quartiers sensibles, dans des grandes villes, dans des petites villes, dans des villages, c'est une grosse différence.
 
CAROLINE ROUX La gauche angélique sur les questions de sécurité, c'est fini.
 
CLAUDE GUEANT Mais non, il y a un fossé immense entre le discours qui est tenu, l’affirmation des ambitions et les moyens qui sont mis en oeuvre. Autre exemple, il proteste contre le fait que les peines ne soient pas exécutées, moyennant quoi le secrétaire national à la justice, du Parti socialiste, propose de réduire de 30 000 le nombre de places de prison. Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
 
MAÏTENA BIRABEN On va passer au bilan du candidat, il n'est pas encore déclaré, mais que vous représentez, Nicolas SARKOZY, avec cette question de Pascal, sur Facebook, qui nous dit : « On a vu hier, dans le journal de FRANCE 2, ces femmes qui vivent dans leur voiture. C'est vraiment honteux de voir ça en 2012 ». Je vous propose de regarder les images. - Extrait journal FRANCE 2 hier –
 
CAROLINE ROUX Alors, elle s’appelle Agnès GENEST, et quand on la voit, comme on a de la mémoire, on revient à un discours de Nicolas SARKOZY, c’était le 18 décembre 2006 à Charleville-Mézières, je ne sais pas si vous vous en souvenez, de ce discours...
 
CLAUDE GUEANT Oui oui, très bien oui.
 
CAROLINE ROUX C’était un discours assez fort. Il dit, à ce moment-là, Nicolas SARKOZY : « Je veux, si je suis élu président, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de vivre sur le trottoir ». Non, elle ne vit pas sur le trottoir, Agrès GENEST, elle vit dans sa voiture. Quand vous voyez ce sujet-là, vous vous dites quoi ? L’Etat ne peut pas tout, là non plus ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien quand je vois ce sujet-là, évidemment, j’éprouve une grande souffrance, comme tout le monde, c'est tout à fait insoutenable de voir quelqu’un qui vit dans ces conditions. J’observe aussi d’ailleurs que dans le même temps, manifestement, ses propos expriment le fait qu’elle refuse d’aller dans des centres d’hébergement. Je voudrais dire que les centres d’hébergement ont beaucoup de place, y compris en cette saison d’hiver, Benoist APPARU a ouvert 15 000 places supplémentaires, 4 300 sur la région parisienne. Le problème des sans domicile fixe est un problème qui est complexe. Il y a des gens qui veulent vivre dans la rue, c'est d’ailleurs un de nos grands problèmes en cette période de froid...
 
MAÏTENA BIRABEN Ce n'est pas son cas.
 
CLAUDE GUEANT ... parce qu’ils ont la liberté de le faire, et nous ne pouvons pas, de force, les emmener au chaud. Mais il y a aussi des...
 
CAROLINE ROUX Vous mettez ça... la question...
 
CLAUDE GUEANT ... mais il y a aussi des gens qui sont dans la misère, et cette personne...
 
CAROLINE ROUX Naturellement.
 
CLAUDE GUEANT ... est une personne dans la misère, et la misère n’a pas été éradiquée en France. Ça c'est vrai.
 
CAROLINE ROUX L’émotion que suscite cette séquence, elle est partagée par tous, ici, naturellement...
 
CLAUDE GUEANT Ah ben elle est universelle, ça je le comprends bien.
 
CAROLINE ROUX La question qui se pose aujourd'hui, c'est la question du bilan.
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
CAROLINE ROUX Est-ce que, vous voyez des images comme ça...
 
CLAUDE GUEANT Alors, sur ce sujet-là...
 
CAROLINE ROUX ... sur la question du logement, sur la question des SDF, on est dans une vague de froid historique, est-ce que vous mettez ça à la colonne débit ?
 
CLAUDE GUEANT C'est clair qu’on n’a pas tout réglé. Alors, évidemment, ce que je pourrais vous dire, face à une situation comme celle-là, va apparaître tristement technocratique. Pourtant, je voudrais dire que des choses ont été faites. Prenons le bilan en matière de logement, bon, François HOLLANDE propose une révolution, selon ses propos, en ce sens qu’il y aurait 500 000 constructions de logements en France, bon, en 2011 il y a eu 465 000 autorisations de constructions. Il propose qu’il y ait 150 000 HLM de plus, qui se construisent, logements sociaux chaque année, l’année dernière nous étions à 130 000, c’était trois fois plus que sous Lionel JOSPIN. La pauvreté a reculé en France, tous les chiffres le montrent, mais je sais bien que les chiffres n’ont aucune valeur par rapport à un témoignage comme celui-là, qui soulève l’émotion et l’indignation.
 
CAROLINE ROUX Alors, je vais vous montrer un autre dessin, je ne sais pas si ça vous a fait rire, nous, ça nous a fait tire. C'est un dessin de WIAZ, cette semaine, dans le NOUVEL OBS : « Alors, il parait que vous ne m’aimez plus ». C'est donc Nicolas SARKOZY qui s’adresse à des SDF. Vous avez reconnu, vous, dans une interview accordée à RADIO CLASSIQUE, que Nicolas SARKOZY souffre d’un défaut d’affection des Français, ils l’aimaient en 2007, pourquoi est-ce qu’ils ne l’aiment plus ?
 
CLAUDE GUEANT C'est vrai qu’en 2007 les Français ont vécu un élan affectif vers Nicolas SARKOZY, je crois que cela était tout à fait perceptible. Au fil du temps, c'est un déficit d’affection qui s’est créé.
 
CAROLINE ROUX Pourquoi selon vous ?
 
CLAUDE GUEANT C’est la raison pour laquelle, je crois, l’élection présidentielle va se faire peut-être sur une explication, face à face avec les Français sur ce terrain-là mais surtout sur la crédibilité, parce que, ce qui va compter, c’est de savoir qui est le meilleur, qui est le plus crédible pour diriger la France, dans un monde qui va rester très difficile pendant les quelques années à venir. Alors...
 
CAROLINE ROUX Alors, Nicolas SARKOZY a réclamé – pardonnez-moi de vous couper – de l’authenticité...
 
CLAUDE GUEANT Je vous en prie.
 
CAROLINE ROUX ... lors de sa dernière intervention. Je vais vous soumettre trois images. Vous avez été un témoin privilégié, c'est pour ça que vous êtes là ce matin, pendant ce quinquennat. Vous avez une première image, donc, c'est SARKOZY... Nicolas SARKOZY qui invective les pêcheurs bretons, c’était au Guilvinec, tout le monde s’en souvient. Vous avez Nicolas SARKOZY qui affiche sa vie privée, c’était l’époque « Carla, c'est du sérieux », et puis vous avez Nicolas SARKOZY qui veut placer son fils à l’EPAD, vous vous souvenez parfaitement de ces trois séquences...
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
CAROLINE ROUX A votre avis, laquelle de ces trois séquences a le plus coûté dans ce rapport que Nicolas SARKOZY avait réussi à construire avec les Français ?
 
CLAUDE GUEANT Je pense que c'est l’épisode de la nomination de Jean SARKOZY à la tête de l’EPAD, qui d'ailleurs résultait d’un très grand malentendu, parce que c'est une fonction non rémunérée, à laquelle on est élu, il ne s’agissait pas d’une nomination.
 
CAROLINE ROUX Mais pourquoi ça a plus coûté, selon vous ?
 
CLAUDE GUEANT Mais, ça a plus coûté, parce que ça fait apparaitre le président comme soucieux de s’occuper de proches de sa personne, en l’occurrence il n’y a pas plus proche que sa famille.
 
CAROLINE ROUX Et à l’époque, vous lui avez dit ?
 
CLAUDE GUEANT Nous en avons parlé.
 
CAROLINE ROUX Donc vous lui avez dit.
 
CLAUDE GUEANT Nous en avons parlé.
 
CAROLINE ROUX Quel sera le plus gros handicap de Nicolas SARKOZY dans cette campagne et quel est son principal atout ? Très vite.
 
CLAUDE GUEANT Eh bien son principal handicap, à mon sens, c'est la crise, parce qu’il est...
 
CAROLINE ROUX Donc, ce n'est pas sa faute, c'est son principal handicap.
 
CLAUDE GUEANT Non, mais il est normal, si vous voulez, que les Français, comme les autres peuples le montrent dans d’autres pays voisins, manifestent leur réprobation d’une situation dans laquelle ils se trouvent et dont ils souffrent. Et très normalement ils imputent la responsabilité de la situation au pouvoir en place, même si la crise est absolument mondiale. Enfin, ce n'est pas la France, Nicolas SARKOZY n'est pas le président du monde, il n’avait aucune responsabilité dans la faillite de LEHMAN BROTHERS.
 
CAROLINE ROUX Parfois on n’avait pu penser qu’il était président du monde, tellement il s’est engagé dans cette crise en nous disant qu’on allait s’en sortir.
 
CLAUDE GUEANT C’est vrai qu’il a pris des initiatives de niveau mondial et dont l’histoire dira que c’était des initiatives de niveau mondial qui ont été extrêmement utiles à la sortie de crise, mais…
 
CAROLINE ROUX Le principal handicap, principal atout…
 
CLAUDE GUEANT Le principal atout, c’est sa crédibilité, il a fait la preuve qu’il était sur le plan national comme sur le plan international quelqu’un qui tenait la barre, qui avait énormément d’imagination, de la volonté pour sortir notre pays des difficultés, et pour lui faire envisager l’avenir avec confiance.
 
MAÏTENA BIRABEN Alors on va passer aux projets maintenant du futur candidat dont on ne connait toujours pas le nom.
 
CAROLINE ROUX Oui son projet, c’est d’abord avant d’annoncer sa candidature, il y a les sondages. Les sondages se suivent et se ressemblent Claude GUEANT, puisqu’il y a un sondage encore ce matin qui donne une très large avance au candidat HOLLANDE, est-ce que ces sondages sont de nature à accélérer l’entrée en campagne de Nicolas SARKOZY ?
 
CLAUDE GUEANT Je ne sais pas qu’elles sont ses intentions, pour ma part je pense que la situation de la France est telle, la situation de l’Europe est telle, vous avez comme moi lu la presse ce matin, il y a encore des inquiétudes qui se manifestent à propos de la Grèce, qu’il faut qu’il soit en état de gouverner complètement pendant encore quelques semaines parce que dès lors qu’il serait candidat, il n’aurait plus la capacité politique de faire un certain nombre de choses.
 
CAROLINE ROUX Donc on reste sur le calendrier…
 
CLAUDE GUEANT Donc pour ma part je trouve qu’entre fin février, début mars, parce qu’on parle souvent de ces deux hypothèses…
 
CAROLINE ROUX On en est toujours là.
 
CLAUDE GUEANT On n’en est pas très loin.
 
CAROLINE ROUX On n’en est pas très loin, l’heure approche, un tout petit mot, le modèle de l’entrée en campagne de Nicolas SARKOZY, c’est 88, c’est MITTERRAND 88 sa réélection, en 1988 François MITTERRAND proposait la France unie, quelle France doit défendre Nicolas SARKOZY en 2012 ?
 
CLAUDE GUEANT Un président doit toujours défendre une France unie, mais je pense que le président doit défendre un avenir de compétitivité.
 
CAROLINE ROUX Une France compétitive, ce serait ça le slogan ?
 
CLAUDE GUEANT Une France compétitive, non c’est mon idée à moi, je ne suis pas un fabricant de slogans.
 
CAROLINE ROUX Mais c’est votre slogan.
 
CLAUDE GUEANT Mais je pense que ce doit être un leitmotiv, pourquoi ? Parce qu’une France compétitive permet de donner du travail aux gens, permet de créer de la richesse, et permet de sauvegarder ce qui pour nous tous est extrêmement précieux, c'est-à-dire notre système social de solidarité.
 
MAÏTENA BIRABEN Monsieur GUEANT nous allons passer au j’aime, j’aime pas, vous allez nous dire si vous aimez ou si vous n’aimez pas la Une de Libération aujourd'hui. Je vous la montre pardon, elle a glissé, donc Jean-Luc MELENCHON, il faut frapper, frapper, frapper.
 
CAROLINE ROUX Le système financier.
 
CLAUDE GUEANT Ah oui j’allais vous demander…
 
MAÏTENA BIRABEN Sur les marchés financiers et sur le système.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je n’aime pas parce que c’est complètement irréaliste, ça ressemble à l’ennemi qu’est pour monsieur HOLLANDE la finance, l’ennemi qui d’ailleurs trouvait très amicale quelques jours plus tard lors d’un colloque à Grenoble organisé par le journal que vous montrez, ce n’est pas la peine de se battre contre des moulins à vent, la finance ça existe, les institutions financières, ça existe, il faut les réguler, il faut éviter les excès, mais on ne peut pas les annuler.
 
CAROLINE ROUX Un petit dernier, j’aime, j’aime pas Asma el ASSAD qui apporte son soutien à son mari ?
CLAUDE GUEANT Ecoutez, d’abord je trouve ça surprenant.
 
MAÏTENA BIRABEN C’est la femme de Bachar el ASSAD.
 
CLAUDE GUEANT Oui je connais.
 
MAÏTENA BIRABEN Je précise, c’est pour les…
 
CLAUDE GUEANT Et en plus je trouve ce qui se passe en Syrie et ce que fait le couple ASSAD absolument révoltant.
 
CAROLINE ROUX Vous avez été l’un des artisans du rapprochement entre la France et Bachar el ASSAD au moment de l’union pour la Méditerranée et vous regrettez de l’avoir remis autour de la table Bachar el ASSAD ?
 
CLAUDE GUEANT Non je ne regrette pas parce qu’à ce moment là il donnait des signes de se réinsérer dans la communauté internationale et ce qui était en cause, ce n’était ni plus ni moins que la survie du Liban, ce n’était ni plus ni moins que la paix entre Israël et la Syrie sur le versant du Golan. C’était donc très important, il fallait essayer, mais ceci dit il a toujours été dit à Bachar el ASSAD que s’il donnait le moindre signe de s’écarter du partenariat de réinsertion que nous avions entrepris eh bien nous le rejetterions, c’est ce qui a été fait immédiatement, mais ce qui se passe est insoutenable et impardonnable.
 
MAÏTENA BIRABEN Pour finir un peu plus légèrement et laisser un peu derrière nous la Syrie, vous aimez ou n’aimez pas Star Wars en 3D ? Ça arrive.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je ne l’ai pas encore vu, mais ceci dit j’ai vu des versions précédentes parce que mes petits fils aiment beaucoup ça, alors de temps en temps j’en profite. Donc j’aime.
 
MAÏTENA BIRABEN Vous avez fait des combats de sabres avec…
 
CLAUDE GUEANT Ca m’est arrivé dans le jardin à la maison. Ils ont des sabres lumineux.
 
CAROLINE ROUX Et vous étiez le gentil ou le méchant dans le combat dans le jardin.
 
CLAUDE GUEANT Je ne rentrerai pas dans ce détail.
 Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 7 février 2012