Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Europe 1 le 15 février 2012, sur la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy et le sauvetage de l'entreprise Photowatt.

Texte intégral

BRUCE TOUSSAINT Au moment où Nicolas SARKOZY publie son premier message sur Twitter, à l’instant, « Bonjour à tous. Je suis très heureux de lancer aujourd’hui mon compte Twitter, merci à ceux qui voudront bien me suivre », Jean-Pierre ELKABBACH vous recevez, et c’est en direct sur europe1.fr en vidéo, la ministre la plus connectée du gouvernement, la ministre de l’Ecologie, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Voilà, l’experte en numérique. C’est vous qui lui avez suggéré d’utiliser Facebook et Twitter ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Pas particulièrement, mais on en a souvent parlé ensemble, c’est un moyen de contact direct et d’interpellation, donc je trouve ça chouette.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il commence, bonjour Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, il commence et est-ce que c’est lui-même qui va écrire ses messages ou il va avoir des copains qui le lui font ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH. Je crois qu’il commence, et d’après ce que je comprends l’idée c’est qu’il puisse signer NS quand c’est lui-même qui écrit le message, ce qui est bien, parce que sur Internet on apprécie de savoir si le message est vraiment écrit par la personne.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il va se déclarer de cette façon ce matin ? Il pourrait, peut-être.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Jean-Pierre ELKABBACH, une déclaration de candidature elle appartient vraiment au candidat, donc je n’ai, moi, rien à déclarer sur ce sujet.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors, il sera candidat aujourd’hui, probablement il l’annonce dans les prochaines heures, il le commente à 20H00 sur TF1, il n’a pas changé d’avis ? Il n’hésite plus ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je n’ai vraiment rien à vous déclarer sur ce sujet. Une déclaration de candidature c’est quelque chose de très personnel…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Non, mais il y va ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Qui relie le candidat avec les Français, donc c’est avant qu’elle soit faite, elle n’est pas faite, et seul lui la maîtrise et peut la commander.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ça ne veut pas dire qu’il est en train d’hésiter, il n’hésite pas à y aller ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je ne trouve pas qu’il soit fortement dans son tempérament d’hésiter d’une manière générale, mais…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et donc ça sera plus une confirmation qu’une surprise.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais, une déclaration de candidature c’est toujours un moment où ça bascule, un moment où on entre dans un autre monde, qui est celui de la campagne. Le terme surprise n’est pas adapté, mais une nouvelle phase, une nouvelle étape, quelque chose de complètement différent, si bien sûr.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et est-ce que le candidat SARKOZY serait plus libre et plus sincère que le président SARKOZY ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Un président il est forcément tenu par un certain nombre d’effets de représentation, il y a des contraintes très fortes qui pèsent sur cette fonction, évidemment, un candidat est dans une autre position, ça ne veut pas dire que c’est un homme différent.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, il aura deux costumes le même jour. Le camp adversaire a déjà commencé à banaliser l’entrée en scène de Nicolas SARKOZY, pourtant abondamment commentée… on dit « c’est un non-événement. »
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, comme souvent François HOLLANDE prend ses rêves pour des réalités, il voudrait que ce soit un non-événement. Moi je le renvoie plutôt à la vacuité de sa campagne. Ça fait maintenant plusieurs mois qu’il est candidat du Parti socialiste, plus d’1 an qu’il est en campagne, quelles sont ses idées qui ont impacté ? Qu’est-ce qu’on retient comme idées de la campagne du candidat François HOLLANDE ?
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous commencez à être porte-parole d’un candidat qui ne s’est pas encore déterminé.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je suis porte-parole de moi-même, je vous fais part de mes doutes, après plusieurs mois de campagne on ne sait pas quelles sont les idées portées par François HOLLANDE, et quand il y a eu des propositions elles ont été extrêmement brèves. Il y a eu récemment, encore, une espèce de cette valse à trois temps, dont il a le secret, sur la question de la finance, moi ça m’a beaucoup frappée. Au Bourget on dénonce la finance comme étant l’ennemi, c’est le premier temps de la valse, on essaye de rassembler la gauche autour de soi, c’est une pratique assez ordinaire à gauche de dénoncer la finance, y compris pratique historique, et puis deuxième temps de la valse, dans un journal britannique je crois, c’est le « GUARDIAN », on essaye de rassurer la City avant un voyage à Londres, que doit faire François HOLLANDE…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH A la fin du mois.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et donc on dit que par le passé c’était différent, les communistes étaient au gouvernement, aujourd’hui il n’y a plus de communistes en France, et puis, manque de pot, les communistes non seulement il y en a encore en France, mais ils lisent la presse britannique. Et donc, le lendemain, troisième temps de la valse, qui est le temps du déséquilibre, qui est le temps où on risque de choir, parce que les communistes réclament des comptes, et alors là François HOLLANDE nous explique que ce n’est pas ce qu’il a voulu dire, bien sûr il y a encore des communistes, mais ce n’est plus les mêmes qu’il y a 30 ans, ouf !
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais il atténue la violence de son réquisitoire contre la finance, quelle leçon vous tirez de cette valse à trois temps ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La valse à trois temps est le mode de François HOLLANDE, parce qu’il a fait la même chose sur le nucléaire, parce qu’il a fait la même chose aussi sur les retraites. Sur le nucléaire, c’est pareil, premier temps de la valse, on fait l’accord entre les Verts et le PS, qui est un accord dur, on parle de…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce n’était pas lui, c’était Martine AUBRY qui était la chef du parti.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, mais enfin, ça ne trompe personne…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH C’est vrai qu’après Michel SAPIN et quelques autres sont venus accepter l’accord.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est la chef de son parti qui soutient, qui…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH D’accord, mais depuis le candidat est beaucoup plus libre.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On parle de sortir, par exemple du MOX, du combustible MOX, et puis après, alors on « Tipp-Ex » l’accord, par exemple le passage sur le combustible MOX n’apparait plus, mais on est toujours dans la réduction de 75 à 50% de la part du nucléaire et la fermeture de 24 réacteurs. Et puis troisième temps de la valse, alors on n’est plus que dans la fermeture de Fessenheim, sur laquelle d’ailleurs les choses sont de moins en moins claires, c'est-à-dire qu’on atténue, on atténue, on atténue.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais un des porte-parole a dit, « ramener la part d’électricité nucléaire de 75 à 50% d’ici 2025, il n’y a pas de psychorigidité en matière », il faut lui accepter peut-être de faire un peu de souplesse, et de s’adapter.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais attendez, ce n’est pas un problème de psychorigidité, moi je pense qu’on peut défendre toutes les thèses, toutes les convictions sont respectables. Moi j’entends ceux qui disent qu’ils veulent sortir du nucléaire, ce n’est pas ma position, je ne crois pas que ce soit bon pour la France, je ne crois même pas que ce soit bon pour l’écologie, mais j’entends ce discours-là. En revanche, d’un candidat on attend qu’il dise vraiment lui ce qu’il pense, ce qu’il veut et ce qu’il propose. Avec François HOLLANDE on ne sait pas, je vous dis la valse à trois temps et ne sait jamais à quel temps de la valse où on est.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et vous-même, hier vous étiez aux côtés du président de la République dans sa visite à l’entreprise PHOTOWATT qui va être sauvée de la faillite. L’équipe de François HOLLANDE et d’Eva JOLY dénonce une opération tardive car vous avez délaissé la filière photovoltaïque, pour eux vous êtes des pompiers pyromanes, c'est-à-dire que vous redécouvrez au dernier moment la filière photovoltaïque, les emplois et l’utilité.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est faux. C’est faux. Encore une fois ils sont dans le déni de réalité, ils voudraient faire campagne en France en oubliant que la France est dans l’Europe, dans le monde, c'est-à-dire en ce moment dans la crise économique. Regardez ce qui se passe dans le photovoltaïque dans tous les pays d’Europe. Tous les pays d’Europe ont dû réduire leur soutien, et pour certains arrêter complètement. En Espagne, c’était parti très fort le photovoltaïque, ils ont tout arrêté. Pourquoi ? Parce qu’ils ont tous, tous ces pays étaient confrontés aux mêmes problèmes que nous, ça partait tellement fort que ça coûtait de plus en plus cher, et surtout les Chinois ont cassé les prix des panneaux, les Chinois ont fait un dumping incroyable sur les panneaux, et on se retrouvait à importer des panneaux…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et maintenant vous relancez…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET En 2010, en France, on avait 1,5 milliard de déficit de la balance commerciale sur les panneaux. Et qu’est-ce qu’on fait en France, non seulement on poursuit les soutiens, mais on les différencie, on va financer plus, on va racheter plus chère l’électricité produite à partir de panneaux…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH 10% de plus.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Fabriqués en Europe, et puis on investit dans des capacités industrielles comme PHOTOWATT. PHOTOWATT est une des trois seules entreprises européennes qui maîtrise l’ensemble de la chaîne de production des panneaux. Donc on sauve les emplois…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH D’accord, c’est bien, mais il fallait la sauver il y a beaucoup plus longtemps, à un moment où Henri PROGLIO, le patron d’EDF, ironisait sur PHOTOWATT, aujourd’hui il soutient.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, aujourd’hui il fait une offre à la barre du tribunal qui va permettre de sauver 435 emplois, sur PHOTOWATT, et de sauver la production française du photovoltaïque, parce qu’on y croit pour l’avenir, et chez PHOTOWATT il y a des très belles technologies.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, on entend moins parler d’écologie que de politique ou de partis politiques, est-ce que c’est un mariage boiteux ou mal compris, l’écologie, la politique, ou en tout cas l’esprit de parti ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET L’écologie souffre en ce moment, et c’est injuste, et c’est de courte vue, de la crise, parce qu’il y a encore, en période de crise économique, tous ceux qui considèrent que l’écologie c’est un luxe et qu’on peut s’en passer, ou du moins qu’en période de crise économique on n’a pas les moyens de la financer. Or, c’est plutôt l’outil, le moteur, l’instrument du rebond. Et puis il y a autre chose, l’écologie souffre de la campagne telle qu’elle se mène à gauche, c'est-à-dire c’est toujours la même chose. Le Parti socialiste soustraite l’écologie aux Verts, ne s’en occupe pas, aucune proposition chez François HOLLANDE, et derrière, les Verts ne réussissent pas à relever le gant, ce serait vraiment dommage que les Français retiennent de cette campagne que l’écologie c’est que 2%. 2% c’est le score d’Eva JOLY dans les sondages, ce n’est pas l’écologie en France, l’écologie en France c’est plus que ça.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Si vous êtes porte-parole, vous restez ministre ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je n’en sais rien Jean-Pierre ELKABBACH, ce sont des rumeurs de presse.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui oui, bon, pas de cinéma ! C’est probable et c’est pratiquement sûr.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est vous qui le dites, ce sont des rumeurs de presse, c’est bien ce que je dis, les journalistes ont l’air très informés, je ne le suis pas.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH D’accord. Qu’est-ce que vous pensez du député UMP VANNESTE, parce que vous ne vous êtes pas fait des amis déjà dans votre camp, il vous trouve un petit côté aristo qui ne convient pas actuellement. Christian VANNESTE veut quelqu’un qui parle un langage dénué de technocratie. Ce matin qu’est-ce que vous pouvez lui répondre sans technocratie ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, d’abord, c’est compliqué de commenter des commentaires sur les rumeurs, d’une manière générale j’ai moins de certitudes que Christian VANNESTE et dans ma circonscription dans laquelle je suis élue depuis 2002, dans ma ville dans laquelle je suis élue depuis 2008, je crois qu’on entend bien mon langage, et qu’on ne le trouve pas techno, donc ça doit pouvoir le faire.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH La stratégie à venir, c’est la priorité à droite toute. Vous qui êtes plutôt…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais certainement pas, moi je n’ai pas…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Libérale moderne, vous n’avez pas été choquée par l’entretien dans LE FIGARO MAGAZINE ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET J’ai surtout été surprise par les commentaires qui en ont été fait. Pour moi l’entretien dans LE FIGARO MAGAZINE il remonte le niveau de la campagne. On passe d’une campagne de polémiques et d’invective, à une campagne sur les idées, sur les valeurs, c’était urgent, on en avait besoin, c’est une question de niveau. Mais ce n’est pas une droitisation. Pourquoi est-ce que ce serait « droitisé » de faire appel au peuple par le référendum sur des sujets économiques et sociaux, là où par le passé on interrogeait que des questions institutionnelles ?
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Eh bien voilà, ça a commencé ! Ça a bien commencé, encore quelques heures de patience et on sera fixé.
 
BRUCE TOUSSAINT Merci beaucoup Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 24 février 2012