Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, sur les mesures gouvernementales prises pour assurer la transition énergétique de la France vers moins de dépendance vis-à-vis des hydrocarbures et vers plus d'énergie renouvelable, Paris le 7 février 2012.

Texte intégral

Monsieur le Président du Syndicat des énergies renouvelables (SER),
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Notre bouquet énergétique comporte désormais deux piliers : l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables.
Le sens de l’action du Gouvernement dans le domaine énergétique, c’est la réussite de notre transition énergétique. C’est-à-dire la réduction de notre dépendance aux hydrocarbures et la transition vers une énergie décarbonée. Pour réduire notre dépendance aux hydrocarbures, nous avons besoin d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables et de nucléaire. Ce serait une erreur de confondre transition énergétique et sortie du nucléaire.
Je voudrais vous dire combien j’ai été frappé par nombre de commentaires suite au rapport de la Cour des Comptes sur le coût du nucléaire. Beaucoup ont dit que c’était « la fin du mythe du nucléaire pas cher ». Or, les faits, c’est qu’il y a trois grandes conclusions dans le rapport de la Cour :
- la première, c’est qu’il n’y a pas de coût caché dans le nucléaire ;
- la deuxième, c’est qu’il y a certes des incertitudes, mais que celles-ci ne feraient évoluer que marginalement le coût du nucléaire. Le coût complet du nucléaire n’évoluerait que de 5 % environ si les charges futures de démantèlement ou de gestion des déchets venaient à doubler. L’impact de l'augmentation des charges de maintenance est quant à lui évalué par la Cour à hauteur de 10 % du coût moyen ;
- la troisième, c’est que l’électricité issue de notre parc nucléaire, dont le coût est évalué entre 33,1 et 49,5 euros par megawattheure, est bien, après l’hydroélectricité, la source d’électricité la plus compétitive. La fermeture anticipée de nos réacteurs, dès lors qu’elle ne serait pas demandée par l’Autorité de sûreté nucléaire, serait donc un gâchis économique.
Depuis 5 ans, la France a engagé une nouvelle étape, avec le développement des énergies renouvelables. Comme le nucléaire, les énergies renouvelables participent de notre indépendance énergétique, et diminuent notre dépendance aux énergies fossiles. Ma conviction est qu’il faut poursuivre la diversification de notre bouquet énergétique, par la consolidation d’un socle d’électricité nucléaire sans cesse plus sûr et plus transparent d’un côté, et par l’accroissement progressif de la part des énergies renouvelables de l’autre.
Avec le Grenelle, nous nous sommes fixés une feuille de route claire, avec l’objectif de 23 % d’énergie renouvelable dans notre consommation d’énergie en 2020. Cet objectif est supérieur à la moyenne de l’objectif européen, qui est de 20 % en 2020.
Nous avons beaucoup fait pour rendre l’engagement du Grenelle réel. Dès 2007, une série de mesures structurantes a en effet été engagée. Je ne les citerai pas toutes. J’en retiendrai trois :
- la première, c’est la création du « fonds chaleur ». Doté de 1,2 milliard d’euros sur la période 2009-2013, il a permis de 2009 à 2011 le financement de 1638 projets. 1 805 millions d’euros d’investissements auront ainsi été rendus possibles, avec un investissement public à hauteur de 612 millions d’euros ;
- la deuxième mesure, ce sont les appels d’offres que nous avons lancé dans le domaine électrique : deux appels d’offres pour le solaire photovoltaïque et le premier appel d’offres éolien offshore. Nous préparons le lancement du 2ème appel d’offres éolien offshore. Je citerai aussi l’appel d’offres biomasse, pour lequel nous retenons deux fois plus de projets que prévu ;
- la troisième mesure, c’est le soutien à la R&D. L’objectif fixé par le Président de la République était la parité de financement entre la recherche dans le nucléaire et la recherche dans les nouvelles technologies hors nucléaire. Cet engagement a été tenu. Nous avons aussi donné une grande impulsion avec les Investissements d’Avenir qui consacrent 3,35 milliards d’euros aux énergies renouvelables et 1 milliard d’euros aux véhicules du futur.
De nouvelles dispositions sont venues poursuivre cet effort en 2011, avec la création de l’Observatoire des biocarburants et avec un dispositif complet de soutien à la méthanisation.
Le Gouvernement a donc accordé depuis 2007 aux énergies renouvelables un soutien sans précédent. Par exemple, depuis 2007, l’éolien installé en France a été multiplié par 4, et le solaire photovoltaïque par plus de 200. Fin 2010, nous étions en avance de + 0,3 % par rapport à notre trajectoire 2020 avec 12,8 % d’énergies renouvelables en 2010.
Ce bilan très positif, c’est ce que je retiens en priorité du livre blanc du SER. Le livre blanc constate, je le cite, que « la France s’est lancée ces dernières années dans un effort sans précédent d’équipement utilisant des sources d’énergies renouvelables ». Les énergies renouvelables représentent désormais 13 % de la consommation finale, contre 10 % en 2006. Par rapport aux mesures existantes, le livre blanc appelle à leur pérennisation (fonds chaleur, Investissements d’Avenir), leur aménagement ou leur renforcement. Nombre de ces mesures, dont nous pouvons effectivement envisager des évolutions, n’existaient tout simplement pas il y a 5 ans.
Le livre blanc témoigne de la volonté de la filière française des énergies renouvelables d’asseoir son développement sur la création d’emplois industriels en France. Je suis heureux de cette évolution. La politique du Gouvernement est très claire : nous souhaitons lier développement des énergies renouvelables et développement de filières industrielles d’excellence.
Je conclurai mes propos en vous fixant deux objectifs : développement industriel en France et compétitivité par rapport aux autres sources d’énergie. Car les emplois créés par les filières des énergies renouvelables ne seront réellement des emplois créés qu’à la condition que les coûts des filières renouvelables rejoignent ceux des autres filières. Dans le cas contraire, le coût de soutien aux énergies renouvelables nuira aux emplois en dehors du secteur de l’énergie, en impactant négativement le pouvoir d’achat de nos concitoyens comme la compétitivité de nos entreprises. Le rapport Energies 2050, qui me sera remis dans quelques jours par Jacques PERCEBOIS et Claude MANDIL, fournira notamment de premières analyses sur cette question. Je tiens au passage à remercier le SER pour sa participation active à l’exercice.
A l’avenir, il me semblerait intéressant que les prochaines éditions du livre blanc du SER traitent de la contribution des énergies renouvelables à l’ensemble de l’économie. Je ne doute pas que vous le ferez puisque le Président Jean-Louis BAL vous a fixé en introduction tout à l’heure l’objectif que les investissements dans les énergies renouvelables constituent une rente pour les générations futures comme l’est aujourd’hui la grande hydraulique.
J’ai enfin bien noté, c’est assez rare pour être souligné, que vous appeliez à un pilotage fort du développement des filières industrielles renouvelables, partagé entre les professionnels et l’Etat. Vous pouvez compter sur l’Etat.
Je vous souhaite une excellente journée de travail, au service du développement des énergies renouvelables en France, du développement des emplois industriels en France et de la recherche de la compétitivité des énergies renouvelables.
Je vous remercie de votre attention.
Source http://www.enr.fr, le 24 février 2012