Entretien de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, avec TV5, RFI et "Le Monde" le 25 mars 2012, sur les élections au Sénégal, le coup d'Etat au Mali, le terrorisme au Sahel, l'intervention militaire en Libye, les relations franco-algériennes et sur la situation en Syrie.

Texte intégral

Q - Henri de Raincourt est l’invité d’Internationales l’émission TV5 Monde - RFI - Le Monde. Bonsoir Henri de Raincourt.
R - Bonsoir.
Q - C’est aujourd’hui le deuxième tour de la présidentielle entre le président sortant Abdoulaye Wade et son ancien Premier ministre Macky Sall. Les bureaux de vote ferment à 20h00, heure de Paris. Alors, le pronostic et l’arithmétique électorale sont en faveur de Macky Sall. Est-ce qu’on suit cette élection présidentielle sénégalaise avec attention à Paris ? J’imagine que oui ?
R - C’est assez naturel, compte tenu des relations très anciennes, très amicales, qui existent entre le Sénégal et la France. Effectivement, nous regardons le déroulement des opérations électorales. Je pense qu’on peut considérer que le 1er tour s’est déroulé dans des conditions tout à fait satisfaisantes. Les résultats du 1er tour ont été publiés. Ils n’ont pas été contestés.
Q - 35% à peu près pour le président Wade…
R - Cela n’a pas donné lieu à des violences dans la rue et je pense que la campagne électorale au cours des deux semaines qui viennent de s’écouler se sont plutôt bien passées. Donc, maintenant, attendons calmement, tranquillement que le Sénégal démocratiquement choisisse. La démocratie nécessite forcément la sérénité. C’est normal et c’est naturel. Le Sénégal est un grand pays démocratique.
Q - Un grand pays démocratique dites-vous. Néanmoins, il y a certaines informations qui disent que dans les deux camps des armes ont été distribuées aux partisans de l’un ou de l’autre et qu’en cas de victoire les partisans du perdant pourraient s’adonner à des exactions. Est-ce que vous avez confirmation de ces informations ?
R - Je pense que ça fait partie du climat général qu’on entretient dans ce genre de situations. Pour ce qui concerne la France, tout naturellement, ce n’est pas pour nous une réponse adaptée. La démocratie, elle se vit et on en accepte les règles du jeu, aussi contraignantes et difficiles qu’elles soient. Je ne vois pas pourquoi le 1er tour s’étant déroulé d’une manière tout à fait positive et satisfaisante, il n’en serait pas de même par rapport aux résultats du second tour. J’ai confiance à la sagesse du peuple sénégalais pour qu’il choisisse librement et calmement celui qui va diriger le pays pendant les prochaines années.
Q - Certains ont dit qu’Abdoulaye Wade s’accrochait au pouvoir. Il a 85 ans. Il n’est pas temps de passer le relais à une nouvelle génération.
R - On a peut-être dit que M. Wade s’accrochait au pouvoir. Néanmoins, à ma connaissance, il n’a jamais contesté les résultats du premier tour et au cours des semaines de campagne qui viennent de s’écouler je ne pense pas qu’il ait fait des déclarations fracassantes laissant penser qu’il allait contester ces résultats.
Q - Je reviens sur cette histoire de générations. M. Juppé, avant la campagne, avait déclaré qu’il était souhaitable qu’un changement de générations s’opère au Sénégal. On considère que M. Wade est usé, que son bilan n’est plus bon. Quel bilan tirez-vous d’ailleurs des années Wade ?
R - D’abord, je voudrais vous dire que M. Wade a été élu pour la première fois il avait 75 ans. Donc M. Wade a en effet effectué douze ans de pouvoir, une fois sept ans et une fois cinq ans. C’est en soi ce qui se passe en France aussi assez souvent. Sur ce plan là, je ne pense pas qu’il y ait de problèmes. Deuxièmement, je pense qu’on peut considérer qu’il y a quand même eu beaucoup de progrès qui ont été faits en matière d’équipements, d’infrastructures, de libéralisation de l’économie de la part de M. Wade au cours des années qui viennent de s’écouler.
Mais maintenant, la France, au Sénégal comme ailleurs, ne soutient aucun candidat. Nous attendons le résultat qui sera le choix des Sénégalaises et Sénégalais. Nous travaillerons avec le prochain président du Sénégal sans aucune différence ni divergence parce que globalement les deux candidats relèvent de la même philosophie. D’ailleurs, M. Macky Sall a été le Premier ministre de M. Wade pendant longtemps. Ils ont grosso modo les mêmes opinions.
Q - Sauf qu’aujourd’hui il est soutenu par douze autres partis. Donc il est obligé d’en tenir compte…
R - Oui il est soutenu par «tous sauf Wade». On verra bien ce que cela donne dans les urnes. Entre les consignes de partis et le bulletin dans l’urne, il peut y avoir parfois des décalages, heureusement d’ailleurs.
Q - M. Henri de Raincourt, encore un mot sur le Sénégal. Ce pays offre un asile en 1990 à Hissène Habré, l’ancien président du Tchad, qui est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La répression de son régime aurait fait au moins 40 000 morts. Le gouvernement français est-il favorable à l’extradition de Hissène Habré vers la Belgique où plusieurs plaintes ont été déposées par des victimes du régime d’Hissène Habré ?
R - Le gouvernement français n’a jamais changé de position sur le sujet. Le procès de M. Hissène Habré devait se tenir. Il ne s’est pas tenu. Je ne sais pas ce que sera la décision des futures autorités sénégalaises.
Q - Mais quel est votre souhait ?
R - Notre souhait à nous, c’est, chaque fois que la justice doit passer, qu’elle passe librement et sereinement là où elle doit passer.
Q - Les élections au Sénégal sont en tout cas un véritable enjeu démocratique pour l’Afrique surtout après le coup d’État militaire qui vient d’avoir lieu au Mali, jeudi. […] M. le ministre, parlons d’abord de cette situation politique au Mali. On ne sait toujours pas ce qu’est devenu le président Amadou Toumani Touré. Que dit la France ? Vous continuez à réclamer le retour à l’ordre constitutionnel ? C’est ce qu’a réclamé Alain Juppé. Qu’est-ce que cela veut dire le retour à l’ordre constitutionnel ?
R - La France n’a pas 36 discours. La France demande trois choses : le retour, effectivement, à l’ordre constitutionnel, le maintien du calendrier électoral dans le cadre constitutionnel, et le respect de l’intégrité territoriale du Mali. Voilà quelles sont les trois priorités pour le gouvernement français - très largement partagées par les responsables africains des organisations sous-régionales, l’Union Européenne et les États-Unis aussi.
Q - Quand vous demandez le retour à l’ordre constitutionnel, est-ce que cela veut dire que vous demandez le retour au pouvoir du président Amadou Toumani Touré ? Est-ce que d’ailleurs vous avez des nouvelles de M. Touré ? Est-ce que vous êtes en relation avec lui ? Est-ce que l’ambassadeur de France a rencontré le chef de la junte Amadou Sanogo ? Est-ce que vous avez des relations avec le président Touré ?
R - À l’heure à laquelle nous parlons, nous n’avons pas de relation avec le président Amadou Toumani Touré …
Q - Donc la France a des relations avec le chef d’une junte mais pas avec le président légitimement élu ?
R - Laissez-moi terminer ! Parce que quand même nous essayons depuis que ces évènements sont intervenus d’entrer en contact avec le président malien mais nous n’y sommes pas encore parvenu.
Q - Vous l’appelez d’ailleurs le président malien ?
R - Je l’appelle toujours le président malien parce qu’à ma connaissance, il est toujours président du Mali. Pour les autres membres de la communauté internationale, il en est toujours ainsi et le président Ouattara, qui est le président de l’organisation sous régionale que l’on appelle la Cédéao, le confirme bien : il l’a fait encore au téléphone avec le responsable de la junte, en disant que le président Amadou Toumani Touré est toujours jusqu’à preuve du contraire le président du Mali.
Q - Mais vous ne savez pas où il est ?
R - Nous ne savons pas où il est. Effectivement, on nous a dit dans un premier temps qu’il se serait réfugié dans une ambassade. Mais il s’est avéré que ce n’était pas exact. Ensuite, on nous a dit qu’il était dans un camp militaire avec des parachutistes loyalistes sur la route de la Guinée. Mais rien aujourd’hui n’est confirmé.
Q - Ce qui veut dire que la situation peut évoluer ?
R - Effectivement, rien n’est stabilisé évidemment.
Q - Ce n’est pas un peu surprenant vu les moyens qu’a la France sur place, avec l’ambassade, avec des services etc., qu’on soit incapable de savoir où se trouve le président Amadou Toumani Touré ?
R - Je ne peux pas vous répondre autre chose que ce qui est exactement la vérité et je crois savoir que les autres pays, y compris africains, n’ont pas eu non plus jusqu’à maintenant de contact avec le président Amadou Toumani Touré. Qu’il s’agisse des responsables de la Cédéao ou des responsables de l’Union africaine, ils sont dans la même situation que nous. J’espère que ça va se décanter dans les heures ou les jours qui viennent.
Q - Ce coup d’État était un peu annoncé depuis plusieurs semaines. Les rumeurs couraient à Bamako dans les chancelleries et on a l’impression que la France a un peu lâché Amadou Toumani Touré en distillant ces critiques sur sa mollesse, son incapacité à contrer Aqmi dans le Nord, à ouvrir les négociations avec les mouvements touaregs. D’une certaine manière, est-ce que Paris n’a pas un peu donné un feu vert ou un feu orange aux putschistes en laissant filtrer ces critiques à quelques semaines des élections ?
R - Il est vrai que quelques signes d’agitation se sont manifestés depuis que les touaregs ont commencé leurs actions militaires, grosso modo à la mi-janvier. On se rappelle cette manifestation des femmes de militaires maliens qui se dirigeaient vers la présidence. Heureusement, il n’y a pas eu de difficultés majeures. On voyait bien qu’au fur et à mesure que les forces rebelles semblaient gagner du terrain dans le Sahel, la position politique et militaire du président Amadou Toumani Touré se fragilisait. C’est un constat, c’est la réalité.
Sur le fond, la France n’a jamais changé de position. La France n’a jamais abandonné le président Touré. Je me suis rendu il y a quelques semaines pour aller le lui confirmer et je l’ai même fait par téléphone mercredi après-midi à 17h. ...
Q - Il y avait besoin de lui confirmer visiblement ?
R - J’ai eu besoin de lui confirmer parce que, comme vous je lis les journaux et les médias publiés au Mali, dans lesquels on disait des choses comme «la France a un double langage», «un double discours», ce qui est totalement inexact. La France n’a pas jamais changé de position et n’avait certainement pas un double langage.
À l’époque, notre position était : le cessez-le-feu immédiat, l’engagement d’un dialogue incluant tous les acteurs, et la mise en œuvre après les accords d’un comité international de suivi pour vérifier que les décisions prises sont respectées. Je me permets de dire, parce que vous l’avez évoqué vous-même, que ceci se faisait dans le contexte électoral que nous connaissons au Mali - le président Touré a un mandat qui court jusqu’au 8 juin. Lui-même m’avait dit qu’il souhaitait ardemment que le dialogue s’engageant entre les uns et les autres puisse être validé par le nouveau président du Mali, qui dispose après une élection d’une légitimité plus forte que le président Touré lui-même.
Q - Peut-être qu’il paie quand même son attentisme, comme le disait Christophe Ayad ?
R - Alors, ça c’est le fond des choses. Le premier point que je voulais souligner c’est que la France dans cette affaire n’a pas de double langage. La France est respectueuse des autorités constitutionnelles. Nous n’avions aucune raison de mener un double langage.
Q - Sur le fond, quel est votre analyse de ce coup d’État ?
R - Sur le fond, je vais vous dire que ça fait quand même un certain nombre d’années maintenant que l’insécurité gagne du terrain dans le Sahel. On l’a d’ailleurs vu dans le reportage que vous avez présenté il y a quelques instants. Je rappelle qu’aujourd’hui encore nous avons malheureusement six de nos compatriotes détenus en otage.
Il y a quatre pays qui sont véritablement concernés géographiquement : le Niger, le Mali, la Mauritanie, l’Algérie ; plus le Burkina Faso. Nous constatons sur le terrain que le Niger et la Mauritanie font de très gros efforts pour assurer une meilleure sécurité dans la zone qui les concerne. Mais qu’en revanche au niveau du Mali, nous sentions bien une fragilité, une certaine faiblesse. Donc nous n’avons cessé de dialoguer avec le président Touré pour lui dire qu’il fallait absolument qu’il y ait une coordination régionale. Vous savez qu’il existe un état-major commun …
Q - J’allais le dire : elle est en place cette coordination.
R - Sauf qu’elle n’a pas fonctionné d’une manière exemplaire jusqu’à il y a quelques semaines, reconnaissons-le.
Q - De part la faute du Mali ?
R - Je ne sais pas si c’est la faute de tel ou tel. La réalité constatée, c’est qu’en réalité cet état-major installé à Tamanrasset n’a pas en tant que tel engagé une politique et des actions propres à ramener rapidement la sécurité dans ce territoire. Et on mesure aujourd’hui effectivement le fait, d’ailleurs ça a été dit dans votre reportage, que chaque pays joue pour lui. On voit bien ce que cette situation a engendré aujourd’hui.
Q - La France aussi elle joue pour elle puisqu’elle intervient directement militairement contre Aqmi dans le nord du Mali. Est-ce que ce n’est pas une manière de déstabiliser complètement un pays souverain ?
R - Non, la France n’intervient pas militairement dans le Nord du Mali.
Q - Elle est intervenue à plusieurs reprises Monsieur le ministre, désolé. Elle est intervenue dans l’affaire Germaneau, elle est intervenue lorsque deux jeunes gens ont été enlevés à Niamey et ont passé la frontière du Mali. Cela s’est passé au Mali.
R - Absolument, à la demande des autorités locales et à des occasions tout à fait particulières puisque il s’agissait de la vie de nos compatriotes, qui étaient enlevés. C’est tout à fait différent par rapport au fait de mener des actions militaires.
Q - Vous dites que la France n’a pas de double langage. Est-ce que ce n’est pas un peu paradoxal quand même de demander le retour à l’ordre constitutionnel et que l’ambassadeur de France rencontre le leader de la junte ?
R - Non, je trouve ça tout à fait normal que l’ambassadeur de France aille voir les responsables de la junte justement pour leur expliquer qu’ils sont en train de se fourvoyer, qu’ils se sont mis dans une impasse et qu’il faut absolument, sinon on va au devant des plus graves difficultés, revenir à l’ordre constitutionnel.
Q - Donc cette rencontre entre l’ambassadeur de France et le chef de la junte, vous nous dites que c’est pour expliquer à ce Monsieur que, en fait, il doit rentrer dans la légalité.
R - Absolument, l’ambassadeur de France lui a rappelé que d’une part la France condamnait ce coup de force, qu’ensuite le retour à l’ordre constitutionnel était un impératif absolu, que de plus il fallait s’en tenir au calendrier électoral constitutionnel, c’est-à-dire avec la date limite du 8 juin, qu’enfin il fallait absolument rouvrir le plus rapidement possible les frontières et de façon à ce que, au moins, les avions humanitaires puissent arriver. Je vous rappelle que, dans le même temps, nous faisons face à une crise alimentaire et humanitaire assez sévère dans ce secteur géographique.
Q - Ce qui fait, d’ailleurs, que la coopération française est interrompue pour le moment dans la région.
R - Sauf sur le plan humanitaire et alimentaire. C’est pour cela que nous voudrions que nos avions puissent atterrir de nouveau. Enfin, le dernier point abordé était la libération des personnalités arbitrairement détenues. Voilà, en substance ce que l’ambassadeur de France est allé dire au responsable de la junte.
Q - Et quelle a été la réaction du leader de la junte ? Il accepte tous ces points ?
R - Le leader de la junte a enregistré ce que l’ambassadeur de France lui a dit. Je crois qu’il y a un certain nombre de choses assez concrètes qui ont été mises en place dans la ville de Bamako comme : la libre circulation pour les diplomates, des numéros pour les autorités et les gens qui ont des familles et qui s’inquiètent de la situation…. Sur le fond des choses, le capitaine n’a pas encore répondu et je vous rappelle que l’on peut attendre, je pense, le sommet des chefs d’État de la CEDEAO qui va se dérouler en tout début de semaine pour que les choses se débloquent.
Q - Monsieur le ministre, est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de surréaliste à parler de calendrier électoral dans un pays dont un tiers du territoire est occupé - ou quasiment un tiers - par une rébellion qui est en passe de prendre Kidal, la plus grande ville du Nord. Est-ce que l’on peut faire des élections dans ces conditions, avec 120.000 réfugiés à l’étranger - en Mauritanie, au Niger… ?
R - On peut, parfaitement, faire des élections dans la mesure où 90% de la population malienne habite au Sud du fleuve Niger et donc cela ne pose aucun problème d’organiser des élections sur un plan pratique dans le calendrier tel qu’il est aujourd’hui fixé. Nous nous disons…
Q - … donc les 10% n’existent pas ?
R - Ce n’est pas ce que nous disons exactement. Ce que nous disons, c’est qu’il ne faut pas que le Mali s’engage dans une période de transition dirigée par des militaires. Nous, nous militons au Mali, comme ailleurs, pour la démocratie.
Q - Donc vous espérez toujours que ces élections puissent avoir lieu ? Pourraient-elles avoir lieu le 29 ?
R - Aujourd’hui c’est tout à fait possible. Si les choses se débloquent relativement rapidement et que les responsables de la junte se mettent d’accord avec les responsables de la CEDEAO et de l’Union africaine - ils vont discuter de cela la semaine prochaine, des élections peuvent parfaitement se mettre en place. Je vous rappelle que, même si le président Amadou Toumani Touré n’est pas là aujourd’hui, la constitution malienne prévoit cette situation. Dans cette hypothèse, c’est le président de l’Assemblée nationale, qui assume l’intérim. On peut, donc, parfaitement réorganiser le gouvernement malien d’une manière tout à fait démocratique pour l’organisation des élections. Et il faut s’y tenir, et je vais vous dire pourquoi il faut s’y tenir : parce que si on ne s’y tient pas, c’est une grande fragilisation des institutions maliennes et je pense franchement que le moment n’est pas souhaitable pour ce genre de choses.
Q - Une question de fond qui pose la question des liens entre le mouvement de libération Touaregs (le mouvement de libération de l’Azawad) et AQMI. C’est une des questions qui se pose. Est ce que selon vous, selon les informations que vous avez, il y a sur le terrain une coopération entre les Touaregs et Al-Qaïda au Maghreb islamique ?
R - On dit «les mouvements touaregs», mais à l’intérieur de ces mouvements touaregs, il y a des subdivisions. Donc effectivement il y a le MNLA, mais il y a aussi d’autres tendances. On parle beaucoup, en ce moment, d’une tendance qui s’appelle Ansar Dine, dirigée par M. Ag Ghali.
Q - … qui sont des radicaux islamistes.
R - …qui sont des radicaux effectivement, qui sont pour l’application de la charia d’une manière obligatoire.
Q -… pour l’indépendance de la région et l’application de la charia dans la région…
R - Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a pas de lien entre AQMI et le MNLA. On ne peut pas du tout les associer. En revanche, je ne dirais pas la même chose de cette mouvance touarègue que j’ai citée, Ansar Dine, et AQMI.
Q - Une question connexe : confirmez-vous, Monsieur le ministre, que les Français au moment de la chute du régime du colonel Kadhafi ont prévenu les centaines de Touaregs, qui travaillaient pour le colonel Kadhafi, que le régime allait tomber et que donc ils devaient quitter la Libye, que ce faisant, ces centaines d’hommes se sont retrouvés au Nord du Mali et ont contribué à la déstabilisation du pays ? Ce qui voudrait dire que, quelque part, la France indirectement a contribué à la déstabilisation du Mali ?
R - Je n’ai pas connaissance de cette information, je ne vois pas la France faisant la tournée des popotes en Libye en allant dire aux Touaregs …
Q - Il y a des moyens d’informer les gens…
R - Via des moyens modernes de communication si vous préférez - en disant aux gens «il faut partir parce que ça commence à chauffer» … Pourquoi la France aurait dit cela, je ne vois pas pourquoi la France aurait dit cela ?
Q - Pour accélérer la chute du régime Kadhafi.
R - En revanche, ce qui est certain, c’est qu’il y avait plusieurs centaines de Touaregs qui étaient dans les Légions vertes de M. Kadhafi depuis des années, voire des dizaines d’années pour certains d’entre eux, et ces derniers sont revenus dans leur pays avec armes et bagages, et surtout avec beaucoup d’armes, ce qui, pour partie, explique le fait que les choses se soient détériorées sur le plan militaire à compter de la mi janvier.
La situation des Touaregs et les relations des Touaregs avec les autorités maliennes n’est pas quelque chose, à proprement parler, de nouveau. Il y a déjà eu des périodes de tension, il y a déjà eu des accords, je rappelle 1992, je rappelle 2006, cela veut dire que quand même la place des Touaregs dans le fonctionnement du Mali n’était certainement pas perçu par eux comme étant satisfaisante. L’arrivée et le retour d’un certain nombre d’entre eux de Libye, surarmés, un peu désœuvrés, peut-être excités, a certainement contribué à mettre de l’huile sur le feu.
Q - Et la France n’a joué aucun rôle là dedans ?
R - La France n’a certainement pas incité au retour des Touaregs pour venir semer la pagaille au Mali !
Q - Monsieur le ministre, sans que la France les y incite, elle est en pointe …
R - Mais pourquoi vous nous prêtez toujours de noirs desseins ?
Q - Sans qu’elle incite, elle est en pointe dans l’opération anti-Kadhafi, dans le renversement de Kadhafi. Elle est présente militairement au Tchad, au Burkina Faso, elle a une coopération militaire extrêmement poussée au Mali, en Mauritanie. C’est, donc, une puissance qui sait ce qui se passe, qui voit tout passer dans cette région. La chronique de ce qui se passe dans le Mali est annoncée. Ce qui est en train de se passer a été complètement annoncé. Est-ce que la France après le renversement de Kadhafi n’a pas laissé faire, c’est-à-dire elle s’est désintéressée du sort de cette région extrêmement fragile qu’est le Sahel, le Nord du Mali, le Nord du Niger, le Nord de la Mauritanie ?
R - Je rappelle quand même que, premièrement la France est intervenue en Libye dans le cadre d’une décision de la communauté internationale, que ce ne sont pas des décisions personnelles de notre pays qui ont été prises, et que deuxièmement la France, si elle est intervenue ici ou là comme vous l’avez dit en Afrique, c’est pour essayer de sauver un certain nombre de nos compatriotes et à la demande des autorités locales, mais que jamais nous ne prenons l’initiative. Je ne comprends pas, encore, pourquoi la France à la suite de la situation qui se déroulait en Libye, aurait dit aux Touaregs en Libye «rentrez chez vous et semez la pagaille !», je ne comprends pas la finalité de ce raisonnement.
Q - … non mais parce que la priorité à plus court terme, à l’époque, était le renversement du régime du colonel Kadhafi, donc dire à ces hommes : «vous partez», cela facilitait la chute du régime du colonel Kadhafi, c’est une question de priorité.
R - Je pense, quand même, que la France et les responsables militaires français devaient certainement savoir que si telle était la politique menée par notre pays, par là même effectivement, on mettait de l’huile sur le feu dans la région du Sahel.
Q - On vous pose la question, la France ne l’a pas fait ?
R - Mais non, bien sûr que non ! Vous savez, la politique que nous menons est beaucoup plus simple que cela.
Q - On a aussi évoqué la question des otages dans le sujet. Il y a encore treize otages occidentaux aux mains d’AQMI dans la région dont six Français. D’abord, est-ce que vous avez des informations nouvelles concernant ces otages français ?
R - C’est l’une des questions les plus difficiles auxquelles on doit répondre parce que l’on ne peut pas dire que nous ayons des nouvelles d’une manière hebdomadaire ou très fréquente.
Nous savons que nos compatriotes sont en vie, nous avons un centre de crise et des services spécialisés qui, jour après jour, essayent de tout faire pour ramener nos otages à la maison. C’est une consigne expresse donnée par les autorités supérieures de notre pays. Nous suivons cela de très près.
Q - La France négocie en ce moment ? Directement ou indirectement ?
R - Je voudrais vous dire que les contacts sont toujours indirects et ne sont pas continus. Voilà comme cela se passe. Donc on va discuter de façon indirecte avec telle ou telle katiba et, pour des raisons qui nous échappent, le contact est interrompu pendant une certaine période plus ou moins longue, et puis il reprend. Ce qui est vrai c’est qu’en ce moment, la période n’est pas très favorable à l’approfondissement de ces contacts. Pour autant je peux vous assurer que nous ne relâchons absolument pas la pression, nous avons une obsession : permettre à nos compatriotes de revenir à la maison.
Q - Sur le principe du paiement de rançon, même si la France le faisait, vous ne nous le diriez pas, j’imagine ?
R - Ce n’est pas que je ne vous le dirais pas, c’est que je vous dis que la France ne paie pas de rançon, ne paie jamais de rançon.
Q - En aucun cas ?
R - Mais vous pouvez demander à toutes les autorités nationales de France, du Président de la République jusqu’au ministre d’État, le Premier ministre, les militaires, tout le monde vous dira que la France ne paie pas de rançon.
Q - Et beaucoup de gens n’y croient pas. Nos amis maliens ne disent pas tout à fait la même chose ?
R - Chacun sa version.
Q - Chacun sa version ! Il y a quand même un problème de philosophie de la France dans cette région et vis-à-vis d’AQMI. Est-ce que la philosophie c’est négocier ou intervenir ? Il y a eu des interventions, il y a eu des négociations et on ne comprend pas bien.
R - Par rapport aux otages vous voulez dire ?
Q - Oui, donc dans quel cas on intervient, dans quel cas on négocie - militairement je veux dire ? Il y a eu des interventions militaires, il y a eu des négociations…
R - On n’a pas fait d’intervention militaire pour aller chercher des otages retenus dans une katiba à ce jour.
Q - Mais l’affaire Michel Germaneau …
R - Il y a eu intervention militaire quand il y a eu des occasions qui ont fait qu’il y avait des mouvements et que l’on pouvait à ce moment là…
Q - C’était, donc, une intervention
R - Oui, c’est comme lorsque nous avons eu nos deux pauvres jeunes compatriotes qui ont été enlevés à Niamey, que l’on a essayé de sauver.
Q-– Donc quelle est la philosophie ?
R - La philosophie, c’est que nous voulons ramener vivants nos compatriotes à la maison. Nous ne faisons pas de la philosophie.
Q - Mais chaque fois que l’on intervient, on les ramène morts, enfin ils sont morts …
R - Ce n’est pas vrai, je me permets de vous dire simplement que si nous avons six de nos compatriotes qui sont aujourd’hui retenus, il y en a deux qui le sont depuis le mois de septembre et il en reste quatre. Les trois autres sont revenus : on les a ramenés vivants à la maison.
Q - Mais pas par intervention militaire, donc par la négociation ?
R - Bien entendu. Nous voulons ramener nos compatriotes vivants à la maison.
Q - À tout prix.
R - À tout prix, parce que, effectivement sinon vous envoyez des rafales, vous bombardez absolument tout le territoire et voilà !
Q - Quand je parle d’intervention militaire, je parle d’intervention du type Germaneau.
R – Nous avons le sens des responsabilités.
Q - Intervention de forces spéciales, où l’on a tenté de libérer Michel Germaneau et cela s’est terminé par sa mort.
R - Parce que l’occasion s’est présentée. Mais on ne tente pas en tant que telles des opérations militaires, cela n’est pas possible !
Q - Vous avez évoqué le rôle joué par des pays de la région, la Mauritanie dont vous avez salué l’investissement sur place, l’Algérie aussi. Quel rôle joue l’Algérie dans cette région, parce que finalement le Sud de l’Algérie, c’est le Nord du Mali, les frontières sont poreuses ? Est-ce que l’Algérie joue le jeu ?
R - Tout à l’heure dans votre reportage, on voyait une interview de M. Messahel, le ministre algérien, qui est mon homologue, que je suis allé voir il y a quinze jours à Alger pour parler avec lui de ces questions. Je vous ai dit, tout à l’heure, que nous souhaitions qu’il y ait une meilleure coordination régionale. Et dans cette coordination régionale, il est bien évident que l’Algérie joue un rôle absolument déterminant.
Q - Parce que la montée en puissance d’Al Qaïda dans la région, c’est aussi une menace pour l’Algérie ?
R - C’est une menace pour tous les pays et tous les pays frontaliers. La grande difficulté, on le voit très bien quand on regarde une carte, c’est que les espaces sont tellement larges, les frontières tellement grandes que c’est assez difficile qu’elles ne soient nullement poreuses. Notre seule chance d’être efficaces dans la lutte contre le terrorisme en la matière, c’est une très bonne coordination entre les différents responsables politiques et militaires.
Q - Vous vous dites que finalement ces quelques milliers de combattants perdus dans le désert, ce n’est pas très dangereux ? Ou il y a vraiment là la menace de la déstabilisation de toute une région ?
R - Toute forme de terrorisme par définition nous inquiète. Deuxièmement, il est bien évident que plus le terrorisme se développe dans cette région, plus effectivement la menace se ferait forte pour tout le secteur et donc la déstabilisation des États les uns après les autres. Ce n’est certainement pas ce que la communauté internationale souhaite.
Q - Sur l’Algérie justement, on est en train de fêter le 50ème anniversaire des accords d’Évian et à l’occasion de l’affaire Merah, la semaine dernière, la presse algérienne s’est inquiétée très vivement de la stigmatisation des Français d’origine algérienne par la classe politique. Pour rappel, pour les auditeurs à l’étranger, il s’agit de la tuerie de Toulouse où sept personnes ont été assassinées par un jeune homme, Mohamed Merah - trois militaires, trois enfants juifs et le père de deux enfants juifs. Il y a eu une très vive inquiétude dans la presse algérienne que, à nouveau, les Français d’origine algérienne soient à nouveau montrés du doigt, pris pour cibles. Est-ce que vos interlocuteurs, lorsque vous allez en Algérie vous font part de ces inquiétudes, du risque d’amalgame ?
R - La dernière fois que je suis allé en Algérie, les tragiques événements de Toulouse et de Montauban ne s’étaient pas produits donc je n’en ai pas parlé avec mon homologue M. Messahel. Nous parlons toujours régulièrement des relations entre l’Algérie et la France qui sont des relations peut-être compliquées mais qui sont très profondes. Les liens existent depuis très longtemps. Il y a des hauts et des bas, comme dans toute famille.
Q - Vous diriez que ces relations sont normalisées.
R - Je peux vous dire qu’aujourd’hui les relations entre l’Algérie et la France sont bonnes.
Q - Sur le plan économique ?
R - Oui, sur le plan économique. Je vous rappelle que le ministre d’État s’est rendu à Alger il y a quelques mois et que la visite a été positive et profitable. Je m’y suis moi-même rendu il y a une quinzaine de jours et que cela s’est passé dans les meilleures conditions possibles. Il y a une très grande coopération entre la France et l’Algérie, dans le respect total de la liberté de nos amis algériens dans la lutte qu’ils mènent contre le terrorisme. Nous sommes, ce que je voulais vous dire, à leur disposition mais nous n’avons pas l’intention de nous substituer à eux. Pas d’ingérence, mais pas d’indifférence.
Q - Monsieur le ministre, il va y avoir aussi des élections en Algérie, des élections législatives le 10 mai prochain. Quelles sont vos craintes ou vos espérances pour ces élections puisque l’on peut s’attendre à une victoire là aussi des partis islamistes. Le parti qui co-dirige actuellement l’Algérie c’est le MSP, mais il y a un nouveau parti le FJD qui annonce une révolution dans les urnes le 10 mai. Cela voudrait dire que le printemps arabe toucherait aussi l’Algérie épargnée jusqu’ici ?
R - D’abord, par principe, la démocratie ne me fait pas peur. Deuxièmement, la révolution dans les urnes, je ne veux pas aborder des sujets qui ne sont pas à notre ordre du jour ce soir, mais j’entendais des candidats à l’élection présidentielle en France, ce matin, évoquer eux-mêmes les révolutions dans les urnes. Cela fait partie de choses que l’on peut dire pour les élections. Les élections ne me font pas peur. Et troisièmement, la démocratie, on ne peut pas la jouer à moitié.
Q - C’est le risque de la démocratie ?
R - La démocratie ne peut pas être un risque à partir du moment où il y a un certain nombre de valeurs qui sont respectées. Ces valeurs ce sont les droits de l’Homme, c’est la place faite aux femmes et en particulier dans tous ces pays, c’est le respect des minorités, c’est toutes ces valeurs qui font la démocratie occidentale et d’ailleurs dans tous les autres pays du monde aussi. C’est ce que la France a dit à l’occasion des élections, par exemple, en Tunisie et en Égypte.
Nous ne faisons pas de commentaires sur les résultats des élections, nous disons : les électrices et les électeurs ont choisi, nous faisons confiance aux autorités qui sortent des urnes et pour autant nous faisons preuve de vigilance. Confiance et vigilance par rapport à ce que l’on a appelé la ligne rouge, c’est-à-dire le respect ou non de valeurs qui pour nous fondent la démocratie.
Q - Qu’est ce qui se passe si la ligne rouge est franchie, parce que l’on voit bien que la démocratie parfois dans le passé cela a amené Hitler au pouvoir, en Algérie en 1992, cela a été la victoire des islamistes. On voit ce qui se passe dans les pays arabes qui ont connu leur printemps. La ligne rouge c’est quoi ? Et que fait la France quand la ligne rouge est dépassée ?
R - Je vous l’ai dit, la ligne rouge c’est le fait de ne pas respecter un certain nombre de règles à nos yeux qui sont absolument fondamentales : le respect des droits de l’Homme, le respect des minorités, la place faite aux femmes. Ce sont des choses qui ne sont, pour nous, absolument pas négociables et pas discutables.
Q - Mais si…
R - On dénonce, Cher Monsieur, nous dénonçons la situation et nous incitons les organisations internationales avec nous ou nous avec elles - peu importe le sens - à le faire et à prendre des sanctions, qui ont peut être plus ou moins d’effet mais des sanctions internationales qui font que la communauté internationale dit «excusez nous, mais là vous exagérez, cela n’est pas possible et vous êtes au banc !».
C’est exactement ce qui se passe, par exemple, aujourd’hui au Mali. Si vous regardez, la participation du Mali a été suspendue de toutes les organisations régionales et africaines tant que la question posée par la junte n’a pas été réglée.
Q - On parlait des révolutions arabes, des élections, je reviens sur la Libye où, quoi que vous en disiez, la France a quand même été l’un des pays les plus en pointe pour la protection des civils et des révolutionnaires libyens. C’est elle qui a proposé une résolution au Conseil de sécurité. Elle a joué un rôle majeur dans la coalition de l’Otan et aujourd’hui on a l’impression qu’elle ne se soucie pas du tout de ce qui se passe en Libye alors que c’est le chaos total, où il y a quand même des milices qui continuent d’occuper l’aéroport de Tripoli, faire la police, arrêter des gens, les torturer, il n’y a pas de jugement, il y a un risque de sécession de l’Est. Qu’est ce que la France pense de tout cela et que fait-elle pour la Libye aujourd’hui ?
R - On ne passe pas de l’ombre à la lumière comme cela, en quelques jours, voire en quelques mois, on ne se remet pas de 40 ans de pouvoir exercé sans partage par M. Kadhafi du jour au lendemain, donc il y a forcément…
Q - Mais cela est évident.
R - Mais peut-être…
Q - Mais il y a un sentiment qu’il n’y a pas d’intérêt pour cela dans la diplomatie française ?
R - Mais ce n’est pas vrai, je peux vous le dire, ce n’est pas exact ! Le ministre d’État en particulier est extrêmement actif avec tous nos interlocuteurs et les responsables libyens pour que l’on sorte de cette situation le plus rapidement possible. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y aura pas de passage dans ces pays d’un pouvoir autoritaire à un pouvoir démocratique sans secousses, ce serait trop beau, ce serait formidable.
Concrètement, comment on les aide ? Nous sommes à leur disposition pour les aider, en terme de formation par exemple s’ils le souhaitent dans tous les domaines : gouvernance, formation des responsables administratifs, militaires, police, organisations territoriales, dans tous les domaines …
Q - Je voudrais vous poser une question sur la Syrie. La Syrie, c’est toujours plus de 9 000 morts, des méditations en cascade, il y a des bocages diplomatiques, c’est toujours le «niet» de la Russie qui soutient toujours le régime de Bachar El-Assad et du côté occidental c’est toujours l’impuissance, on s’oriente vers une guerre civile, si ce n’est déjà le cas.
R - La situation est absolument épouvantable. L’action menée par Bachar El-Assad et ses sbires est insoutenable et inqualifiable. Quand on pense à ces milliers de personnes tuées, torturées, emprisonnées, je comprends que dans l’opinion publique on se dise «mais au fond on a été capable de mettre un terme au massacre programmé en Libye et on n’en est pas capable en Syrie». Mais on ne peut pas le faire en Syrie parce que la communauté internationale est bridée par le fait que la Russie et la Chine ne veulent pas que l’on aille plus loin …
Q - Donc la France ne peut pas faire plus ?
R - Ce n’est pas vrai, le Conseil de sécurité quand même - c’est un petit pas, je le reconnais insuffisant aussi - a franchi un pas la semaine dernière puisque à l’unanimité il a adopté une déclaration pour dire que la mission de M. Kofi Annan, qui est celle à la fois de l’ONU et de la Ligue arabe …
Q - Présentée comme la mission de la dernière chance…
R - … C’était vraiment la mission de tout le monde et donc par conséquent la Russie et la Chine ont un peu progressé. C’est peu c’est insuffisant mais c’est déjà cela !
Q - On terminera par cette réponse sur la situation en Syrie. Merci Henri de Raincourt.
R – Merci.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 mars 2012