Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur la coopération culturelle entre la France et la Croatie, Paris le 4 avril 2012.

Texte intégral


« Tranquillement assis sur les continents migrateurs de nos bagages, nous n'avons pas besoin de porteurs. »
Cette si belle formule est signée Radovan Ivši?, qui aura incarné par la poésie, par son lien avec les surréalistes français, un flamboyant trait d’union entre les lettres croates et les lettres françaises.
Dans très peu de temps, le 1er juillet 2013, la Croatie va rejoindre l’Union Européenne. L’un des coeurs séculaires de l’Europe, condensé unique des civilisations qui formèrent l’identité complexe de notre continent, et qui aura maintes fois connu les blessures de l’histoire, rejoint une famille unie par la paix. Qui plus est, vous allez intégrer l’Union à un moment décisif de son histoire – même si cette formule est trop souvent utilisée, tant l’histoire de notre projet européen est faite de discontinuités, de crises, de multiples tournants, mais je crois que cela est particulièrement vrai actuellement.
En ces temps où les questions économiques et financières, les questions de gouvernance institutionnelle de notre Union semblent dominer cette actualité, il me paraît d’autant plus nécessaire de nous rappeler, à l’occasion de l’entrée d’un nouvel Etat Membre, les fondamentaux de notre projet commun : celle d’une communauté de destin et de valeurs, d’une Europe de la culture riche de son patrimoine et de sa créativité, au service des principes de la diversité culturelle. Madame la Ministre, je sais que vous avez été parmi les premiers Etats à ratifier la convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.
Grâce notamment au travail de l’Ambassade de Croatie en France, grâce à celui de notre Ambassade à Zagreb, à l’Institut Français de Zagreb créé en 1922 et à l’Alliance française, aux liens également entre nos deux Ministères, notre coopération culturelle a toujours été riche, par exemple en matière de politique des musées, de politique du livre et des bibliothèques, de création contemporaine, et bientôt de coproduction cinématographique.
Les saisons culturelles nous donnent une magnifique occasion d’approfondir les représentations que nous avons l’un de l’autre : le Festival de la Croatie en France, de septembre à décembre, organisé par nos quatre ministères, ceux des Affaires étrangères et européennes et ceux de la Culture, permettra au public français, à Paris et en Île-de-France, de découvrir, au-delà des seules merveilles naturelles et patrimoniales de la côte istrienne et dalmate qui est devenue par ailleurs et en peu de temps l’une des destinations touristiques majeures des Français, d’autres facettes d’une scène culturelle croate particulièrement dynamique : la création contemporaine croate, notamment au Palais de Tokyo dont nous allons ouvrir très prochainement les nouveaux espaces ; la photographie, à travers une grande exposition organisée à la Cité internationale des arts sur la base d’une sélection signée Peter Knapp à partir des collections du musée de Zagreb ; des résidences d’artistes croates au MAC/VAL ; la bande dessinée croate à la Rotonde de la Villette ; la sculpture avec l’oeuvre du grand Ivan Mestrovic, l’ami de Rodin, de Bourdelle et de Maillol. Sans parler, bien sûr, de deux événements majeurs pour la mise en valeur, en France, de l’extraordinaire patrimoine croate : avec l’Apoxyomène, chef d’oeuvre absolu inscrit au patrimoine subaquatique de l’UNESCO, l’un des très rares bronze grecs retrouvés entiers, dans les eaux des îles dalmates, que le ministère de la culture croate va exceptionnellement nous prêter, et qui sera mis à l’honneur au Louvre ; avec l’art médiéval croate au musée de Cluny, à travers une exposition pour laquelle vous vous êtes particulièrement engagés.
À ce titre, je tiens à saluer, en la présence de Madame Sylviane Tarsot-Gillery, l’implication de l’Institut Français dans la conception de cette saison, et tout particulièrement le travail remarquable d’Isabelle Delage pour la France et de Seadeta Midži? pour la Croatie, en tant que commissaires générales de ce Festival que nous attendons avec impatience.
Je tiens également à saluer l’engagement très fort de la Ville de Paris qui va grandement contribuer à faire de ce Festival un succès, ainsi que tous les mécènes qui s’y associeront.
Ce soir, nous allons avoir le plaisir d’écouter le guitariste classique Srdjan Bulat : diplômé de l’Académie de Musique de l’Université de Zagreb, soliste, déjà titulaire de nombreux prix, il va rejoindre bientôt la Royal Academy of Music de Londres ; il est déjà l’un des plus grands talents de son instrument.
Pour annoncer le Festival de la Croatie en France, nous avons eu l’idée d’une ouverture culinaire. Nous avions eu le plaisir de faire de même avec nos amis lituaniens – et je salue la présence de mon amie l’Ambassadeur Jolanta Baliüniene. Vous connaissez, madame la Ministre, mon attachement à la gastronomie et à sa mise en valeur par nos politiques publiques. Je suis très heureux que nos services aient pu imaginer, avec des chefs croates de très grand talent, ce fantastique rendez-vous culinaire qui nous attend ce soir, avec trois régions du goût : avec l’Istrie, une histoire de truffes et d’huile d’olive ; avec la Dalmatie, sous le signe du jambon fumé et des fromages, des anchois, de l’agneau, des figues, et du romarin ; avec la Croatie continentale, où c’est le fromage blanc, les saucisses, le veau, les noix, le pavot et le Strudel.
En reprenant une dernière fois les paroles de Radovan Ivši?, je vous invite maintenant, « pour échapper au noeud coulant des frontières, à adopter le pas de fox-trot des sauterelles. »
Je vous remercie.
Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 13 avril 2012