Interview de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, avec RMC le 3 mai 2012, sur l'élection présidentielle.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN Michel SAPIN était là tout à l’heure, Michel SAPIN nous disait qu’il avait vu un très bon François HOLLANDE, allez-vous nous dire que vous avez vu un très bon Nicolas SARKOZY hier soir ?
 
GERARD LONGUET Ce sont deux registres humains très différents. J’ai trouvé que Nicolas SARKOZY était un homme, je dirais, marqué par l’expérience, par l’exercice des responsabilités et en définitif à la surprise sans doute des auditeurs, beaucoup plus humain que François HOLLANDE. J’ai trouvé François HOLLANDE au fond assez antipathique. On m’avait annoncé un François HOLLANDE drôle, détendu, je l’ai trouvé crispé, autoritaire et souvent arrogant, et au fond on se posait la question, mais de quel droit, qu’a-t-il fait dans sa vie pour avoir autant de certitudes et parfois autant de prétentions ? Nicolas SARKOZY, je l’ai trouvé plus humain, moi à qui il arrive de le trouver un peu directif, parfois même brutal, je l’ai trouvé marqué par l’exercice des responsabilités et au fond beaucoup plus humain.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Gérard LONGUET, il y a des questions qui se posent, d’abord on se demande qui était le meneur de jeu hier soir.
 
GERARD LONGUET Alors ça c’est un autre problème tout à fait technique…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN François HOLLANDE a-t-il mené le jeu hier soir, oui ou non ? GERARD LONGUET Non, non mais les deux animateurs madame FERRARI, monsieur PUJADAS ont toujours donné la parole à François HOLLANDE en premier, alors le tirage au sort pour la première fois, je suis d’accord, mais en deux heures cinquante, sur peut-être 18 ou 20 reprises, le service était toujours pour François HOLLANDE et ça c’est la décision des animateurs, je ne la comprends pas. Très honnêtement cela m’a choqué.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire vous les mettez en cause ?
 
GERARD LONGUET Attendez cela m’a choqué de voir que systématiquement c’était à François HOLLANDE de commencer en premier, ce qui obligeait par courtoisie Nicolas SARKOZY à lui répondre. Il aurait pu dire attendez, votre histoire ne m’intéresse pas du tout, moi je vais vous parler de ce que je veux faire.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce qu’on n’a pas entendu les propositions de Nicolas SARKOZY hier soir ?
 
GERARD LONGUET Moi, je les ai très clairement entendues sur l’initiative économique, sur la compétitivité française, et sur le choix qui est celui de Nicolas SARKOZY de donner à la France les mêmes atouts que l’Allemagne. Il se trouve que je suis Lorrain, que je suis frontalier de l’Allemagne, que je vois que ça marche plutôt mieux chez eux que chez nous, et j’ai parfaitement compris que sur la dépense publique, sur la durée du travail, sur le dialogue social, il y a un regard sur le succès allemand que porte Nicolas SARKOZY et que récuse totalement François HOLLANDE.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais n’est-il pas difficile lorsqu’on est le président sortant de devoir sans cesse défendre son bilan ? C’était sans cesse l’impression que ça donnait.
 
GERARD LONGUET Eh bien c’est très curieux ce que vous dites parce que moi j’ai ressenti plutôt une forme de soulagement, je trouve ce bilan, chaque fois qu’il avait l’occasion d’en parler, François HOLLANDE attaquait et on comprenait beaucoup mieux. Le débat sur l’emploi était très, très intéressant, parce qu’en effet, la progression du chômage, j’ai écouté Michel SAPIN, on ne va pas refaire le débat, je dirais simplement que Nicolas SARKOZY a situé la France dans la perspective des pays de l’OCDE, et dans cette perspective là, nous sommes moins bons que les Allemands, nous sommes bien meilleurs que la moitié, que la moyenne de tous les pays de l’OCDE. Les Français ne le savaient pas, et d’une certaine façon, ils l’ont appris ce soir.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais Gérard LONGUET, vous aviez dit, pas vous, mais à l’UMP beaucoup avaient dit, François HOLLANDE de toute façon Nicolas SARKOZY n’en fera qu’une bouchée, c’est un mou, il n’a pas de compétence…
 
GERARD LONGUET Je n’ai jamais pensé ainsi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Attendez mais beaucoup l’ont dit à l’UMP, vous le savez bien Gérard LONGUET ?
 
GERARD LONGUET Oui, mais l’UMP n’a pas toujours raison. Et tout le monde à l’UMP n’a pas toujours raison. Il m’arrive même d’avoir tort.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous n’avez pas été surprise par la pugnacité de François HOLLANDE ?
 
GERARD LONGUET Je crois que François HOLLANDE, sa seule expérience dans la vie, il faut bien le reconnaitre, c’est d’avoir gagné les primaires contre Martine AUBRY, mais cette mise en jambe lui a été certainement utile à titre personnel.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il faudra des primaires à l’UMP à l’avenir.
 
GERARD LONGUET Je pense, les statuts le prévoient en tous les cas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quelques mots quand même sur ce que vous avez dit au journal Minute, j’ai vu le titre de Minute « patriotes, vous devez voter pour Nicolas SARKOZY ». ca veut dire que ceux qui votent François HOLLANDE ne sont pas des patriotes ?
 
GERARD LONGUET Non, c’est le vocabulaire de Minute, il se trouve que Minute m’appelle en me disant, voilà, nous nous considérons qu’il faut vraiment battre François HOLLANDE, est-ce que vous acceptez de parler ? J’accepte naturellement de parler, je l’aurai fait pour Libération, je l’aurai fait pour, je ne sais pas, la revue trotskiste si on me l’avait demandé, je suis plutôt ouvert. La seule différence peut-être et ce qui a évidemment étonné, c’est que j’ai reconnu que Marine LE PEN n’était pas son père, et qu’elle ne nous avait pas accablés de provocations pendant la campagne, point final.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez dit, c’est un interlocuteur…
 
GERARD LONGUET Reconnaitre cela…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez dit c’est un interlocuteur…
 
GERARD LONGUET Oui, au sens du débat, pas pour construire, le mot le plus exact, débattre est un devoir dès lors que les gens respectent le minimum de correction.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais lorsque l’on va accorder une interview à Minute, est-ce que l’on soumet ses réponses, est-ce qu’on appelle l’Elysée ?
 
GERARD LONGUET Dans mon cas particulier, pas du tout. Non, parce que moi je suis un esprit libre.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, parce que j’avais le rédacteur en chef de Minute hier, qui m’a dit, je ne peux pas imaginer que Gérard LONGUET ait pu dire ce qu’il a dit sans avoir eu l’aval de l’Elysée.
 
GERARD LONGUET C’est totalement faux, les gens qui… je suis malheureusement pas tout à fait un poulet de l’année, ça fait 32 ans que je suis parlementaire, je parle très librement, parce que ma responsabilité je la dois à mes électeurs et à eux seuls.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 5 juin 2012