Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, en réponse à une question sur les priorités de la loi de finances rectificative pour 2012, à l'Assemblée nationale le 11 juillet 2012.

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Circonstance : Question au gouvernement posée par Mme Catherine Vautrin, députée (UMP) de la Marne, à l'Assemblée nationale le 11 juillet 2012

Prononcé le

Texte intégral

Merci Monsieur le Président. Madame la Députée Vautrin, je vous retrouve, je ne vous ai pas perdue de vue, j’ai écouté attentivement votre question. Je dois vous dire que je suis très surpris de constater depuis quelques jours à quel point l’opposition est désemparée mais je le comprends, d’une certaine façon. Quand on a été sanctionné avec une telle sévérité, il est difficile de s’en remettre spontanément. Alors, dans votre lutte pour le pouvoir, je veux dire le pouvoir à la tête de l’UMP, je vous souhaite bon courage. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est qu’en effet nous devons faire face à l’urgence, l’urgence, c’est aussi des plans sociaux dont certains ont été peut-être volontairement retardés et qui sont parfois très lourds. Mais le gouvernement n’a pas l’intention de se décourager. Avec les partenaires sociaux, chacun devant être devant ses responsabilités, dossier après dossier, nous rechercherons les solutions à la fois économiques et sociales parce que c’est la nécessité, c’est l’urgence et nous voulons y faire face.
Mais, Mesdames et Messieurs les Députés, ce dont nous héritons ne nous rend pas la tâche facile. Vous avez commencé à examiner le projet de loi de finance rectificative et nous sommes obligés de faire face à un budget sous-estimé, sous financé. A une dette qui a augmenté de 600 milliards d’euros en cinq ans et qu’il nous faut réduire ; à un déficit du commerce extérieur de 70 milliards d’euros qui reflète la difficulté dans laquelle se trouve notre industrie. 750 000 emplois supprimés dans l’industrie en dix ans. Voilà la réalité. Alors qu’on ne nous fasse pas, de grâce, la leçon. Mais nous sommes là surtout pour contribuer au redressement du pays et les mesures que nous avons engagées et en premier lieu pour la loi de finance rectificative, vont dans cette direction. Mais je voudrais rectifier une erreur incroyable que vous avez essayé de faire propager. Vous dites que nous aurions engagé 20 milliards d’euros de dépenses dès cette loi de finances. Comment pouvez-vous mentir ainsi ! Vous qui portez la marque d’une responsabilité prise il y a cinq ans exactement, lorsque vous aviez fait voter au mois d’août 2007 la loi TEPA qui justement s’est traduite par un prélèvement sur les ménages des classes moyennes, des classes populaires, de 20 milliards d’euros, dont nous payons encore la facture ! Voilà la réalité.
La réalité c’est que nous avons la mission de redresser les comptes publics de la France. Et si ce n’était pas le cas, alors comment pourriez-vous croire que la France emprunte sur les marchés à des taux négatifs ? Cela veut dire que nos choix de politique budgétaire sont des choix responsables. Et s’agissant de nos priorités pour la loi de finance rectificative, je pense en particulier aux priorités dans l’Education, eh bien c’est la seule dépense supplémentaire non pas de 20 milliards mais de 800 millions d’euros entièrement financés sans augmenter la charge de la dette ni le déficit. Voilà ce que nous proposons aux députés, de voter.
Alors, vous nous dites : prélèvement sur les ménages. Mais où sont les prélèvements sur les ménages ? Nous venons de prendre une décision, Mesdames et Messieurs les Députés de l’opposition, c’est de supprimer une mesure que vous aviez votée, que vous aviez voulu faire oublier, c'est-à-dire l’augmentation de 12 milliards d’euros sur les ménages, les classes moyennes, les classes populaires, avec l’augmentation de la TVA. Eh bien cette mesure, nous avons décidé de la supprimer et ces 12 milliards nous les rendons aux ménages.
Alors c’est vrai, nous ne vous avons pas demandé d’être d’accord avec tout ce que nous proposons. C’est vrai que nous demandons un effort non pas aux classes moyennes et aux classes populaires mais à ceux qui sont le plus fortunés. C’est l’augmentation de l’ISF que vous aviez scandaleusement diminuée. C’est effectivement un prélèvement sur les dividendes des très grandes entreprises. Ainsi nous pouvons équilibrer notre budget, réduire le déficit à 4,5 % et avancer à la fois dans le sens de la justice, dans le sens de la croissance, pour commencer le redressement du pays, dans la justice.
Source http://www.gouvernement.fr, le 12 juillet 2012