Déclaration de M. Thierry Repentin, ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage, sur l'apprentissage et les filières métiers de la formation des CFA, Vesoul le 15 mars 2013.

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Circonstance : Inauguration du nouveau pôle alimentaire du CFA de la Haute-Saône à Vesoul le 15 mars 2013

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Texte intégral


La charge d’un Ministre de la République est une charge lourde. Comme vous l’avez rappelé, Monsieur le Président de la Chambre des Métiers, cela implique d’être en première ligne dans la bataille contre le chômage pour redonner espoir. J’ai la chance d’avoir un beau portefeuille et de travailler pour les générations de demain. Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous aujourd’hui à Vesoul, dans ce département de la Haute-Saône à l’occasion de l’inauguration de votre nouveau pôle alimentaire. Je viens de le visiter et j’ai la conviction qu’il sera une référence en la matière.
C’est d’ailleurs déjà le cas puisque votre CFA organisera en 2013 le concours des Meilleurs Apprentis de France en boulangerie.
Il se trouve que j’ai eu l’occasion la semaine dernière, au Sénat, avec le Président Jean-Pierre BEL, de remettre leurs médailles aux lauréats du concours 2012 des Meilleurs apprentis de France. Quelle fierté dans le parcours de ces jeunes, dans leurs regards, dans leur expertise ! Et quelle diversité de leurs savoir-faire : bouchers, décorateurs, photographes, coiffeurs, sculpteurs, maçons, … et même marins pêcheurs !
Ce type d’initiative est précieux pour la valorisation des métiers.
Il en est de même du concours du Meilleur Ouvrier de France et des Olympiades des Métiers : je me suis rendu aux finales nationales à Clermont-Ferrand en novembre dernier, je recevrai l’équipe de France qui en est issue début juin au ministère, et je compte bien ne pas manquer les finales mondiales de Leipzig en juillet. J’espère que la France aura un jour cette fierté d’accueillir des jeunes du monde entier.
Je connais la diversité et la richesse des métiers de l’artisanat. Je les ai encore constatées cette semaine :
- Hier dans la Région Nord / Pas-de-Calais, à Tourcoing, dans un CFA de Chambre de Métiers
- Avant-hier à Gaillard, en Haute-Savoie, à l’occasion d’un salon de l’alternance et de l’apprentissage mettant en valeur les métiers du bâtiment, de la métallurgie, de l’hôtellerie, de la restauration, …
- Et ici à Vesoul où vous formez aussi à une grande diversité de métiers, notamment à ceux que l’on appelle « de bouche » : la boulangerie, la pâtisserie, la boucherie, la charcuterie, qui sont mis en évidence aujourd’hui.
Toutes les initiatives qui valorisent ces métiers sont précieuses parce qu’elles battent en brèche ce sentiment, encore trop répandu dans notre pays, selon lequel la formation professionnelle serait une sorte de voie de relégation, beaucoup moins noble que les autres.
Rien n’est plus faux !
Et c’est pourquoi je combats de toutes mes forces cette manière de voir, et même de penser le monde du travail et donc notre société. Sur ce registre, il faut parler sans cesse, argumenter toujours, agir sans relâche, convaincre avec énergie.
Il faut dire, à tous ceux qui ne le savent pas que 500 000 artisans d’aujourd’hui, soit un sur deux, ont été auparavant apprentis.
Ils sont chefs d’entreprise aujourd’hui mais ont commencé dans un CFA comme celui-ci. Quel formidable ascenseur social !
Il faut dire et répéter que l’apprentissage est une voie d’excellence, qui ouvre de grandes perspectives. D’anciens apprentis titulaires d’un CAP ne sont-ils pas devenus chefs d’entreprises, y compris de taille importante ? Certains d’entre eux sont même devenus… Ministre ! C’est le cas de Marcel Rigout, Ministre de la formation professionnelle au début des années 1980, qui a notamment porté en 1984 la loi qui a créé le contrat de qualification, devenu depuis le contrat de professionnalisation.
Il faut traiter le problème à sa racine : dans le système scolaire, dans celui de l’orientation, ô combien décisif. C’est pourquoi j’ai souhaité, en plein accord avec le Ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, que les milieux professionnels soient pleinement associés au Service Public de l’Orientation tout au long de la vie que va organiser la loi de décentralisation et dont l’animation sera confiée aux régions. L’orientation ne concerne pas que les jeunes. Elle s’adresse à tous les salariés tout au long de leur vie professionnelle, qu’ils aient envie de changer de métier ou qu’ils soient confrontés au chômage. S’agissant des jeunes, j’ai la conviction que l’on valorisera beaucoup mieux la diversité des métiers, la formation professionnelle et l’apprentissage en organisant l’orientation au plus près des besoins, au plus près du tissu économique et au plus près des personnes. Ce sera donc le rôle des Régions.
En l’état actuel du texte, il est explicitement prévu que les réseaux consulaires contribuent au service public de l’orientation. Ce sera donc le cas des Chambres des Métiers et de l’Artisanat. J’ai la conviction que cela peut modifier positivement la vision de notre société sur l’artisanat et ses métiers.
Vos organisations professionnelles ont inventé le slogan « L’artisanat, première entreprise de France ».
On pourrait le compléter en disant que l’artisanat est le premier employeur d’apprentis de France puisqu’il forme presque la moitié des 435 000 apprentis que compte aujourd’hui notre pays !
Le Président de l’Assemblée permanente des Chambres des Métiers et de l’Artisanat, Alain Griset, me le disait encore hier : « L’apprentissage dans l’artisanat, ce n’est pas conjoncturel, c’est historique ! » On pourrait presque dire « génétique » !
Et comme j’étais tout près de la frontière suisse avant-hier, je ne résiste pas à vous faire partager la remarque du « Monsieur Apprentissage et formation professionnelle » du canton de Genève : en écoutant les uns et les autres, tout à coup, il s’exclame « mais vous les Français, vous parlez toujours de l’apprentissage en disant ça coûte tant ! Nous, en Suisse, nous disons que l’apprentissage ça rapporte 475 millions de francs suisses par an [1] ! Eh oui, c’est le bénéfice net issu de la production des apprentis ! ».
475 millions de francs suisses, c’est environ 384 millions d’euros…Bien sûr que l’apprentissage n’est pas une dépense, c’est un investissement. J’en suis convaincu.
Les entreprises ne s’y trompent pas, qui continuent malgré un contexte économique difficile de recruter et de former des jeunes apprentis.
Alors il faut continuer d’agir sans relâche pour développer l’apprentissage. Je reçois en effet de trop nombreux courriers de parents et de jeunes désespérés qui ont trouvé une place dans un centre de formation mais ne trouvent pas d’entreprise et de contrat d’apprentissage. Je ne m’y résous pas. Le succès de l’apprentissage nous oblige tous et on ne peut laisser la responsabilité de trouver l’entreprise sur les seules épaules des familles et des jeunes car alors celles et ceux qui n’ont aucun réseau familial ou social resteront durablement exclus de cette voie de réussite. J’entends mobiliser l’ensemble des partenaires sur cette problématique, au premier rang desquels les CFA eux-mêmes. Ils devront dans l’avenir aller démarcher les entreprises et non plus seulement accueillir des apprentis qui ont trouvé une entreprise par leurs propres moyens. Certains CFA travaillent déjà en ce sens, ils devront tous le faire demain.
Pour progresser, je compte beaucoup sur l’action des développeurs de l’apprentissage dont j’ai décidé de renouveler le financement pour 2013. Je compte beaucoup également sur le tout nouveau contrat de génération dont j’entends dire trop souvent qu’il risque de concurrencer les contrats en alternance alors qu’il constitue au contraire un levier de leur développement. En effet, l’entreprise qui recrute un jeune en contrat de professionnalisation CDI ou bien qui embauche en CDI un jeune au terme de son contrat d’apprentissage chez elle pourra comptabiliser ces deux recrutements au titre du contrat de génération et bénéficier des avantages qui en découlent.
Le Président de la République a signé la semaine dernière à Blois les quatre premiers engagements relatifs à ce nouveau contrat, dont trois, justement, avec des jeunes qui achèvent un contrat en alternance.
Je constate aussi que les emplois d’avenir montent en charge. C’est le cas aussi en Haute-Saône et j’ai eu l’occasion ce matin de parrainer 25 jeunes recrutés. Nous avons la responsabilité de leur dire « vous faites partie de la Nation ». Et eux ont la responsabilité de se saisir de cette opportunité et de se former. C’est la première fois dans le droit du travail que l’obligation de formation est à ce point attachée au contrat.
Je crois donc pouvoir dire que la priorité Jeunesse fixée par le Président de la République est aujourd’hui la priorité de tous, et je m’en félicite, car c’est une nécessité vitale pour l’avenir du pays tout entier.
Cette priorité Jeunesse passe aussi par l’amélioration des conditions de vie des alternants et en particulier des apprentis.
Une partie significative d’entre eux vit dans des conditions sociales, familiales et financières difficiles qui sont souvent un frein à la conclusion de contrats, mais aussi l’une des causes de certaines ruptures.
Je sais que la plupart des CFA développent avec un soin toujours plus grand des actions d’accompagnement individualisé des apprentis, sur le plan pédagogique bien sûr, mais aussi sur tous les registres de leur vie quotidienne. Je les encourage à amplifier encore leur action dans ce domaine, en pensant particulièrement aux problèmes de transport et d’hébergement. En effet, un apprenti est souvent écartelé entre trois lieux de vie : son domicile familial, son CFA et son entreprise… lesquels sont rarement dans la même ville ni même en proximité. Cet écartèlement induit des coûts importants, difficiles à supporter pour un certain nombre d’apprentis.
Je sais que vous êtes ici sensibles à cette question et que vous logez des apprentis au sein du CFA, mais aussi dans le lycée professionnel voisin avec lequel vous partagez également des plateaux techniques. Je me réjouis de cette collaboration qui illustre la complémentarité des voies de formation. Sur ce registre de l’hébergement, j’attache donc une grande importance au développement des projets de l’action « formation en alternance et hébergement » du programme des investissements d’avenir, déployé par la Caisse des dépôts et consignations, et qui a déjà permis la mobilisation de près de 240 M€ pour la mise en œuvre de 56 projets innovants qui génèreront 12 000 places de formation supplémentaires pendant que 4 000 places d’hébergement seront construites, reconstruites ou rénovées.
Il nous faut tous ensemble conforter tout cela.
C’est pourquoi un projet de loi est en préparation qui comportera un important volet apprentissage, avec 3 grands objectifs :
- Augmenter le nombre d’apprentis, donc l’offre de contrats : le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi a fixé l’objectif de faire progresser le nombre d’apprentis dans notre pays de 435 000 actuellement à 500 000 d’ici 2017, en particulier dans les secteurs où l’apprentissage est peu développé : je pense notamment aux collectivités territoriales, à l’économie sociale.
- Améliorer la qualité de l’apprentissage pour lutter contre les ruptures de contrats, en confortant les missions des CFA à cet égard, ainsi que le rôle des maîtres d’apprentissage
- Rendre plus lisibles, plus efficaces et plus équitables les modalités de répartition et de collecte de la taxe d’apprentissage, pour favoriser un développement de l’apprentissage harmonieux à tous les niveaux, en portant une attention toute particulière aux premiers niveaux de qualification. La part des apprentis visant le niveau CAP / BEP a eu en effet tendance à régresser ces dernières années, passant de 49 % en 2009 à 45 % aujourd’hui pendant que celle des apprentis visant les niveaux bac + 2 et au-delà progressait de près de 4 %.
C’est pourquoi, dans le cadre de la réforme en préparation, j’ai notamment 2 objectifs importants :
- Qu’une part plus importante de la taxe d’apprentissage bénéficie à l’apprentissage lui-même
- Que la répartition de cette taxe, notamment pour la part qui revient vers les Régions, soit mobilisée de telle manière que les CFA qui forment sur les premiers niveaux de qualification disposent bien des ressources nécessaires pour leur fonctionnement et leur développement.
Tous ces grands objectifs ont fait l’objet d’une très large consultation avec l’ensemble des nombreux acteurs concernés : Chambres consulaires, partenaires sociaux, Régions…
J’ai constaté que tous les acteurs sont ouverts au débat dans un esprit constructif. C’est très clairement le cas des acteurs de l’artisanat. Je fonde donc légitimement l’espoir que chacun saura faire vers l’autre les pas nécessaires pour que l’on puisse déboucher sur une réforme significative de l’apprentissage qui contribuera à une meilleure insertion professionnelle des jeunes. Il ne s’agit évidemment pas de « jouer » l’apprentissage contre les autres voies de qualification car elles sont toutes - je l’ai dit - d’une égale dignité et complémentaires.
Il s’agit au contraire de faire en sorte que chaque jeune puisse trouver une solution - SA solution - pour cultiver et développer ses capacités, construire son avenir professionnel et donc sa vie.
L’emploi des jeunes, de tous les jeunes, est une urgence sociale, sociétale. Je salue donc la contribution de tous les acteurs mobilisés ici aujourd’hui à la construction de l’avenir de notre jeunesse et donc de celui du pays tout entier, avec deux belles étapes à Vesoul ce jour dont je retiendrai le sourire des jeunes !
Je vous remercie de votre attention.
[1] Bénéfice net sur un chiffre d’affaires total (issu de la production des apprentis) de 5.35 milliards de CHF. La Suisse compte environ 200 000 apprentis.
Source http://travail-emploi.gouv.fr, le 19 mars 2013