Interview de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication à France-Culture le 8 juillet 2014, sur le conflit des intermittents du spectacle, le budget de la culture et l'exception culturelle.

Texte intégral


NICOLAS MARTIN
Bonjour Madame la ministre.
AURELIE FILIPPETTI
Bonjour.
NICOLAS MARTIN
Merci d'avoir accepté l'invitation des « Matins d'été » de FRANCE CULTURE. Alors une réaction peut-être à ce billet politique, la culture domaine réservé du chef de l'Etat ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, la culture elle vit, en France, sur un mythe persistant qui est le mythe de l'Age d'Or, l'Age d'Or qui serait perdu, et on est pourtant, en France, l'un des pays au monde où on a à la fois la politique culturelle la plus ambitieuse, les politiques culturelles les plus innovantes, les politiques de soutien aux artistes, à la création et à la diffusion, auprès des publics les plus engagés, on a une scène en matière d'art contemporain, de théâtres, évidemment le rayonnement de nos musées, qui sont enviées et qui sont diffusées partout dans le monde. Donc, la culture française, la création française, et la diffusion sur le territoire, sont absolument exceptionnelles. J'ajoute qu'on a réussi à irriguer l'ensemble des régions de la République, que partout, aujourd'hui, en France, de Charleville-Mézières à Aurillac, à Marciac en passant par Brest, enfin je ne vais pas tous les citer, il y a partout des festivals, des événements, des établissements culturels, qui ont chacun leur identité propre, et qui en même temps participent à la vitalité, à la créativité, de l'ensemble du pays. Et ça c'est vraiment exceptionnel, soyons-en fiers, et les Français se l'approprient cette culture, c'est-à-dire ce n'est pas une culture qui serait élitique, qui serait réservée à ceux qui la font et à une petite classe, une élite en quelque sorte, cultivée ou éclairée, c'est bien quelque chose de populaire. Nos musées sont pleins, aussi avec des publics français, les expositions d'art contemporain ça fonctionne, il suffit de regarder le succès par exemple du Palais de Tokyo avec un public très jeune, les théâtres sont pleins partout en France, bon bien sûr il y a beaucoup de choses à faire, mais quand même on peut être fier, déjà, de ce qui existe aujourd'hui, de ce rayonnement et de cette vitalité.
NICOLAS MARTIN
Alors, Aurélie FILIPPETTI, vous évoquez les festivals, c'est l'actualité, on va évidemment, nécessairement, parler du conflit des intermittents, avec l'annulation des deux spectacles d'ouverture du festival d'Avignon, le OFF qui s'est mis en grève hier également, on peut parler de Montpellier Danse, de plusieurs autres manifestations culturelles. Peut-être, pour commencer, une question : vous comptez toujours vous rendre au festival d'art lyrique d'Aix dans les prochains jours, dans ce contexte-là ?
AURELIE FILIPPETTI
Bien sûr, j'irai au festival d'Aix, ou celui d'Avignon, j'ai été au Festival documentaire de Marseille samedi, j'ai rencontré, je suis en contact évidemment avec les directeurs régulièrement, il n'y a aucun problème. Il faut simplement que les festivals puissent démarrer, moi mon souci, c'était que les artistes, et les techniciens d'ailleurs, qui participent aux productions, qui ont vraiment extrêmement majoritairement envie de jouer, eh bien qu'ils puissent commencer à travailler dans de bonnes conditions. Je crois que c'est en train de se passer, c'est en train de se mettre en place, malgré la météo qui est un petit peu capricieuse, qui a un peu perturbé la soirée d'hier, mais enfin les spectacles ont pu être joués, et je crois que, aujourd'hui, c'est ça qui doit primer, c'est-à-dire ce désir des artistes, et des techniciens qui les accompagnent, de jouer, de produire leurs créations.
NICOLAS MARTIN
Vous avez personnellement appelé à la fin du mouvement des intermittents la semaine dernière, ça n'a manifestement pas eu l'effet escompté, tout à fait, quand même, Aurélie FILIPPETTI.
AURELIE FILIPPETTI
Je leur ai rappelé simplement que, d'abord il y a une concertation qui est engagée, que ce qu'ils réclament depuis, au minimum 11 ans, depuis la réforme de 2003, c'est-à-dire une grande remise à plat, refonte du système de l'intermittence, eh bien c'est en cours. Ça a été annoncé par le Premier ministre le 19 juin, la concertation menée par un trio avec Hortense ARCHAMBAULT, Jean-Patrick GILLE, député, et Jean-Denis COMBREXELLE ancien directeur du Travail, cette concertation est lancée, il y a des réunions tous les jeudis, toute la journée des jeudis, il y a un calendrier qui a été fixé, une méthode de travail, il y a les sujets qui vont être abordés au cour des prochaines semaines, donc tout est sur la table, et je crois que maintenant il faut s'engager fermement dans cette refonte du système, et puis d'un autre côté il faut jouer, parce que c'est sur scène, sur les plateaux, que s'expriment justement, à la fois l'inventivité, mais aussi le regard sur le monde, des artistes.
NICOLAS MARTIN
Il y a une concertation, mais la première partie de la réforme de l'assurance chômage est entrée en vigueur au 1er juillet, néanmoins.
AURELIE FILIPPETTI
Pas le différé. Je rappelle que la mesure qui a fait problème, sur les…
NICOLAS MARTIN
Le différé d'indemnisation.
AURELIE FILIPPETTI
C'est-à-dire, il y avait trois mesures qui concernaient les intermittents, dans un ensemble, l'accord du 22 mars, qui concerne tous les chômeurs de France, sur ces trois mesures il y en a une qui est intégralement prise en charge, compensée, auprès de l'UNEDIC, par l'Etat, c'est ce fameux différé d'indemnisation, qui a suscité beaucoup beaucoup de critiques, donc ce différé ne s'applique pas pour les intermittents.
FREDERIC METEZEAU
Vous l'avez rappelé, Madame FILIPPETTI, le dernier grand mouvement des intermittents du spectacle c'était il y a 11 ans, à cette époque la gauche était dans l'opposition, elle l'avait été jusqu'à 2012, vous avez eu 9 ans pour rencontrer les artistes, il y a eu des pétitions, il y a eu des soutiens, d'élus de gauche au mouvement des intermittents, alors pourquoi, finalement, ça vous a explosé en plein visage, qu'est-ce que vous n'avez pas fait, pendant 9 ans d'opposition, puis pendant ces quasiment 2 ans de mandat ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, l'intermittence c'est un système qui permet d'accompagner des gens qui sont dans une grande précarité, les artistes, c'est une précarité, en quelque sorte, consubstantielle à l'exercice de leur activité puisqu'il y a des périodes où on joue, où on répète, et puis il y a des périodes entre deux contrats, effectivement il faut être accompagné par l'indemnisation chômage. Le MEDEF, au début de l'année, et puis il y a 2 ans quand on est arrivé, par exemple avec Michel SAPIN, aux responsabilités, le MEDEF voulait mettre fin aux annexes 8 et 10. Nous nous sommes battus pour préserver les annexes 8 et 10 et le régime de l'intermittence. On a obtenu gain de cause, puisque ce régime tout le monde, aujourd'hui, dit qu'il doit être maintenu, personne ne dit que les intermittents doivent rentrer dans le régime général. Mais cette discussion, sur l'assurance chômage, et donc sur l'intermittence, elle relève des partenaires sociaux, c'est le dialogue social. Et c'est l'accord du 22 mars, je rappelle, il a été signé par les partenaires sociaux, majoritaires, et donc c'est un accord qui avait vocation à s'appliquer. Simplement l'Etat, pour la première fois, a pris ses responsabilités avec autant de force, en disant certes, c'est le dialogue social, mais, et on respecte le dialogue social, mais en l'occurrence il y a un problème avec une mesure, donc nous allons compenser, à l'UNEDIC, cette mesure, et on remet à plat tout le système et on lance une nouvelle, vraiment une nouvelle, une refonte, pérenne, solide, plus juste, de l'intermittence.
FREDERIC METEZEAU
Précisément, est-ce que ce conflit des intermittents du spectacle ne montre pas qu'il y a plus profondément un problème de dialogue social, de représentativité, notamment syndicale en France, on le voit avec la Conférence sociale que boycotteront la CGT et FO aujourd'hui ?
AURELIE FILIPPETTI
C'est très difficile évidemment, de pouvoir mener un dialogue social dans des bonnes conditions, parce que c'est vraiment un apprentissage, après des années, où il faut se rappeler, quand même, qu'on était sorti de cinq années de mépris du dialogue social, sous SARKOZY. Donc, le président de la République et Manuel VALLS ont vraiment la volonté de travailler avec les partenaires sociaux, en même temps c'est vrai aussi que, dans le domaine de l'intermittence, ce qui était dommage par exemple, au moment des négociations du 22 mars, c'est qu'on n'avait sans doute pas suffisamment d'experts de l'intermittence qui étaient autour de la table au moment de la négociation, de l'accord du 22 mars. Mais pourquoi ? Parce que c'était une renégociation générale, de l'assurance chômage, et donc qui concernait tous les salariés de ce pays, et que la question de l'intermittence, évidemment, ça concerne 250.000 personnes en France, qui cotisent, 100.000 qui sont indemnisées.
NICOLAS MARTIN
Pour autant, Aurélie FILIPPETTI, un comité de suivi a été mis en place depuis 2003 par les intermittents, un comité de suivi qui a fait un certain nombre de propositions concrètes pour réformer ce statut et ces annexes 8 et 10. Aujourd'hui les syndicats vous reprochent de ne pas avoir jeté le moindre oeil à ces propositions. Pourquoi, finalement, le gouvernement ne s'en est pas inspiré de ces propositions du comité de suivi ?
AURELIE FILIPPETTI
D'abord, évidemment, il y a d'ailleurs des gens de notre majorité qui sont dans le comité de suivi, donc évidemment qu'on a examiné toutes ces propositions. Quand on a été auditionnés à plusieurs reprises, on a dit qu'il fallait prendre en compte ces propositions, et, d'ailleurs ce que je constate, c'est que par exemple des idées comme le plafonnement du cumul entre indemnité et rémunération, qui est l'une des mesures qui a été mise en place, ça faisait partie des propositions du comité de suivi. Et aujourd'hui, les propositions du comité de suivi, elles sont sur la table de cette concertation menée par le trio, et donc elles vont être toutes examinées, pas seulement une prise au hasard, mais elles vont être examinées globalement, et, évidemment, elles seront prises en compte dans les solutions qui émergeront. Vous savez, le Premier ministre a donné comme horizon la fin de l'année.
NICOLAS MARTIN
Voilà, un calendrier peut-être.
AURELIE FILIPPETTI
Un calendrier, d'ici le mois de décembre…
NICOLAS MARTIN
D'ici le mois de décembre, il y a tous les festivals d'été qui sont quand même, toujours, plus ou moins…
AURELIE FILIPPETTI
Oui, et puis après il y a l'activité… vous savez, on n'est pas là pour passer les festivals d'été. Evidemment il faut que ces festivals se passent bien, pourquoi ? Parce que c'est vraiment un grand moment pour la rencontre entre le public et les artistes, c'est un grand moment pour la diffusion de la création, pas seulement la création française, mais il y a des troupes qui viennent du monde entier. C'est dommage, quand on voit des artistes qui arrivent de Colombie, d'Afrique du Sud, et qui ne peuvent pas jouer en France, alors qu'ils savent que c'est le pays, peut-être, où ils auront l'audience la plus forte et ils ont envie de jouer.
FREDERIC METEZEAU
Reconnaissez tout de même que les syndicats ont fait preuve d'une certaine responsabilité en n'allant pas jusqu'à l'annulation en 2003 et en faisant des actions plus sporadiques.
AURELIE FILIPPETTI
Bien sûr, mais je l'ai dit. Moi je me félicite, évidemment, que les syndicats n'aient pas appelé à l'annulation des festivals. Aujourd'hui on voit que les festivals ont commencé, que les gens jouent, qu'il y a toujours un message, il y a toujours une présence, donc un dialogue qui peut s'engager, moi je souhaite d'ailleurs continuer à porter ce dialogue, comme je l'ai fait samedi à Marseille, je continuerai à le faire. Je suis toujours disponible pour expliquer la méthode du gouvernement et pourquoi c'est l'occasion, historique, de refonder, enfin, un système plus juste pour l'intermittence. Et pourquoi ? Parce qu'on a pris cette question à bras-le-corps. Il y a évidemment le respect du dialogue social, mais il y a aussi une volonté politique, très forte, d'assurer une véritable protection sociale pour l'ensemble des intermittents, artistes et techniciens.
NICOLAS MARTIN
Peut-être un tout dernier mot sur les intermittents et on passera ensuite à autre chose Frédéric METEZEAU.
FREDERIC METEZEAU
Oui, Madame la ministre. Est-ce qu'il n'y a pas eu une différence de traitement entre les deux conflits sociaux de la fin du mois de juin, d'un côté une très grande fermeté du gouvernement avec les grévistes de la SNCF, de l'autre, et on vous entend encore ce matin, une forme de compréhension du mouvement des intermittents ? Pourquoi il y a une différence de traitement ?
AURELIE FILIPPETTI
Non, il n'y a pas de différence de traitement, c'était deux choses très différentes. La SNCF, par exemple, il y avait un projet de loi qui était en discussion depuis plus d'1 an, qui avait été négocié avec les syndicats, et qui arrivait en discussion à l'Assemblée nationale, donc le débat il avait vocation à avoir lieu à l'Assemblée nationale, d'ailleurs il a eu lieu, il y a des amendements qui ont été pris en compte, bon, voilà. Mais, de l'autre côté, en ce qui concerne les intermittents, on avait tous conscience de la précarisation croissante des intermittents…
FREDERIC METEZEAU
Il y a une forme d'empathie avec les artistes, qu'il n'y a pas eue avec les cheminots.
AURELIE FILIPPETTI
Moi je ne veux pas qu'on dise qu'il y a un traitement privilégié des intermittents, parce que ça nuit beaucoup justement. A chaque fois qu'il y a une négociation UNEDIC on considère que les intermittents sont des privilégiés, ce n'est pas le cas. Je rappelle que le revenu moyen pour un artiste, revenu d'activité moyen, c'est 9000 euros par an, par an, donc ce sont des gens qui sont très précaires.
NICOLAS MARTIN
Rappelons aussi que tous les artistes ne bénéficient pas du statut d'intermittent, loin s'en faut, loin s'en faut.
AURELIE FILIPPETTI
Tous les artistes n'en bénéficient pas, je disais tout à l'heure qu'on peut considérer qu'il y a 250.000 personnes, il y a 100.000 personnes qui sont indemnisées, sur ces 250.000. Ce qui est important de rappeler c'est qu'il faut justement, au contraire, loin de la stigmatisation, il faut maintenir les intermittents, les artistes, les techniciens, dans la solidarité interprofessionnelle, c'est-à-dire qu'ils doivent, ils cotisent, comme tous les salariés de ce pays, aux caisses de l'UNEDIC, qui les indemnise quand ils en ont besoin, et il faut définir les conditions les plus justes de cette indemnisation, mais il ne faut pas les sortir de la solidarité interprofessionnelle, il ne faut pas en faire un cas à part. le financement de la culture, bien sûr c'est extrêmement important, et vraiment l'annonce du Premier ministre de la préservation, pour les trois années à venir, du budget de la culture, elle va permettre de soutenir l'emploi culturel, c'est-à-dire qu'on parle aussi des emplois qu'on crée grâce à la culture, grâce à la production, notamment dans le spectacle vivant par exemple, et on a besoin, évidemment, de pouvoir soutenir ces compagnies, ces centres dramatiques, qui embauchent, qui donnent des contrats, à nos artistes et à nos techniciens.
NICOLAS MARTIN
Aurélie FILIPPETTI, vous nous apportez la transition sur un plateau, puisque nous voulions précisément parler avec vous de cette annonce de Manuel VALLS de sanctuariser le budget de la culture sur 3 ans. C'était une promesse ferme du candidat HOLLANDE. Tenez, écoutez, c'était à Nantes le 19 janvier 2012.
FRANOIS HOLLANDE
La culture ce n'est pas un luxe, dont en période de disettes il faudrait se débarrasser, la culture c'est l'avenir, c'est le redressement, c'est l'instrument de l'émancipation, et le moyen de faire une société pour tous.
NICOLAS MARTIN
Voilà, « la culture n'est pas un luxe », c'était une déclaration du candidat HOLLANDE. Vous venez de l'annoncer, on l'a vu, Manuel VALLS a dit qu'il ne toucherait plus au budget de la culture pour les 3 ans à venir, mais néanmoins, néanmoins, en 2013 -3,4 %, -2 % en 2014, le budget de la culture, là aussi on ne peut pas dire que ce soit tout à fait une promesse tenue par François HOLLANDE, par le chef de l'Etat.
AURELIE FILIPPETTI
En tout cas, à partir de maintenant, elle va être tenue, pour ce qui concerne le budget de la culture.
NICOLAS MARTIN
Mais après avoir été bien dégraissée, malgré tout. Vous avez dû faire des choix assez drastiques.
AURELIE FILIPPETTI
J'ai fais des choix pendant les deux premières années, qui étaient des choix qui consistaient à mettre un terme à une certaine politique de projets somptuaires qui n'étaient pas forcément justifiés. Ça a permis de dégager un certain nombre d'économies. Maintenant je considère qu'on est allé au bout de cette logique-là, c'était nécessaire, parce qu'il fallait faire des économies, mais maintenant on doit pouvoir redonner un nouveau souffle et donc l'importance, vraiment, de la préservation, pendant 3 ans, dans les trois prochaines années, dans un contexte où, quand même, l'Etat va faire 18 milliards d'euros d'économies, donc vraiment, on a une augmentation, en fait, par rapport aux autres. Donc, cette préservation sur l'ensemble des crédits culture, pas seulement sur le spectacle vivant, ou sur la création, mais bien sur l'ensemble des crédits culture, qui va permettre, par exemple de soutenir nos musées. On le voit bien, c'est évidemment, totalement essentiel, parce que dans une période de crise on a besoin d'aller chercher du sens, et la culture, le patrimoine, comme la création, ça donne du sens, ça donne un regard…
NICOLAS MARTIN
Ça donne du sens, ça produit de la richesse aussi !
AURELIE FILIPPETTI
Et ça produit de la richesse, économique, nos musées sont pleins, on pourrait les ouvrir encore davantage par exemple, on pourrait – moi, ce que je veux, et ce que j'organise, là, c'est qu'on puisse diffuser aussi des oeuvres, de nos musées, de nos collections nationales, ailleurs que dans des musées, pour aller à la rencontre des gens, par exemple des gens qui travaillent, sur leur lieu de travail, pour aller dans les hôpitaux, on a besoin de ça. Et puis, bien sûr, l'éducation artistique, parce que c'est dès le plus jeune âge qu'on doit pouvoir donner à tous les enfants la chance d'avoir cet éveil à l'émotion artistique, ça se construit ça, ce n'est pas… MALRAUX disait qu'il suffisait de mettre en présence, en quelque sorte, un citoyen avec une oeuvre d'art pour avoir une sorte de révélation quasi mystique. Moi je crois dans la médiation, ça se construit, parce que nous sommes des êtres sociaux aussi, et donc il faut accompagner, et le meilleur accompagnement c'est évidemment dès le plus jeune âge, avec les enfants, avec l'école, et en dehors de l'école.
FREDERIC METEZEAU
Mais pardonnez-moi, sur cette sanctuarisation pour 3 ans du budget de la culture après 2 ans de baisse et d'autres années de baisse sous Nicolas SARKOZY, ça fait un peu penser au médecin qui dit « oui, le grand blessé est dans un état stable. »
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, on a aujourd'hui, toute la politique de l'Etat, mais aussi des collectivités locales, qui est soumise à la nécessité de faire des économies, pour ne plus continuer à grever les possibilités d'actions des générations futures. Donc, dans un contexte comme ça, dire qu'on va préserver, qu'on va même augmenter, pour ce qui est de l'éducation artistique, le budget de l'ensemble, le budget de la culture, c'est tout à fait exceptionnel.
FREDERIC METEZEAU
+15 %.
AURELIE FILIPPETTI
C'est absolument exceptionnel. Et donc, voilà. Moi j'avais réussi à préserver, à faire +15 % déjà dans les deux précédentes années, parce que les crédits sur lesquels j'avais fait des économies c'était sur des choses sur lesquelles j'estimais qu'on pouvait réduire un petit peu la voilure, mais maintenant on a besoin de cet élan, et donc je me félicite que le Premier ministre, Manuel VALLS, qui est un homme de culture, et qui l'a dit très fortement dimanche dans son discours à Vauvert, il sait que la culture c'est justement le sens, mais aussi la citoyenneté, c'est le lien entre les individus, et en plus on peut être, on est très très fier de la France, de l'exception culturelle française, mais on a aussi, on n'a pas une vision fermée, recroquevillée sur elle-même, de la culture, nous sommes un pays qui accueillons des artistes du monde entier, et qui accueillons des esthétiques aussi, qui sont des esthétiques les plus diverses, les plus indépendantes, les plus innovantes, on leur donne la possibilité de trouver leur public. Ça c'est vraiment un terreau très fertile, et en même temps tout à fait exceptionnel, dans le paysage mondial.
NICOLAS MARTIN
Aurélie FILIPPETTI, vous disiez à l'instant, la culture est créatrice de richesse, votre ministère a commandé une étude choc, qui montrait que le secteur culturel pèse pour plus de 58 milliards d'euros, dans la valeur ajoutée annuelle, c'est énorme, et pourtant, malgré ça – c'est plus, c'est presque autant que l'industrie pharmaceutique, plus que le secteur automobile – et pourtant, malgré ça, on a encore l'impression qu'à la tête de l'Etat on a du mal à prendre en compte ce potentiel de valeur ajoutée, d'augmentation du PIB, que la culture reste malgré tout la cinquième roue du carrosse.
AURELIE FILIPPETTI
Ah non, je ne suis pas d'accord avec vous. Vous savez, l'année dernière on a défendu l'exception culturelle française au niveau européen, et la France était seule…
NICOLAS MARTIN
C'était il y a 1 an pile.
AURELIE FILIPPETTI
C'était il y a 1 an tout juste, voilà.
NICOLAS MARTIN
Pour la préparation du traité Transatlantique.
AURELIE FILIPPETTI
Du fameux traité Transatlantique sur lequel il y a tant de discussions et d'interrogations. Il y a un secteur en tout cas qu'on a réussi à sortir complètement de la négociation de ce traité, c'est la culture et l'audiovisuel, c'était nécessaire, et le seul pays qui ait porté ça, c'est la France. Et la France, seule, et le président de la République seul, a dit qu'il était hors de question, que c'était une ligne rouge, de s'attaquer à l'exception culturelle. Pourquoi ? Parce que c'est une question de diversité, ce n'est pas simplement – et encore une fois, ce n'est pas un régime d'exception, de privilège, je veux dire – c'est simplement parce qu'on a besoin de préserver la vision du monde, qui est la vision des artistes français, mais qui est aussi une certaine vision française de la création. On accueille des artistes de partout. On ne veut pas que les productions cinématographiques, par exemple, ce soit comme dans l'écrasante majorité des pays du monde, 95 % de films américains dans les salles. J'adore le cinéma américain, j'adore le grand cinéma américain, mais j'ai envie de voir sur les écrans français, des films français, des films européens, des films chinois, et des films africains. Donc on a besoin de ça, la France est un pays, pour cela, tout à fait exceptionnel. On a en France, par exemple dans nos cinémas, 40 % des films, de la fréquentation des films, c'est pour des films français.
FREDERIC METEZEAU
Sur ces questions budgétaires, Aurélie FILIPPETTI obtient la sanctuarisation de son budget, Benoît HAMON, Jean-Yves LE DRIAN, et il y en a sans doute d'autres, vous pensez que les promesses d'économies du gouvernement seront tenues, si chaque ministre va dire « je suis important parce que », finalement les efforts c'est pour les autres ?
NICOLAS MARTIN
Très rapidement Aurélie FILIPPETTI.
AURELIE FILIPPETTI
Vous êtes un peu paradoxal, tout à l'heure vous disiez il faut préserver le budget de la culture, maintenant vous dites « en fait vous n'allez pas tenir vos objectifs d'économies. »
FREDERIC METEZEAU
Je vous pose la question.
AURELIE FILIPPETTI
Moi j'ai entendu le ministre du Budget, Christian ECKERT, hier, qui disait qu'il était satisfait, et qu'on était en train, vraiment, d'apurer les comptes publics, et que les résultats commençaient à arriver. Donc, voilà. J'estime, pour ma part, avoir pris ma part, d'ailleurs d'une manière assez exceptionnelle parce que jusqu'à présent, quand les ministres de la Culture avaient des réductions budgétaires, ils les cachaient sous le tapis, parce que…
FREDERIC METEZEAU
Vous le mettez sur le site Internet, effectivement.
AURELIE FILIPPETTI
Voilà, c'était quelque chose qui était tabou, moi j'ai assumé pendant 2 ans, et en même temps je pense, c'est ce que j'avais dit, je suis heureuse d'avoir été entendue, qu'il fallait maintenant donner un nouvel élan, parce que symboliquement c'est essentiel dans une période de crise, c'est la période où on a le plus besoin encore de montrer notre attachement, à tous, à ce modèle de société, qui est aussi un modèle de civilisation ouverte, tolérante, et un dialogue, un partage, une émotion intime, intérieure, mais aussi un partage collectif, avec les autres, de ces moments de dialogue que donne l'art.
NICOLAS MARTIN
Aurélie FILIPPETTI, la ministre de la Culture, est l'invitée des « Matins d'été » aujourd'hui, on vous retrouve juste après le journal de 8H00, vers 8H15, on parlera encore de la loi sur la création, de Hadopi, plein de thèmes à aborder avec vous.
NICOLAS MARTIN
On reprend notre grand entretien avec la ministre de la Culture Aurélie FILIPPETTI. Pour continuer le débat, on parlait tout à l'heure de la sanctuarisation des crédits de la culture pour les trois prochaines années. Autant les crédits de la culture sont sanctuarisés, autant ceux de l'audiovisuel ne le sont pas.
MADAME LA MINISTRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, les discussions se poursuivent sur ces questions-là. Le budget n'est pas encore bouclé. Sur l'audiovisuel, j'ai veillé aussi à insister sur la créativité notamment en matière de fictions et de documentaires. On a besoin aujourd'hui d'investir plus dans les périodes d'écriture, dans les phases d'écriture et de développement aussi bien des séries que des fictions unitaires pour améliorer encore plus la qualité de la production française. Par exemple en matière cinématographique, on exporte beaucoup notre cinéma partout dans le monde. Il y a eu cent vingt millions de places vendues pour des films français l'année dernière, ce qui est tout à fait remarquable. Il faut qu'on puisse avoir le même développement, le même rayonnement et le même succès avec des fictions et du documentaire français. Ça existe d'ailleurs. On a vu par exemple le succès des « Revenants » l'année dernière. Il faut qu'on encourage ça et la clef du succès, c'est vraiment l'investissement sur les phases d'écriture. C'est pour ça que j'ai lancé une série de réformes, notamment du soutien à l'écriture, pour accentuer sur ce travail-là.
NICOLAS MARTIN
Pour autant, il y a un plan d'économies à France Télévisions avec un plan de départs volontaires et un plan d'économies à Radio France.
FREDERIC METEZEAU
Oui, c'était la question. Sanctuarisation ou pas des budgets de l'audiovisuel public à Radio France et France Télévisions ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, moi je pense qu'il faut sortir d'une chose, c'est le « France Télé bashing » en quelque sorte. C'est vraiment une ancienne qu'on entend trop, trop souvent. Depuis mon arrivée, on a bien sûr considérablement clarifié les contrats passés par France Télévisions. Il y a de la transparence, il y a de l'éthique, des clauses de responsabilité, des redditions de comptes. Ça se passe beaucoup mieux depuis deux années. Il y a aussi des économies qui ont été faites par France Télévisions importantes avec un plan de départs volontaires. Ce n'est pas un plan social, c'est des départs volontaires. Depuis deux ans, l'entreprise est engagée à la fois sur des réformes sur son fonctionnement mais aussi sur des économies et sur l'amélioration de la qualité du service public qui doit être un lieu où effectivement on soutient, on produit et on montre la création française. On fait du documentaire, on fait de la formation de qualité, il y a une place pour la culture, il y a des développements numériques. On doit donc continuer dans cette voie-là, accentuer encore, mais je ne veux pas qu'on dise que France Télévisions n'a pas fait d'économies depuis deux années ou qu'on se contente de vouer aux gémonies ce qui est quand même le coeur du service public audiovisuel en France.
FREDERIC METEZEAU
Et qu'est-ce que vous dites de Radio France et pour Radio France, notre maison ronde, et tous les France Bleu ?
AURELIE FILIPPETTI
Radio France a été préservée pendant les deux années. Pour l'avenir, je veux vraiment rassurer tout le monde, aussi bien Radio France que le réseau France Bleu qui fait un travail remarquable sur les territoires. D'ailleurs, dans les réflexions que je mène aujourd'hui avec France Télévisions sur l'avenir de France 3, il y a évidemment le modèle de France Bleu.
NICOLAS MARTIN
Anne BRUCY vient de vous remettre un rapport à ce propos.
AURELIE FILIPPETTI
Anne BRUCY m'a remis un rapport. On voit par exemple une information de proximité qui soit encore mieux valorisée avec des plages plus larges - ça, c'est quelque chose de très important - des productions régionales aussi, de proximité mais de qualité, avec des investissements supérieurs dans ces productions. Même si on en fait moins en quantité mais avec plus d'investissement, c'est quelque chose qu'il faut aussi développer. Il faut donc renforcer l'emprise sur les territoires de France 3, comme c'est le cas pour France Bleu aujourd'hui.
NICOLAS MARTIN
Aurélie FILIPPETTI, donc pas de réductions d'effectifs dans les rédactions locales de France 3 ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, il y a un plan de départs volontaires. Après, c'est à l'entreprise de gérer et les arbitrages ne sont pas encore définitifs concernant l'audiovisuel, mais évidemment, on est très vigilant. Des radios comme France Culture par exemple, pour ce qui concerne la radio, c'est tout à fait exceptionnel dans le paysage radiophonique mondial. Il n'y a pas de pays au monde ailleurs qu'en France où il existe une radio comme France Culture qui est quand même un havre d'intelligence. Pardon de le dire ici ! [rires]
NICOLAS MARTIN
On boit du petit lait. Mais bon ! ça ne va pas m'empêcher d'aborder un sujet qui fâche un peu puisqu'on parle d'audiovisuel public, un sujet sur lequel j'aimerais avoir votre réaction, c'est l'affaire Bygmalion qui a éclaboussé France Télévisions. Le PDG de France Télévisions Rémy PFLIMLIN a été auditionné en tant que témoin assisté par le juge VAN RUYMBEKE dans cette affaire de favoritisme. Martin AJDARI, qui était numéro deux du groupe et est aujourd'hui votre directeur du cabinet, a été auditionné à deux reprises lui aussi en tant que témoin assisté. Vous disiez vous-même il y a un an chez nos collègues de France Inter que le service public se devait d'être exemplaire. Quelle est votre réaction à cette affaire ?
AURELIE FILIPPETTI
Là ; il faut être très, très clair. Je refuse absolument tout amalgame. L'affaire Bygmalion s'est passée avant l'arrivée de Rémy PFLIMLIN, on parle de la période de Patrick de CAROLIS. Ces contrats ont été passés à cette époque-là. Quand Rémy PFLIMLIN est arrivé avec son équipe, il a mis fin et éteint progressivement les contrats Bygmalion. C'est ce qu'il a dit aux juges dans le cadre de son audition comme témoin assisté. Il n'est pas mis en examen.
NICOLAS MARTIN
Témoin assisté, c'est un statut à part. C'est un statut intermédiaire.
AURELIE FILIPPETTI
Ça permet d'avoir accès au dossier mais il n'est pas mis en examen contrairement à trois personnes qui, elles, ont été mises en examen dont un ancien conseiller de Nicolas SARKOZY.
FREDERIC METEZEAU
Qui s'appelle Camille PASCAL.
AURELIE FILIPPETTI
Voilà. Je veux vraiment qu'on distingue les choses. L'affaire Bygmalion, c'est l'héritage de la période Sarkozy. On le voit, on le voit tous les jours. On en a assez de ces affaires mais désormais et depuis 2012, on a rétabli des conditions éthiques dans la passation des contrats de France Télévisions. Ç'a été valable pour Bygmalion qui aujourd'hui n'a plus de contrats avec France Télévisions comme ç'a été valable pour toutes les entreprises avec qui France Télévisions passe des contrats. Il ne faut vraiment pas d'amalgame.
NICOLAS MARTIN
D'accord. Ça n'entache pas pour vous le bilan de Rémy PFLIMLIN ?
AURELIE FILIPPETTI
Encore une fois, il a été auditionné et c'est normal qu'il soit auditionné puisqu'il a pris les rênes de l'entreprise après cette période, à un moment où il y avait encore des contrats en cours mais pour l'instruction, c'était normal qu'il soit auditionné. Il est témoin assisté et n'est pas mis en examen contrairement à d'autre qui sont mis en examen, eux. Il ne faut pas stigmatiser aujourd'hui France Télé ni l'équipe dirigeante pour des faits qui sont imputables à l'équipe précédente.
FREDERIC METEZEAU
Vingt après l'affaire des producteurs-animateurs qui avait valu à l'époque son poste au PDG de France Télévisions Jean-Pierre ELKABBACH, est-ce que vous pensez qu'il faut faire un ménage sur ces producteurs, ces boîtes de production privées qui sous-traitent énormément de produits, d'émissions de variétés, de téléfilms pour France Télévisions, alors même qu'en interne il y a des gens qui savent faire tout cela ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez, il y a un réseau de producteurs indépendants en France qui est une source de diversité dans la production et la création audiovisuelle très féconde pour le service public et pour le paysage audiovisuel français. Ce réseau de producteurs indépendants est précieux. On ne peut pas faire tout en interne, il y a des modèles à trouver ; il y a des productions qui sont internes mais le réseau de producteurs indépendants est précieux. Maintenant, dans la manière dont on passe des contrats avec des producteurs indépendants, c'est là qu'il faut être irréprochable, exigeant sur les coûts par exemple, sur les conditions éthiques, sur la transparence des comptes. On demande maintenant systématiquement qu'il y ait des comptes qui soient certifiés pour les producteurs qui travaillent avec le service public. On a vraiment renforcé toutes les garanties de transparence pour les contrats de France Télévisions. Avoir un réseau de producteurs indépendants, c'est là encore une richesse parce que ça nous garantit une pluralité des regards, une infinité des regards. C'est des gens qui vont aller chercher à la fois des histoires mais aussi des créateurs, des auteurs, un petit peu partout en France ou ailleurs. Ils vont pouvoir ainsi apporter un regard très ouvert sur le monde.
NICOLAS MARTIN
Et ils font vivre des intermittents techniciens, monteurs et producteurs.
AURELIE FILIPPETTI
Ils font vivre des intermittents. Pour revenir sur la question des intermittents, évidemment la question de l'audiovisuel sera traitée. On sait qu'il y a de bonnes pratiques mais aussi de mauvaises pratiques.
FREDERIC METEZEAU
Comme pour les producteurs.
AURELIE FILIPPETTI
Exactement. Ça fera d'ailleurs partie des sujets qui sont sur la table de la concertation.
NICOLAS MARTIN
Dans les dernières minutes qu'il nous reste, j'aimerais tout de même qu'on aborde la loi sur la création qui était un peu votre grand projet, votre bébé.
AURELIE FILIPPETTI
N'en parlez pas au passé !
NICOLAS MARTIN
Justement, on ne sait plus très bien où on est. On nous parle de 2015, ç'a été quand même très repoussé.
AURELIE FILIPPETTI
Non, ça n'a pas été repoussé. Il y a une annonce forte qui a été faite et désormais, on a une fenêtre parlementaire en 2015 pour une loi sur la culture qui embrassera un grand nombre d'aspects.
NICOLAS MARTIN
C'est très vaste.
AURELIE FILIPPETTI
C'est très vaste parce qu'évidemment le calendrier parlementaire est très contraint, mais les sujets sont énormes. Il y a la transition numérique ; on ne l'a pas dit encore mais le numérique bouleverse vraiment les modes de production. C'est bien sûr aussi une chance pour la diffusion, c'est fait dans de bonnes conditions, et c'est aussi une chance pour les pratiques artistiques. Dans le cadre d'une opération qu'on a appelée Silicon Valois, j'ai invité au ministère de la Culture des entreprises, des start-up, des petits génies du numérique et du codage qui ont inventé un certain nombre d'applications et de logiciels pour permettre de faciliter, par exemple, la médiation en matière culturelle. Vous vous promenez dans la rue et vous avez une application qui vous dit où vous avez des oeuvres d'art dans l'espace public par exemple.
NICOLAS MARTIN
Il faudrait tout de même parler d'Hadopi qui doit être transférée au CSA.
AURELIE FILIPPETTI
La loi sur la culture a vocation à faire quoi ? A adapter, continuer d'adapter notre tissu, notre réseau culturel aux grands enjeux d'aujourd'hui dans ce travail avec les collectivités locales, qui aujourd'hui participent au financement de la culture et à la diversité culturelle d'une manière exceptionnelle. Il y a aussi tout un aspect le patrimoine. Cent ans après la première loi sur le patrimoine, il faut qu'on modernise et qu'on clarifie la protection du patrimoine, notamment pour mieux protéger le patrimoine du XXème siècle pour protéger les archives.
NICOLAS MARTIN
Aurélie FILIPPETTI, j'insiste un peu sur l'Hadopi.
AURELIE FILIPPETTI
Non, je ne veux pas insister sur Hadopi parce que je pense que ce n'est pas le sujet. Aujourd'hui, le sujet en matière de numérique c'est comment on fait pour…
NICOLAS MARTIN
La Haute Autorité dit qu'elle n'est plus financée même pour la période de transition, qu'elle n'a pas les moyens de fonctionner.
AURELIE FILIPPETTI
C'est faux. Il y a eu des économies qui ont été faites partout. On parlait de France Télévisions qui a fait beaucoup plus d'économies que l'Hadopi. Le budget de l'Hadopi est préservé pour les années à venir.
NICOLAS MARTIN
Il était de huit millions et est passé à 5,7.
AURELIE FILIPPETTI
C'étaient des économies qui étaient tout à fait absorbables par la Hadopi.
NICOLAS MARTIN
On a l'impression que vous êtes un peu fâchée avec la Haute Autorité, si vous me permettez.
AURELIE FILIPPETTI
Ecoutez, une Haute Autorité c'est évidemment indépendant mais on ne peut pas critiquer le ministère de tutelle qui définit un budget selon des contraintes bien précises et avec aussi, par ailleurs, des informations sur la nécessité de préserver la réponse graduée, qu'on a conservée.
NICOLAS MARTIN
Mais plus la coupure d'accès à Internet qui a été supprimée.
AURELIE FILIPPETTI
Ce système de la réponse graduée fonctionne mais la coupure d'accès à Internet a été supprimée parce que tout le monde considérait que c'était une mesure exorbitante du droit commun.
NICOLAS MARTIN
Ça veut dire qu'il y a encore des lettres recommandées qui partent auprès des internautes qui téléchargent illégalement ?
AURELIE FILIPPETTI
Il y a des mails, il y a des lettres mais surtout ce qui est important, c'est de réorienter vers la lutte contre la contrefaçon commerciale la politique de lutte contre le piratage. C'est ça que disait le rapport Lescure et c'est ça qui est finalement la clef de la préservation des droits des auteurs. C'est pour ça qu'on met en place maintenant un certain nombre de choses. Par exemple, on travaille avec les sociétés de paiement, avec les sociétés de crédit, avec les sociétés de publicité pour les responsabiliser par rapport à l'orientation qu'ils font vers des sites qui font de la contrefaçon commerciale. C'est ça aujourd'hui la priorité : c'est la lutte contre la contrefaçon commerciale.
NICOLAS MARTIN
Aurélie FILIPPETTI, un tout dernier mot puisque nous recevrons dans quelques instants en deuxième partie Marc DUGAIN pour son roman « L'emprise » qui parle de politique et des arcanes de la politique. J'aimerais aussi convoquer le film de Pierre SCHOELLER pour parler avec vous de l'exercice de l'Etat.
AURELIE FILIPPETTI
Très bon film.
NICOLAS MARTIN
Vous qui êtes auteure et écrivain, est-ce que vous avez pour plus tard le projet d'écrire sur cette expérience gouvernementale qui n'aura pas été simple et qui aura été un peu dure aussi pour vous ?
AURELIE FILIPPETTI
De toute façon, une expérience gouvernementale est toujours dure, j'imagine. On n'est pas là pour se faire plaisir, ce n'est pas un chemin pavé de roses. Mais en tous cas, c'est une très bonne source aussi bien littéraire que cinématographique.
NICOLAS MARTIN
Ça veut dire que vous pensez déjà à écrire ?
AURELIE FILIPPETTI
Non, non, non ! ce n'est pas pour moi. Mais j'ai hâte de lire le livre de Marc DUGAIN parce que je trouve que l'exercice du pouvoir est une expérience humaine, et le film de SCHOELLER était remarquable même si c'était notre noir. Justement, c'est la part d'inhumanité ou de dureté qui est inhérente à la condition humaine pour terminer par Malraux. Voilà !
FREDERIC METEZEAU
La boucle est bouclée !
NICOLAS MARTIN
Merci beaucoup Aurélie FILIPPETTI, ministre de la Culture, d'avoir accepté l'invitation des Matins d'été.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juillet 2014