Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Culture le 18 mai 2015, sur la politique culturelle et la réforme du collège.

Texte intégral

MARC VOINCHET
Donc bonjour. Re-bonjour Manuel VALLS.
MANUEL VALLS
Re-bonjour.
MARC VOINCHET
Le 7 mai dernier, dans une tribune que vous laissez, que vous faisiez paraître dans Le Monde, vous disiez, en parlant de la nécessité de faire vivre l'esprit du 11 janvier, la lucidité n'empêche pas l'espoir, ça pourrait être du Clémenceau ; de la lucidité et de l'espoir, il en faut sans doute à ce moment pour être un Premier ministre socialiste, entre réformes chahutées dans l'Education et la Santé, projets de loi aux forceps, le 49.3 MACRON, désertion des rangs du PS par les militants à l'approche du congrès socialiste au début du mois de juin, ou bien encore, fronde interne à votre parti, la majeure partie des tâches que vous entreprenez sont tout de même montrées du doigt, désignées, critiquées. Alors comment garder sa lucidité quand les propositions faites sont immanquablement remises en cause ? Comment entretenir l'espoir et l'imposer aux analystes de leur temps ? Les penseurs, les intellectuels, les pseudos et vrais, qui n'aperçoivent ni éclaircie ni accalmie. Et comment redonner confiance aux déçus de la politique et de cette classe réputée élitiste, déconnectée des réalités du terrain, qui, même dans ses extrêmes, se déchire pour des querelles internes, qui n'engagent pas le quotidien des citoyens ? Vous revenez de Cannes, Manuel VALLS, dans un instant, on parlera du gros des dossiers, bien sûr, la question de la réforme du collège, la question des migrants, dont il était question, des questions d'économie, Brice COUTURIER, à 08h15, vous demandera au fond quelle est la gauche qui finira par gagner, celle à laquelle vous appartenez de coeur depuis bien longtemps, auprès de Michel ROCARD ou celle qui essaie de se faire entendre par une sorte de motion B au congrès du Parti socialiste. Mais d'abord, nous sommes très contents, parce que c'est la première fois qu'un Premier ministre en exercice vient dans les studios de France Culture, donc à nouveau bienvenue. Mais nous ne serons pas pour autant forcément toujours très aimables, d'abord, pourquoi vous n'avez pas…
MANUEL VALLS
Hélas…
MARC VOINCHET
Ce n'est pas la première fois qu'un Premier ministre allait à Cannes, Lionel JOSPIN avait monté les marches en l'an 2000 pour « Vatel », et lui, il avait eu moins de pudeur, il était monté par le tapis rouge traditionnel avec Sylviane AGACINSKI, pas vous ?
MANUEL VALLS
Non, je n'ai pas voulu le faire parce que je suis sensible, d'abord, au symbole, et puis, parce que les marches, c'est pour les artistes, pour les acteurs, pas pour les responsables politiques, sauf la ministre de la Culture, qui, bien sûr, a un rôle différent dans son lien avec le monde artistique et les créateurs…
MARC VOINCHET
Voilà, et qui peut-être a plus de glamour que vous…
MANUEL VALLS
Je vous le confirme…
MARC VOINCHET
Sur le tapis rouge. Manuel VALLS, vous avez assisté, studieux, à la projection du Nanni MORETTI, un cinéaste qui ne perd pas son latin, et puis, dimanche matin, au film de Maïwenn, dont vous avez déclaré qu'il était très ému, avant de vous exprimer, à l'occasion d'un colloque, sur le droit d'auteur. Mais dites, avez-vous été saisi par le syndrome de Stockholm, à voir tous ces artistes, intellectuels, cinéastes qui vous ont dit : mais que fait la gauche avec le budget de la Culture ? Tac, vous avez déclaré mea culpa, on n'aurait jamais dû baisser le budget de la Culture, ce fut une erreur.
MANUEL VALLS
Non, ce n'est pas la première fois que je le dis, là aussi, nous sommes bien sûr dans les symboles, mais notamment en matière de culture, les symboles ont leur importance, et la sensibilité des créateurs, des artistes doit toujours être prise en compte, il ne suffit pas de rester à une formule…
MARC VOINCHET
Mais ce n'est pas un peu tard ?
MANUEL VALLS
Mais moi, je suis Premier ministre depuis un an, et nous avons décidé avec le président de la République, de redonner, de continuer à donner des moyens, mais de garder, de préserver ces moyens pour la création, pour le spectacle vivant, c'était notamment après la énième crise des intermittents, dont je crois, et j'espère, nous sommes en train de sortir. C'est important, pas seulement parce que c'est la gauche qui gouverne, mais parce que c'est la France dans ce débat sur les droits d'auteurs, c'est-à-dire, au fond, comment on préserve cette exception culturelle, ce qu'est profondément la civilisation européenne au sens le plus beau du mot, comment on le préserve, c'est un vrai débat, pas seulement en France et en Europe. Donc la France, donc son gouvernement doivent préserver les budgets de la culture, doivent soutenir les collectivités territoriales, qui s'engagent aussi pour la culture…
MARC VOINCHET
Mais est-ce que vous allez le traduire dans les faits, ça, là, très bientôt ?
MANUEL VALLS
Mais encore dans 48h, avec Fleur PELLERIN, nous allons signer plusieurs pactes, avec plusieurs collectivités territoriales, pour soutenir l'engagement de ces villes en faveur de la culture, et ça se traduit, bien sûr, dans le budget, ça se traduit par la réforme du régime des intermittents qui, je crois, va dans le bon sens, donc oui, c'est important de garder ce message, même s'il faut évoluer, qu'il faut tenir compte de la révolution numérique, mais c'est essentiel.
MARC VOINCHET
Réforme des intermittents, dont on a peu parlé, c'est vrai que le dossier avance, mais notamment le 8 janvier, mais on sait que le 8 janvier, l'actualité était tout à fait autre, et les rendez-vous sont encore à venir…
MANUEL VALLS
Oui, mais j'ai eu l'occasion d'y revenir, de rencontrer l'ensemble des acteurs. Vous voyez, on avance, c'est-à-dire qu'on peut réformer, à partir du dialogue, avec intelligence, et on peut avancer et faire avancer des dossiers qui, jusqu'à maintenant, paraissaient in-réformables, si vous me permettez cette expression.
MARC VOINCHET
Ça ne doit pas être facile de travailler avec vous, parce que vous laissez quand même peu de marges et peu d'air à vos ministres de la Culture, FILIPPETTI n'a pas duré très longtemps sous un autre gouvernement, Fleur PELLERIN, pour l'instant, doit serrer les coudes, qui sait ! Ecoutez donc tout de même Aurélie FILIPPETTI, ce sont nos amis de France Info qui l'ont interrogée hier, à propos justement de cette question de politique et d'austérité et de ses combats, elle, pour un meilleur budget de la Culture. Aurélie FILIPPETTI, au micro de Catherine POTTIER.
AURELIE FILIPPETTI, ANCIENNE MINISTRE DE LA CULTURE
Il n'est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs, et moi, je me suis battue pendant deux ans – même deux ans et demi – pour lutter contre cette baisse du budget, pour essayer d'expliquer que cette baisse du budget allait avoir des conséquences néfastes pour notre pays, bon, je n'ai pas été écoutée, du moins jusqu'à l'arrivée de Manuel VALLS comme Premier ministre, je n'ai pas du tout été écoutée par Jean-Marc AYRAULT, puisque, ni par François HOLLANDE à l'époque, puisque le budget de la Culture a baissé de 6 % sur les deux premières années. Ce qui était du jamais vu, même sous la droite, on n'avait jamais osé baisser le budget de la culture de la sorte ; et malheureusement, même si Manuel VALLS reconnaît cette erreur aujourd'hui, ce que je constate, c'est que l'austérité, elle continue pour les collectivités locales, qui doivent faire trois milliards neuf d'économies cette année, et ça, ça a un impact direct sur la culture, puisqu'il y a plus de 150 festivals qui vont être annulés parce que les collectivités ne peuvent plus les financer. Ce que je constate, c'est que quand l'armée par exemple fait sonner du clairon de la part d'un certain nombre de députés pour préserver son budget, eh bien, l'armée est écoutée, on lui préserve son budget, quand ce sont les gens du monde de la culture, qui pourtant font un travail essentiel sur le terrain, auprès de tous nos concitoyens, notamment des jeunes, eh bien, ils ne sont pas écoutés.
MARC VOINCHET
Voilà, Aurélie FILIPPETTI au micro de Catherine POTTIER, de France Info. Manuel VALLS ?
MANUEL VALLS
Ça faisait longtemps, et je pense qu'on ne l'a pas entendue depuis longtemps, y compris sur France Culture, cette opposition totalement absurde entre le budget de la Défense et celui de la Culture, moi, je ne suis pas là pour polémiquer avec Aurélie FILIPPETTI, ce qui me paraît important, c'est que nous préservions les budgets de la création, c'est que nous continuions à soutenir les collectivités territoriales, elles peuvent faire le choix, les collectivités territoriales ne sont pas obligées de saccager leur budget de la Culture. Moi, je suis toujours élu local, conseiller municipal à Evry, à Evry, son agglomération, Francis CHOUAT, qui est le maire et le président de l'agglomération, préserve, développe, dans un territoire qui n'est pas facile, avec des problèmes financiers, avec des problèmes sociaux, mais fait de la Culture la priorité de ce territoire. Donc ça veut dire qu'on peut toujours faire des…
MARC VOINCHET
La gauche a déçu sur ce dossier-là, ça va être difficile de…
MANUEL VALLS
Mais ai-je dit autre chose hier ? Donc nous sommes, au contraire, me semble-t-il, en train de reconquérir les coeurs, non pas par les discours, mais par les faits, le budget, les intermittents, notre engagement avec le président de la République sur la question des droits d'auteurs, et avec une ministre, Fleur PELLERIN, je n'ai pas réagi à votre remarque, qui a toutes les marges pour travailler, qui est talentueuse et qui travaille bien.
MARC VOINCHET
Nous sommes en compagnie, vous l'avez vu, de Frédéric METEZEAU, et tiens, je n'ai pas signalé, bonjour Louison ! Louison qui fait des dessins à la radio, c'est notre spécialité à France Culture, tout à l'heure, nous dira quelles conclusions en dessins elle tire de ces premières minutes avec vous, Manuel VALLS. Frédéric METEZEAU.
FREDERIC METEZEAU
Oui, Monsieur le Premier ministre, vous dites : il ne s'agit pas de faire des discours, mais d'amener des faits en matière de culture, le discours est important quand même, vous faites en la matière une sorte de droit d'inventaire des premières années du quinquennat HOLLANDE ?
MANUEL VALLS
Non, j'ai uniquement marqué un fait, parce que je connais la déception, la réaction qu'il peut y avoir dans le monde de la culture, que je connais bien, où il y a une sensibilité à la priorité, si les artistes, les créateurs, les gens du théâtre, du cinéma, de la danse, des arts plastiques ont le sentiment que ce n'est pas une priorité, notamment quand c'est la gauche qui gouverne, il y a forcément une déception…
MARC VOINCHET
Et vous le pensiez à l'époque ?
MANUEL VALLS
Tout n'est pas argent. Je suis solidaire des décisions qui ont été prises, je ne suis pas là pour critiquer, je suis là pour…
MARC VOINCHET
C'était notamment monsieur CAHUZAC qui serrait la vis du Budget…
MANUEL VALLS
C'était son rôle comme ministre du Budget, je suis là pour tirer les conséquences de ce qu'a pu être cette déception dans un pays qui fait beaucoup pour la culture, il y a eu – rappelez-vous – il y a quelques mois cette semaine extraordinaire où on a, à la fois, inauguré le musée PICASSO restauré, la FIAC, la Fondation VUITTON, quelques semaines après, on inaugurait la Philharmonie, c'était début janvier. Donc il se passe quand même beaucoup de choses, grâce à l'Etat, grâce aux collectivités territoriales, grâce aussi au mécénat, c'est-à-dire à l'argent privé, ça foisonne malgré tout, regardez à Paris, il y a les Expositions BONNARD et VELAZQUEZ…
FREDERIC METEZEAU
Attention, Monsieur le Premier ministre, on va vous accuser de délaisser le patrimoine !
MANUEL VALLS
Non, et le patrimoine reste important, c'est la raison pour laquelle Fleur PELLERIN prépare une loi importante qui sera discutée cet automne notamment, pas seulement, sur la création, mais notamment sur le patrimoine.
FREDERIC METEZEAU
Ce que vous dites à propos du budget de la Culture englobe forcément le budget de la Communication, il y a eu des erreurs commises pendant les deux premières années à propos de la gestion de l'audiovisuel public et de Radio France en particulier, qui sort d'une très longue grève ?
MANUEL VALLS
Non, mais peut-être sans doute que la tutelle n'a pas été suffisamment attentive aux enjeux financiers, mais maintenant, après notamment la grève que Radio France a connue, il faut, à travers le dialogue social, avancer, et regarder vers l'avenir. Mais regardez, j'étais à Cannes pendant 24h, il n'y a pas beaucoup de pays qui soutiennent ainsi le cinéma, et pas seulement le cinéma français, le cinéma européen, le film de MORETTI « Mia Madre » a eu aussi le soutien du CNC, de France Télévisions, de Arte plutôt, de la région Ile-de-France, qui investit quatorze millions d'euros par an en faveur du cinéma. Nous soutenons aussi le cinéma qui vient de plus loin, de l'Afrique. Donc moi, je ne suis pas là pour critiquer seulement, je suis là aussi pour souligner ce qui va dans le bon sens et pour faire mieux, parce que ce lien avec le monde de la culture, et ce n'est pas uniquement encore une question de gauche, mais entre la France et la Culture, ce qui est profondément notre identité, le débat avec les intellectuels, la place de la culture dans l'éducation, ça me paraît être essentiel, ça fait partie, puisqu'on parle beaucoup de cela, de notre propre identité, à condition que cette identité soit ouverte, généreuse, forte, tournée vers les autres.
MARC VOINCHET
Vous étiez à la projection du film de Nanni MORETTI, vous vous êtes dit que c'était un traquenard de voir ce film qui relate en l'occurrence la vie, la fin de vie d'une femme qui n'a de cesse que de transmettre le latin à sa petite-fille, avec cette phrase assez extraordinaire : le latin, on sait que ça sert à quelque chose, on ne sait plus vraiment pourquoi, mais ça sert à quelque chose. Et la vieille dame, elle dit : eh bien, oui, ça sert à avoir un peu de logique au fond.
MANUEL VALLS
Excellente transition, mais d'abord, pour…
MARC VOINCHET
Merci Monsieur le Premier ministre !
MANUEL VALLS
Que ça soit le film de MORETTI ou de Maïwenn, bon, « Mon Roi », ce sont quand même deux oeuvres d'art qui font vibrer les émotions et qui explorent les sentiments humains d'une manière tout à fait extraordinaire, et permettez-moi d'ailleurs de saluer, d'une manière générale, la créativité, la force en pensant au film de Maïwenn, du cinéma français, et de grands acteurs, comme Vincent CASSEL ou Emmanuelle BERCOT, qui est aussi une belle réalisatrice, bon, voilà, mais…
MARC VOINCHET
Mais est-ce que le film de MORETTI répond aux questions au fond sur la question du latin aujourd'hui, la place du latin dans la société et sa place dans la réforme du collège?
MANUEL VALLS
Mais comme le latin n'est pas supprimé dans les écoles, donc ça ne fait que renforcer l'idée qu'on doit continuer à enseigner le latin avec ce qu'il peut apporter, mais, au plus grand nombre, et pas seulement à quelques-uns. Alors, c'est un beau rappel.
MARC VOINCHET
Alors la réforme du collège – on le sait – fait quelques vagues, tout de même, demain, grande journée de mobilisation des enseignants du collège. Vous publiez une tribune dans Libération aujourd'hui, pourquoi il faut la faire, cette réforme, pourquoi elle doit se faire, eh bien, justement, pourquoi elle doit se faire ?
MANUEL VALLS
Eh bien parce que, il y a un échec, il y a un échec du collège, il ne garantit plus aujourd'hui l'acquisition des fondamentaux pour tous les élèves, à la fin de l'école primaire, un élève sur huit ne maîtrise pas les compétences en français, et à la fin du collège, c'est le double. Donc aujourd'hui, malheureusement, cela contribue à une école de plus en plus inégalitaire, où le parcours scolaire dépend de plus en plus du milieu social d'origine. Il y a aujourd'hui plus d'enfants ouvriers qui sont en échec scolaire, qu'il y a trente ans. Donc on ne peut pas se satisfaire de cette situation. Donc il fallait cette réforme dont le coeur – et je veux bien le souligner, ce n'est pas le débat sur le latin ou le grec ou sur l'allemand, la ministre de l'Education nationale s'en est très bien expliquée, il y a quelques jours sur votre antenne – mais l'élément essentiel c'est l'autonomie ; tous les élèves n'ont pas les mêmes difficultés, tous les établissements non plus. Donc il nous fallait en tenir compte. Et le fait de permettre le travail en petits groupes, l'accompagnement personnalisé, l'enseignement pluridisciplinaire, cela donne une chance nouvelle au collège, et surtout, ces nouvelles méthodes signifient, et là, c'est une révolution, c'est un changement profond, parce qu'on en parle depuis des années, que chaque collège décidera de 20 % de l'emploi du temps des élèves, cette autonomie était attendue, et c'est de la confiance qu'on accorde ainsi bien sûr aux principaux de collèges, mais aux équipes pédagogiques, donc c'est – je le crois – profondément une véritable révolution que le collège va connaître…
MARC VOINCHET
Alors, comment expliquer que cela suscite autant d'hostilité, Manuel VALLS ?
MANUEL VALLS
Parce que je pense que c'est difficile de réformer l'école, qu'à chaque fois qu'on parle de…
MARC VOINCHET
Le fait de réformer tout court !
MANUEL VALLS
Oui, donc il faut réformer, oui, mais l'école, parce qu'elle est au coeur de la construction républicaine, parce que depuis que Jules FERRY a construit l'école de la République, à chaque fois qu'on parle de l'école, il y a des débats, mais peut-être parce que, aussi, derrière cela, il y a deux conceptions qui s'affrontent, entre l'idée d'une école pour tous, et une école seulement pour certains, j'ai été frappé d'ailleurs par les propositions de Bruno Le MAIRE, je ne sais pas s'il s'exprimait en son nom ou au nom de l'UMP, mais on voit bien qu'il y a, là, une autre conception d'une école, qui, elle, est inégalitaire, qui ne donne pas les chances pour tous. Nous voulons, nous, élever le débat, nous voulons élever le niveau pour tous les élèves. Donc il faut réformer, et au fond, vous savez, le débat, il est assez simple, il est assez binaire, c'est soit…
MARC VOINCHET
Mais les classes bilingues, trop élitistes !
MANUEL VALLS
Soit, le changement, soit la réforme, soit le retour en arrière ou la restauration, qui aujourd'hui se traduisent par les échecs que j'ai rappelés.
MARC VOINCHET
Les classes bilingues étaient trop élitistes…
MANUEL VALLS
Non, mais les classes bilingues ne concernent que 15 % des élèves. En permettant…
MARC VOINCHET
Et donc vous dites : on peut sacrifier 15 % de bons élèves pour plutôt s'intéresser à…
MANUEL VALLS
Mais personne ne parle de sacrifier, personne ne parle de sacrifier ces élèves…
MARC VOINCHET
Elles disparaissent en 6ème en tout cas…
MANUEL VALLS
Ceux qui ont commencé à apprendre une langue vivante en CP auront la possibilité dès la 6ème d'avoir cette deuxième langue. Et puis, la langue vivante 2 sera possible à partir de la 5ème, donc moi, je ne veux pas rentrer dans ce débat absurde et caricatural, là, à travers les langues, à travers le latin, à travers l'enseignement de l'histoire, mais là, c'est l'affaire des programmes, au contraire, il s'agit d'élever le niveau par le haut, de donner davantage de chances aux élèves. Moi, je ne peux pas me satisfaire que les enfants de la ville dont je suis l'élu, je vous en parlais, Evry, aient moins de chances que d'autres, ça n'est pas ma conception, pas seulement de mon engagement politique, mais ça n'est pas ma conception de l'école de la République.
MARC VOINCHET
Donc c'est une réforme de gauche !
MANUEL VALLS
C'est une réforme pour la France et c'est bien sûr une réforme profondément de gauche, puisqu'elle s'attaque d'abord aux inégalités, c'est quoi être de gauche ? Nous y reviendrons tout à l'heure…
MARC VOINCHET
Eh bien, Brice COUTURIER…
MANUEL VALLS
Nous y reviendrons, c'est d'abord s'attaquer aux inégalités et notamment les inégalités liées aux origines…
MARC VOINCHET
… Un point, après tout, le 13 janvier, on se souvient que dans votre discours en hommage aux victimes des attentats, vous aviez déclaré, je vous cite : la France, c'est l'esprit des lumières, et patatras, on apprend que l'enseignement de l'esprit des lumières est facultatif !
MANUEL VALLS
Et vous explique même qu'on va détruire l'enseignement de l'histoire et la chronologie, alors que, au contraire, la réforme des programmes, qui va être revue, puisque, de toute façon, il y a une consultation, une concertation qui est en cours avec les enseignements, avec les enseignants, avec les professeurs, et de toute façon, la ministre l'a dit, il y aura un certain nombre d'aspects, et pas seulement le jargon, mais certains nombre d'aspects qui vont être revus, elle a rencontré elle-même de nombreux intellectuels, je pense par exemple à Pierre NORA ; donc il faut donner du sens à cet enseignement. Mais au contraire, nous allons renforcer par exemple la chronologie de l'histoire, on nous a même expliqué que l'islam, l'enseignement de l'islam allait être obligatoire au détriment de celui du christianisme, tout ça, ce sont des mensonges, des contrevérités…
MARC VOINCHET
Et donc vous montez au feu pour les dénouer ces mensonges, les dénoncer ?
MANUEL VALLS
Mais c'est mon rôle, d'abord, pour défendre cette réforme, parce que je la crois utile, même si elle va, bien sûr, s'inscrire dans le temps, pour défendre l'école de la République, pour saluer le travail et l'engagement extraordinaire des enseignants. Nous avons rétabli la formation des enseignants, elle avait été saccagée par la majorité précédente, nous créons 60.000 postes d'enseignants, c'était un des engagements de François HOLLANDE pour ce quinquennat. Nous accompagnons la réforme du collège par la création de 4.000 postes supplémentaires, le budget de l'école est redevenu le premier budget de la Nation. Donc l'école est de nouveau la priorité, mais pour s'attaquer à ces inégalités, il ne faut pas uniquement des moyens, il faut aussi des réformes de fond, des réformes pédagogiques.
MARC VOINCHET
Alors une petite question, attention à la pendule, de Frédéric METEZEAU.
FREDERIC METEZEAU
Question de méthode, Monsieur le Premier ministre, cette réforme, c'est celle du président de la République, c'est la vôtre, c'est celle de la ministre ou c'est celle du Conseil supérieur des programmes, qui est créé par la loi PEILLON de 2013, et qui est une instance indépendante, elle fait sa réforme, et puis, elle laisse les politiques la défendre et tant pis si ça ne plaît pas ?
MANUEL VALLS
L'école, c'est la priorité puisque la jeunesse, c'est la priorité de François HOLLANDE…
FREDERIC METEZEAU
Est-ce que vous avez la main ?
MANUEL VALLS
Nous avons la main, elle est incarnée par ailleurs par Najat VALLAUD-BELKACEM, qui est la première ministre femme de l'Education nationale, qui est elle-même issue de cette école républicaine, laïque, qui doit permettre à chacun de s'élever, et elle l'incarne, et la porte avec courage.
FREDERIC METEZEAU
Est-ce que le Conseil supérieur, il ne vous a pas laissé un cadeau empoisonné ?
MANUEL VALLS
Il y a la réforme du collège, qui est en marche, et il y a ensuite la réforme des programmes, qui est en effet issue de la loi sur la refondation de l'école, qui avait été portée par Vincent PEILLON, qui est indépendante, et à la fin de cette concertation avec les enseignants, la ministre tirera un certain nombre de conclusions, elle a rencontré, je vous le disais, il y a un instant, de nombreux intellectuels, de nombreux historiens, parce que je pense qu'il faut donner notamment du sens aux programmes, rétablir les hiérarchies, et clarifier ce qui ne peut pas l'être, mais nous sommes là, dans un débat, et ce débat devrait être beaucoup plus apaisé, puisqu'il s'agit, là, encore une fois, de l'avenir de nos enfants, qu'il ne s'agit pas de prendre en otage une nouvelle fois le débat sur l'école.
MARC VOINCHET
Manuel VALLS, invité « Des Matins de France Culture », on vous retrouve tout à l'heure, à 08h15 avec la chronique de Bruce COUTURIER. Vous restez bien sûr pendant le journal.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mai 2015