Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France-Culture le 13 mai 2015, sur la réforme du collège et les classes bi-langues.

Texte intégral


13 mai 2015
MARC VOINCHET
Intellectuels, politiques, parents d'élèves, enseignants, nombreux sont ceux qui ont vivement réagi à la réforme du collège présentée en Conseil des ministres par vous, Madame la ministre bonjour, Najat VALLAUD-BELKACEM…
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.
MARC VOINCHET
Devrais-je dire, qui sait, Ave Najat – donc, présentée le 11 mars et adoptée par le Conseil Supérieur de l'Education le 10 avril. Dans l'effervescence ambiante il est cependant important de dire que cette partie de la réforme, fraîchement adoptée, concerne l'organisation et les pratiques pédagogiques du collège, mais pas encore le contenu des programmes qui lui est actuellement soumis à la consultation des enseignants, et ce jusqu'au 12 juin, on a encore donc jusqu'au 12 juin pour éventuellement se mettre en colère, mais qui sait, pour faire avancer un texte que certains voudraient voir amandé. La confusion étant levée, revenons-en tout de même, Madame la ministre, aux vives réactions qui alimentent les ondes et les colonnes des journaux depuis maintenant presque 1 mois, la presse encore de ce matin, Jack LANG dans Le Figaro. « Pourquoi commencer par casser ce qui marche ? » dit-il dans Le Figaro, ou alors, d'autres qui prennent votre défense, comme Maya AKKARI et Caroline VELTCHEFF dans les pages « rebonds » de Libération, « Collèges », avec cette question, « la fin des filières cachées ? », qui sont plutôt favorables à la réforme que vous proposez. Alors, éternel débat entre l'élitisme et l'égalitarisme, Madame la ministre de l'Education, vous êtes avec nous ce matin pour répondre à ces nombreuses interrogations qui entourent cette nouvelle guerre scolaire, pour reprendre la Une du Monde daté de ce jour. Et puis avant de rentrer dans le vif du sujet, notez qu'en deuxième partie, amis auditeurs, nous recevrons Anne WEBER pour son ouvrage « Vaterland » aux éditions du Seuil, allemande, francophone avertie, elle nous parlera de son rapport aux mots, à la langue et à cette idée de « germanitude. » Nous sommes en compagnie, Najat VALLAUD-BELKACEM – alors, on a mis les petits plats dans les grands avec vous, parce qu'on a un spécialiste de l'automobile et des voitures à France Culture, Hakim KASMI, mais qui est aussi le spécialiste de l'Education nationale – et puis nous avons le politicard de l'étape avec Frédéric METEZEAU. Vous attendez-vous à une levée de boucliers à ce point, aussi forte, quant à la réforme du collège, Madame la ministre ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
D'abord merci de me recevoir et j'espère qu'on va avoir le temps de lever les inquiétudes qui peuvent demeurer pour certains, et puis surtout expliquer ce qu'est cette réforme. Est-ce que je m'attendais à cette levée de bouclier ? Je m'attendais à ce que, forcément, il y ait des contestations de la réforme, à chaque fois qu'on a une réforme du système scolaire ça entraîne le même type de débat. Mais, je vous avoue qu'il y a une chose à laquelle je ne m'attendais pas, c'est que soient à ce point occultés les élèves en difficulté au sein du collège actuel. Parce que, dans le débat qui nous occupe maintenant depuis trois semaines…
MARC VOINCHET
Quoi, que soit occulté le fait que les études, partout, à l'international, disent que notre système ne marche pas, de moins en moins bien, qu'il est sur le bas de la route ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais bien sûr, et pour dire les choses encore plus simplement, depuis trois semaines on parle de 15 % d'élèves, en parlant des classes bilangues, en parlant de l'option, parce que c'est bien l'option, latin et grec, qui n'existera plus en tant que telle pour être remplacée par un cours latin et grec qui sera offert à tous les élèves, je le redis ici. Donc, en parlant de cela on parle de 15 % des élèves, et ceux qui nous en parlent, pour critiquer la réforme, au fond nous parlent d'un collège idéalisé, d'un collège rêvé, mais qui n'est pas le collège de 85 % des élèves, dont beaucoup sont en difficultés, voire en souffrance scolaire, et auxquels on veut apporter des réponses grâce à cette réforme, ce qui passe complètement inaperçu, et c'est ça que je regrette dans les débats actuels. Qu'on ait des désaccords de fond, ça ne me dérange pas, mais prenons le temps, simplement, de reprendre le diagnostic. Le collège français va mal, il produit de plus en plus d'échecs, il produit et il reproduit de plus en plus d'inégalités sociales.
MARC VOINCHET
Il faut se fier aux enquêtes comme les enquêtes PISA qui décrivent ça, qui le démontrent ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Absolument. Les enquêtes PISA, précisément, ça fait des années qu'elles nous disent que notre collège, depuis 10 ans en particulier, a des résultats dégradés. D'autres pays autour de nous ont eu aussi des alertes de ce type, ils ont adopté des réformes pour s'améliorer, et du coup, eh bien ces 10 dernières années, ils nous ont dépassé. Vous vous rendez compte qu'on est dépassé par la plupart des pays qui nous entourent, en matière de performance des élèves au collège. Et je parle bien, se faisant, de tous les élèves, y compris des meilleurs. Parce que, là où il ne faut pas se leurrer, c'est que dans un collège inégalitaire, tel que celui qui existe aujourd'hui, eh bien l'élite n'est pas si bonne que cela, l'élite est moins bonne, puisque par définition elle est moins « challengée », elle est moins stimulée pour être encore meilleure. Ce sont dans les pays où on a une vraie base large pour l'élite, c'est-à-dire où on permet à chaque élève vraiment d'accéder à la réussite scolaire, que l'élite est meilleure, parce qu'elle est plus concurrencée.
MARC VOINCHET
Juste une petite question, on n'en fera pas tout un plat, mais de méthode, vous êtes sur France Culture aujourd'hui, une radio où sévissent de nombreux pseudo-intellectuels, que vous avez dénoncés. Vous regrettez la formule ? Alain FINKIELKRAUT, tous les samedis matins, depuis 30 ans, régale les auditeurs de France Culture, il a fait savoir qu'il n'était pas foncièrement très favorable à quelques-unes de vos propositions. Faut-il vraiment que les ministres, ou comme Manuel VALLS, rentrent dans le débat en invectivant les intellectuels, qu'ils les aiment ou qu'ils ne les aiment pas ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Dans un monde idéal, dans un débat public idéal…
MARC VOINCHET
Parce que soyons d'accord, Alain FINKIELKRAUT, d'accord ou pas d'accord, ce n'est pas un pseudo-intellectuel.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Dans un débat public idéal il n'y aurait en effet jamais d'invectives, mais enfin comme je n'ai pas l'impression d'en avoir été épargnée, pardonnez-moi. Mais, je voudrais revenir sur cette notion, parce qu'en plus, pour les auditeurs qui nous écoutent…
MARC VOINCHET
Ce sont les mêmes qui écoutent Alain FINKIELKRAUT le samedi matin chez nous.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, absolument, je voudrais être très claire. Lorsque j'ai utilisé, parce que le débat s'échauffait, cette expression, je l'ai utilisée à l'encontre de certains intellectuels, éditorialistes, polémistes, qui faisaient semblant de ne pas comprendre la réforme, en annonçant la suppression, la disparition des humanités, mais quelle plaisanterie !, en annonçant la disparition de l'allemand. Vous vous rendez compte que, au lieu de nous dire les classes bilangues ne vont plus exister sous leur forme actuelle, on nous disait dans les premiers papiers qui sont sortis dans la presse, l'allemand va disparaître du collège. Comment ne pas inquiéter l'opinion publique quand on raconte des énormités pareilles ? Donc c'est ça que je n'accepte pas, ce sont les contrevérités qui instillent le doute et qui, au fond, trompent totalement sur la nature de cette réforme. Donc je le redis ici, puisqu'on a parlé des classes bilangues, l'allemand, évidemment, continue à être enseigné, et va même être promu, pourquoi, comme toutes les autres langues, parce qu'on avance d'1 an, pour 100 % des collégiens, l'apprentissage de la langue vivante 2, ce qui signifie plus d'heures sur la scolarité, et donc ça répond à la question des professeurs d'allemand qui se demandent s'ils vont avoir suffisamment d'heures à effectuer dans un même établissement.
MARC VOINCHET
Oui, ou même de ceux qui se disaient « est-ce qu'il aura assez de profs ? », tout court.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais, enfin, il suffit de prendre les chiffres, pardonnez-moi Monsieur VOINCHET, mais il suffit de prendre les chiffres, notamment pour les opposer à la majorité précédente, la droite, là, qui est très vocale, comme on dit, pour nous donner des leçons. Mais enfin, quand on regarde par exemple les postes de professeurs d'allemand, en 2010 il y en avait 200 d'ouverts, l'année prochaine, à la rentrée de 2015, nous en ouvrons 515. Est-ce que nous ouvririons davantage de postes de professeurs d'allemand si nous pensions que nous allions réduire le nombre de locuteurs germanistes ? Au contraire, il y en aura plus. Pourquoi il y en aura plus ? donc, la LV2, on en a parlé, avancée d'1 an pour tous les collégiens, donc ça fait plus de collégiens en cours d'allemand à partir de la 5ème, pour dire les choses rapidement, plus que ce qui existe aujourd'hui avec les classes bilangues, et deuxième point sur lequel je voudrais insister, cette question des classes bilangues, c'est-à-dire de la possibilité de faire deux langues dès la classe de 6ème. Il faut comprendre qu'elle demeurera, cette possibilité, même cette garantie, pour les élèves ayant pris en langue vivante 1 à l'école primaire, une autre langue que l'anglais. Et c'est très important. Pourquoi on a conçu les choses comme ça ? Pour garantir la diversité des langues choisies en langue vivante 1 et qu'il n'y ait pas que l'anglais qui soit pris. Donc, on rassure, d'une certaine façon, les parents, en leur disant si vous faites faire, par exemple de l'allemand, ou autre langue, en LV1, votre enfant pour accéder à l'anglais dès la classe de 6ème, et pas plus tard dans sa scolarité.
MARC VOINCHET
C'est-à-dire, on va faire un exercice pratique tout de suite là, tout de go. Le petit METEZEAU, il est dans ce cas-là Frédéric METEZEAU, il est dans une classe bilangues, dans le Nord de la France, il n'est pas spécialement dans un lycée d'élites – non, mais allons-y, on en a parlé ce matin – alors, est-ce que vous êtes rassuré ou pas par ce qu'annonce la ministre ?
FREDERIC METEZEAU
En l'occurrence mon enfant n'est pas concerné par la réforme puisqu'il est déjà en 6ème, qu'il fait deux langues, et que du coup il fera une deuxième langue. Mais, en effet, la question c'est, est-ce qu'une classe bilangues, Madame la ministre, est forcément une classe élitiste ou une classe d'élites, sachant qu'il n'y a pas de dossier scolaire ou de note minimum à avoir, tous les élèves peuvent y rentrer. Et je vais juste vous citer un exemple. Un petit garçon a dit à mon fils, « je suis content d'avoir des copains bons élèves parce que moi je n'étais pas bon et ça m'aide à devenir bon. »
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Est-ce que les classes bilangues sont des classes élitistes ? D'abord on peut regarder les chiffres, et je suis étonnée que personne, quasiment, n'ait songé à le faire. Donc, quand on regarde, 11 % des élèves de 6ème et 5ème aujourd'hui sont en classes bilangues, les écarts sont en effet importants selon l'originale sociale. 16 % des élèves d'origine très favorisée sont dans ces classes bilangues, 8 % des élèves d'origine défavorisée sont dans ces classes bilangues. Prenons les sections européennes, pour prendre un autre exemple. 10 % des élèves de 4ème et 3ème sont en section européenne, les écarts, là encore, sont importants selon l'origine sociale. 18 % des élèves d'origine très favorisée sont en section européenne, seulement 6 % des élèves d'origine défavorisée sont en section européenne. Mais une fois qu'on a dit ça, moi je ne suis pas là pour faire de la lutte des classes, ce n'est pas le sujet. Le sujet ce n'est pas tant l'élitisme au sens social du terme, même si on doit veiller, et c'est ma mission de ministre de l'Education nationale, à contrer le déterminisme social qu'on constate dans le collège, mais le sujet c'est, est-ce que, à 11 ans, en classe de 6ème, est-ce que c'est bien pertinent de trier les enfants et de les séparer, alors que la mixité scolaire, au contraire, a tant de vertus ? Est-ce que ce n'est pas mieux d'avoir des classes dans lesquelles vous ayez de bons élèves, de moins bons élèves, qui peuvent se tirer vers le haut…
MARC VOINCHET
Ça c'est l'idéal, c'est l'idéal de l'école de la République a priori.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est l'idéal, je comprends que cet idéal provoque de l'appréhension, parce qu'on se dit « oui, mais ça restera malgré tout inégalitaire, le collège, et donc je préfère mettre à l'abri mes enfants », je comprends cela. Mais ce qu'il faut comprendre, à votre tour, c'est que la réforme du collège elle est faite pour rompre avec un collège inégalitaire, pour avoir des classes dans lesquelles les enfants ne soient plus noyés dans la masse, dans lesquelles on offre de l'accompagnement personnalisé à chacun d'entre eux, c'est-à-dire qu'on s'adapte à leurs différences, et donc ceux qui sont en avance, par exemple si votre fils est bon élève, et tant mieux, et je le souhaite…
MARC VOINCHET
On surveille.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
S'il est, voire surdoué, eh bien il aura un accompagnement personnalisé qui lui permettra d'approfondir ses connaissances, il ne va pas être retardé par les autres. Mais je crois vraiment que la mixité scolaire, tout comme la mixité sociale, on a à y gagner et donc il faut organiser un collège pour cela, et pas un collège qui différencie les élèves dès l'âge de 11 ans. Franchement, on peut quand même attendre l'âge de 16 ans pour aller dans des filières, des sections, pour être dans la sélection.
MARC VOINCHET
Alors, ce matin dans Le Figaro Jack LANG dit, au fond, « fallait-il lancer cette réforme du collège ? », question du Figaro, il répond « oui, elle se situe dans le sillage des réformes que nous avions envisagées, Ségolène ROYAL, puis moi-même. » Ça c'est Jack LANG dans Le Figaro. Du coup nous avons écouté attentivement, chez nos amis de France Info, François DUBET, professeur de sociologie à Bordeaux, qui, au fond, replace votre réforme à vous, dans une continuité de réformes qui, vous allez voir, va finalement rallier tout le monde, droite et gauche confondues. François DUBET, il était au micro de Julien MOCH, France info.
FRANÇOIS DUBET
Je crois qu'il est dans la continuité de ce qui s'est fait. Je voudrais rappeler que c'est François BAYROU qui avait fermé les filières professionnelles au collège, que c'est François FILLON qui avait créé le thème du socle commun, l'école du socle, donc je crois qu'il y a une continuité, qu'on est dans un de ces drames français sur l'école, comme il y en a chaque fois. Je crois que la réforme va plutôt dans le bon sens parce qu'elle va éviter, au fond, de créer des filières cachées autour des langues, etc., qui permettaient de faire le tri, alors que le collège, il faut le rappeler, c'est l'école commune. Il faut rappeler aussi que les pays qui choisissent résolument l'école commune, ont à la fois plus d'égalité et de meilleurs résultats que le collège français, et je trouve que le système des options peut permettre à la fois d'aider les moins bons des élèves, et de permettre aux meilleurs de développer leurs qualités. Donc je pense qu'on a affaire, quand même, à une sorte de gesticulation extraordinaire, comme chaque fois en France quand on parle d'école, d'ailleurs, parce qu'il y a un enjeu symbolique, l'école étant le creuset de la nation, y toucher c'est prendre des risques, et en même temps l'école étant décisive pour l'avenir des enfants, les catégories sociales qui en tirent les meilleurs bénéfices, sont en général très inquiètes dès qu'on y touche.
MARC VOINCHET
Voilà donc, François DUBET au micro de Julien MOCH. Il vous défend très bien !
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Enfin, je crois surtout qu'il est convaincu. Tous ceux qui veulent en finir avec un collège à deux vitesses savent que c'est comme cela qu'il faut procéder, et ce qui est terrible c'est que, en effet… Louison vient de m'interrompre, alors je m'interromps.
MARC VOINCHET
Alors Louison, le dessin de Louison.
LOUISON
Bonjour Madame la ministre. J'ai fait un petit dessin qui imagine ce que va être la mobilisation de mardi prochain, c'est ça ? Je vous le laisse regarder. Donc, il y aura des petits panneaux avec « touches pas à mon grec », « le grec n'est pas qu'un sandwich », et puis on peut imaginer plein d'autres choses, voilà, on verra bien ce qui se passe.
MARC VOINCHET
Voilà, et le dessin part sur le fil Twitter des « Matins de France Culture » et il est sur le site franceculture.fr. Najat VALLAUD-BELKACEM.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, juste pour commenter le dessin. Ce qu'il faut comprendre c'est que les oppositions à la réforme sont hétéroclites, par exemple vous avez parlé tout à l'heure du SNES, le SNES, à ma connaissance, ne descend pas ou n'appelle pas à la mobilisation sur la question du latin, grec, ou des classes bilangues.
HAKIM KASMI
Ah ben si ! Je peux vous dire que le SNES que j'ai rencontré, est vent debout contre le latin, et le bilangues, pour ne pas la citer, à savoir Frédérique ROLET, qu'on entendra sur cette antenne, dès la semaine prochaine, le jour de la grève.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Le SNES, en fait, est surtout opposé au surcroit d'autonomie que l'on donne aux établissements.
MARC VOINCHET
Les quoi, 20 %, c'est ça ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, 20 %, parce que c'est en effet une dimension très importante de la réforme, qui passe là encore un peu inaperçue, mais sur laquelle je voudrais insister. C'est que, enfin, on donne la possibilité aux établissements de s'adapter aux besoins réels de leurs élèves, avec 20 % du temps, pendant lequel ils construiront eux-mêmes, en fonction de la réalité des difficultés, des besoins de leurs élèves, l'accompagnement personnalisé, le travail en petits groupes, j'en profite pour dire qu'on met 4000 emplois sur ce sujet.
HAKIM KASMI
Pardonnez-moi, les syndicats, parce qu'il faut revenir un peu sur la réforme, parce que l'esprit c'est bien sûr l'interdisciplinarité, mélanger plusieurs enseignements ensemble pour travailler, mais là-dessus, d'un point de vue d'organisation, les enseignants sont inquiets. Ils se disent « comment on va faire ? Je vais donner, par exemple, des heures de maths au premier trimestre, que je récupérerai le trimestre d'après ? » Là aussi ça pose question. Et puis on sait bien qu'il y a la question des moyens. Selon les établissements dans lesquels on est, eh bien les proviseurs n'ont pas forcément la même enveloppe budgétaire, ça aussi ça pose question au sein des chefs d'établissement.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, il y a évidemment des questions légitimes qui se posent, et il nous appartiendra à nous d'y répondre et de lever toutes les inquiétudes dans la circulaire d'application de cette réforme. Et on est en train d'ores et déjà d'y travailler d'ailleurs, notamment pour rassurer les enseignants sur le fait que, bien entendu, le travail de préparation à cette interdisciplinarité, puisque c'est ça, c'est ce travail d'équipe qu'on nous demande, est-ce que ça va être du temps supplémentaire, est-ce que… il est compté dans leur mission. Je rappelle ici que nous avons modifié la définition, le statut des enseignants, c'était au mois d'août 2014, pour faire en sorte que dans leur mission on prenne en compte pas simplement le temps devant élèves, mais aussi le temps d'équipes, le temps de préparation en amont, et donc, bien sûr, cette interdisciplinarité elle nécessitera du temps de travail qui sera pris en considération. Les enseignants, je le dis très clairement, ne perdront strictement rien. Les disciplines, en tant que telles, ne perdent pas de temps horaire, puisque chaque discipline est amenée à contribuer à ces enseignements interdisciplinaires, et les enseignants en tant que tels, et notamment en termes de rémunération, ne perdront rien, donc c'est important de le préciser, et cela sera fait dans la circulation d'application.
MARC VOINCHET
Et le latin alors, il est où le latin ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Le latin il est dans… alors…
HAKIM KASMI
Dans les EPI.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, « Enseignement pratique interdisciplinaire langues et cultures de l'Antiquité. » Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on donne la possibilité à tous les collégiens d'être initiés à la fois au latin, grec, comme langues, mais aussi à la civilisation, à la culture antique. en initiant un nombre plus large d'élèves on augmente l'intérêt, finalement, pour cette matière, et derrière on laisse la possibilité, pour ceux qui veulent aller plus loin, d'avoir un enseignement complémentaire, comme on l'appelle, pardon du jargon pour le coup, mais un enseignement complémentaire ça veut dire plus d'heures pour faire de la langue latine et de la langue grecque. Au final, entre l'enseignement pratique interdisciplinaire initiation aux langues et cultures de l'Antiquité, et l'enseignement de complément, latin, grec, vous aurez exactement le même nombre d'heures que ce qui est proposé aujourd'hui en option, sauf que c'était pour 18 % des élèves, demain tous les élèves pourront y accéder.
MARC VOINCHET
Mais j'ai l'impression que vous parlez du collège… dans mon collège, moi, quand j'avais 15 ans, où j'ai fait du latin, j'avais une seconde langue vivante en 5ème, enfin c'était comme ça avant. Non ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous aviez une seconde langue vivante en 5ème ?
MARC VOINCHET
Oui, oui, je ne vais pas vous raconter ma vie, mais enfin…
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ah, là, vous me posez une colle !
MARC VOINCHET
Non, mais voilà, mais enfin, bon. Une chose avant une question de Frédéric METEZEAU…
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Et c'était bien ? Vous avez bien réussi ?
MARC VOINCHET
Eh bien écoutez, Ave Najat, Morituri te Salutant ! Dites, il y a une petite inquiétude du côté de la recherche et des universités depuis que madame FIORASO est partie pour des raisons de santé, depuis début mars dernier, elle n'est toujours pas remplacée, toujours pas de ministère de la Recherche, alors que, on dit que la recherche est un des moteurs de la croissance. On a le sentiment parfois, chez les observateurs, que la gauche négligerait un peu ces segments qui ont fait, à une époque, sa force de conviction, et même de politique, la Culture d'un côté, l'Education de l'autre, et la Recherche, alors la recherche, les directeurs, les patrons d'universités sont vent debout, se sentent négligés, pourquoi n'y a-t-il toujours pas de remplaçante à madame FIORASO à la Recherche ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, c'est imminent, je rassure évidemment tout le monde…
MARC VOINCHET
C'est depuis le 5 mars !
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, mais, bien sûr, mais parce que ça prendra sans doute place dans un ajustement plus général au sein du gouvernement. Mais ce que je veux dire par-là, c'est que l'enseignement supérieur et la recherche mérite évidemment d'avoir quelqu'un qui s'y consacre à temps plein, et c'est bien notre intention, cela étant, je suis la ministre de tutelle de ce secteur, et je tiens…
MARC VOINCHET
Oui, mais vous ne pouvez pas tout faire !
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, bien sûr, mais par exemple, hier encore, j'étais avec le commissaire européen MOEDAS, qui s'occupe de l'Innovation et de la recherche, pour veiller, avec les organismes de recherche dont vous venez de parler, et les universités, veiller à ce que le plan, JUNCKER ne pénalise pas la recherche fondamentale, il y a évidemment des sujets qu'il faut traiter, que nous traitons, il va y avoir un secrétaire d'Etat ou une secrétaire d'Etat en charge de ce secteur, c'est imminent. Et on ne peut pas dire que ce secteur soit laissé de côté, je crois vraiment que s'il y a une priorité dans ce gouvernement, c'est de manière générale l'Education, la Recherche, l'Enseignement supérieur.
MARC VOINCHET
Vous inspirez Louison ce matin, Najat VALLAUD-BELKACEM…
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Qu'elle-ce qu'elle nous dit ?
MARC VOINCHET
Louison, quoi de neuf ?
LOUISON
J'ai eu un petit collégien qui explique que donc… enfin, le titre étant que NVB, votre acronyme propose des EPI, moi, je suis très acronyme dans la vie, et donc il précise qu'à 09h30, il a gym, mais qu'à 11h30, il a acronyme, voilà.
MARC VOINCHET
Une question… vous nous donnez une minute Amélie PERRIER ?
AMELIE PERRIER
Allez-y !
MARC VOINCHET
On sera en retard, comme ça, on en profite, une question politique, Frédéric METEZEAU.
FREDERIC METEZEAU
Oui, une La Palissade conclusive, avant d'être lâchés, tous les ministres de l'Education nationale étaient soutenus dans la tempête, SAVARY, DEVAQUET, ALLEGRE, BAYROU, DARCOS, Madame la Ministre, est-ce que vous êtes soutenue ? Est-ce que vous serez soutenue jusqu'au bout par François HOLLANDE et Manuel VALLS ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je vais vous dire, ce qui me surprend, c'est cette lecture que l'on fait précisément du soutien de François HOLLANDE et de Manuel VALLS, qu'y a-t-il de surprenant à ce que le président de la République et le Premier ministre partagent les convictions en l'occurrence de la ministre de l'Education nationale…
FREDERIC METEZEAU
Il n'y a rien du tout de surprenant qu'ils vous soutiennent, mais est-ce que ce sera jusqu'au bout ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Eh bien oui, oui, parce qu'il y a une conviction profonde qui est que, il faut changer le collège, qui est que nous n'avons pas le droit d'attendre, nous n'avons pas le droit de repousser cette réforme, et que sur le fond, elle va dans le bon sens, elle va dans le bon sens parce qu'elle améliorera les apprentissages de tous les élèves, des meilleurs comme des moins bons, et elle va dans le bon sens parce qu'elle en finit avec un certain nombre d'inégalités que l'on ne peut plus admettre dans notre pays. Donc oui.
MARC VOINCHET
Merci Najat VALLAUD-BELKACEM d'avoir accepté notre invitation aux « Matins ». Il y a Conseil des ministres ce matin, vous devez partir, nous ne pouvons pas vous garder pour la deuxième partie.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mai 2015