Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à I-Télé le 20 janvier 2014, sur la réforme des ZEP et les rythmes scolaires.

Texte intégral


BRUCE TOUSSAINT
Vos questions à Vincent PEILLON qui est notre invité ce matin, dès maintenant, sur Twitter, avec le # de l'émission, #teamtoussaint, bien sûr, le ministre de l'Education nationale vous répond directement dans quelques minutes. Bonjour Vincent PEILLON.
VINCENT PEILLON
Bonjour.
BRUCE TOUSSAINT
Merci d'être avec nous. Vous savez sûrement que la France est le pays européen où l'usage du cannabis est le plus fréquent chez les adolescents, il y a ce chiffre : 41 % des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté la consommation de cannabis. Eric CIOTTI, du coup, député UMP, fait une proposition de loi, il veut instaurer un dépistage obligatoire de consommation de stupéfiants, dans les lycées. Une bonne idée ?
VINCENT PEILLON
« Une fois, par an », si ça suffisait… Non, on a un travail considérable à faire, de prévention, d'accompagnement. Ces chiffres sont très mauvais, la consommation d'alcool aussi, le tabagisme des jeunes filles, maintenant à nouveau le retour des grossesses précoces, beaucoup d'enfants qui vont vers l'obésité, c'est pour ça que j'ai annoncé que l'année 2014 serait consacrée, d'ici deux ou trois mois, avec Marisol TOURAINE, à la santé des enfants. Nous avons un considérable effort à faire, et en particulier ces questions d'addiction qui nous posent de graves problèmes.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'il n'y a pas, sur le cannabis, un problème, aussi, d'absence de la police, aux alentours des établissements ? C'est là que se faire le trafic.
VINCENT PEILLON
Nous avons une bonne collaboration avec la police. La consommation de cannabis, elle concerne maintenant énormément de jeunes et des moins jeunes, hein, il faut le dire aussi. En France, je crois que nous avons vraiment des problèmes de prévention, d'accompagnement, de bien-être aussi de notre jeunesse, je le dis souvent, et toutes ces questions doivent être traitées. Il y a des questions qui peuvent se traiter d'un point de vue pédagogique, et là nous avons une question de santé publique et je voudrais qu'on l'aborde comme ça.
CHRISTOPHE BARBIER
Aujourd'hui démarre aussi l'APB, l'Admission post-bac. Alors c'est un logiciel assez compliqué, on peut formuler jusqu'à 36 voeux en ligne. Est-ce que ce n'est pas un petit peu ridicule ?
VINCENT PEILLON
Ecoutez, Geneviève FIORASO a déjà cherché, je l'en remercie, puisque c'est de sa responsabilité, à simplifier très nettement cette procédure qui s'ouvre aujourd'hui, effectivement, qui laisse souvent les enfants et les parents assez désemparés. Donc il y a déjà une progression, et je donne une recommandation : n'attendons pas les derniers jours pour ouvrir l'application, travaillons et je souhaite que les professeurs accompagnent autant que possible les élèves. Vous savez, la question de l'orientation, elle est centrale dans le système éducatif, et nous sommes en train de revoir tous les processus d'orientation, dès la 6ème, avec le Parcours d'information et d'orientation, qui va être dans la scolarité obligatoire, et un autre rapport aux entreprises et aux métiers, avec la possibilité de choisir son orientation, le dernier mot aux parents, c'est une nouveauté française, les professeurs se le réservaient, et puis avec un service beaucoup plus impliqué sur le terrain, le service public mais territorialisé de l'orientation.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous avez lancé la semaine dernière, une grande réforme des Zones d'éducation prioritaire, est-ce que vous êtes certain que vous ne serez pas victimes des coupes budgétaires ? Il y a 50 milliards d'euros d'économies à trouver en trois ans.
VINCENT PEILLON
Oui, parce que nous l'avons fait à enveloppes constantes, de l'argent qui est programmé, hein, c'est les 54 000 créations de postes, jusque 2017. Et donc, l'action éducative est sanctuarisée. Nous avons voté une première loi, qui était non seulement d'orientation, mais de programmation. Maintenant, il faut que chacun sache, cela se fait, en même temps que nous faisons les économies, comme les autres, sur le reste de notre budget. Et donc c'est à enveloppes constantes, c'est la redistribution. Vous savez, la Cour des Comptes l'avait bien dit, le problème ce n'est pas qu'il n'y ait pas de concentration de moyens en France, il y a des concentrations de moyens, le problème c'est qu'on les met dans les endroits où il y en a le moins besoins, 50 % de plus de dépenses publiques pour un élève de centre-ville parisien, que pour un élève de Seine-Saint-Denis. A un moment, les rapports de la Cour des Comptes, il faut en tenir compte, c'est ce que je fais depuis le début de mon action.
CHRISTOPHE BARBIER
Mais, est-ce que vous êtes sûr que ce n'est pas de l'argent qui va partir en fumée, tant qu'on n'aura pas réglé des problèmes plus profonds d'éducation dans la famille et de tous ces jeunes des zones difficiles ?
VINCENT PEILLON
Je pense qu'il y a des problèmes multiples et variables, mais il faut quand même et on peut avoir des résultats, d'autres pays en ont eu. On ne peut pas commencer à se dire « je vais résoudre un problème », une fois que toutes les solutions seront déjà sur la table. Donc, à un moment, il faut commencer. Alors, il faut le faire avec méthode, c'est l'esprit cartésien français, je crois d'ailleurs que ce plan a été apprécié, il part des expériences étrangères, il part de ce que nous savons faire en France. La question que je me pose, c'est : est-ce que nous serons au seuil qui permet d'avoir vraiment des résultats. Il faut que vous sachiez que les pays qui ont réussi leur choc PISA, sur ces 20 % les plus en difficultés…
CHRISTOPHE BARBIER
PISA, c'est le classement international.
VINCENT PEILLON
Le classement international. C'est parfois des augmentations, des incitations, de plus de 50 %. C'est donc vraiment des traitements massifs. Nous sommes à la limite. J'ai fait tout ce que nous pouvions faire.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous rappelez dans SUD OUEST ce matin, puisque vous allez en visite en Aquitaine dans la journée, vous rappelez que la semaine de quatre jours (sic) s'appliquera, quoi qu'il arrive, en septembre 2014, comme ça a été décidé. Est-ce que vous n'êtes pas en train de provoquer les derniers récalcitrants ?
VINCENT PEILLON
Quatre jours et demi.
CHRISTOPHE BARBIER
Quatre jours et demi.
VINCENT PEILLON
Quatre jours et demi. Non, je ne provoque personne, d'ailleurs je ne comprends pas. Imaginez quand même, c'est assez troublant, Christophe BARBIER, vous avez eu quatre jours et demi, l'ensemble des pays du monde non. On découvre que l'on est très mauvais pour lire, écrire, compter et qu'on est en train d'être de plus en plus mauvais et en plus de plus en plus inégalitaires. On sait tous que l'on est plus vigilant à 09h30 le matin qu'à 16h15 le soir, c'est universellement connu.
CHRISTOPHE BARBIER
Et il n'y a qu'un quart des écoles qui ont saisi la perche.
VINCENT PEILLON
Donc je le dis avec vraiment avec beaucoup de tranquillité et de gentillesse, la France ne peut pas s'offrir un échec de plus sur le plan scolaire. Il faut qu'elle opère son redressement, de bon sens, on change les programmes, on forme les professeurs, on donne la priorité au primaire, on donne du meilleur temps scolaire aux enfants, il faut que nous avancions.
CHRISTOPHE BARBIER
Et ceux qui ne le feront pas, vous allez leur couper les vivres, vous allez…
VINCENT PEILLON
Non, ils sont… Mais ça n'a rien à voir, d'abord ce n'est pas ceux qui ne le feront pas, c'est l'Etat qui le fait. Le mercredi matin, c'est les professeurs de l'Education nationale, donc nous reprenons du temps public, après c'est la question du périscolaire, ça ça relève des collectivités locales, après la classe, et donc là ça relève de leur responsabilité. Nous sommes là pour les aider, pour les accompagner…
CHRISTOPHE BARBIER
Même financièrement.
VINCENT PEILLON
Même financièrement, mais pas seulement financièrement car je vois beaucoup d'inquiétude, ce sont des inquiétudes qui sont vraiment d'organisation, et je les entends, le recrutement des animateurs, l'organisation de la pause méridienne, le réveil des petits, et je leur dis : les services de l'Education nationale, j'ai même mis beaucoup plus de personnes pour accompagner sur cette question, nous sommes là pour construire avec vous, les meilleures organisations possibles. Dernier point, ne soyez pas anxieux, ça c'est la France, très anxieuse pour son école, l'essentiel pour les enfants, c'est le meilleur temps scolaire, lire, écrire, compter, on s'en occupe en reprenant le mercredi matin. Les activités, vous n'êtes pas obligés de les surcharger pour dire après, en plus, ils sont fatigués, ça doit être un temps plus détendu.
CHRISTOPHE BARBIER
La loi sur l'égalité hommes/femmes est étudiée à partir d'aujourd'hui, est-ce que vous ouvrirez l'école, les écoles, aux théories du genre, vous savez, pour escamoter les différences filles/garçons, les poupées pour les filles et les camions de pompiers pour les garçons ?
VINCENT PEILLON
Non, la théorie du genre consiste à dire, dans le fond, qu'il n'y a pas de différence entre les garçons et les filles.
CHRISTOPHE BARBIER
On peut le pratiquer à l'école ?
VINCENT PEILLON
Voilà, n'y suis défavorable. La lutte contre les stéréotypes du genre, c'est-à-dire l'idée qu'il y a quand même une construction sociale, ce qui nous explique que nos filles, par exemple, réussissent trop bien au baccalauréat scientifique, mais ne veulent pas être ingénieur, parce qu'elles pensent que ça leur est interdit et que dans nos pratiques nous avons les fameux 25 % d'écart de salaires entre les filles et les garçons, qui sont inacceptables. Et donc je suis pour qu'à l'école, donc on a du retard maintenant sur les Espagnols, on a du retard sur les Italiens, eh bien nous soyons capables de mettre en oeuvre l'égalité filles/garçons, et de permettre aux garçons, comme aux filles, d'avoir des ambitions qui ne soient pas uniquement construites sur des stéréotypes.
CHRISTOPHE BARBIER
Les centristes, ce week-end, ont fait plutôt bon accueil à la nouvelle phase économique, le pacte de responsabilité du président. Quelque chose est-il possible entre ces centristes et la majorité de gauche ?
VINCENT PEILLON
En tout cas, je suis et depuis si longtemps, pour des rassemblements d'idées. Il y a très longtemps que je pense que la France vit une grande crise de l'avenir, que ce dont il s'agit c'est vraiment d'un redressement, redressement économique mais redressement intellectuel et moral, on le voit sur des tas d'autres sujets, et je fais partie de ceux qui pensent que les deux sont liés.
CHRISTOPHE BARBIER
La porte est ouverte, donc.
VINCENT PEILLON
Je pense que, sur des majorités d'idées et d'actions, nous devons être capables d'avancer, je pense même, et vous l'aviez entendu, puisque Jean-Louis BORLOO m'en avait fait la proposition à l'Assemblée nationale, en disant, l'école doit être…
CHRISTOPHE BARBIER
Sanctuarisée.
VINCENT PEILLON…
sortie… Quand vous regardez quand même, priorité au primaire, formation des enseignants, langue vivante en Cp, tout ce que nous faisons, c'est de gauche ou de droite ? Nos enfants sont de gauche ou de droite ? Ce sont des enfants qui méritent qu'on les éduque. Et donc je crois que, sur quelques grands sujets essentiels pour la Nation, nous devons être capables de réunir tous ceux qui sont de bonne volonté.
CHRISTOPHE BARBIER
Valérie TRIERWEILER est logée à la Lanterne. Pour vous, elle est toujours Première dame ?
VINCENT PEILLON
Ecoutez, je lui adresse en tout cas une pensée extrêmement amicale, je la connais depuis longtemps, et pour le reste, je ne fais jamais de commentaire, pas seulement pour des raisons éthiques, comme certains le pensent, mais ce sont des sujets sur lesquels j'ai peu de prise conceptuelle.
CHRISTOPHE BARBIER
Ce n'est pas de la vie privée, les Français paient la Lanterne.
VINCENT PEILLON
Vous avez sans doute raison, elle était… elle est, jusqu'à présent la première dame, la compagne de François HOLLANDE, aucune décision n'a été prise, ne nous a été annoncée. Pour le reste, je crois qu'il faut leur laisser un peu de sérénité, et surtout à elle.
CHRISTOPHE BARBIER
Bruce, question Team TOUSSAINT.
BRUCE TOUSSAINT
Question sur Twitter, qui vous est adressée par un internaute. Regardez, c'est un petit peu loin, mais c'est un sujet de préoccupations permanent : à quand le baccalauréat en contrôle continu, Monsieur le Ministre ?
VINCENT PEILLON
Ecoutez, la question du lycée vient d'être… le lycée a été réformé par mon prédécesseur. On pourrait ouvrir des discussions à partir de 2015, 2016, ça ne serait pas inutile. Il y a une partie de baccalauréat, vous savez, par exemple le baccalauréat professionnel, qui se fait en contrôle continu, en cours de formation. Il y a déjà beaucoup plus de matières en fin de première, qu'à notre époque, où il n'y avait que le français, et donc les choses vont doucement. Maintenant, la réflexion, sur le secondaire, on fait le primaire, on fait le collège, on y reviendra en…
CHRISTOPHE BARBIER
C'est cher, le bac, quand même, ça coûte cher aussi, ça pourrait être une économie que de le donner en contrôle continu.
VINCENT PEILLON
Il y a beaucoup de choses qui coûtent cher, la première chose, ce sont les redoublements, 2 milliards d'euros, et bon, il y a aussi des options, il y a aussi, donc… Il ne faut pas, je crois, raisonner d'abord en termes d'argent. La vraie question que je me pose, c'est sur, et chacun le sait, c'est pour ça que j'ai dit 2015, c'est lié en réalité à la réforme du temps scolaire, car vous savez que c'est peut-être cher, ça mobilise beaucoup de personnel, mais ça prend aussi beaucoup de temps, et ça prend du temps sur les apprentissages des enfants.
BRUCE TOUSSAINT
Il y aura une réforme du lycée avant 2017 ?
VINCENT PEILLON
Il y aura en tout cas une discussion que j'ai annoncée à partir de 2015, sur le temps annuel, et le temps annuel inclus. Toujours la question du brevet, du baccalauréat, donc des examens.
BRUCE TOUSSAINT
Merci, merci d'avoir été avec nous, ce matin, sur I TELE.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2014