Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre des outre-mer, sur les initiatives visant la prévention de l'illettrisme dans les Outre-mer, à Paris le 6 octobre 2015.

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Circonstance : Signature de la convention sur l'illettrisme entre l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI) et le Ministère des outre-mer, à Paris le 6 octobre 2015

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Texte intégral

Monsieur le Directeur général des outre-mer, Monsieur le Préfet,
Colonel,
Madame la Présidente,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs,
C'est une journée importante pour moi que celle de la signature de la convention entre le Ministère des Outre-mer et l'Association Nationale de Lutte contre l'Illettrisme.
La lutte contre l'illettrisme, vous le savez peut-être, est un combat qui me tient particulièrement à coeur. Nous avions oeuvré, à l'époque où Vincent Peillon et moi-même travaillions encore rue de Grenelles, pour que la lutte contre l'illettrisme soit érigée en grande cause nationale pour l'année 2014 et, grâce à l'appui du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, un plan de lutte pour la prévention de l'illettrisme de grande ampleur a pu voir le jour.
A la fin du XIXe siècle, la République, en rendant l'école obligatoire, a porté un coup décisif à l'analphabétisme. Mais plus d'un siècle et demi plus tard, force nous est de reconnaître que pour un individu, la scolarité ne suffit pas toujours à ce que les savoir fondamentaux soient intégrés et acquis une fois pour toute.
La République s'est toujours donné pour mission de faire en sorte que la naissance, la famille de naissance comme le lieu de naissance, ne décide pas une fois pour toutes de la vie que les individus seront amenés à mener. L'héritage ne doit jamais être un destin et nous savons que les difficultés d'écriture et de calcul, si elles ne constituent pas une barrière infranchissable pour l'accès à l'emploi peu qualifié réduisent les débouchés aux emplois qualifiés. Les situations d'illettrisme constituent un obstacle à la progression professionnelle et à la stabilité des parcours. En 2004, seules 57% des personnes en situation d'illettrisme avaient un travail. En Outre-mer, la force du taux de chômage rend la situation plus difficile et périlleuse encore. Si la situation de l'illettrisme est préoccupante en tout point de notre territoire, elle l'est avec une acuité particulière dans les territoires d'Outre-mer.
En 2012, dans l'Hexagone, cette situation concernait encore, malgré un progrès notable au cours de la dernière décennie, 7% de nos compatriotes. C'est près de deux millions et demi d'hommes et de femmes. Dans les départements d'Outre-mer, cette proportion peut être deux à trois fois plus élevée, puisque 14% de la population de la Martinique, 20% de la population de la Guadeloupe et 21% de la population de La Réunion se trouvent peu ou prou dans cette situation. En dépit des nombreuses actions conduites et formalisées dans des plans locaux, l'illettrisme demeure dans les territoires d'Outremer un fléau qui a encore bien du mal à être endigué.
L'illettrisme n'est pas seulement un handicap professionnel. C'est également une épreuve sociale et une souffrance subjective. Ne pas être en mesure de lire, c'est également ne pas être en mesure de déchiffrer le monde qui nous entoure et faire l'expérience quotidienne que son environnement le plus familier, la ville dans laquelle on vit et se déplace, est un environnement qui reste étranger, hermétique, et parfois même hostile.
Prévenir l'illettrisme requiert de faire place à toute la complexité des situations rencontrées. C'est pourquoi cette lutte, pour être efficace, passe avant tout par une connaissance précise, lucide et éclairée du phénomène. C'est la raison pour laquelle le premier axe de la convention s'y consacre en priorité.
L'action du Ministère des Outre-mer a permis que des enquêtes IVQ soient réalisées dans l'ensemble des territoires ultramarins et nous permette ainsi d'adopter les mesures et les actions les plus pertinentes afin de répondre de la manière la plus efficace qui soit au phénomène. Dans cette même perspective, mon Ministère veillera à ce que ces enquêtes se poursuivent afin que les territoires soient constamment au fait des résultats et puissent ainsi être en capacité de mettre en place les actions les plus adaptées.
La signature de la convention qui nous réunit ici aujourd'hui, met, vous le savez, un accent tout particulier sur la gouvernance. Face à un phénomène aussi complexe que celui de l'illettrisme, qui prend racine tout autant à l'école, que dans la famille, le lieu de vie, etc., il est crucial que tous les acteurs Outre-mer soient en mesure de collaborer ensemble efficacement. Cette alliance est une condition sine qua non de notre capacité à relever les défis que nous nous sommes fixés.
Bien que la loi du 5 mars 2014 ait donné aux conseils régionaux des compétences nouvelles en matière de lutte contre l'illettrisme, il est indispensable que tous les acteurs publics soient concernés, mais également les partenaires sociaux, les OPCA, comme le monde de l'entreprise. Les compétences spécifiques des CREFOP outremer, des instances quadripartites qui allient État, régions, partenaires sociaux et acteurs de l'emploi et de la formation doivent être mobilisées afin que des bilans pluriannuels soient mis en œuvre et permettent à chacun de réfléchir et d'élaborer des innovations susceptibles d'être mises en place. Enfin, nous le savons, la prévention doit être développée. Car si l'on demeure en situation d'analphabétisme, on devient le plus souvent illettré. Dans cette perspective, il important de mettre en lumière et de pouvoir s'inspirer d'initiatives qui ont rencontré le succès. Je pense notamment au dispositif de « l'école des parents », mis en place à Mayotte, soutenu par le ministère et l'ANLCI. Ce dispositif a pu être généralisé sous la forme de kits pédagogiques afin de sensibiliser les équipes et la communauté éducative dans son ensemble à la situation des parents en situation d'illettrisme ou de grande fragilité linguistique. L'école des parents permet d'une part de venir en aide aux personnes qui seraient plus difficilement accessibles à ces programmes, mais elle est aussi un facteur très important de prévention pour les jeunes gens que l'illettrisme pourrait menacer plus tardivement dans leur vie d'adulte.
Transmettre les savoirs fondamentaux, veiller à l'acquisition durable du socle des connaissances, de compétences et de culture : voilà la vocation première de l'école. Mais comment y parvenir, lorsque plus de 20% des adultes sont en situation d'illettrisme ? 20% d'adultes en situation d'illettrisme, ce sont autant de parents qui ne peuvent accompagner la scolarité de leurs enfants. Cette situation ne peut que favoriser l'échec d'une partie de nos élèves.
Avoir des parents en situation d'illettrisme est un facteur d'échec pour les élèves et d'éloignement de l'institution scolaire pour les parents. Félicitons nous donc qu'une initiative telle que celle de l'école des parents, qui atteste du dynamisme, de l'inventivité et de la créativité d'un de nos DOM ait servi à l'ensemble du territoire de la République. Très tôt, il est décisif de consolider les compétences de base, en visant une Haute Qualité Éducative. Une part importante du plan jeunesse pour les Outre-mer ainsi que des contrats HQE pour les Outre-mer vont en ce sens : je pense notamment à l'amélioration de la formation initiale des maîtres qui devront enseigner dans ces territoires, au dispositif de rotation scolaire, mais aussi à la généralisation du dispositif « plus de maître que de classes », qui permet de plus petits effectifs dans les classes et une prise en charge plus personnalisée des élèves qui en ont le plus besoin.
La prévention de l'illettrisme est un enjeu de première importance, tant pour ceux qui sont encore nos enfants, que pour l'avenir économique, social et professionnel de nos territoires d'Outre-mer. Pour autant, l'avenir ne doit pas se jouer à rebours du présent et nous faire oublier ceux qui, comme je l'évoquais précédemment sont ,au quotidien, confrontés aux difficultés majeures d'insertion professionnelle, de progression dans leur carrière et de stabilité dans leur emploi. C'est la raison pour laquelle, si le premier axe de notre convention est dédié à la prévention, le second axe se destine directement aux populations adultes.
Dans cette perspective, l'action du ministère des Outre-mer se manifeste en premier lieu au travers du SMA, qui constitue l'un des leviers les plus importants et les plus performants dans nos territoires. Le SMA, en collaboration étroite avec l'ANLCI, est l'institution la mieux armée pour permettre d'accompagner, de venir en aide et en soutien des jeunes gens en situation d'illettrisme. Nous connaissons les réussites exemplaires du SMA, l'abnégation, la détermination et la solidarité des membres qui le composent. Le SMA est un atout et un recours décisif pour faciliter l'insertion sociale et professionnelle des jeunes volontaires, partout où ses unités sont présentes.
Je tiens également à dire un mot du travail de la DGOM, accompli en étroite collaboration avec les organismes de la formation professionnelle continue – notamment, concernant la formation professionnelle des adultes. En 2013, c'est d'une dotation de treize millions d'euros dont ont pu bénéficier les OCPA afin d'amplifier leurs efforts dans la lutte contre l'illettrisme dans le Outre-mer. Je me félicite de l'initiative mise en place par le FPSPP et souhaite que celui continue de soutenir, comme il l'a fait au travers de son appel à projet, les actions menées dans les Outremer.
Enfin, de même que j'évoquais devant vous tout à l'heure le dispositif mis en place à Mayotte sous le nom d' « école des parents », je veux redire combien il est important que chacun poursuive son travail d'innovation et d'expérimentation. C'est bien souvent sur le terrain, au contact de la réalité et de la trivialité des situations rencontrées, qu'éclosent les solutions les plus fécondes et les plus pertinentes. En 2013 et en 2014, c'est grâce à une expérimentation sur la « maîtrise des savoirs de base comme facteur de sécurisation des parcours de formation des apprentis » que des solutions innovantes ont pu voir le jour. Sous l'égide de l'ANLCI et grâce aux crédits ultramarins du Fonds d'expérimentation pour la jeunesse, certains CFA ont pu expérimenter des actions de prise en charge des apprentis les plus en difficulté, tant au niveau de l'écriture, de la lecture, que du calcul.
Cette initiative a permis à neuf CFA d'être accompagnés afin que puissent être développées des actions de lutte contre l'illettrisme. Toutes ces initiatives, dont l'ANLCI est le fer de lance, nous les encourageons. Face aux maux de l'illettrisme, tous les remèdes n'ont pas encore été trouvés et c'est le plus souvent au plus près des réalités de terrain que s'inventent les solutions de demain.
Mesdames, Messieurs, La France n'est jamais aussi fidèle à elle-même, à son héritage et à son destin que lorsqu'elle se retrouve, comme aujourd'hui, autour de ses valeurs humanistes et républicaines. Ces valeurs sont la base sur laquelle repose notre pacte social. Elles concernent tous les membres de notre communauté nationale, quelle qu'en soit l'âge, quelle qu'en soit la génération, quelle qu'en soit l'origine sociale et quelle qu'en soit le lieu de vie et d'appartenance. Merci à vous.Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 9 octobre 2015