Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur la refondation du Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 10 novembre 2015.

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Circonstance : Remise du rapport sur la refonte du CNRD, à Paris le 10 novembre 2015

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Texte intégral


Madame la ministre, chère Najat,
Madame l'Adjointe à la maire de Paris, chère Catherine,
Monsieur le recteur,
Madame la Directrice du Musée Jean Moulin,
Madame la Directrice de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives,
Madame la Directrice générale de l'Office national des Anciens Combattants et victimes de guerre,
Mesdames et monsieur les rapporteurs,
Mesdames et messieurs les présidents des fondations de mémoire et d'associations d'anciens combattants, de résistants, de déportés, ayant contribué à ce rapport,
Mesdames et messieurs les chefs d'établissements, les enseignants,
Mesdames et messieurs, Chers élèves ici présents,
Le 27 janvier 2015, depuis le mémorial de la Shoah, le président de la République annonçait la refondation du Concours National de la Résistance et de la Déportation.
En cette année du 70e anniversaire de la fin de la libération du territoire et de la victoire sur le nazisme, le président rappelait le 8 mai dernier depuis l'Elysée, l'enjeu de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale : transmettre parce qu'il y eut des victimes, des sacrifiés, des fusillés, des internés, des déportés. Je veux avoir une pensée émue pour Yvette Farnoux, survivante d'Auschwitz, qui nous a quittés hier.
Transmettre surtout parce qu'il y a encore des témoins vivants.
Le Concours National de la Résistance et de la Déportation est un formidable outil pour répondre à cet enjeu de la transmission. Tout d'abord, il témoigne de ce lien indéfectible entre la Défense et l'Education nationale, deux institutions de la République qui aiment se retrouver autour de l'enjeu de l'éveil des consciences citoyennes.
Ensuite il est l'occasion de préserver et de nourrir le lien intergénérationnel indispensable à toute société en invitant des jeunes à rencontrer leurs aînés, ceux qui ont fait notre histoire, et à se nourrir de leur engagement.
Enfin et surtout, ce concours est un moyen de lutter contre les discours et les actes qui se nourrissent de la haine et des négationnismes, qui menacent notre socle républicain, qui sévissent notamment sur internet et qui s'appuient trop souvent sur l'ignorance.
C'est pourquoi son intérêt pédagogique et mémoriel doit être renforcé, notamment en le faisant gagner en visibilité et en réaffirmant sa double nature, à la fois historique et civique.
Le CNRD méritait alors que des personnalités particulièrement sensibles à la question de l'éducation à la citoyenneté et de la transmission des valeurs y apportent leur regard et leur expertise.
Mesdames Anne Anglès et Hélène Waysbord, monsieur Jean-Yves Daniel, je vous remercie pour l'excellent travail réalisé. Je veux dire dès à présent que nous tenons à ce que les associations et fondations ici présentes, garantes de l'esprit originel du concours, aient un rôle préservé et renforcé.
Les propositions formulées dans le rapport au sujet des thèmes, de l'organisation, des ressources pédagogiques et des acteurs du concours sont autant de pistes d'évolution que nous avons étudiées avec la plus grande attention.
Dans un souci de consolidation de la gouvernance du concours, nous avons décidé de créer un grand jury national composé d'un comité stratégique, qui reprend l'ensemble des représentants du jury actuel, et d'un collège de correcteurs.
Par ailleurs, nous avons souhaité offrir aux recteurs et aux DASEN, le choix d'un nouveau pilotage territorial, au niveau académique.
Il serait conduit par les référents académiques « mémoire et citoyenneté » et les coordinateurs régionaux « mémoire et communication » de l'Office national des Anciens combattants. Leur mobilisation dans le cadre des deux cycles commémoratifs en fait des acteurs incontournables de la politique pédagogique et mémorielle.
Enfin, nous tenons, et c'est l'un des enjeux essentiels, à valoriser les élèves participants, notamment en mettant en ligne sur le site consacré au CNRD les travaux collectifs.
Mesdames et messieurs, ce concours a déjà plus de 50 ans mais il s'inscrit dans une politique globale de transmission. Une politique pédagogique de la mémoire. Les jeunes doivent se réapproprier leur histoire personnellement pour mesurer ce qui les relie à l'histoire de la Nation à laquelle ils appartiennent.
En devenant Secrétaire d'Etat, chargé des anciens combattants et de la mémoire, j'ai tenu à faire de la transmission de la mémoire une priorité.
Je me suis déplacé régulièrement dans les collèges et lycées, en France et à l'étranger, pour échanger avec eux et les inviter à réfléchir sur l'actualité de notre histoire.
Nous avons parlé du combattant de 14-18, du poilu d'Orient, du résistant de 1940, du maquisard de 1943, du déporté qui revient d'Auschwitz en 1945, du civil qui subit les bombardements ou encore du harki et de sa famille qui ont passé plusieurs années dans un camp d'hébergement.
J'ai rencontré aussi des jeunes dans les cérémonies, sur les lieux de mémoire. Il y a quelques jours, j'étais à l'ancienne gare de Bobigny et un élève de CM2 m'interrogeait : « monsieur le ministre, pourquoi sommes-nous tous réunis devant cette gare aujourd'hui ? ». Je me revoyais alors dans mes précédentes fonctions d'instituteur. Puis le silence s'est imposé quand un ancien déporté de la gare s'est mis à raconter son histoire. Sans le savoir, il venait de répondre à l'écolier.
La mémoire n'est pas un sentiment. Elle est un élément dynamique, une matière vivante, un travail du quotidien. Aussi, j'ai encouragé la politique pédagogique conduite par le ministère de la Défense et ses partenaires.
C'est ainsi que la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère, soutient chaque année 500 projets pédagogiques qui incitent les jeunes à réfléchir à la notion d'engagement.
Elle s'engage par ailleurs dans le plan de lutte contre le racisme et l'antisémitisme lancé par le président de la République le 27 janvier dernier. En lien avec l'Education nationale et la Culture, et sous la coordination de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, elle met en œuvre l'action 32 « à chaque étape de la scolarité, un lieu de mémoire et une œuvre pour éduquer contre le racisme et l'antisémitisme ».
La politique pédagogique du ministère passe aussi par les actions conduites par l'Office national des Anciens combattants. Deux concours annuels, les « Petits artistes de la mémoire » et, pour la première fois cette année, « Bulles de mémoire » sont organisés. En 2015, écoliers, collégiens et lycéens se sont pleinement mobilisés avec leurs enseignants pour faire preuve de créativité et réfléchir à cet héritage contemporain. Je remettrai tout à l'heure les prix aux élèves.
Enfin, je ne peux parler de pédagogie de la mémoire sans évoquer le travail réalisé par la mission du centenaire de la Première Guerre mondiale. Dès 2013, des comités académiques du Centenaire ont été mis en place sur l'ensemble du territoire, qui ont reçu des centaines de projets émanant de la créativité et de l'intérêt des élèves et de leurs équipes enseignantes.
Il est important de faire de nos jeunes non pas de simples spectateurs mais des acteurs de la mémoire. Des acteurs éclairés, des citoyens attentifs, dotés d'un esprit critique et nourris de l'engagement de leurs aînés.
Parce que notre société fait encore face à des injustices, des actes condamnables, des propos extrémistes, il y a encore des causes à défendre.
Il y a encore un esprit de Résistance qui doit tous nous animer.
Telle est la grande ambition du CNRD et nous allons lui donner les moyens de la satisfaire.
Je vous remercie.
Source http://www.defense.gouv.fr, le 27 novembre 2015