Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à France 2 le 26 janvier 2016, sur la journée d'action unitaire des fonctionnaires pour le pouvoir d'achat et la revalorisation du point d'indice.

Texte intégral

WILLIAM LEYMERGIE
Les 4 Vérités, ce matin, Roland SICARD reçoit la ministre de la Fonction publique, Marylise LEBRANCHU.
ROLAND SICARD
Bonjour à tous, bonjour Marylise LEBRANCHU.
MARYLISE LEBRANCHU
Bonjour.
ROLAND SICARD
Les fonctionnaires sont donc aujourd'hui en grève, on va parler de leurs revendications, mais d'ailleurs les usagers. Est-ce que dans les services publics il va y avoir des grosses perturbations ?
MARYLISE LEBRANCHU
Alors, des grosses perturbations, je n'espère pas, des perturbations, sans doute, mais un certain nombre d'obligation sont à respecter, dans les hôpitaux, dans les écoles, s'il y a un pourcentage d'enseignants, par exemple, qui sont en grève, ils le disent 48 heures avant, on a un service d'accueil qui est assuré pour les parents.
ROLAND SICARD
C'est-à-dire qu'il y a un service minimum qui s'applique…
MARYLISE LEBRANCHU
Un service d'accueil…
ROLAND SICARD
… dans la Fonction publique.
MARYLISE LEBRANCHU
Il y a un service minimum dans tous les postes de sécurité, de santé, etc. Il y a un service d'accueil dans les écoles, pour les enfants, parce que naturellement les parents peuvent être appelés à d'autres obligations, on le sait tous, parce que souvent ils travaillent tous les deux, donc il y a une organisation qui se fait, c'est pourquoi il faut déclarer 48 heures avant, si vous allez faire grève ou pas, par exemple, dans l'éducation nationale.
ROLAND SICARD
Mais, est-ce que vous sentez les fonctionnaires très mobilisés ?
MARYLISE LEBRANCHU
Mobilisés pour faire grève, peut-être pas, pas énorme, il n'y a pas une énorme une mobilisation, on a atteint la dernière fois à peu près 12 %, mais une revendication profonde, oui, je pense qu'on ne peut pas mesure la revendication uniquement à l'aune de la grève. Certains ne feront pas grève, pour des tas de raisons, et en particulier parce que leur syndicat n'a pas appelé, mais sont quand même partisans d'une négociation salariale, par exemple, au mois de février prochain. Donc je ne peux pas vous dire, je ne vous dirai que ce soir ou demain, si les fonctionnaires ont fait une grève de façon très importante, mais en tout cas, même s'ils ne sont pas en grève de façon très importante, le simple fait qu'il y ait appel à la grève, interpelle la ministre de la Fonction publique et de la Décentralisation. Je veux dire qu'à partir du moment où il y a cet appel, c'est qu'il y a des revendications derrière et il faut les entendre.
ROLAND SICARD
On va en parler, mais, les fonctionnaires ont la sécurité de l'emploi, et parfois on les a traités de nantis, c'est pas nouveau, c'était Raymond BARRE qui avait dit ça.
MARYLISE LEBRANCHU
C'était Raymond BARRE.
ROLAND SICARD
Est-ce que vous emploieriez le même terme ?
MARYLISE LEBRANCHU
Non. D'abord ils n'ont pas la sécurité de l'emploi, il faut faire attention, ils ont la sécurité de la carrière, c'est-à-dire que leur emploi peut être supprimé, et ils peuvent être obligés d'être mobiles, mobilité géographique, mobilité fonctionnaire, on l'oublie souvent, quand on passe un concours dans le Sud de la France, il faut commencer dans la région parisienne, dans des conditions parfois un peu difficiles. Ils ne sont pas nantis, parce que les salaires ne sont pas élevés, et que souvent, si par exemple votre première nomination est en région parisienne et qu'il faut payer un loyer important, c'est difficile. Donc je crois qu'on ne peut pas dire que ce sont des gens nantis, mais la sécurité de la carrière est effectivement quelque chose de très important, parce que par rapport à un emprunt bancaire ou d'autres, ou tout simplement sa vie familiale, effectivement, il y a une sécurité de carrière, ce qui n'est pas une sécurité géographique, ni une sécurité d'emploi.
ROLAND SICARD
Vous parliez justement de salaire, la revendication aujourd'hui elle porte sur le salaire, elle porte sur ce qu'on appelle le point d'indice, c'est-à-dire ce qui sert de base…
MARYLISE LEBRANCHU
C'est ça.
ROLAND SICARD
… à la fixation de leur salaire. Ce point, il est bloqué depuis 2010, ils réclament à ce qu'il soit débloqué, augmenté. Est-ce que vous allez l'augmenter ?
MARYLISE LEBRANCHU
Alors, ce n'est pas moi toute seule, d'ailleurs, qui serais chargée de l'augmenter, j'ai un Premier ministre, un Président de la République, mais il faut juste rappeler à vos téléspectateurs, que le point d'indice c'est l'augmentation au pourcentage, à la proportionnelle, de l'ensemble des salaires de la Fonction publique. Moi j'ai choisi, il y a deux ans, parce que difficultés financières, parce que baisse de la dépense publique, etc., tout le monde connait ça par coeur, la dette de la France étant très élevée, j'ai choisi d'augmenter ceux qui avaient le moins, c'est-à-dire ceux qu'on appelle les catégories C, dans notre langage, ceux qui ont des petits salaires. Donc une première augmentation, elle n'était pas très importante, mais significative, 24, 25 € par mois. Ensuite, j'ai proposé une négociation, pour qu'il n'y ait pas seulement cette augmentation à la proportionnelle, mais pour qu'on voit les parcours professionnels, les rémunérations, les carrières. Aujourd'hui, quelqu'un qui commence…
ROLAND SICARD
Et ça, ça, les syndicats majoritaires, l'ont refusé. Ceux qui appellent à la grève aujourd'hui, ont refusé.
MARYLISE LEBRANCHU
Un peu plus de 50 % pour la Fonction publique d'Etat l'ont accepté, un peu moins pour la Fonction publique hospitalière et les collectivités territoriales, du coup on est sorti à 49 et quelques, et le Premier ministre a décidé d'appliquer le protocole, ce qui veut dire que, un fonctionnaire de catégorie C, par exemple, je reprends ma fiche, pour ne pas donner de mauvais chiffres, eh bien aura 40 € brut mensuel, à catégorie B 80, à catégorie A, 160. Ce qui veut dire qu'on réaménage les carrières, aussi, parce qu'à 40, 42, 43 ans, certains fonctionnaires qui sont rentrés en catégorie C par exemple, n'augmentent plus, n'ont plus de possibilité de carrière. Donc on aménage la carrière, on l'améliore, ça c'est important, mais on l'allonge un peu, et c'est vrai qu'entre temps il n'y a pas eu d'augmentation de ce qu'on appelle le point d'indice, c'est-à-dire l'augmentation à la proportionnelle, de tous les salaires de la Fonction publique, et ça depuis 2010.
ROLAND SICARD
Alors, je reviens sur ma question : les syndicats aujourd'hui demandent justement l'augmentation de ce point d'indice, vous allez le faire, le gouvernement va le faire ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Alors, il faut aussi rappeler que grâce à cette absence d'augmentation, ou à cause, diraient les fonctionnaires, les fonctionnaires ont rendu 7 milliards d'euros à l'ensemble de notre pays, depuis 2010. C'est beaucoup. Donc il y aura une négociation qui sera annoncée pour vraisemblablement la fin du mois de février, parce que c'est inscrit dans le protocole que le Premier ministre a accepté. Moi j'ai toujours dit et je continue à dire : il n'y aura pas une grosse augmentation du point d'indice, parce que nous sommes encore en situation difficile, il y a encore une situation de chômage qui nous a conduit naturellement à prendre des mesures supplémentaires, et le président de la République les a annoncées il y a peu de temps, une situation en termes de sécurité, police, justice, armée, etc., qui fait qu'on a été obligé de créer des postes, donc du coup, la marge de manoeuvre sera très faible. Moi, j'ai simplement dit que je souhaiterais, mais je le dis au conditionnel, une augmentation symbolique. Pourquoi ? Parce que le fait qu'il y ait eu zéro augmentation à la proportionnelle, c'est-à-dire pour l'ensemble de nos fonctionnaires depuis 2010, et qu'ils aient rendu 7 milliards au pays, c'est vrai que depuis 2010, 2015, 2016, c'est un peu long, mais il faut regarder les chiffres de la croissance et les recettes de l'Etat. Je pense que les fonctionnaires en sont conscients.
ROLAND SICARD
Est-ce qu'il faut plus d'augmentations au mérite, dans la Fonction publique ?
MARYLISE LEBRANCHU
Alors, on a déjà un système, qui est un système au mérite. Alors, je n'aime pas le mot mérite, parce que c'est toujours difficile de calculer un mérite, en revanche, moi, dans la négociation, j'avais mis la valeur professionnelle, donc il n'y a pas eu de protocole, mais on reconnait la valeur professionnelle. Pourquoi ? Parce que dans les équipes, les fonctionnaires aiment bien qu'on reconnaisse celui qui a accepté de faire une formation, celui qui est très engagés. Voyez, c'est cette notion de valeur professionnelle à la fois en termes de formation, de formation continue, mais aussi d'engagement, de prise en charge, de prise en charge d'une équipe, de prise en charge d'un apprenti, etc. On a vraiment des critères objectifs, des valeurs professionnelles, que nous inscrivons, y compris dans la reconnaissance de la carrière des fonctionnaires. Donc il ne faut pas dire que ça n'existe pas, parce que ça existe déjà, il y a déjà un système de prime qui existe en cette qualité, et en plus dans la carrière, on a une négociation en cours, avec une concertation en cours avec les syndicats, sur ce qu'est la valeur professionnelle, et comment on la reconnait, et je pense que je n'ai aucune opposition à cela.
ROLAND SICARD
Merci Marylise LEBRANCHU.
MARYLISE LEBRANCHU
C'est moi.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 janvier 2016