Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité, sur l'agenda 2016 de la biodiversité, la procédure de révision du décret de la réserve naturelle nationale des gorges de l'Ardèche et le débat sur les gaz de schiste, à Salavas le 7 avril 2016.

Texte intégral

Ma présence ici, en Ardèche, en tant que Secrétaire d'État chargée de la biodiversité me semble, à deux titres au moins, naturelle.
D'abord parce que nous sommes rassemblés dans le département qui accueille, pendant quatre jours, le congrès des Réserves Naturelles de France, auquel je me rendrai demain lors de sa réunion plénière.
Ces réserves naturelles jouent un rôle essentiel pour la biodiversité : Même si les espaces à forte protections ne représentent que moins de 2% des surfaces terrestres françaises et moins de 0,2% de nos eaux territoriales, les réserves naturelles constituent un conservatoire extraordinaire : de la biodiversité nationale, et singulièrement des espèces animales et végétales, nécessitant une protection renforcée.
Avec les gestionnaires de ces réserves, mais également leurs partenaires présents, j'entends engager un dialogue fructueux car beaucoup de modifications organisationnelles, financières, réglementaires sont devant nous.
Mais la deuxième raison naturelle de ma présence ici tient à votre territoire, dont j'ai pu au cours de la journée appréhender une partie de la beauté naturelle, parce que l'Ardèche fait partie de ces territoires français qui bénéficient d'une grande richesse de la biodiversité en général et d'environnement préservé.
Vos nombreuses rivières sont considérées majoritairement en "bon état" écologique par rapport à la Directive Cadre sur l'Eau.
La pêche de loisir est ici particulièrement développée et valorisée, l'absence d'excès d'urbanisation vous permet de préserver vos nombreuses zones naturelles. Et bien sûr, il y a la montagne, une montagne qui, par le génie et l'émotion du chanteur qui s'y était établi, est désormais au coeur de chaque Français.
L'Ardèche fait partie de ces coins de France dans lesquels on a parfois envie d'envoyer ceux qui dans les salons parisiens, glosent sur la « fin de la France » et ont fait profession de douter de notre pays , juste pour qu'ils prennent conscience de la chance que nous avons de vivre ici, de partager un patrimoine naturel et humain, et pour qu'ils utilisent leur énergie : à le protéger, à l'entretenir, et à en faire un facteur de développement, plutôt qu'à tout dénigrer.
Cette richesse, elle est bien entendue le fruit d'une histoire géologique et naturelle, mais également celui de la cohabitation voir des coopérations, de projets qui unissent les femmes et les hommes dans une même volonté de protéger et utiliser durablement l'environnement.
Cette politique française de l'environnement est née de partenariats : entre les instances et organismes en charge de la gestion des espaces et de la mise en oeuvre des politiques publiques, ceux que je saluerai demain, mais aussi avec : les usagers de la nature, agriculteurs, randonneurs, chasseurs, pêcheurs, héliciculteurs, ramasseur de champignons.
Les associations de citoyens passionnés, défenseurs de la cause environnementale, acteurs de la science participative et la puissance publique et les collectivités territoriales, dont de nombreux représentants sont parmi nous ce soir.
Je tiens à saluer leur engagement.
Et avant que nous puissions échanger dans la convivialité et dans la sincérité –nulle question n'est taboue-, je souhaite vous dire quelques mots sur la manière dont je conçois mon rôle au sein du gouvernement et ce que vous pouvez attendre de l'action du secrétariat d'État à la biodiversité.
Il y a quelques années on aurait sans doute dit : secrétariat d'État à la protection de la nature.
Aujourd'hui, la diversité des milieux naturels et des espèces animales et végétales est menacée.
Menacée par : la destruction ou la dégradation de l'espace, la surconsommation de certaines ressources, les pollutions, le développement d'espèces exotiques envahissantes et, en plus de nos jours, par le réchauffement climatique.
Des espaces indispensables à l'équilibre de la planète, comme les zones humides, se raréfient. Des espèces qui contribuent à l'équilibre de la vie, les abeilles par exemple, sont en danger.
A chacun de mes collaborateurs, je lis une phrase d'Hubert Reeves, qui, parlant de cette perte de biodiversité, prévient : « Nous coupons la branche sur laquelle nous sommes assis, c'est nous qui sommes désormais dans le collimateur de cette destruction ».
Mais il ajoute, et c'est là l'essentiel : « la reconquête de la biodiversité est aussi possible, mais elle nécessite la mobilisation de tous les acteurs, publics et privés, à toutes les échelles ».
Le premier rôle de mon secrétariat d'État c'est de faciliter cette mobilisation de tous pour préserver, protéger et rétablir la diversité de ce qui est vivant dans la nature.
Cela suppose donc beaucoup d'écoute, d'humilité, de pédagogie. Mais aussi de la détermination et de la volonté.
J'en ai.
Et j'ai la chance de travailler aux côtés de Ségolène ROYAL qui en a également.
S'occuper de biodiversité, c'est agir au coeur des enjeux écologiques. Il y a deux enjeux écologiques planétaires majeurs :
La question climatique, avec la nécessité de maîtriser le réchauffement climatique pour continuer à avoir une planète vivable pour tous.
La question de la biodiversité, parce qu'il nous faut préserver la diversité des milieux naturels et des espèces animales et végétales, pour les générations futures et parce ce que nous en avons tous fondamentalement besoin.
Et je souhaite rappeler ici la place éminente des territoires ultramarins, qui abritent plus de 80 % de notre biodiversité nationale.
Ce sont des enjeux qui sont liés.
Le réchauffement climatique agit sur la biodiversité : il bouleverse les équilibres, fait que certaines espèces végétales ou animales se développent de manière impromptue que d'autres sont exposées à l'extinction.
Et le recul de la biodiversité menace le climat : la raréfaction de certaines zones naturelles, comme les forêts qui captent du CO 2 accélère le réchauffement.
On peut dire pour raccourcir si 2015 fut l'année des grandes décisions sur le climat, 2016 sera celle de la biodiversité.
En 2015, le monde s'est mis d'accord à Paris, lors de la COP21 sur un constat, celui du réchauffement, sur un diagnostic, le rôle de l'activité humaine dans le processus, et sur des objectifs chiffrés et concrets pour limiter le réchauffement climatique.
Et en France, nous avons adopté la loi de transition énergétique de Ségolène Royal, qui constitue un outil essentiel dans la lutte pour le climat, et notamment par la sobriété des consommations et le développement des énergies renouvelables
2016, ce doit être l'année des grandes décisions sur la biodiversité :
D'abord parce qu'il y a des rendez-vous importants qui se profilent sur le plan international : la conférence des parties à la CITES, l'Assemblée Générale de l'UICN, et à la fin de l'année, à Cancun, se tient la COP 13 de la convention des nations unies sur la diversité biologique.
Elle qui doit faire le point à mi-parcours sur la mise en oeuvre des 20 objectifs d'Aichi pour 2020 adoptés à Nagoya.
Et nous allons ratifier le protocole de Nogaya qui permet de mieux lutter contre la biopiraterie.
Et puis, au plan national : le Sénat entame début mai l'examen en seconde lecture du projet de loi sur la biodiversité, et nous allons début 2017 mettre en place l'agence française de la biodiversité, qui sera un outil original de mise en cohérence des actions et des acteurs.
Nous avons en France des compétences incroyables, des compétences scientifiques, des compétences administratives, des associations, et des acteurs économiques.
Nous avons des responsables politiques, dans les territoires, qui prennent conscience de l'enjeu de la biodiversité : Mon rôle c'est de les valoriser, de favoriser leur coopération, de fixer avec eux des objectifs concrets et crédibles, et de faire évoluer les réglementations. Mais aussi qu'ils soient plus nombreux. Et aussi, quand c'est nécessaire et quand c'est possible, de faire évoluer parfois les mentalités ou de combattre les préjugés ou les craintes.
Je suis donc particulièrement heureuse que le thème du congrès des réserves naturelles insiste sur les valeurs ajoutées de ces espaces pour les territoires.
Je sais en effet la crainte que peuvent nourrir certains sur le risque de voir, avec le développement d'aires protégées, la nature mise sous cloche, et par là-même, les territoires privés d'une partie de leurs capacités d'initiatives et d'opportunités de développement.
La meilleure manière de combattre ces craintes est encore de leur opposer des démarches et des réussites exemplaires.
Et j'ai le sentiment, après avoir découvert au cours de cette journée une partie de la réserve naturelle des gorges de l'Ardèche, que nous avons devant nous, grâce à la mobilisation et au travail quotidien de beaucoup d'entre vous, élus locaux, services de l'État, mais aussi associations, développeurs locaux, agriculteurs, socio-professionnels, un de ces exemples qui permettent de dissiper les doutes et parfois les préjugés.
Vous apportez la preuve que la réussite des réserves et aires protégées passe par la qualité des relations humaines et professionnelles entre les gestionnaires, les habitants, les élus : une réserve naturelle, c'est l'opportunité d'un développement local maîtrisé.
Ici, la réserve apporte son appui à différentes activités économiques conduites dans une zone Natura 2000, qu'il s'agisse d'élevage, d'agriculture ou de tourisme compatible avec la préservation des sites et des espèces.
J'ai pu mesurer aujourd'hui le rôle de la réserve en matière de contribution à l'éducation et à a sensibilisation à la nature, au travers d'une séquence d'animation scolaire, mais aussi à l'attractivité touristique du territoire, ce qui suppose une surveillance et la présence de gardes avec lesquels j'ai pu échanger.
Une réserve c'est également un rôle de conservation : et la présence de l'aigle de Bonnelli doit beaucoup à l'action de la réserve. L'ensemble des acteurs sur le territoire s'attachent à oeuvrer chacun dans son domaine à sa protection, en déclinant les plans nationaux de protection de ces espèces.
Je parlais tout à l'heure de coproduction de notre politique de préservation de l'environnement : nous en avons une réussite sous nos yeux.
Une réussite qui nous permet non seulement de préserver, mais également d'accompagner le retour d'espèces qui avaient disparu, et là, mon propos nous mène à quelques tires d'ailes, sur le massif de la dent de Rez, où après avoir disparu en 1995, le vautour percnoptère a repris son habitat.
Je sais et veux saluer l'action du Fond d'Intervention pour les rapaces (« le FIR ») et aujourd'hui de la LPO de l'Ardèche sur le massif, où sont déposées régulièrement des carcasses de brebis ou chèvres sur des "placettes d'alimentation" destinées à favoriser le retour et le maintien de ces charognards.
Je sais également que quelques éleveurs pratiquent eux aussi ces dépôts à proximité de leurs exploitations, toujours avec l'accord des autorités sanitaires, et dans une logique de "circuit court" qui évite les frais d'équarrissage.
Voilà encore des exemples de réussite, des exemples de ce que Jean Roland, qui consacra sa vie à la nature, et dont nous saluerons la mémoire demain, disait que ce « sont des petites choses ; des petits riens, des choix de citoyens mais qui peuvent avoir un impact fort ».
Des choix de citoyens relayés par les élus locaux, les services de l'État, les gestionnaires d'espaces. En un mot, une coproduction réussie.
Et c'est bien parce que les solutions se trouvent au plus près des territoires, dans le respect des territoires et des acteurs, que le gouvernement, a choisi de privilégier les partenariats entre la future agence française pour la Biodiversité et les gestionnaires d'aires protégées ; de même que la création des agences régionales pour la biodiversité se fera à la carte, en fonction des réalités locales.
La région Rhône-Alpes s'était officiellement positionnée comme candidate à une expérimentation ARB.
Des réunions techniques pilotées par la région Rhône-Alpes ont eu lieu fin 2015 afin de réfléchir avec certains acteurs sur le périmètre possible d'une Agence Régionale pour la Biodiversité.
Je ne sais quelle sera sur ce sujet la position du nouvel exécutif régional de votre nouvelle grande région, et je n'entends pas, bien évidemment exercer une quelconque pression sur cette question, même si personnellement je regrette l'abandon du projet de parc naturel régional de la Dombes.
Mais soyez assurés que, si les intentions initiales étaient confirmées, l'État serait à la disposition de chacune des parties afin de concrétiser le projet.
Mesdames et messieurs, avant de passer au moment convivial de cette rencontre, je veux apporter des réponses à deux questions dont j'ai été saisie par certains acteurs du territoire en amont de cette visite.
La première question porte sur la procédure de révision du décret de la Réserve Naturelle Nationale des gorges de l'Ardèche : je veux sur ce point vous rassurer. Les consultations interministérielles nécessaires seront conduites ce printemps 2016, avant examen du projet de décret en conseil d'État, avec comme objectif maintenu de signature du décret au second trimestre 2016.
Et le second sujet, plus vaste, porte sur la question des gaz de schiste. Il ne s'agit certes pas d'un sujet qui relève de mes attributions ministérielles. Mais le gouvernement, c'est une équipe, et je peux d'autant plus aisément vous répondre que j'ai été amenée à répondre au Parlement, au nom de Ségolène ROYAL, sur ce sujet.
Je sais que beaucoup d'associations et d'élus de votre territoire se sont émus de l'abrogation du permis dit de Montélimar, détenu par Total, qui a été cassée par le tribunal administratif de Cergy Pontoise et craignent que cela ne réalimente le débat concernant les projets envisagés, un temps, en Ardèche.
Je veux vous rappeler que Ségolène ROYAL a fait appel de la décision du tribunal de Cergy.
Je vous rappelle également que la loi de transition énergétique a fixé un objectif de réduction de 30% de la consommation d'hydrocarbures d'ici 2030.
C'est un engagement qui s'inscrit par ailleurs dans la volonté exprimée lors de la COP 21, et la France entend montrer l'exemple en adaptant sa politique d'exploration d'hydrocarbures à ses engagements énergétiques volontaristes.
Ségolène ROYAL a réaffirmé sa détermination à faire respecter strictement l'interdiction de la fracturation hydraulique dans un objectif de protection de l'environnement et de la santé.
En aucun cas, donc, le gouvernement ne rouvre la porte aux gaz de schiste, pas plus ici qu'ailleurs. Je sais que vous pouvez compter sur des parlementaires actifs sur ces questions.
Mesdames et messieurs, je voudrais conclure sur un point plus personnel, qui tient à la fois de la confession et du remerciement.
Je vous parlais tout à l'heure de ces commentateurs de salons qui dénigrent tout. Une partie d'entre eux ne peut s'empêcher de poursuivre de sa vindicte quiconque accepte des responsabilités gouvernementales, spécialement quand il s'agit, comme moi, d'écologistes.
On vous parle alors de votre attrait pour les ors de la république et les palais officiels : Ceux-là n'ont donc jamais visité le secrétariat d'État, ni mon bureau ! Aucune dorure à l'horizon ! Mais surtout, ceux-là n'ont rien compris.
Parce que pour comprendre, il faudrait qu'ils soient ici aujourd'hui. Ici, pour mesurer ce qu'il y a de passionnant, pour une écologiste, d'être à vos côtés pour échanger sur les enjeux de protection des espaces naturels, sur les opportunités de développement qu'elles offrent, sur les projets de territoires que vous portez, sur l'accompagnement que l'État peut vous prodiguer.
Bref, d'agir vraiment, loin des commentaires, dans le réel, pour nos territoires, et pour la biodiversité. Et pour cela, merci.Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 14 avril 2016