Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre des outre-mer, sur la mobilisation des outre-mer dans la perspective de la conférence sur le climat COP 21 et de l'Agenda des solutions, à Paris le 15 octobre 2015.

Texte intégral

Monsieur le président de la Polynésie, cher Édouard Fritch,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les élus de collectivités,
Madame la préfète des Terres Australes et Antarctiques Françaises,
Mesdames et messieurs,
Je suis très heureuse d'être aujourd'hui parmi vous pour clore cette journée consacrée aux outre-mer face aux changements climatiques. Je n'ai malheureusement pas pu être parmi vous pour écouter l'intégralité des débats mais on m'a rapporté qu'ils ont été riches. Je vous remercie d'y avoir contribué.
Les enjeux sont majeurs, et le sujet est, comme vous le savez, d'une actualité particulière. Dans quelques semaines, la France présidera la « COP21 ». Il s'agit d'une échéance cruciale pour tous. L'objectif de cette conférence est en effet d'aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays à partir de 2020. La France, qui présidera cette conférence, va jouer un rôle de premier ordre, pour rapprocher les points de vue et faciliter la recherche d'un consensus au sein des 196 parties prenantes aux négociations climatiques.
Mais l'objectif est également de mobiliser les acteurs dit « non-étatiques » : collectivités locales, entreprises, associations, société civile. Nous avons besoin d'acteurs, notamment au niveau local, pour mener au quotidien les politiques et actions concrètes qui permettront d'atteindre les objectifs fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C'est la raison d'être de « l'agenda des solutions » : donner une visibilité aux engagements et actions concrètes, créer une dynamique pour faciliter la mise en œuvre de l'accord visé à Paris.
J'ai très tôt souhaité que les outre-mer s'inscrivent dans cette mobilisation globale et puissent faire entendre leur voix. J'ai sollicité, avec ma collègue ministre de l'Ecologie Ségolène ROYAL, les parlementaires et présidents d'exécutifs ultra-marins au début de l'année 2015 afin qu'ils puissent faire valoir les actions exemplaires mises en place sur leur territoire. Il m'a en effet semblé indispensable de mettre en avant les problématiques particulières des outre-mer, mais aussi, et surtout, de montrer que des solutions existent, qu'elles sont mises en œuvre en outre-mer, et qu'elles pourraient tout à fait servir d'exemple dans d'autres territoires, en France ou à l'étranger.
C'était l'objectif de ce séminaire : contribuer à élaborer un « agenda des solutions ultra-marines » qui pourra être valorisé lors de la COP21 mais également bien au-delà : la lutte contre les effets des changements climatiques ne s'arrêtera pas le 11 décembre au soir ! Quelle que soit l'issue de la COP21, et j'espère qu'elle débouchera sur un accord ambitieux, le travail ne fera en fait que commencer. Il s'agira ensuite de mettre en œuvre, de manière concrète, les engagements pris lors de la conférence. C'est particulièrement important pour les outre-mer. Ces territoires sont vulnérables aux effets du changement climatique, qui y seront perçus plus tôt et plus vivement qu'ailleurs. Les témoignages de ce matin l'ont montré. Je pense notamment à nos concitoyens polynésiens, dont certains atolls n'ont que quelques mètres d'altitude et sont directement menacés par l'augmentation du niveau des mers. Toutefois, les efforts de recherche doivent être poursuivis, pour disposer de données scientifiques permettant d'éclairer utilement les décideurs politiques.
A cet égard, et cela a également été évoqué aujourd'hui, les outre-mer français peuvent constituer des postes avancés. Leur répartition géographique en fait des avant-postes privilégiés de la recherche et du suivi de ces effets à l'échelle planétaire. Les terres australes et antarctiques françaises (TAAF) abritent ainsi de nombreuses bases scientifiques. Plus largement, le positionnement stratégique des outre-mer, au sein des trois océans, a permis à la France de mettre en place le réseau d'observatoire du changement climatique le plus étendu au monde, en s'appuyant sur les territoires ultra-marins.
Il est important d'élargir le champ de ses connaissances, pour mieux anticiper les évolutions à venir et agir de façon plus efficace en faveur de l'adaptation de ses territoires. Je veux prendre pour exemple un cas concret, celui de l'invasion des algues sargasses. Elle touche l'ensemble des Caraïbes depuis plus d'un an et engendre des nuisances importantes pour les populations et les activités économiques. Certains indices laissent penser que les échouages massifs, inédits, sont liés aux changements climatiques. Mais les données restent encore incomplètes. Le gouvernement a mis en place un plan d'action qui prévoit notamment d'encourager la recherche dans ce domaine, car c'est grâce à de meilleures connaissances que l'on arrivera à mieux anticiper les trajectoires des bancs de sargasses et à agir en conséquence. En tout état de cause, cette problématique des sargasses est une illustration typique de la nécessité d'adaptation des territoires face aux changements constatés.
Nous l'avons dit, les outre-mer sont les territoires français où les effets du changement climatique sont aujourd'hui les plus sensibles. Mais je ne souhaite pas que l'on s'arrête à l'image des outre-mer « victimes » du changement climatique. Oui, c'est indéniable, les populations et l'exceptionnelle biodiversité ultra-marines sont particulièrement exposées. Toutefois, les acteurs ultra-marins, accompagnés par l'Etat, se sont très tôt mobilisés pour apporter des solutions et développer des projets innovants.
En premier lieu, les outre-mer sont de véritables démonstrateurs de la transition énergétique : les énergies renouvelables y sont beaucoup plus présentes qu'en métropole. En matière d'énergie, les outre-mer sont de véritables terres d'innovation : c'est en Polynésie qu'a été installé le premier système au monde de climatisation par eaux profondes, le « SWAC », à Bora Bora. La Réunion a développé un nouveau modèle basé sur l' « agrinergie », avec des fermes solaires alliant agriculture locale et production d'électricité photovoltaïque. Il s'agit là encore d'une première mondiale qui pourrait être étendue dans d'autres pays et territoires, par exemple dans les Caraïbes. Le projet d'énergie thermique des mers en Martinique pourrait permettre le développement d'une nouvelle filière industrielle profitable à l'outre-mer mais également à tous les pays de la zone intertropicale.
En matière de mobilité durable, on sait qu'il existe de fortes marges de progression, pour sortir du modèle « tout voiture » qui est encore dominant dans les outre-mer. Mais là encore, les initiatives existent, pour développer les transports collectifs voire même, c'est plus original, pour produire du carburant à base d'algues ! Toutes ces initiatives permettent aux outre-mer de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre mais aussi, et surtout, de sortir de leur dépendance aux énergies fossiles.
Les outre-mer ont également développé de nombreuses solutions leur permettant de s'adapter aux effets du changement climatique. C'est une nécessité pour anticiper des évolutions inévitables. Là encore, les débats d'aujourd'hui ont permis de souligner certaines actions exemplaires. La nécessaire protection des récifs coralliens, mangroves, herbiers a notamment été rappelée. Ces éco-systèmes protègent en retour les côtes de l'érosion et limitent les risques littoraux. Les aires marines protégées, très développées en outre-mer, permettent de combiner des objectifs de conservation et de développement durable des activités humaines. Je tiens à saluer l'initiative polynésienne de création d' « aires marines éducatives », qui allient protection des milieux et éducation des enfants à l'environnement. Cette initiative a été particulièrement à l'honneur lors du récent congrès national des aires marines protégées et elle va sans doute servir de modèle pour d'autres initiatives similaires, notamment à Brest. Un bel exemple de partage d'expérience !
Je tiens pour finir à insister sur le rôle majeur joué par les collectivités ultra-marines dans la lutte contre le changement climatique. Des modes de gouvernance originaux, adaptés aux caractéristiques des territoires, ont été mis en place pour répondre aux enjeux : les collectivités du Pacifique, pleinement compétentes dans ces domaines, ont élaboré des stratégies ambitieuses pour le développement durable de leur territoire. La Guadeloupe et la Martinique ont également su déployer de nouvelles compétences en édictant leurs propres règles en matière énergétique, grâce aux habilitations législatives.
Territoires en pointe dans l'adaptation au changement climatique, les outre-mer ont également su jouer un rôle moteur pour fédérer leur voisinage en vue d'un accord ambitieux à la COP 21. Je pense notamment à la conférence « Caraïbes Climat 2015 », qui s'est tenue en mai, au sommet des dirigeants polynésiens de juillet dernier ou encore à la « contribution des îles » des territoires de l'Océan Indien. Les outre-mer partagent d'ailleurs beaucoup de problématiques avec les petits Etats insulaires : les projets développés en outre-mer ont vocation à être reproduits dans ces territoires aux caractéristiques similaires. Pour conclure, je souhaite à nouveau vous remercier pour votre participation et la qualité de vos contributions. Elles vont permettre de continuer à alimenter « l'agenda des solutions ultra-marines » que je souhaite mettre en valeur lors de la COP21. Une première ébauche de cet agenda vous a été remise aujourd'hui, mais il est loin d'être exhaustif. Je vous invite à nous faire part de vos propositions, pour que nous puissions enrichir l'agenda des solutions d'ici la COP21.
Il est important de mettre en lumière les solutions concrètes, de valoriser les acteurs qui innovent et de révéler les initiatives pionnières, qu'elles soient portées par des élus, des acteurs économiques, des associations, des centres de recherche… Nous avons tous un rôle à jouer et il est urgent d'agir. L'Etat accompagnera bien entendu les initiatives exemplaires. De nombreux outils existent : le fonds de financement de la transition énergétique a été doté de 1,5 milliard d'euros sur trois ans. Dans le cadre des politiques contractuelles, l'Etat mobilisera plus de 360M€ d'ici 2020 pour les outre-mer. Je me rendrai par ailleurs le 20 octobre prochain à Bruxelles dans le cadre de la journée des outre-mer européens, pour promouvoir les initiatives portées par les outre-mer français et favoriser la mobilisation de financements européens adaptés aux enjeux du changement climatique.
Je sais pouvoir compter sur la mobilisation des outre-mer face aux enjeux qui s'annoncent. Vous pouvez compter sur la mienne pour défendre les intérêts ultra-marins.
Je vous remercie pour votre attention.
Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 1er juin 2016

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